DU CHEVAL QUI SE COUPE. 3<W
les deux pieds doivent se trouver rejetés en dehors et éloignés l'un de l'autre, puisque les branches internes des fers sont plus épaisses que les externes; 2° que les sabots doivent être moins offensans, puisque la râpe a diminué l'étendue de leur diamètre en dedans, que le fer dont ils sont armés est complètement dérobé sous la paroi par sa position et par l'obliquité de sa rive externe, et qu'enfin les rivets ue sauraient devenir vulnérans pour le membre posé à terre, puisqu'ils n'existent pas du côté interne.
Mais à côté de ces avantages, la ferrure des pieds qui se coupent présente, il faut le dire, le grave inconvénient de fausser tout à fait l'appui du sabot sur le sol, de déranger les rapports des rayons osseux des membres, et de fatiguer douloureusement les appareils ligamenteux ettendineux de leurs articulations inférieures. Aussi est- il prudent de n'employer cette ferrure que par intermittence, et de la remplacer de temps à autre par la ferrure ordinaire.
faitement pour remplir toutes ces indications. Sa branche interne est courte, rétrécie, très-épaisse, portant seulement une ou deux étampures en pince ou en talons, et taillée en biseau sur la rive externe et à l'éponge, aux dépens de sa face inférieure. Les autres étampures sont disséminées en pince et sur la branche externe ; sa forme n'est pas différente de la forme ordinaii'e.
Pour l'adapter aux sabots d'un cheval qui se coupe, on les pare à plat, en ménageant plus cependant les quartiers internes que les externes; on arrondit autant que possible avec la râpe tout le bord de la paroi en dedans, et l'on pose le fer sous le pied de manière à ce qu'il se trouve débordé par ce même bord arrondi ide la muraille, et tout à fait dérobé par elle. Des deux fers à la turque, l'un étampé en pince et l'autre en talons, on emploie le premier pour les chevaux qui se coupent avec les quartiers, et le second pour ceux qui se blessent avec la pince. Dans ce dernier cas, le fera bosses {fig. 230) est aussi souvent mis en usage.
Par ce mode de ferrure, on conçoit ï" que
§ IV. — Des autres défauts d'aplomb.
Pour les trois modes de ferrure que nous venons de passer en revue, la somme des avantages qu'ils présentent surpasse de beaucoup celle des inconvéniens qu'ils entraînent: et c'est pour ce motif qu'ils sont généralement adoptés. Il n'en est pas de même de ceux qui restent encore à examiner. Pour eux, au contraire, la somme des inconvéniens prédomine sur celle des avantages, et doit les faire toujours rejeter. Quelques mots seulement sur ces différens modes.
Un même mode de ferrure a été conseillé pour les chevaux bas du devant, sous eux du de\>ant, arqués., droits sur leurs boulets, courtjointés. Cette ferrure consiste à abattre les talons, en laissant à la pince toute sa hauteur, et à appliquer sous le pied un fer épais en pince et aminci en éponges. On pensait pouvoir, par ce mode de ferrure, déterminer l'allongement des tendons, et régulariser les aplombs. En admettant, chose douteuse, que tels soient les résultats produits, ils sont loin de compenser les graves inconvéniens qui les accompagnent; et en effet, les tirailîemens continuels qu'éprouvent les tendons par le fait de cette ferrure, les rendent bientôt l.e siège de douleurs, d'engorgemens, de dilatations synoviales, et d'une rétraction même qui agit dans le sens du défaut qu'on a voulu éviter et ajoute à son intensité. Même mode encore a été conseillé pour les chevaux aux jarrets droits, afin, dit-on, de les asseoir davantage sur leurs jarrets; mêmes inconvéniens, et de plus, retards dans la progression, .le ne parlerai pas ici des moyens conseillés par BouRGELAT pour remédier au défaut des chevaux qui troussent, qui hillardent, c]ui déjettcnt leurs membres. Tous ces moyens, plus ou moins ingénieux, ne sont plus connus que dans l'histoire de la ferrure, et leur ènumératiou même serait déplacée dans un traité pratique.
SECTIOxN VI.
ANIMAUX DOMESTIQUES : DE LA FERRURE. liv. iii
Fondé, comme on le voit, sur une grossière erreur, ce mode de ferrure entraîne les plus fâcheuses conséquences. Le pi'olongemeut du fer en avant de la pince augmente la longueur du bras de levier de la force antagoniste des tendons qni, i)ar ce fait même, agit sur ces organes avec plus d'intensité et en détermine promptemcnt la fatigue et la ruine. Ou doit concevoir combien cet effet doit être rapide, si l'on réfléchit que les mulets et les ânes sont surtout utilisés dans les pays de montagnes, et que pour en gravir les pentes ils sont forcés de prendre un point d'appui sur le sol avec la pince de leurs fers. Quel ne doit pas être alors le tiraillement des tendons, pour peu que cette pince dépasse en avant la paroi ! Aussi rien n'est-ilmoins rare que de voir les mulets dont les sabots ont été ferrés longtemps d'une manière aussi irrationnelle,droils sur leurs boulets, et pinçards même par la rétraction des tendons. Ajoutons à cet inconvénient déjà si grave que, lorsqu'on fait travailler des mulets ainsi ferrés dans des [)ays boueux, humides et marécageux, les difficultés qu'ils épi'ouvent à chaque pas pour retirer leurs pieds enfoncés dans la boue, rendent leur marche plus lente et plus pénible.
En Provence, le mode de ferrure usité pour les mulets n'est pas tout à fait le même que celui dont nous venons de donner l'exposé. Le fer provençal a une forme tout à fait quadrilatérale, c'est-à-dire que la partie antérieure de sa rive externe forme une ligne droite qui se réunit perpendiculairement avec la rive externe également droite des branches. Placé sous le pied, ce fer n'a de garniture qu'en quartiers, et se trouve à fleur de la paroi en pince. A ce dernier égard, il est moins irrationnel que le fer ordinaire, et semble même par la carrure de sa pince devoir être plutôt favorable que préjudiciable au service du tirage que remplissent surtout les mulets, en permettant aux pieds de prendre sur le sol un point d'appui solide.
Le fer à la florentine, dont on fait usage principalement en Italie, est tout à fait absurde dans sa forme : sa pince est très-prolongée, pointue et dirigée en dedans. On ne saurait concevoir quelle idée première a présidé à la conformation de ce fer, et quel but on s'est proposé en lui donnant une forme aussi bizarre. 11 présente tous les inconvéniens du fer à mulet ordinaire, et n'en offre aucun des avantages.
§ I*'. — De la ferrure de l'ànc et flu mulet.
La ferrure de l'âne et du mulet est pour les principes identicjuement la même que celle du cheval. La forme seule des fers subit une modification, qui est la conséquence de la forme différente qu'affectent les sabots de ces animaux.
Le sabot de l'âne et du mulet est plus rétréci latéralement que celui du cheval, et plus allongé dans le sens antéro- postérieur; la sole en est plus creuse, la fourchette plus petite, lestalons surtout plus élevés ; la paroi a moins d'épaisseur que dans le cheval, et plus de dureté à sa surface ; elle est surtout trèsamincie en quartiers : la circonférence de la surface plantaire se rapproche plutôt de la figure d'un quadrilatère que de celle d'un cercle.
Pour ferrer un pied de mulet ou d'àne,il faut le parera plat, diminuer la hauteur des talons, laisser à la fourchette son volume, et adapter au pied un fer dont la forme soit moulée sur la sienne. Le fer à mulet à devant (//ji,''. 231) et le fer à derrière {fig. 232) forgé et ajusté convenablement, doit avoir une forme un peu
Fig. 232.
quadrilatère comme celle du pied, une égale épaisseur partout, yilus de couverture en pince que dans les branches, où elle diminue graduellement jusqu'aux éponges ; les étampures doivent être placées un peu gras pour permettre de donner au fer une légère garniture sur toute la circonh-rence du sabot; l'ajiisture doit être peu sensible. Pour placer ce fer sous le pied, il faut se servir de clous à lames larges et délicates, et dont l'affilure trèsoblique puisse vaincre facilement la résistance qu'o[)pose à leur pénétration la grande dureté des couches corticales de la paroi.
Un fer ainsi conformé protège suffisamment le sabot, le garnit assez pour empêcher la paroi de se dérober, et permet au pied de prendre sur le sol un point d'appui solide; et de plus, il a l'avantage de ne pas vicier les aplombs. Il n'en est pas de mendie des fers usuellement adoptés pour l'âne et le mulet.
Le fer à mulet le plus ordinairement employé a beaucoup plus de largeur et de surface que le nécessite l'étendue de la face plantaire du sabot; les étampures sont placées plus pi'ès de la rive interne que de l'externe, en sorte que lorsque ce fer est fixé sous le pied, la paroi se trouve débordée sur toute sa circonférence par une très-large garniture, et on arrière des talons par les éponges. On emploie cette ferrure dans le but, dit-on, d'clart^ir la base d'appui du mulet que la nature a U'op restreinte.
De la ferrure du bœuf.
Le pied du bœuf est différent du pied du cheval, en ce qu'il est divisé en deux onglons, et que son élasticité résulte de cette division même et non du mécanisme de son sabot. Aussi sa ferrure, beaucoup moins compliquée, n'a qu'un but unique, c'est de préserver de l'usure la corne du sabot; car l'adaptation d'un fer prolecteur sous chacun des onglons ne saurait mettre obstacle à leur écartement, et conséquemment à l'élasticité du pied.
On ne ferre pas les bœufs dans tous les pays de France ; cet usage n'est adopté que dans les localités où ces animaux sont cm-
CHAP. 6. DES INCOrîVERIE?sS
ployés à des services de tirage sur des routes pierreuses, ou bien encore dans les pajs d'élève, avant de faire parcourir aux bestiaux le trajet qui les sépare des marcliés des grandes villes.
Le fer du bœuf {fg. 233 et 234) est une pla-
Fis. 233. Fie. 234.
que peu épaisse à laquelle on donne la forme de la face plantaire de l'ouglon sous laquelle elle doit être adaptée. Cette forme est assez semblable à celle que représenterait le quart d'une surface ovalaire; les étampures, au nombre de six, sont placées près l'une de l'autre, seulement sur sa rive externe. Il porte à l'extrémité de sa rive interne un prolongement qui s'en détache à angle droit, et qui est assez flexible pour être t)iié à froid sur la paroi et remplacer les clous qui devraient servir de ce côté au maintien du fer. Pour le préparer à être fixé sous l'onglon, on donne à ce fer une ajusture qui consiste à relever un peu sa rive externe et son éponge, de manière à lui imprimer dans toute son étendue une légère incurvation destinée à se mouler sur la forme un peu convexe de la face plantaire de l'onglon ; puis on sou lire de la rive interne un pinçon peu élevé, mais assez long, qui doit r"emjjlir l'espèce de creux que présente l'onglon à sa face interne, et s'opposer à l'interposition entre la corne et le fer des graviers cpii pourraient y pénétrer. Pour fixer ce fer sous le sabot, on se sert de clous petits et délicats que l'on broche et rive à la manière habituelle; puis, lorsqu'ils sont implantés, on rabat, à l'aide du brochoir, sur la paroi, la languette flexible que le fer présente à sa rive interne.
Il n'y a point de différence quant à la forme entre le fer externe et l'interne, le premier est seulement un peu plus épais, et le second un peu plus large Dans quelques pays, on ne ferre que l'onglon externe un bœuf.
Section \ii. — Des mcom'éniens de la ferrure et des procédés proposés pour la remplacer.
La ferrure, basée sur les principes rationnels que nous avons indiqués, est, comme on a pu eu juger, un art indisjjensable à l'utilisation de nos grands animaux domestiques. Cependant, il fnut le dire, à côté des avantages immenses qu'elle piodiiit se range une longue série de graves inconvéniens qu'elle entraine à sa suite. Ainsi on a observé avec raison que l'interposition du fer entre le sol et le pied s'opposait à l'usure graduelle de la corne j)ar le frottement, et qu'il résultait de ce défaut d'usure un allongement du sabot , contraire à la rectitude dt-s aplombs. On a dit avec raison c^i'en associant le pied à l'inflexibilité du fer, on le privait dos mouvemens