TOME H
471 ANIMAUX DOAlESriQUES le malin oti le soir; dès qu'il est rentré, ou retend auprès de l'étahle dans un lieu frais, à l'abri du soleil et de la pluie.
Le danger qu'olïre le trèfle mouillé n'est pas ausj-i grand qu'on le croit généralement: « C'est une erreur trop généralement admise, dit M. Villeroy, dans son excellente brochure sur l'éducation du gros bélail, de croire que le trèfle mouillé est dangereux; s'il est dangereux, c'est au contraire lorsqu'il est flétri par le soleil, ou lorsque, fauché sec, il s'est échauffé en tas. Si cela pouvait s'accorder avec la distribution du travail, je ne ferais faucher le trèfle vert que le matin à la rosée, et le soir au coucher du soleil. Dans les premières années de la culture de ma ferme, pauvre, en fourrages, j'ai été quelquefois forcé de faire pâturer à l'automne des trèfles troppelits pour étte fauchés; plusieurs fois, mes \aches ont gonflé, mais toujours après midi, par un temps sec, et jamais le matiu; j'ai communiqué celte observation à un vétérinaire instruit; desinformationsont étéprises,etil s'est trouvé que d'autres que moi avaient constaté le fait. Quant au trèfle fauché mouillé de pluie ou de rosée, je puis aflirraer que pas une fois il ne m'a causé un accident, quoique mes bêtes eu mangent autant qu'elles en peuvent manger. »
Dans la distribution du fourrage vert, on observera les règles suivantes : Los premiers fourrages verts, surtout s'ils sont jeunes et aqueux, doivent être donnés en petite quantité à la fois etmélangésavec du sec, soit foin, soit paille; à cet effet, il est bon de hacher le tout ensemble avec un hache-paille, afin d'opérer le mélange plus complètement, sans quoi les animaux trient le vert du sec et laissent ce dernier. En général, nue addition de paille (environ 3 livres par bêle) aussi longtemps que dure la nourriture verte est salutaire pour le bétail et pécuniairement avantageuse pour le cultivateur, en lui économisant des alimens de plus grande valeur; cette addition est surtout utile par des temps humides.
On évite de donner de fortes portions de fourrage vert à la fois; cette précaution, qu'il est assez difficile d'introduire parmi les domestiques, est cependant indispensable. On évitera également de faire boire immédiatement après le repas, on risquerait ainsi d'occasionner la météorisation ; on fait boire une heure avant les repas, ou seulement avant le repas du soir. Les bêtes font quelquefois 3 re-
Sas par jour et chacun dure aJors pi'ès de 2 eures ; ou l'on préfère ne donner que 2 repas qui alors durent chacun 3 heures; je crois que cette derni-ère méthode est meilleure pour les animaux de grandes races et pour les bêles à l'engrais. La nourriture au vert dure, dans le climat du nord et du centre de la France, 160 à 200 jours; dans le midi elle peut durer jusqu'à 250 jours et même plus dans certaines localités.
Il faut à une vache pesant 7 à 800 livres en vie, 90 à 110 livres de fourrage vert par jour; on peut nourrir une vache pendant l'été avec environ 30 ares de trèfle ordinaire, 20 à 25 de beau trèfle, 10 à 15 de belle luzerne.
DES RACES BOVINES ET DE LEUR ÉLEVÉ, liv. m.
§ IV. — Nourriture d'iiiver du gros bétail.
De tous les animaux domestiques ce sont les bêtes bovines, et notamment les vaches laitières, qui s'accommodent le mieux des alimens aqueux, tels que racines, choux, résidus de diverses branches techniques, comme sucreries de betteraves, féculeries, etc. Toutefois il leur faut, de même qu'à l'autre bélail, une partie de la nourriture, au moins un tiers ou même la moitié, en foin ou en paille.
La nourriture d'hiver la plus convenable et la moins chère partout où l'on est privé de résidus, se compose de racines et de regain dont on remplace ordinaii'ement une partie par de la paille. Parmi les premières, les pommes de terre sont les plus généralement employées. Il est rare qu'on les fasse cuire pour les vaches laitières auxquelles la qualité lactifère dos pommes de terre crues convient fort bien, surtout lorsqu'on vend le lait en nature. Néanmoins les accidens auxquels cet aliment donne parfois lieu, surtout chez les animaux qui n'y sont pas habitués et chez les vaches avancées dans la gestation, ont lait rechercher des moyens moins coûteux et aussi efficaces que la cuisson, pour détruire, dans la pomme de terre, celle propriété délétère qui la distingue. La fermentation semble remplir ce but assez complètement, et plusieurs agriculteurs distingués appliquent aujourd'hui co moyen en grand par une méthode simple et économique.Voici ce que rapporte sur ce sujet une feuille périodique agricole de laHesse (1) : « Les pommes de terre crues sont écrasées aussi complètement que possible, et mélangées avec de la paille hachée et mouillée. On met ce mélange dans une cuve ou dans une caisse, on le presse fortement, et on le laisse fermenter pendant trois jours. La masse s'est alors fortement échauffée, et les pommes de terre se sont réduites en une bouillie qui a pénétré la paille de manière à former un tout homogène. Cette nourriture est fort goûtée du bélail. «Les vaches, dit l'auteur du Mémoire, ontaujourd'hui meilleure apparence que dans les années précédentes lorsqu'elles étaient nourries de résidus de distilleries de pommes de terre ; elles ont le poil luisant et l'œil bon, beaucoup de vivacité, sont plus grasses et donnent plus de lait qu'auparavant.» La proportion en volume est de 3 simmeri (à CO livres environ chacun) de pommes de terre, et de 4 simmeri de paille hachée auxquels on a faiî. absorber quatre à cinq seaux d'eau. Celle quantité est pour onze à douze vaches, de sorte que chacune d'elles reçoit de 15 à 16 livres de pommes de terre par jour. Inutile d'ajouter qu'il faut quatre cuves, ou une cuve divisée en quatre compartimens, dont chacun doit contenir la ration journalière.
L'opération d'écraser les pommes de terre étant assez difficile, on pourrait, je pense, se contenter de les couper menu, dût-on les laisser alors fermenter plus longtemps.
On peut remplacer la paille hachée par des siliqucs de colza, des balles de çrain, du foin haché, etc. On peut également ajouter au mélange, et faire fermenter en même temps du
(1) Zeitschrift fur die landwirthschciflUchen vereine llessens. b jam'. 1837.