DE L.V FERRURE
nécessaires à la nutrition de ses parties internes qui finissaient à la longue par s'atrophier en déterminant la déformation de l'enveloppe cornée; et à l'nppui de cette dernière assertion, on a cité la différence énorme qui existe effectivement entre le sabot vierge da ferrure, et celui qui, toutes conditions égalée d'ailleurs, était ferré depuis longtemps; on dit qu'en comparant les deux sabots à des époques successives, il était facile d'apprés cier cette différence dans chacun de ses degrés et l'on a conclu de cette comparaison que la ferrure avait pour funestes résultats de déterminer la diminution des glùmes de la fourchette, ramaigri:>sement de cette production cornée, la verticalité des baires, la concavalion de la sole, le resserrement des quartiers et des talons, souvent la cerclure de la paroi et la déviation de ses fibres, l'atrophie de l'os du pied, l'ossification des cartilages, et enfin l'adhérence des tissus sécréteurs avec les [)roduits sécrétés ; toutes conséquences de l'étreinte continuelle du saboi par le fer, de l'application irrationnelle du fer chaud sous le pied, de la méthode souvi-nt vicieuse de parer et râper les sabots, et enfin de l'ajusture fausse que les ouvriers donnent souvent à leur fer.
Frappés de ces funestes résultats, quelques hommes d'un grand mérite ont cherché s'il ne serait pas jiossible de remplacer la ferrure par un autre moyen conservateur qui eu présentât tous les avantages sans eu avoir les suites fâcheuses.
Lafosse, celui des hippialres français qui a le mieux raisonné la ferrure, pénétré de son influence ruineuse sur les pieds des animaux, avait le premier |)roposé de suppléer à l'usage du fer ordinaire, par l'emploi de plaques qu'il maintenait fixées sous le pied, au moyen de courroies attachées dans le paturon. L'expérience lui démontra bientôt l'impossibilité de se servir d'un tel moyen, et c'est alors qu'il proposa la (errure à croissant, si judicieusement raisonnée, mais qui n'est pas assez efficacement prolectrice des sabots pour pouvoir être adoptée.
Après Lafosse, des hippialres de Saumur proposèrent d'adapter sous les sabots, au lieu de fer, des semelles en cuir de même forme, fixées par des vis implantées dans la paroi. L'expérience a fait aussi justice de ce piocédé, très-admissible du reste en théorie. — Elle a démontré que les semelles de cuir ne résistaient pas longtemps à l'usure dans les temps secs, et que dans les temps humides elles mettaient obstacle, eus'imbibanteten se gonflant, à la marche libre de l'animal.
Dans ces derniers temps, un vétérinaire anglais d'un très-grand mérile,BRACY-Ci.ARCK. après avoir recherché avec une pénétrante sagacité et rigoureusement démontré toutes les conséquences ruineuses qu'entraîne la ferrure ordinaire, pro|)osa de la l'emplacer par l'emploi d'un fer {Jig. 235) formé de sept ou huit pièces articulées entre elles par chaniièu; et percées chacune d'une élampure : rien de plus simple dans la théorie, rien de plus lationnel (lu'un tel fer, mais aussi rien de plus inadmissible dans l'application. Et en effet, outre qu'il présente pour sa confection de nombreuiis difficultés, outre que sou prix
Fig. 23Ô. Fin-. 236.
i>st tn-s-coûteîix. il a encore contre lui, de ne pouvoir résister longtemps aux frotlemens de la marche, parce que l'usure de ses charnièros a bientôt déterminé la désunion de ses pièces qui, vacillantes alors sous le sabot, rendent la progression difficile et gênée.
Le fer formé de deux pièces articulées (y?^. 236) en pince, qui n'est qu'une modification plus simple de ce dernier, en réunit à peu près tous les inoonvéniens, sans offrir comme lui l'avantage de laisser au sabot son élasticité tout entière. Aussi est-il, à plus forte raison encore, inadmissible.
Enfin, après Bn \cy-Clarck, sont venus d'autres auteurs qui, frappés tout à la fois des inconvéniens de la ferrure ordinaire et de l'inefficacité des moyens proposés pour la remplacer, ont tranché la question, en disant que foule espèce de procédé emplové pour la conservation des pieds des animaux, était inutile, ou du moins ne devait pas être considéré comme nécessaire, puisque la nature n'avait pas fiiit naître les chevaux avec des fers sous les pieds : étrange argument et qui
: ÉCONOMIE DU BÉTAIL. liv. m.
conduit nécessairemen.1 à celte conelusiort que l'homme n'a besoin ni de se vêtir ni de se chausser, puisqu'il est né sans vétemens ni chaussures. Mais sans nous servir ici de la démonstration par l'absurde, il est facile de prouver que cet argument est sans nulle valeur ; et en effet, dans l'état de nature la résistance de l'enveloppe cornée dix pied se trouve parfaitement en rapport avec la résistance du sol considéré dans son étal naturel : or, il est évident que si le sol vient à acquérir artificiellement une plus grande dureté, il faut, pour que le rapport entre lui et le pied reste naturel, qu'artificiellement au^si le sabot acquière une plus grande résistance. Tel est le résultat que produit la ferrure, qui n'est en définitive que la copcséquknce nécessaire du pavage de nos roules et des rues de nos villes.
En dernière conclusion, il résulte de ce qui précètle, que, de tous les procédés pro|.o sés pour la conservation des pieds, la ferrure <lont nous avons enseigné les principes, est le seul admissible, malgré ses nombreux inconvéniens, qt;e la stricte observation des règles peut, du reste, de beaucoup diminuer.
Avant de terminer cet arlicle, je dois indiquer les sources ou j'ai puisé. Sa rédactioa seule m'appartient complètement. Les idées m'en ont été données par mon père ou par les notes recueillies aux leçons que professe à l'école d'Aï fort M. Reivatjlt, l'un des collaborateurs de cet ouvrage. Les dessins sont dus à l'habile crayon de M. A. Maignet, vétérinaire. H. BOULEY.