DES RACES DE BOEUFS DE TRAVAIL
connaît la tendresse de la vache pour son petit.
La patience, la douceur et même les canisses sont les meilleurs, pour ne pas dire les seuls moyens de dompter les taureaux et les bœufs, et d'obtenir le lait des vaches.
Le taureau a le membre très-long et la pointe contournée en spirale; il franchit la fleur épanouie, pénètre aans l'intérieur de la matrice, et quelquefois même dans les cornes de ce viscère; il peut engendrer à un an. La femelle est encore plus précoce, mais c'est plus lard qu'il convient de les accoupler.
La chaleur se manifeste pour l'ordinaire au printemps, il n'est pas rare de voir des vaches en chaleur plusieurs fois l'année, et même constamment.
La vache porte neuf mois; plus souvent que la jument elle met bas deux petits ; la parlurition est souvent chez elle accompagnée d'accidens.
On nomme veau le mâle impubère; vêle^ la femelle du même âge; génisse, la femelle qui, ayant atteint l'âge de la puberté, n'a pas encore porté. Le taurdlon est un mâle enlier qui n'a pas encore tiois ans; le bouvillon est un bœuf de même âge. Sur les montagnes d'Auvergne on nomme hourrets et bourvettes les jeunes bêtes qui ont moins de deux ans; ce sont ensuite des doublons, des doublonncs, des tierçons (doubles ans, trois ans).
Les bœufs comme les vaches prennent en deux ans à peu près tout leur accroissem.ent.
Leur plus grande force est de 5 à 9 ans ;
Le terme naturel de leur vie, 15 à 18 ans.
Division des bœufs ordinaires, différences qui les distinguent.
Les bœufs présentent des variétés héréditaires qui s'affaiblissent et s'effacent par le croisement. Les plus remarquables sont l'existence au garrot d'une ou deux loupes graisseuses, l'absence, la mobilité ou la division des cornes en plusieurs branches, les différences dans le volume et le poids. Le poids varie de 200 à 4,000 livres ; la taille, de cel le de petits béliers, comme les bœufs de Norwége, à celle des plus grands chevaux, comme les bœufs de l'Ukraine. Bien plus que dans les autres espèces, leur taille dépend de la nourriture qu'ils reçoivent. La couleur présente toutes les nuances du blanc au rouge et au noir.
Ce qu'il faut surtout rechercher dans les bêles bovines, c'est l'aptitude au travail, l'abondance du lait, la facilité et l'économie de l'engraissement; mais comme on ne trouve pas toujours dans la même bête ces qualités réunies, il faut choisir celle qui est le plus en harmonie avec les localités, et qui offre les moyens de changer le plus utilement le fourrage en lait, en fumier, en viande ou en produits de travail.
Il n'est pas facile de classer les bœufs d'après leurs caractères extérieurs. En Allemagne, on a cru qu'on pouvait les distinguer par la couleur; mais bien qu'en général les bœufs de montagnes soient rouges, ceux de plaine gris, ce caractère n'est pas assez constant pour servir de base à une division.
La division en bœufs de montagnes et de plaines n'est pas plus exacte; leur taille, leur produit en lait, en viande ol en travail, varient, dans les montagnes comme en plaines, suivant les soins et la nourriture qu'on leur donne.
M. Desmarets les a divisés en races de haut cru et races de nature. Les races de nature ont la peaufine, souple, le poil moelleux, le regard doux, s'engraibsent facilement et vivent dans des lieux peu élevés. Les l'aces de haut cru, à cuir fort, à fanon développé, au regard farouche, habitent en général les montagnes; mais cette division n'est pas plus exacte que les autres. Peut-être serait-il plus rationnel de les diviser en races de travail, races de bou- 'cherie et races laitières.
En Angleterre, où les chcA'aux et les mulets sont presque seuls employés à la culture et au tirage, c'est uniquement pour le lait et la boucherie qu'on y entretient les plus belles races bovines de l'univers.
11 résulte de documens statistiques positifs que la moyenne du poids net des bœufs de boucherie, en Angleterre, est de 554 livres, et en France de 350. Même proportion à l'égard des veaux, des moutons, des agneaux.
Ce n'est pas tout : l'Angleterre, d'après les mêmes documens, possède dix millions cinq cent mille têtes bovines, et la France seulement six millions six cent quatre-vingt-deux mille; et, pourtant, de combien la France est-elle supérieure à l'Angleterre en territoire et en population!
Aussi, quoique grands consommateurs de viande, les Anglais n'achètent point de bétail, et malgré notre excessive sobriété en ce genre d'aliment, il résulte de recherches statistiques qu'en France les habitans des villes consomment en viande, terme moyen, 60 livres par an, ceux des campagnes environ 20; tandis que chaque Anglais en absorbe 220 livres.
Nous traiterons d'abord des races bovines travailleuses, en commençant par celles qui sont étrangères à la France.
Section m. — Races de bœufs de travail.
§ I"'.— Du zébu {bœuf à bosse) de l'Inde*
Le zébu {,fig. 2G0) est peu connu en France, Fit:. 260.
c'est aux communications bienveillantes de M. l'abbé Perrin, si longtemps missionnaire dans l'Inde, que nous devons les détails que nonsallons donner. Le zébu est presqnela seule
1.50 AlMMAUX DOMESTIQUES : DES R\C1 loce. bovine domcslique tle l'Inde et de l'AiVique. L'Europe nepeul manquer de s'en enrichir un jour. Déjà elle se multiplie dans quelques parcs anglais. On en distingue plusieurs variétés : les unes à une seule, d'autres à deux hosses, toujours sur le garrot; ce sont des loupes plus volumineuses chez les mâles, dont le poids peut s'élever à 60 livres.
Oes excroissances sont ce qui, à l'extérieur, distingue le plus les zébus des bœufs ordinaires ; elles disparaissent au bout d'un certain nombre de métissages. C'est bien à tort qu'on a voulu faire du zébu une espèce bovine particulière, il produit avec toutes nos races domestiques des individus féconds; or, c'est là la preuve naturelle de l'identité d'es-* |)èce.
La taille des zébus varie de celle d'un petit bélier à celle des plus gros bœufs européens; (|uoique trapus, ils sont fort agiles; il en est clonl les cornes sont mobiles, d'autres qui sont privés de ces organes. Leurs jambes sont beaucoup plus longues que celles de nos bœufs.
Tous, au lieu de mugir, font entendre un grognement qui n'a rien de désagréable.
Leur naturel, leurs mœurs, leur régime, sont ceux de nos bœufs avec plus d'intelligence, de docilité et d'aptitude à un grand nombre de services. Ils traînent d'aussi pesons fardeaux que nos chevaux de trait. Attelés au carrosse, ils vont aussi vite que des chevaux, et font 15 à 20 lieues par jour.
Les zébus gravissent les montagnes de l'Inde, portant sur leur dos des balles de coton du poids de 800 livres : charge supérieure à celle des plus forts mulets.
On selle et on monte encore les zébus. On les guide alors avec une corde qui, traversant les narines, U'M fonction de mors. Ils trottent .conslamment, et on les façonne facilement à l'allure de l'amble. Il est de ces zébus de forte race qui, échappés à la domesticité, ont la vitesse des chevaux barbes.Les hackalis, bœufs de guerre qu'on emploie dans quelques contrées de l'Afrique, sont des zébus.
Très-mullipliés dans l'Inde, ils y remplissent toutes les fonctions que les bœufs, les mulets et les chevaux remplissent ailleurs. Enfin il n'est pas de race bovine qui rende plus de service que le zébu. Aussi dans l'Inde, toutes les caresses, tous les soins lui sont prodigués; il est nourri délicatement et pansé avec exactitude ; on ne souffre pas la plus légère tache à sa robe; en outre, on le pare avec plus ou moins de magnificence, selon le rôle qu'il doit jouer. Le moins qu'on fasse, c'est de renfermer chacune de ses cornes dans un étui de cuivre jaune et de lui mettre au col un collier d'acier poli; mais s'il est assez heureux pour entrer dans les écuries d'un prince, tous ses harnais sont d'or et de soie.
§ II. — De la race écossaise sans cornes.
Cette race, originaire d'Asie, est répandue en Angleterre et surtout en Ecosse ; on la retrouve en Irlande. On en introduisit, sous le consulat, une colonie à la ferme expérimentale de Rambouillet; on la trouva |)récieuse sous les rapports du travail et du lait; elle se répandait dans les dcpartemens voisins; on l'eût, sans doute, partout adoptée,
S BOVINES ET DÉ LEUR EL1>VE. iiv. m.
mais elle fut presque entièrement emportée par l'épizootie de 1815; elle est caractérisée ainsi : — absence complète de cornes, et même aplatissement, et concavité aux lieux où elles s'élèvent dans les autres races; — exhaussement au milieu du front; — pariétal et crête de l'occipital très- forts ; — près de terre, quoique de grande taille, beaucoup de corps ; — poitrail et croupe très-larges ; — épaules très-musculeuses; — fanon descendant audessous du genou; — peau fine; — poils ras et fins (caractères des races orientales); — poil blanc mêlé de rose et de rouge, quelqueibis de la nuance nommée porcelaine sur le cheval; — une gi*ande douceur, soit au pâturage, soit à retable; et, néanmoins, beaucoup de force et de courage, se battant avec le poitrail plutôt (ju'avec la tête; — abondance de lait et facilite de l'engraissement.
Les produits de cette race unie aux vaches à cornes se sont constamment montrés sans cornes, ou avec de petits cornillons adhérens à la peau qui ne tardent pas à tomber.
Cette race a éprouvé chez nous la même défaveur que les bêtes à laine d'Espagne, cl d'abord les cultivateurs l.i rejetaient également ; ils ne pouvaient se figurer que des animaux ainsi conformés Dussent être utiles, et ils refusaient de leur laisser couvrir leurs vaches. Il a fallu qu'ils vissent leur produit, que l'expérience leur montrât combien leur multiplication est certaine, et enfin combien l'absence des cornes est non-seulement peu iu)porlante, puisqu'elle n'empêche pas de les atteler au collier, mais encore utile, pour qu'ils consentissent à l'adopter. A sa grande douceur, cette race joint les avantages d'êlre bonne portière et très-bonne lailière; elle a aussi celui de pouvoir être mise dans la même pâture avec des jumens pleines ou poulinières, sans craindre que les mères et les poulains soient éventrés par des coups de cornes, comme il n'arrive que trop souvent.
§ III. — De la race helvétique de Scbwitz.
On a signalé en Suisse trois races bien distinctes de bêles bovines : 1° celle de Fribourg; 2'^ celle de Hasli ; 3° celle de Scbwitz ; la dernière est plus précieuse que les deux autres : bonne laitière, s'engraissant aisément, elle est encore éminemment propre au travail, aussi l'avons-nous placée dans la section des travailleurs.
Voici ses principaux caractères : — couleur variable, en général bai-brun avec une raie fauve sur le dos; — fesses lavées; — poil de l'intérieur des oreilles fauve; — tête large, carrée, chi- .gnon bien prononcé, cornes fortes, noires, œil vif, chanfrein court, large et charnu ; — encolure courte bien musclée, fanon bien détaché, sans descendre fort bas; — poitrail et épaules larges, bras et avant-bras larges, bien musclés; — corps long, côtes arrondies, dos horizontal ; — extrémités fortes, jarrets larges, bien évidés, tendons fléchisseurs des extrémités bien prononcés; — ensemble du corps exprimant la force et la vigueur.
Ces caractères adoucis se retrouvent chez la vache, ses mamelles amples sont garnies de six mamelons, et ses vaisseaux mamn)aires sont très-apparens.
GBAP. 11