‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 227 sur 325 · CHAPITRE YlII. — Des pri.ncipales races de chevaux, et de lecr élève · texte numérisé non relu

CHAPITRE YlII. — Des pri.ncipales races de chevaux, et de lecr élève

Des notions d'anatomie et de physiologie ont été exposées dans un des articles précédents, elles ont dû servir à donner une idée des parties les plus importantes à connaître dans l'organisation des quadrupèdes domestiques. L'élude de l'anatomie a précédé celle des formes extérieiu'es. Il ne pouvait guère en être autrement ; l'étude de l'extérieur d'un animal ne peut produire tout le résultat désirable quand elle ne s'appuie pas sur la connaissance des parties que recouvre la peau. On n'arrive autrement qu'à des données empiriques, dont il devient impossible d'expliquer la raison.

Nous allons examiner les influences sous l'action desquelles se modifie l'organisation et se forment les races. Nous avons à déterminer à quels principaux types se rattachent les races nombreuses que l'on a reconnues dans les animaux domestiques , comment se sont établies ces races, comment elles se modifient, et quels sont les moyens de les améliorer.

Ces questions seront d'abord discutées

Four l'espèce du cheval; elles donneront occasion de voir si , malgré les plaintes souvent adressées aux cultivateurs français, malgré la critique qui s'attache à la plupart de leurs opérations, l'élève du cheval n'est pas conduite avec autant d'intelligence que d'économie dans beaucoup d'exploitations rurales.

Section i"^'. — Types à reconnanre daiu les différentes sortes de cheval' x.

Les races consistent dans des modifications profondes, qui s'établissant à la longue, sous l'influence des mêmes causes , dans l'organisation des animaux domestiques, se transmettent par hérédité. Le climat paraît, aux yeux de beaucoup de personnes, la principale sinon l'unique cause de la formation des races d'animaux. Les influences atmosphériques agissent sur les qualités des plantes employées à la nourriture des animaux , et cette action s'exerce sansinterruption par l'air qu'ils respirentet qui les baigne. Il était tout naturel de voir dans le climat une des causes les plus essentielles desmodificalions de l'économie; en effet cela est vrai pour les animaux domestiques auxquels l'homme laisse beaucoup de liberté; et c'est une vérité qui devient frappante lors-

qu'on examine les mêmes animaux dans des climats très-différents. Il n'en a plus été de même à mesure que la domesticité des animaux a été plus avancée. Pour ceux qui sont lout-àfait domestiques, et c'est l'état auquel ils tendent à arriver pour la plupart, la nature de la terre sur laquelle nous les élevons a une grande part d'influence; mais la première de toutes, sans contredit , existe dans la volonté de rhomnie, l'avantage qu'il peut avoir à créer certaines races , et le perfectionnement de l'agriculture qui permet à la volonté de s'exercer.

La quantité plus ou moins grande des fourrages artificiels, leurs qualités diverses, les soins que reçoivent les animaux, le choix de ceux qui sont employés à la reproduction ont alors la plus grande part dans la formation des races. Des pays naturellement peu fertiles, mais bien cultivés, peuvent en produire de fort belles. On peut comparer des localités analogues par leur sol, mais cultivées différemment, beaucoup de parties de notre triste Sologne, et non loin d'Anvers, beaucoup de parties de la Campine ; on se convaincra dans cette dernière localité des effets que peuvent produire des soins et des dépenses bien calculés sur des sols naturellement stériles et sur les races d'animaux que nourrissent ces terrains. On peut encore, tout-à-fait dans le même endroit, facilement distinguer la race de chevaux qu'entretient l'homme riche et intelligent de celle qui appartient au cultivateur pauvre; et dans les contrées encore soumises au joug féodal, recîonnaitre la race de chevaux à l'usage des nobles, de la race qui sert aux malheureux serfs.

Mais si, comme nous cherchons à le prouver , il dépend de la volonté de l'homme de former , dans des limites qui ne laissent pas que d'être étendues les diverses races de chevaux que le commerce demande, il faudra bien admettre qu'elles doivent être plus nombreuses et plus changeantes que si elles dépendaient surtout de la nature du climat. C'est ce que l'on voit en France, au moins autant queparlout ailleurs, et ce qui embarrasse singulièrement ceux qui ont à les faire connaître.

Les usages différents auxquels nous eml)loyons les chevaux nous ont portés à créer des races pour chacun de cea usages. La mode est venue ensuite les diversifier ; elle a demandé tantôt des chevaux à léle bii5-

392 ANIMAUX DOMESTIQUES : DES PRIX quée, lanlôt des chevaux à lête camuse, dans certains temps des balzanes et à d'autres époques des robes sans tache. Le hasard , l'ignorance ont contribué à mêler des races qui auraient dû rester distinctes; l'administration des haras a pendant longtemps placé des chevaux de toutes figures et de toutes races dans les mêmes dépôts: il est résulté de toutes ces causes réunies , non-seulement que nos races de chevaux sont nombreuses, plus nombreuses même que cela n'est à désirer, mais encore que l)eaucoup de nos chevaux n'ont pas de race , dans ce sens qu'ils proviennent de mélanges laits sans suite et sans but.

Or, "si dans un pareil état des races de chevaux on voulait les décrire toutes avec les mêmes détails, nul doute qu'on ne se proposât un travail de peu d'utilité, et qu'en définitive, toutes les parties du tableau étant pour ainsi dire mises sur le même plan, il n'en devînt confus et décoloré. Le mieux est donc de ne s'attacher qu'à la description des races les plus importantes, et de voir en second lieu les modifications moins essentielles qu'elles peuvent présenter.

L'auteur qui a vu de plus haut le sujet que

Fie. 238

CIPALES RACES DE CHEVAUX, liv. m.

nous traitons est M. le duc de Guichc, dans son ouvrage sur l'amélioration des chevaux en France. Il rapporte toutes les variétés de l'espèce à deux grandes catégories. La première comprend les chevaux légers, et aurait pour type le cheval anglais de pur sang; la seconde, les chevaux communs dont le portrait le plus pur se retrouverait dans le cheval boulonnais.

La distinction des chevaux communs, des animaux de la même espèce, que l'on appelle fins, nobles ou légers, et que, par un abus de mots, on désigne, a l'exclusion des autres, sous la dénomination de chevaux de race, est bonne; et elle est même si naturelle qu'elle est admise sans calcul par beaucoup de personnes. Elle frappe plus ou moins selon que l'on pénètre plus loin dans l'organisation des animaux ou qu'on les examine plus superficiellement.

Le type anglais de pur sang et le type boulonnais sont bien choisis pour faire ressortir les différences qui existent entre les chevaux fins et les chevaux communs; mais il nous paraît difficile de ne pas admettre des types secondaires dans chacune de ces catégories.

Ce qui paraît davantage, à la première vue,

Fig. 239.

dans les portraits du type boulonnais (fig. 238) et du type anglais de pur sang (fig. :>39), ce sont les caractères de force et de pesanteur du premier, et de légèreté du second. L'un est large et court, l'autre est mince et long. La croupe du cheval commun est courte, elle est fort oblique, elle descend , et comme on le dit en terme d'hippiatrique, elle est avalée; les reins et le dos sont courts, et l'épaule, qui n'a pas la longueur de celle du cheval fin, se rap- [)roche davantage de la ligne verticale. Une conformation opposée se remarque dans le cheval fin.

Situés au pourtour des os, les muscles, puissauces actives de la locomotion, concourent à établir les différences relatées. Ils sont courts et fort épais dans les races communes;on les voit souvent former sur la croupe de la race boulonuaise deux masses arrondies séparées par une dépression qui se continue sur les reins; la croupe, les reins sont plus charnus, le garrot est bien moins sec et moins élevé, l'encolure est bien plus volumineuse.

Si l'on passe à l'examen des tissus , on s'aperçoit facilement dans le cheval commun de l'épaisseur de la peau, de l'abondance , de la longueur, et du peu d'élasticité des poils et des crins, du développement et de la mollesse des parties cornées, des chàlaigtics et des sabots.

Quand on dissèque comparativement ces animaux , on reconnaît que les os des animaux communs, plus volumineux, donnant de plus larges implantations aux muscles, sont aussi plus poreux et plus légers ; que leurs muscles, offrant dans leur composition plus de tissu cellulaire et moins de fibres musculaires, sont flasques, et qu'ils doivent être moins énergiques. Nous remarquerons que leur peu de rigidité se trahit même sous la peau, toutes les fois qu'ils sont gros, épais, et qu'ils ne sont pas maintenus par des aponévroses, sortes d'enveloppes résistantes qui existent, par exemple, aux avant-bras et aux jambes ; car au-dessus de l'avant-bras, près du coude et vers le poitrail , on voit dans les chevaux communs les muscles devenir pendants par l'effet de leur peu de fermeté. Les os, les muscles, la peau et ses annexes offrent des caractères opposés dans les chevaux anglais de pur sang. Les autres parties de leur organisation expliquent la grande vitalité dont ils jouissent. Le cœur, le cerveau, les poumons ont un développement remarquable : l'œil est plus ouvert et plus vif; enfin, la légèreté de la télé, la largeur du crâne contribuent encore à leur donner un air d'intelligence que l'expérience ne dément pas.

Page 1