‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 284 sur 325 · EDUCATION DU FORC · texte numérisé non relu

EDUCATION DU FORC

plus plaire à notre œil sont celles qui nous permettront d'obtenir le plus grand profil aux moindres frais possibles.

§ VII. — De l'accouplement.

A peine séparés de leurs mères, les porcelets sont déjà capables d'engendrer; il est rare qu'on leur permette d'user de ces dispositions précoces qui se manifestent quelquefois avant l'âge de lO semaines : il est probable, en effet, qu'un accouplement si prompt n;; donnerait naissance qu'à des jtroduits chctifs et userait inutilement les forces du jeune mâle et de la jeune femelle. Trop de précipitation dans ce cas conduirait bien vite à l'abâtardissement de la meilleure race. On ne doit cependant pas non plus tomber dans l'excès contraire, en éloignant trop la première portée des jeunes truies : tout le temps que le mâle et la femelle passent sans procréer ou élever des petits est un temps perdu : la précocité de désirs qui leur a été donnée par la nature n'indi(jue-t-elle pas qu'on doit se hâter de les mettre à protit ? En Normandie où le verrai saillit à 8 mois des truies du même âge, on n'a point remarqué de dégénérescence dans la race qui est peut-être la plus belle de France : d'ailleurs le mâle devient souvent féroce dès sa deuxième année ; la truie devient aussi plus intraitable à ,3 ans; elle se laisse diflicilement manier, et dès lors il n'est guère possible d'en tirer parti pour la multiplication de l'espèce.

Le rut de la truie se manifeste par un mouvement désordonné ; elle saule sur les autres porcs ; sa bouche est baveuse et écuninute; les lèvres de la vulve sont rouges et enflées; elle recherche et provoque le verrat. Ordinairement on les enferme ensemble quelques jours pour assurer la fécondation ; cependant des expériences souvent répétées ont montré <|u'il élait rare que le premier saut ne fût pas suflisant ; néanmoins il est sage, toutes l'js fois qu'on le peut, de laisser répéter le .saiit, surtout quand le verrat a eu depuis quelque tciiips beaucoup de femelles à servir.

Aux époques de l'accouplement le verrat doit recevoir une nourriture clioisie , mais pas trop abondante ; car il ne s'agit point de l'engraisser, mais de dévelopj>er sa vigueur et sa gaieté : un peu de grain, de l'avoine, du sarrasin, du seigle, produisent fort bien l'effet désiré. Quand on le tient enfermé il peut saillir jusqu'à quatre truies par jour; il rendrait beaucoup moins de service, si on le laissait vaguer librement avec le troupeau ; ses forces se perdraient dans des luttes inutiles, et l'on n'aurait pas le moyen de constater avec certitude l'époque de l'accouplement des truies, ce qui est indispensable à savoir, attendu qu'elles exigent beaucouj) de surveillance quand approche le temps où elles doivent mottrebas. Quoique le verrat soit fort lascif, l'accouplement se fait avec lenteur : le coït se prolonge 3 à 4 minutes avant l'émission delà semence : on reconnaît que l'animal a accompli son œuvre à l'interruption soudaine de ses mouvemens, et à l'étourdissement subit dont il semble frappé.

§ VIII. — De la gestation.

La truie, selon Parmentier, porte 113 jours et met bas le 1 14™ ; un dicton vulgaire fixe la durée de la gestation à 3 mois 3 semaines et 3 jours ; mais la nature n'a point soumis la truie à une exactitude aussi précise que semblent 'l'indiquer le proverbe et Parmentier ; il en est d'elle comme de toutes les autres femelles, l'âge, la race et beaucoup d'autres circonstances influent toujours sur le terme de l'enfantement. D'après les observations de M. Tessier, la truie peut cochonner de 109 à 123 jours après la monte; la plupart mettent bas du 116""^ au 120'"*^, les jeunes plus tôt que les vieilles; elles pourraient donc, à la rigueur, faire 3 ventrées en moins de 14 mois, si leurs forces le leur permettaient.

D'habitude on les fait porter 2 foLs par au, eu qui leur laisse tout le temps de nourrir convenablement leurs porcelets ; et ce qui permet de ré<iler le part de façon que les pelits n'arrivent jamais qu'après la fin des grands froids et toujours assez tôt pour prendre des forces avant l'hiver: point très important, car une jeune portée résisterait bien difficilement à un froid un peu inten-e.

11 est utile de séparer la truie pleine des autres porcs, dontles jeux trop vifs pourraient provoquer chez elle l'avortement, et aussi pour qu'elle puisse recevoir une nourriture différente. Le régime des porcs à l'engrais lui serait peu convenable; celui des jeunes gorets ne lui suffirait pas. 11 lui faut des alimens qui la maintiennent dans toute sa vigueur, et qui lui donnent du lait sans l'engraisser ^ l'embonpoint pouvant êlre un obstacle dangereux au moment du part. C'est alors surtout qu'on doit la mettre dans les circonstances hygiéniques les plus favorables à sa santé ; une grande propreté est indispensable ; il faut la faire baigner fréquemment, si l'on est dans une saison chaude, et la garantir l'hiver d'un froid excessif; enfin ne la laisser jamais souffrir delà soif.

L'approche du part s'annonce par le gonflement des mamelles qui se remplissent de lait, et par le soin que prend la truie, quand elle est en libeité, do ramasser la paille qu'elle rencontre çà et là pour la porter sous son [oit. Dès lors la survei lance doit redoubler pour ne point laisser échapper le moment où elle mettra bas. Au premier cri que les douleurs lui arrachent, on doit se trouver près d'elle pour l'aider et surtout pour protéger ses petits qu'elle pourrait dévorer (comme le font plusieurs autres animaux domestiques), ou simplement blesser par inattention : q.uelqucs personnes, pour éviter le premier accident, conseillent de frotter le dos des nouveau nés avec de la coloquinte dont l'ameitume répugne à la mère ; quelque moyen que l'on emploie, on doit agir avec douceur," de crainte d'irriter la truie- Aussitôt la délivrance opérée, il faut lui faire prendreunc boisson fortifiante composée d'eau tiède, de lait et d'un peu d'orge cuite : on ne la quittera point qu'elle n'ait accueilli tous ses petits ; dès qu'elle leur a laissé prendre la mamelle, on peut être sûr qu'elle sera dorénavant pour eux une bonne mère et qu'elle leur prodiguera tous ses soins. L'habitation de la petite famille doit êlre maintenue dans une douce tem| ér.ature, nettoyée avec soin et garnie de litière courte.

La nourriture de la truie qui a cochonné doit être succulente et abondante; on doit cependant la lui distribuer avec ménagement, surtout lespremiers jours; autrement les petits sont exposés à contracter la diarrhée ou d'autres maladies mortelles : peu et souvent e>t une règle excellente à suivre; le service est plus compliqué; mais sos résultats sont assez avantageux pour dédommager des peines que l'on a prises. Des racines bouillies, mêlées de son et de lait tiède, doivent faire la base de ce régime.

Un accouchement laborieux amène quelquefois le renversement de la matrice : cet accident assez commun dans le part de la vache, demande chez la truie les mêmes soins et la même manœuvre. Comme la truie criaille au moindre attouchement, ce qui augmente encore le renversement, on doit d'abord lui serrer le groin de façon qu'elle ne puisse crier ; puis si l'utérus est très-enflé, on le plonge dans de l'eau tiède en tenant l'animal couché sur le flanc. Quand l'enflure a diminué, on maintient l'arrière-train de la truie très-élevé, et l'on pousse peu à peu la matrice jusqu'à ce qu'elle soit rentrée; alors on la seringue intérieurement avec une décoction astringente ou de l'eau tiède légèrement vinaigrée. L'opération ainsi terminée serait bientôt détruite par de nouveaux efforts de la truie, si l'on n'arrêtait la matrice, en tenant la main devant l'ouverture jusqu'à ce que l'animal cesse de la repousser.

Quand les truies, après avoir cochonné, se trouvent dénuées de force au point de ne pouvoir scie-

AWniAUX DOMESTIQUES : DU PORC.

LrT.rrr.

et ne se soucier point de leurs petits; qunrd l ne saurait tire mieux employé qu'en le leur fai- (hysionomie est r.baltue, la respiration aeci5- saut consommer; on le niclan};e de son ou de M-

gumes i)ouillis et surtout de carottes (|ui, d'aprè» les expt^riences de Younjr, sout certainement préférahles à tous les autres lo<iunies. On peut suppléer au manque dclait par des eaux grasses, aux(|uelle» on ajoute quelque peu de fariue. De temps à autre, il est bien de leur distribuer quelques poignées de grain cru ; l'obligaliou dans laquelle ils sont de mâclier fortiMiient cette nourriture bâte la cbute des dents de lait, appelées dents de loup, et fait par conséquent pousser leurs bonncsdents. On peut, comme sup[)lémcnt à cette nourriture principale, et pour les accoutumer à un régime plus simple, cnmmencer à leur donner des feuilles de cboux,de la salade, et surtout de la cbicorée sauvage, (juc tous les porcs mangent avec plaisir.

Les gorets sevrés, lorsqu'on les nourrit trop abondamment, tout comme les goiets non sevrés, quand la mère reçoit trop de nourriture, sont sujets à la teigne. Dans cette maladie, les yeux se collent ; des Cloutes brunâtres et suppurantes se forment surtout lecorps,et principalement autour des yeux. Ccite indisposition a peu de gravité : on la combat en faissant cesser la cause qui lui avait donné naissance; c'est-à-dire en diminuant la noui riture et en y mêlant un peu de sil et d'antimoine à chaque rep»s. En attendant la guérison, on doit bassi cr les yeux et les plaies avec un peu d'eau tiède.

Si les porcelets n'ont point été châtrés à la mamelle, ou doit, aussitôt le sevrage, séparer les mâles des femelles, afln que leur croissance nesoit point arrêtée, ou leur constitution affaiblie par des désirs prématurés. La séparation est au>s\ nécessaire entre les plus forts et les plus faibles; car ceux (|ui n'auraient pas la fotce de se défendre seraient toujours privés d'une portion de leur pitance par les animaux les plus vigoureux, et I ou se trouverait ainsi exposé à perdre les uns d'inanition et les autres par l'excès de nouniturc que leur voracité leur ferait consommer.

Ic\er, leur pby

lërée, le pouls faible et précipité, on peut craindre de les voir mourir, si on ne porte remède â ce fâcheux état par des stimulans promptoment aibninistrés. Il faut se bâlcrde lui faire avaler un 1/2 litre devin mélangé avec une forte décoction d'une plante aromatique, telle que la menthe, la lavande, le thym, la sauge ou autre; h défaut de vin on peut employer du cidre, de la bière ou une j^ietite quantité d'eau-de-vie. Si le remède n'a point produit d'effet au bout de quelques heures, on doit en faire prendre une dose nouvelle et recommencer toujours de 6 en 6 heures, jusqu'à ce qu'on ait obtenu un résultat. Cette maladie est connue sous le nom de fièi-rt d'accouchement : on doit prendre bien garde de ne pas la confondre avec 1 abattement léger et momentané qui suit toujours le part Je plus heureux, et qui se dissipe de lui-même après un peu de repos. Les stimulans, loin d être utiles dans ce dernier cas, seraient dangereux.

5 IX. — Des porcelets ou gorets ; sevrage.

les porcelets tettcnt leur mère cbacunà une ma-

Bielle, et ils n'en changent point tant qu'ils sont «llaités. On a cru remarquer que les mamelles antérieures fournissaient plus de lait que les postérieures; aussi a-t-on conseillé de les faire prendre dès le |)remier instant par les animaux les plus faibles de la ventrée, afin qu'au moment du sevrage toute la portée se trouvât égale en force. Quand il est né plus de petits que la truie n'a de mamelles, on doit au bout de quelques jours eu sacrilier un certain nombre, que l'on peut vendre comme cochons (le lait. En général, quel que soit le nombre des mamelles, c'est un bon calcul de ne pas laisser à la mère plus de 10 nourrissons : autrement elle épuiserait ses forces au point de ne plus pouvoir être remise en bon état, et les gorets resteraient toujours faibles et d'une qualité inférieuie.

Au bout de 15 jours, on peut commencer à faire toire aux petits un peu de lait tiède mélangé de ^uebjues pincées de farine ; on augmente peu à peu celte nourriture en les accoutumant à être séparés deh'ur mère, d'abord dans les instans où ils boivent, ensuite plus longtemps ; et enfin, au bout de G semaines ou 2 mois, on ne les laisse plus téter, et la séparation doit devenir complète. Quelques cultivateurs opèrent la séparation beaucoup plus promptement, ce qui peut être avantageux quand on vend tout de suite les porcelets ; mais si l'on a l'intention de les élever, soit pour les vendre au moment d'être mis à la graiss^s, soit pour les engraisser ou pour les destiner' à la propagation, il vaut beaucoup mieux ne point trop hâter l'époque du sevrage, et laisser les petits proliter du bienfait d'un allaitement prolongé.

§ X. — Régime après le sevrage.

Les gorets, après le sevrage, doivent recevoir des Boins tout spéciaux. Leur iiabitation doit être assez vaste pour qu'ils puissent s'y trouver à l'aise ; le froid ne doit point y pénétrer, si c'est l'hiver, et cependant il est très-utile de les laisser jouir de Ta lumière et d'y entretenir un air pur et une litière abondante". Si ce sont des gorets d'été, rien n'est plus favorable à leur bien-être que de joindre à leur toit un enclos, ou une petite cour dans laquelle ils puissent venir s'ébattre aux rayons du soleil, et où ils trouvent aussi de l'ombre et de l'eau pour se baigner. L'eau et une étable propre sont aussi nécessaires à la santé des porcelets qu'une nourriture choisie.

Les auges dans lesquelles on leur distribue leur nourriture doivent être tenues avec une propreté rigoureuse- Dans les premiers temps du sevrage, on doit leur donner à manger 4 à 5 fois par jour; quand ils laissent une partie de ce qui leur a été servi, il faut le retirer et laver l'auge avant d'y <téposer un autre repas. Le petit-lait d'une ferme

§ XI. — Des porcs adultes.

A l'âge de six mois les porcs peuvent être soumis à un régime moins soigné que celui qui leur était nécessaire après le sevrage. Plusieurs méthodes peuvent être suivies dans la nouvelle période qu'ils ont à parcourir jusqu'au moment où on les mettra à l'engrais ; le nombre des élèves, l'assolement adopté dans la ctdture dis terres, la nature des lieux que l'on habite, doivent influer beaucoup sur le cboixdela méthode.

Pendant l'été, on peut les nourrir complètement à la cour, on bien les faire conduire dans des bois et des lieux marécageux pour se repaître d'herbes, de racines, de fruits, d'insectes, etc. ; ou encore les faire parquer sur des prairies artificielles, des champs de racines cultivés dans ce but. Quel que soit le moyen que l'on emploie, on doit leur fournir de l'eau en abondance pour se désaltérer et se baigner, ainsi qu'un abri contre les chaleurs excessives et contre les pluies prolongées.

La nourriture à la co«/- diffère principalement de celle que l'on donnait aux gorets, par l'entièie suppression du grain. Si l'on n'élève que les animaux nécessaires à la consommation de ta maison, il devra se trouver assez de pclit-lait, d'eaux grasses et de débris de légumes pour leur continuer le même régime, et certes ils ne s'en trouveront p;>3 plus mal; mais si l'on est forcé de réserver ces mets de choix pour des truies qui allaitent ou de plus jeunes animaux, alors il faut avoir recours aux végétaux produits j^ar la grande culture. On emploie utilement à cet usage le trèfle, la luzerne, le sainfoin, les vesces, les pois et toutes les racines, telles que carottes, panais, betteraves, p^mm^s de terre, etc. Sur le bord de la mer on reco.ie pour eux le scirpe maritime et diverses espères d.e varecs que les porcs consomment avec plaisir. 8 à 10 kilogrammes de trèfle vert ou autre fourrage

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