‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 247 sur 325 · DES SOINS A DONNER AU CHEVAL · texte numérisé non relu

DES SOINS A DONNER AU CHEVAL

talion venant à augmenter, on n'augmentait pas en proportion le nombre des animaux detravail, et SI conséquemment, toutes les autres conditions restant du reste les mêmes, on les soumettait à des fatigues au-dessus de leurs forces ? D'abord l'influence du surcroît de travail sur les chevaux serait tout-à-fait inaperçue ; pendant longtemps encore ils conserveraient toutes les apparences de la santé, l'appétit serait aussi avide pour l'avoine, le poil aussi luisant, l'œil aussi vif, les formes aussi énergiques : et les calculs d'économie paraîtraient alors d'autant mieux fondés, que leur justesse serait en quelque sorte démontrée par l'expérience. Les choses pourront rester dans cet état pendant 4, 5, 6 mois, un an même, sans aucun changement, sans aucun signe de dépérissement dans les animaux ; mais passé ce laps de temps, rien ne sera moins rare que de voir d'abord chez un ou deux chevaux les poils se hérisser et se ternir, les muqueuses se décolorer, les ganglions de l'auge se tuméfier, et l'appétit pour l'avoine diminuer : peu à peu les accidens se multiplieront ; et l'on sera tout étonné de voir çà et là (dans les attelages, et à des époques rapprochées, un grand nombre de chevaux présenter successivement les mômes signes maladifs. Puis, après l'apparition de ces phénomènes, témoignages indubitables d'une modification fâcheuse survenue dans l'économie de ces animaux, on verra le jetage se déclarer par un des naseaux, la pitùitaire s'ulcérer, et enfin la morve apparaître avec toute la série de ses symptômes. Enfin, plus tard les mêmes phénomènes se manifesteront successivement dans tous les attelages,tous les chevaux, jusqu'au dernier, deviendront morveux ou farcineux ou succomberont à des maladies adynamiques.

Tous les accidens dont nous venons de dérouler la série se lient d'une manière évidente pour les hommes observateurs, au défaut d'un repos suffisamment réparateur accordé aux animaux de travail.

Le repos est donc pour le che\'al une condition essentielle de santé et de conservation. Et pour être suffisamment réparateur, il doit avoir wie durée double au moins de la durée du travail.

§ IL — Du repos.

Le repos est plus que le pansage encore, pour le cheval de travail, une condition essentielle de conservation, dont il est d'autant plus important de bien apprécier l'influence, que les conséquences des excès de labeur ne se manifestent qu'à la longue et que leurs rapports avec les causes qui les produisent sont difficilement saisissables.

Ainsi, pour mieux faire comprendre ma pensée, prenons pour exemple une entreprise exploitée par un nombre donné de chevaux dont l'alimentation soit aussi salubre que possible, les conditions hygiéniques d'habitation et de pansage rigoureusement observées, le travail modéré, et chez lesquels enfin la santé n'ait jamais été troublée. Qu'arriveral-ii si, je sujipose, les travaux de cette exploi-

A. De l'habitation du cheval.

L'habitation du cheval reçoit le nom d'écurie. Nous renvoyons, pour ce qui a rapport à son orientation et à son emplacement, au chapitre de cet ouvrage qui traite des constructions rurales {voy. vol. iv, page 408) ; nous ne voulons parler ici que de ses conditions hygiéniques. "^

L'écurie doit èlre spacieuse, salubre et convenablement disposée pour permettre au cheval d'y prendre commodément sa nourriture et d'yjouir du repos réparateur de ses forces :

1° Spacieuse. Pour satisfaire à cette condition, il faut que l'écurie ait au moins 12 pieds de hauteur et que son étendue permette d'accorder à chaque cheval, qui doit v être loge un espace de 60 pieds carrés, dont 5 en largeur et 12 en longueur. Dans une place quj présente ces dimensions le cheval peut joui.de la liberté entière de ses mouvemcus, s'é-

tendre sur sa litière sans f êner ses voisins et sans être gêné par eux, enfin manger sa ration, sans avoir rien à redouter de leur avidité.

Lorsqu'au contraire la limitation des places est trop bornée, les chevaux, entassés les uns sur les autres, se gênent nuUuellemenl, les plus forls font la loi aux plus faibles, mangent une partie de leur ration et les empêchent de se coucher et de se reposer.

L'influence de celte exiguilé de l'espace sur la santé des animaux est plus grande qu'on ne le pense généralement. La gêne continuelle qu'elle occasionne pour tous, la privation de repos et souvent d'une partie de la ration qu'elle entraine pour quelques-uns, sont des ciiuses d'épuisement qui agissent puissamment surtout sur ces derniers, et concourent au développement de maladies redoutables. Dans les régimens de cavalerie, l'exiguité de la place que l'étendue des écuries permet d'accorder aux chevaux n'est peutêtre pas la cause la moins influente de l'invasion des fléaux {morve etfarcin) qui les déciment f voir Rec. Vétér.).

2" Salubre. La salubrité des écuries dépend de leur aération, de l'état de leur sol et de leurs murs; et enfin des soins de proprets qu'on leur donne.

A. Aération. Mélangé avec les produits de la transpiration cutanée et pulmonaire, infecté par les vapeurs qui s'exhah-nt des matières excrémentitielles, enfin, échaullé par le contact des animaux, l'air des écuries leur deviendrait tout-à-fait nuisible et serait bientôt même impropre à entretenir leur vie, s'il n'était sans cesse renouvelé.

Pour prévenir ces iâcheux résultats, il est nécessaire que les murs des écuries soient percés, à leur partie supérieure, de nombreuses ouvertures, opposées les unes aux autres, à travers lesquelles puissent s'établir des courans dépurateurs.

Au moj en de celte disposition, l'atmosphère intérieure de l'écurie est dans un mouvement perpétuel ; l'air qui s'est échauffé et vicié auicontact des animaux, devenu spécifiquement plus léger, tend à occuper les régions supérieures où il est entraîné par les courans, tandis que l'air plus pur et plus dense qui le remplace, obéit au contraire à un mouvement descendant, et vient occuper les régions inférieures, où il baigne les animaux , jusqu'à ce qu'échauffé par leur contact, il s'élève à son tour et soit remplacé par un air nouveau.

Dans les vastes écuries destinées à abriter un grand nombre de cluvaux, il est inutile que les ouvertures des murs soient défendues par des châssis ou des vitraux. La santé des animaux n'a rien à redouter des courans qui s'établissent au-dessus de leur corps, et leur présence suffit pour maintenir l'atmosphère à un degré de température assez élevé, malgré le renouvellement continuel de l'air. Dans les grandes chaleurs il est cependant utile d*» fermer les ouvertures pendant !e jour, du côté du midi, soit avec des toiles épaisses, soit simplement avec des nattes de paille, pour empêcher l'entrée des insectes.

Dans les écuries plus petites, destinées à loger seulement quelques chevaux, les châssis

DES CHEVAUX ET DE LEUR ÉLÈVE. mv. m.

de toile ou de verre, sont nécessaires aux ouvertures, parce que la présence des animaux ne serait pas sulfisanle pour maintenir l'atmosphère à un degré de chaleur assez élevé.

B. Etat du soi et des murs. Le sol des écuries doit être solide, lout-à-fait imperméable et légèrement incliné sous les animaux. Solide pour résister aux percussions de leurs pieds et ne pas former, en s'excavant, des trous qui présentent le double inconvénient de servir de réservoii s à lui'ine et de fournir aux animaux une surface d'appui inégale sur laqr.elle leurs aplombs tendent à se fausser : imperméable, pour ne pas s'imprégner de matières excrémentitielles qui y fermentent, s'y décomposent et donnent naissance à des produits miasmatiques : enfin , légèrement incliné pour permettre l'écoulement des urines.

Le pavage avec le grès ou la brique, ou le planchéiage avec de forts madriers, peuvent remplir ces trois conditions. Mais pour les grandes écuries, le pavage de grès serré et solide est de beaucoup préférable aux briques par sa solidité, aux madriers par son prix moins élevé; seulement il faut l'entretenir avec soin et réparer les détérioralions qui résultent de la désunion des pavés.

La terre battue et salpêlrée, quilforme le sol de beaucoup d'écuries, est loin de remplir les conditions que nous venons d'indiquer; il faudrait, pour qu'elle devînt assez résistante, qu'elle fût revêtue d'un béton de chaux, de sable et degravier.

Les écuries doivent être le moins humides possible, et pour remplir cette condition, la brique, substance sèche et imperméable à l'humidité, doit être employée préférablement à toute autre matière dans leur construction. Lorsqu'elles sont construites en pierres ou en moellons, il faut, pour parer a l'humidité, avoir soin de revêtir de planches, ou ce qui est moins coûteux, de paillassons nattés, ceux de leurs murs qui avoisinent les places occupées parles chevaux.

Cette précaution, utile pour les écuries élevées au niveau du sol, est indispensablement nécessaire pour celles qui sont souterraines.

C. Propreté des écuries. Les soins de propreté sont, pour la salubrité des écuries, des conditions essentielles, mais trop souvent négligées dans les campagnes, où l'on a l'habitude, afin de s'assurer de meilleurs engrais, de laisser les fumiers fermenter longtemps sous les chevaux ; celte pratique est mauvaise, parce qu'elle est préjudiciable à la santé de ces animaux, et qu'on peut obtenir d'aussi bons amendemens en faisant fermenter les fumiers dans des trous creusés en terre.

Ainsi, chaquematin, les palefreniers devront enlever avec leurs fourches et faire sortir de l'écurie toute la litière convertie en fumier parle contact des urines et des excrémens: ils relèveront sous l'auge celle qui placée sous le devant du cheval, n'a pas été mouillée et peut encore servir; puis, avec un baîai de bouleau, ils nettoieront à fond sa place. Si les chevaux restent le jour à l'écurie, les palefreniers devront balayer de temps à autre les ruisseaux qui donnent écoulement aux urines et enlever avec une pelle et une vannetle les crolius dont lesvapeurs Jnfeclent l'air.

CUAl'. 8.

Enfin, le soir, lorsque les animaux reviendront du travail, on étendra sous eux la paille fraîche relevée sous l'auge qui doit leur servir de litière peudaut lanuit.

d Disposition des râteliers et des mangeoires. Les râteliers et les mangeoires sont les meubles disposés à la place de chaque cheval, pour recevoir les alimens. • 1° Le râtelier est uue grille en bois de 2 pieds et 1/2 à peu près de hauteur, destinée à lormer avec le mur devant lequel elle est placée nue espèce de cage dans laquelle on met la raliou de fonrrage.

Dans la plupart des écuries, les râteliers sont placés au-dessus de la mangeoire et in clinés en avaut par leurextrémilé supérieure; mieux vaut, lorsque l'espace le permet, qu'ils soient disposés parallèllement au mur et sous un plan postérieur à celui de la mangeoire; dans ce cas, on les fait reposer par leur extrémité inférieure sur la paroi postérieiu'e de l'auge, et l'espace qu'ils interceptent entre eux et le mur est fermé par un autre grillage plus serré, et disposé transversalement, qui livre passage à la poussière des fourrages et la laisse tomber en arrière même de l'auge.

Les râteliers inclinés en avant et proéminens au-dessus de la tète des animaux, présentent l'inconvénient de laisser tomber dans la mangeoire et sur leur crinière la poussière des fourrages qu'ils contiennent; ils sont en outre moins commodément disposés pour le cheval. Ils ne doivent donc être employés que lorsque l'exiguité de l'espace force de renoncer aux premiers.

2° L'auge de la mangeoire est une espèce de canal de 15 pouces de profondeur sur 1 pied de largeur et fermé par ses 2 bouts. Le bord supérieur de sa paroi antérieure est élevé audessus du sol de 3 pieds 3 ou 4 pouces environ. On peut la construire en bois ou en pierre; les auges de bois sont ks plus ordinaires, les planches qui les forment doivent être épaisses, dures, résistantes et lellenieul bien assemblées qu'il n»y ait entre elles aucuii espace dans lequel les alimens mouillés puissent séjourner et fermenter. Il est aussi nécessaire que le bord supérieur de la paroi antérieure soit garni d'une plaque de fer ou de zinc qui le protège contre la dent des chevaux.

Les auges de pierre ont sur les premières l'avantage d'être tout d'une pièce, d'offrir plus de résistance à la dent des chevaux, d'imperméabilité aux liquides, et enfin d'être plus faciles à nettoyer. Mais le prix trop considérable que demande leur construction leur fait le plus souvent préférer les auges de bois.

Le plus ordinairement les mangfoires se trouvent soutenues contre le mur de l'écurie au moyen de pieds-droits ou de consoles espacés de distance en distance; en sorte qu'entre leurfaceinférieure et le terrain il existe un espace libre dans lequel les palefreniers rangent chaque matin la litière des chevaux.

Cette disposition des mangeoires peut avoir des résultats fâcheux. Il arrive quelquefois, en effet, que les chevaux étendus sur leur litière eng.tgent leur tête dans cet intervalle vide, et qu'en serelevant ils la hcurleut avec violence contre le bord inférieur

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