TOME II
AiMMAUX DOMKSTIQUES : Dli L'ANE LT DU JIULET.
quoiqu'ils aient, ainsi que leurs parens, beaucoup (l'ardeur pour le coil, il est recouuuaujourd'luii qu'à l'exoeplion de quelques cas bien rares, ils sont incapables de se reproduire, et que leur fécondité n'est jamais transinissible.Leseul moyen de lesmultiplier, c'est l'accouplement deTâue et de la jument.
Lorsque l'Espagne permit l'inlioduclion en France des beaux ânes dont elle avait jusque-là pi'oliibé la sortie avec un soin jaloux, le gouvernement, désireux de faire des essais comparatifs, plaça des baudets - étalons dans différentes provinces du royaume. Mais, soit ignorance, soit incurie, soit enfin vice inhérent aux localités impropres à ce genre de produit, la Gascogne et le Poitou sont restés seuls eu possession de la propagation des belles mules. Eux seuls ont conservé pure la race des baudets d'Espagne, et se livrent d'une manière fructueuse, et sur une grande échelle, à l'élève et au commerce des mules.
En Poitou ce n'est que dans les quarante cantons désignés à l'article Ane que la production et l'élève de la mutasse est exploité.
Là se trouvent, à des distances fort rapprochées, des haras composés des plus beaux individus de l'espèce; là les propriétaires et les riches fermiers ont de belles et fortes jumens bretonnes au poitrail, au coffre, à l'abdomen et à la croupe bien développés; en un mot, et en termes du métier, des jumens bien membrées, bien corsées^ et qui, bien pansées, bien nourries, ne sontemplovées qu'à produire.
Celle qu'ils préfèrent surtout est une race de jumens dites maraîchères, parce qu'elles sortent des marais Saint-Gervais; ce sont des bêtes bien allongées, bien ouvertes, bien croisées, mieux coffrées que toutes les autres, et ayant le poil souvent long de six pouces.
La monte de ces jumens a lieu dans les mois d'avril, mai et juin, et la durée de la gestation est de onze mois à un au. Pendant tout ce temps on a d'elles un soin tout particulier, et on les entoure de toutes les précautions indiquées pour les ânesscs.
Durant l'allaitement, les premiersjours surtout, ou les nourrit mieux et plus abondamment encore. Les plus gras pâturages en été, les fourrages les mieu.i. clioisisen hi\er, le son, l'orge, l'avoine et souvent même le pain, telle et la nourriture qu'on leur prodigue pour entretenir leur embonpoint et augmenter leur lait. On iiourritde même leurs petites mules dès qu'elles sont en état de manger quelque chose, ce qui a lieu au bout de quelquesjours; aussi n'est-il pas rare de voir vendre quelquesunes de ces mules, à l'âge de huit à dix mois, 700 francs et au delà, et la moyenne de leur valeur est- elle toujours de 4 à 500 francs. Le sevrage a lieu au bout de sept à huit mois et s'opère le plus souvent par la mère elle-même. C'est le moment de nourrir fortement les jeunes mules, si l'on ne veut pas les voir périr.
Dans les autres parties delà circonscription plus éloignées du centre et placées en dehors de la limite désignée , il s'élève aussi bon nombre de ces animaux; mais il s'en faut de beaucoup que l'élève des mules soit aussi bien traitée que dans la partie centrale. 11 n'existe que de chclifs haras placés à de grandes distances, et par celte raison surchargés de ju-
mens. Là, des ânes de 2 , 3* et 4* choix ne reçoivent que tout juste ce qu'il faut pour leur clonner une vigueur et une santé moyenne. Les uns sont gardés constamment à l'étable, les auti*es n'y sont tenus que pendant la durée du saut et les temps de neige et de fortes gelées, et sont envoyés au pacage dans de mauvaises landes le reste de l'année.
Dans quelquesautres localités, au contraire, lorsque la monte est faite, on les emploie à divers genres de travaux, et alors on les nourrit un peu mieux à l'étable. Nous i)ensons que cet usage, loin de leur être nuisible, leur est profitable. En effet, en leur continuant une nourritui'e forte et abondante, un travail modéré ne peut qu'être propre à leur donner de la force et de la santé, tandis qu'une constante oisiveté les use et les énerve.
Dans les domaines environnans sont placées une ou deux poulinières de race quelconque, le plus souvent des bêtes usées, petites ou grandes, tantôt bonnes, tantôt mauvaises, dont on n'a d'auti e soin que de les mener chaque matin, sans précaution, dans les landes, dans les plus mauvais pâtis, et seulement api'ès que les bœufs et les vaches ensuite les ont épri mes et foulés, et de les rentrer le soir dans une étable garnie d'une couche de fumier d'un pied d'épaisseur où elles ne sont l'objet d'aucun soin; aussi leur robe est-elle toujours salie de terre et de fumier, et leur crinière enchevêtrée au point qu'on ne saurait la démêler sans la couper. C'est ainsi qu'en hiver comme en été, par mauvais comme par beau temps, sont pansées ces malheureuses bêtes, si ce n'est pourtantlorsque la neige qui couvre la terre, ou la glace et la gelée qui arrêtent toute végétation, ont flétri et brûlé l'herbe au point qu'il est impossible à l'animal de la saisir et de la pincer; alors on leur donne à l'écurie les balles, graines et poussière (vulgairement se/u'cc) qui tombent du foin en le secouant, ou les balayures et immondices de la grange, et ce n'est qu'au jour de l'accouchement, ou encore tout au plus le lendemain, qu'on leur donne un peu de foin pur.
Enfin la mutasse n'est guère mieux traitée et elle est envoyée avec les mères dès qu'elle peut marcher, ce qui a lieu presque immédiatement. Ces jeunes mulets n'ont pour tout aliment dans les premiers temps que le lait de la mère, peu abondant lui-même, vu la mauvaise pâture qu'elles reçoivent, et plus tard quelques poignées de loin qu'on leur donne à grand regret, quand ils peuvent le broyer sous leurs jeunes dents; aussi n'obtient-on jamais que de faibles produits, et la moyenne des ventes, au bout du même temps que les premières, est-elle, année commune, de 75 à 80 francs au plus. Mais les paysans, en général, n'aiment pas les chevaux, les soignent mal , et regrettent même la mauvaise nourriture qu'ils leurs donnent.
Aussi ferons-nous observer encore que tandis que dans les cantons où l'on soigne Vctèie la réussite annuelle est au moins de quatrevingt-dix sur cent jumens saillies, elle n'est dans ces localités que de cinquante au plus, ce qu'il faut attribuer : 1" à l'infériorité, au mauvais choix et à la faiblesse des étalons, trop surchargés et mal pansés; 2° au peu de disposition et d'aptitude à la conception des
poulinières affaiblies et refroidies par le manque d'alimeiis et l'allaitement; 3" à la fréquence deTavortement produit par ces causes et par l'absence des soins indiqués pour les ânesses pleines et nourrices.
Néanmoins, et malgré un si mince succès relatif, a-t-on encore un immense avantage à élever des mules de préférence à des chevaux, car, 1° tandis que la mulasse réussit presque toujours et ne coûte aucuue peine, les poulains, quoique bien soignés, sont souvent emportés par la gourme ou n'ont qu'une jeunesse souffrante et maladive, et sur cent à peine en échappe-t-il cinquante; 2° quand au bout de huit à dix mois, au plus, un mulet se vend aisément de 60 à 240 francs, difficilement parvient-on à vendre, au bout d'un an, un poulain de 40 à 80 francs, encore faut-il qu'il ait de la taille et des formes assez belles. Est-il défectueux ou malingre, ou n'en trouve le ])lus souvent rien du tout. Il n'en est point ainsi d'une mule, qui se débite toujours, si pauvre, si mince qu'elle soit.
Le Languedoc, lePérigord, le bas Limousin, le Jura, l'Isère, l'Aveyron élèvent aussi quelques mules, mais de qualité et en nombre bien inférieurs. Enfin par toute la France, dans le midi surtout, il s'en fait quelques-unes; néanmoins, hors les pays ci-dessus désignés, ce n'est qu'une industrie accessoire.
Celte production devient d'autant plus précieuse aujourd'hui, que l'Espagne, abrutie par ses moines, déchirée par les dissensions civiles, semble avoir abandonné une spéculation pour elle jadis si avantageuse, et tire de nous maintenant les mules qu'elle nous vendait autrefois.
§ III. — Usage, utilité, avantages.
Les mules et les mulets sont susceptibles d'être appliqués aux mêmes usages que les chevaux ; comme eux on peut les employer soit à porter l'homme, soit à recevoir la charge, soit à traîner la voiture, la charrue, etc.; seulement il s'agit de choisir pour chaque travail l'animal qui lui est propre.
Les mulets qui conviennent au bât, à' la charrette, à la charrue, etc., sont ceux dont l'encolure est courte et forte, les formes carl'ées, le corps épais, le dos et les reins larges et droits et plutôt bombés que concaves, le flanc petit, les membres forts, parallèles et bien dans leur aplomb, le jarret bien développé, le canon ou métacarpe gros, égal, sain et net, le fanon saillant et recouvert d'une forte houppe de poils ou bien moustache, le paturon moyen, plutôt un peu court que trop long, le sabot gros, arrondi en pince, large et ouvert du talon.
Ceux qui sont destinés, au contraire, à être montés doivent avoir une conformation moins matérielle, plus élégante, la tète plus haute, plus fine, l'oreille plus courte, l'encolure plus dégagée, le corps plus allongé, le garrot plus relevé, les reins droits (jamais voussés), afin qu'ils aient plus de souplesse dans leurs mouvemens que leurstructure rend naturellement un peu durs. On exige du reste que, comme les premiers, ils soient bien établis, qu'ils aient des aplombs réguliers, mais les membres plus lins, l'épaule plate, l'avant -bras