DE L'UTILITÉ DU MULET
long, le jarret large, le canon court, uni, sec et bien musclé, le fanon peu garni, l'ergot petit, le sabot rond et bien proportionné, le talon haut, enfin que le paturon soit plutôt un peu long que s'ils étaient trop court-jointés, ce qui leur donne toujours un trot diir.
Le mulet a généralement, ainsi que nous l'avons dit, outre la supériorité de la force et de la durée sur l'âne et le cheval, l'avantage de la vigueur et de la taille sur le premier, et celui de la santé, de la sobriété sur le second; mais quoiqu'il soit moins délicat pour la nourriture, nous pensons pourtant qu'on en l'etirera un service d'autant meilleur qu'on le nourrira mieux, et nous devons dire, d'après notre expérience personnelle, qu'alors on ne trouvera pas une grande différence entre sa consommation et celle d'un cheval de même force, et que seulement, à nourriluie égale, il travaillera davantage. Mais si, au lieu de le tenir à l'écurie, on l'envoie pâturer et qu'on n'exige de lui qu'ujgi travail médiocre, on verra une grande préférence à lui donner; car il vivra fort bien où un cheval crèverait de faim.
Le mulet est généralement plus fort, plus agile et vit plus longtemps que la mule, mais celle-ci est plus douce, plus docile que lui. Aussi, à l'exception de ceux destinés à la charrette et auxquels on ne veut rien retrancher de leur force, on est dans l'habitude de castrer les mâles à l'âge d'un on deux ans pour les rendre plus patiens et plus soumis, et pour leur ôter cette ardeur effrénée pour raccouplement qui en rend l'usage dangereux.
En Italie, en Espagne, pays de collines, de montagnes, de ravins et de précipices, l'usage des mules, soit pour le transport à dos des marchandises et bagages, soit pour la selle, est aussi commun que celui des chevaux l'est chez nous. Elles y sont aussi employées communément à traîner la voiture et à porter les litières. Leur pas plus sûr, plus ferme, leur sobriété, les font préférer aux chevaux. En France, elles sont bien rarement employées comme bêtes de selle et d'équipage; leur indocilité, leur tête grosse et pesante, leur bouche forte, leurs grandes oreilles, leur trot dur, les font presque toujours rejeter.
Mais en revanche, en France et surtout dans les pays plus riches en bruyères qu'en prairies, les mules sont employées au labourage, et à la charrette, au bât.
Dans la plupart des campagnes, où chaque ménage rural fait lui-même son pain et envoie moudre son blé à sachée, la dispersion des habitations et la position des moulins, presque toujours situés dans des gorges ou des bas-fonds souvent inabordables, rendant le transport par charrettes trop dispendieux ou impraticable, ce sont encore les mules que les meuniers emploient.
Les mulets, quoique robustes et peu délicats, ne veulent pas être forcés de travail. Excéder leurs forces, surtout dans leur jeunesse, c'est s'exposera les user promptement et à leur donner des caprices. Il ne faut pas non plus les faire travailler trop tôt, trois ans est le bon âge. Dans beaucoup d'endroits pourtant, on a l'habitude pernicieuse de les mettre à la charrue dès l'âge de trente mois. Cet usage est nuisible à raccroissement des jeunes mules, et les fatigue prématuiémcnt.
414 AJNIMAUX DOaiKSTlQIJKS :
Le mulot est surtout un animal indispensable dans les pays mal percés, où le mauvais état des cliemins\ les ravins, les montagnes, les accidens quelconques de terrauis rendent la voie du roulage impossible ou trop conteuse. Aussi dans ces pays l'emploi des mulets est-il fort commun. C'est ainsi que dans certains lieux. s'etïectue l'enlèvemenl des blés et des marchandises. Us sont de même presque exclusivement employés à Texploi talion des mines, carrières, bois et forêts en pente et en coteaux peuaccessibles aux voilures et charrettes, et au transport à dos, dans les usines, des bois, charbons, minerais, terres, etc. Aussi dans les pays de cette nature, et aux approches de ces établissemens, exisle-t-il des hommes appelés muletiers, possédant dix a vingt mulets chacun, qui se chargent de ces travaux.
Ces mulets n'ont guère pour nourriture que la maigre pâture qu'ils peuvent prendre dans les laudes arides peuplées de bruyères et d'ajoncs, où ils vivent toute l'année de pointes d'ajoncs., de genêt , d'herbe au lait, de pàturin, d'ivraie vivace, demelique bleue, de nard et de quelques autres graminées rares et coriaces. C'est ainsi que pour la plupart, ils passent toutes les nuits de l'année à pàîlre pour travailler ensuite tout le jour. Ils n'ont de meilleure nourriture que celle que les muletiers peuvent leur faire prendre à la maraude, ou le foin qu'ils sont forcés de leur faire donner en voyage quand ils ne peuvent trouver à prix d'argent ou à leurs risques et périls un pacage ou une lande où les melire. Seulement ils donnent un peu d'avoine aux bêles jeunes, faibles ou malades. Et pourtant ces malheureux animaux, exténues de lia\ail, souvent couverts de poux et de gale, faute de soins et de pansement, n'en font pas moins un excellent service, et transportent, presque journellement et par des chemins affreux dont ils ont peine à se tirer, à la distance de deux à trois myriamètres, un poids moyen de 75 à 80 kilogrammes, travail auquel ne sauraient tenir des chevaux, quoique bien mieux soignés. Ceci est suffisamment prouvé l)ar la nécessité où sont leurs maîtres de renouveler fréquemment la jument qu'ils sont obligés d'avoir avec leurs mules pour les guider, et qui, quoique mieux pansée, mieux nourrie et presque toujours avénée, ne peut soutenir longtemps cette fatigue.
A la vérité ils en perdent souvent, surtout dans les hivers rigoureux, par la faim, la gale et la misère; mais avec un peu plus de ménagement et en les nourrissant mieux, ils préviendraient une bonne partie ae ces accidens.
L'usage est de ferrer les mulets, à fers ordinaires ou à fers en forme de croissant relevé et débordant en pince le sabol d environ un pouce. Ce dernier mode a pour but de les préserver des heurts et de les empêcht-r de se prendre et de buter, surtout dans les lieux montueux et pierreux. (Voir l'art. Ferrure.)
§ IV. — Coniinerce des mules et de mulets.
Le Poitou et la Gascogne font nn très-grand commerce de mules et de mulets, et il existe
DE L'ANE ET DU MULET. i.iv. m.
d(>s foires Irès-remarquables pour ce genre de trafic. Les plus considérables sont celles de (^hampdenier. Auge, Saint-Maixent, Niort, La Motte-Sainte- Heraye, Saint-Sauvent, Fontenai, Melle, Mauzé, Toussé, Chenoux, etc.
Les propriétaires de jumens poulinières, à l'exception de quelques-uns particulièrement favorisés par la localité et pourvus de bàlimens suffisans et commodes, ne gardent leurs jeunes mules (jne jusqu'à l'âge de sept à dix mois, et les mènent aux différentes foires où ils les vendent dans les mois de décembre, janvier, février et mars. On les désigne alors dans le commerce sous le nom dejetonnes. Les garder plus longtemps avec leur mère serait exposer celle-ci à l'avorlement, surtout quand ce sont des mulets, qui se jettent sans cesse sur elles; les garder seules n'est pas facile. On évite de plus par là les dangers de la gourme, ainsi que ceux. de la castration pour les mâles.
Quelques éleveurs, possédant une certaine quantité de landes de la nature de celles dont nous avons parlé plus haut, achètent de ces jeunes mules qu'ils font pacager toute l'année dans ces landes où elles vivent t;mt bien que mal, et ne les tiennent à l'clable que la nuit seulement. Us ne les soignent et ne les nourrissent un peu mieux qu'au moment où ils veulent les vendre, ce qui a lieu de 24 à 30 mois, quelquefois avec un bénéfice assez considérable. On les appelle alors doubloiines.
Les autres sont achetées, soit par des revendeurs de la Gascogne, de l'Auvergne, de l'Espagne, du bas Limousin, du Languedoc, qui les emmènent et les vendent dans leur pays, soit par les fermiers qui les nourrissent et les soignent jusqu'à l'âge de deux à trois ans, époque où ils les emploient à tirer la charrue ou à tout aulre usage. Us les gardent ainsi tant qu'elles sont ce qu'on appelle mules de marque, ou jusqu'à l'âge de 5 ou 6 ans, temps où la vente est la plus avantageuse.
Depuis que les entraves apportées à l'odieux trafic de la traite des Nègres et la diminution subséquente des esclaves employés à la culture des terres dans les colonies, ont fait substituer dans une partie des travaux l'emploi de ces animaux à celui des hommes, il s'en expédie chaque année une assez grande quantité pour celte destination. De 1826 à 1835 il eu a été exporté par le seul port de Cherbourg près de 9,000 à Bourbon et aux Antilles; mais on ne veut pour cela que des mulets de quatre à quinze ans; plus jeunes, ils ne peuvent, dit-on, supporter la traversée ; plus vieux, ils ne valent pas les frais.
Enfin les autres sont achetés, savoir: les plus beaux par les meuniers, les voituriers et les cultivateurs, et les médiocres par les muletiers qui ne peuvent y mettre de hauts prix.
La nouvelle expédition d'Alger a fait hausser tout à coup le prix de ces animaux, et cette colonie peut devenir un jour un débouché fort avantageux pour cette production.
Les mulets du Poitou, plus membres, plus corsés, plus robustes, sont les plus estimés pour le trait et le bât, et sont exportés pour ce service en Languedoc, en Espagne et aux colonies, tandis que ceux de Gascogne, plus légers, plus minces, plus sveltes, et d'une allure plus douce, sont principalement recherchés par les méridionaux pour la selle, la litière et
Chap. 11. DU BARDEAU
la voiture ; mais, eu général, ils se veudenl à (les prix bien moins élevés.
Comme celui de l'âne, le fumier du mulet est un fumier chaud, très-propre aux terres froides et humides, granitiques et argileuses; son cuir, sa corne, ses os, sa chair, toutes ses parties et ses issues enfin, sont employés dans les arts comme celles des chevaux et des ânes.
Dans le commerce, les mulets comme les chevaux diminuent beaucoup de valeur par la perte totale de leurs dents caduques ou dents de lait, et le rasemeut des dernières remplaçantes, parce qu'alors l'âge devient incertain pour beaucoup et que l'animal est susceptible de prêter davantage à la fraude de la part des maquignons; aussi vend-on les mules bien plus avantageusement un peu avant cette époque.
Du bardeau.
Le bardeau (/i//î«//j) ne diffère guère du mulot proprement dit qu'en ce qu'il est fils du cheval et de l'ànesse, tandis que le premier l'est de l'âne et delà cavale. Les métis tenant toujours plus de la mère que du père, il a par conséquent plus de ressemblance avec l'âne;
mais ce métis est assez rare, aiis.-ii ne saurionsnous donner que peu de dociimens sur lui. On le regarde généralement comme plus robuste et plus sobre encore que le mulet.
Peut-être, d'après cette réputation, devraiton s'étonner de voir cet animal si peu propagé, tandis que le mulet est si commun; mais cela doit s'attribuer, selon nous, 1° au moins dardeur pour la copulation chez le cheval que chez làne; et partant, au plus de difficulté aie faire accoupler avec une femelle d'une espèce différente de la sienne; 2" au peu d'avantage qu'on aurait à faire saillir par le cheval les belles ânesses dont le produit en animaux de leur espèce est d'un prix bien plus élevé que celui des plus beaux mulets et bardeaux ; 3" à la difficulté et au danger de l'union d'un cheval de taille même moyenne avec une ânesse de petite taille, joint au peu de profit qu'on retirerait d(; cet accouplement qui, dans les cas assez rares où il aurait le résultat désiré, .ne donnerait que des produits insignifians, vu leur faiblesse et leur petite taille, puisque c'est de la mère que participe sxu'tout le produit.
PnESSAT,
Cullivaleui- à Sainl-Barban (Ilaule-VienDe).