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CHAP. 12. EDUCATION

oj,'ak'jjicnt voit sont nc^es>aircs A l'entretien de di.ique animal. Vodng, dans un mémoire spécial, a prétendu que du trèfle ou de la luzerne coupes et donnés au râtelier ne pouvaient entretenir un porc, quelle que filt la quantité qu'où lui en servit : c'est une grave erreur dont il aurait dû s'apercevoir lui même, puisqu'il avoue que ces animaux ont parfaitement prospéré en pâturant du trèfle non fauché. Mous pouvons du reste affirmer avoir vu employer et avoir employé nous-mêmes très-utilement ie trèfle, les vcsces, etc., à la nourriture des porcs à 1 étahle. Uans le département «ie la Marne et des Ardennes, beaucoup «le cultivateurs entretiennent ainsi leurs cochons; c'est également avec le trèfle que sont nourris les porcs adultes de la ferme-modèle de Grignon. Dans cet élahlissement, on a reconnu que le trèfle est jilus utile après avoir suhl une légère fermeniation, que dans son état naturel ; la manière dont on le fait fermenter est très-simple et (leut être employée par tous les cultivateurs: aussitôt que la plaii te est fauchée on en met une certaine quantité dans un envier avec de l'eau, et on le laisse exposé aux ray(»ns du soleil; celte combinaison de la chaleur et de 1 humidité suffit pour opérer la fermentation désirée; le trèfle devient noir <'t laisse échapper une certaine odeur qui avertit (|u'o!» peut le faire manger. Il arrive souvent que le porc hésite à prendre; cet aliment quand il lui est présenté pour la première fois ; mais il ne tarde pas à s'y accoutumer au point de refuser ensuite toute nourriture non fermentée. Aussi est-il toujours désavantageux de remettre les cochons à un régime ordinaire, quand on les a habitués à des nieis fermentes, aigris ou salés: leur estomac, excité par ces stimulans, ne trouve plus aucune saveur à ce qui manque <le préparation ; et il est de l'intérêt du cuiti alcur dene point les priver d'un assaisonnement qui, en augmentant leur appétit, augmente le produit que l'on attend d'eux. Ainsi donc, les marcs de cidre, de vin, d'caux-de-vie, seront recueillis, <iuand on en trouvera l'occasion, pour ètredonnés aux porcsadultes;ces substances, qui ont par clies-mèinis foit peu de valeur, peuvent en acquérir hcaucoui-. par cet emploi.

M'oublions point de signaler, comme un des meilleurs alimens pour le porc adulte, les laitues et la chicorée sauvage dont M de Dombasle recommande vivement la culture dans ce but.

11 est un antre ordre d'alimens dont le |)orc se nourrit avec avidité, et dont on pourrait tirer un parti fort avantageux en se donnant la ptine de les recueillir, nous voulons parler des viatières animales, telles que les résidus des boucheries, le sang, les chairs des chevaux abattus, et même les eaux grasses provenant des cuisines des auberges, des restaurateurs, des hospices, etc. La nature a créé le cochon pour ainsi dire omnivore: les matières animales lui sont aussi agréables, peut-être même plus agréables que les matières végétales. Quand il peut vaguer et fouir dans les champs, il recherche et dévore les insectes et les petits animaux; c'est un grand destructeur de vers, de hannetons, de mulots, de souris, etc. Sur les bords de Il mer, il mange le poisson rejeté par les flots, et brise les coquillages pour y trouver l'animal qui les habite : les cultivateurs ne doivent donc point craindre de se servir, pour leurs porcheries, dedcbris d'animaux comme nourriture, sinon principale, du moins accessoire.

La pâture à garde faite n'est praticable que lor.«qu'on peut mettre à la disposition des cochons de vastes bois, des marais, des étangs ou une grande étendue de terrains incultes qui ne seraient pas mieux utilisés par la pAture d'autres animaux domestiques. Dans quelques contrées on mène paître les porcs sur les champs nouvellement moissonnés pour ramasser les épis perdus; mais, outre que c'est une ressource de bien courte durée, il nous semble incontestable que des vaches ou des moutons seraient plus profitables en cette occasion, puisque, tout en ramassant Icsépis, ils tireront pro-

DU rORC.

fit d'une foule de plantes qui ne Seraient point mangées par le porc et nuiront beaucoup moins aux jeunes prairies artillcielles que presque tous les cultivateurs sèment aujourd'hui dans une p.nrtie des céréales. Dans quelques endroits on les laisse paître sur les jachères : quoiqu'ils ne puissent rien endommager surces champs non ensemencés, nous n'engagerons personne à suivre une pareille pratique, à moins que les terres ne soient dévastées par des insectes, des taupes ou des souris; dans ce cas le porc trouvera à .•■e nourrir et parviendra sans doute à détruire ou à diminuer beaucouj» les êtres nuisibles à l'agriculture. En toute autre circonstance les moulons seront bien préférables pour récolter les herbes parasites des jachères.

Mous ne frapperons point delà même désapprobation la pâture dans les bois et les marécages. Le porc nuira nioinsaux bois qu'aucun autre animal domestique, et il y trouvera souvent une abondante nourriture que la vache et le moutonne mangeraient pas aussi bien ou avec autant de profit. Son odorat si fin lui fait découvrir une foule de racines (ju'il tire de terre pour les manger ; il ramasse les fruits sauvages épars dans les fei'éts, et l'on sait combien lui profitent les faînes, les châtaignes, les glands et les graines de certains pins, tels que le pin j)ignon. Les marécageset étangs lui fourniront surtout des racines, des herbai;cs et des insectes. Les cultivateurs qui ont de pareils iieux à leur disposition feront bien d'y envoyer leurs cochons qu'ils élèveront ainsi à bon marché. 11 n« faudrait pas croire, cependant, que cette jjâture dispensât entièrement de donner aucune nourriture à la maison, lors même que la nourriture du dehors serait suffisante; car il est bien que ie maître puisse, chaque jour, juger de l'appétit et de la santé de ses porcs en les voyant à l'auge, et c'est en outre un nio3 en facile de les faire rentrer à heure fixe : ce à quoi iisneinanqueront jamais quand ils seront sûrs de trouver quelque chose d'agréable en rentrant.

Quelques personnes ont réprouvé le parcours des porcs ccmme contraire à l'intérêt des forêts ou de l'animal lui-même. On a dit qu'il était à craindre qu'en faisant ainsi manger les graines, le repeuplement des bois ne pût avoir lieu, et aussi que les fouilles profondes pratiquées par le coclion ne fissent périr les racines et conséquemment les tiges des arbres. Mais il est facile de reconnaître que ces craintes sont peu fondées. Les grosses graines, telles que les glands, les faînes, les châtaignes tombent accumulées au pied des grands aibres qui les ont produites, une forte partie est dévorée par une foule d'animaux sauvages, une autre partie aussi considérable pourrit sans produire déjeunes plants ; ce qui lève sur la place même ne peut prospérer, étant bientôt étouffé par l'arbre mère et se trouvant du reste sur un terrain déjà envahi par de grosses racines et tout h fait impropre à nourrir de nouvelles plantes de la même nature. II est donc vrai de dire, comme l'ont reconnu les forestiers instruits, que l'action du porc dans ce cas paraît être plus utile que nuisible en dispersant çà et là les graines qui lui échappent, et en remuant le terrain qui devient ainsi plus apte à porter les petits arbres devant servir au repeuplement. Ou a même pense que la ru|)ture des racines, occasionnée par les fouilles du porc, pouvait être utile en faisant drageonner les arbres qui en sont susceptibles; néanmoins ceux qui regardent cette action comme un dégât pourront s'en garantir facilement en employant les moyens connus pour empêcher le porc de fouger profondément : ces moyens consistent dans le bouclementoudans l'incision des tendons releveurs du groin.

Le bouclement peut se faire de deux manières : la première se pratique au moyen d'un morceau de fil d'arclial, de la grosseur d'une aiguille à ti icotcr, à l'un des bouts duquel on fait une maille pour y recevoir l'autre bout, après l'avoir passé dans le grain. 11 faut d'abord empêcher l'animal de mordre ou de crier en lui liant la gueule : puis on perce, au moyen d'une alêne, le bout du groin ;

ensuite ou passe le fli d'arclwil par l'ouverture, et on le fait joindre par la maille à l'autre bout. U est des eaJroits où l'on donne sinii>lcment au til d'arclial 1 1 forme d'un S, au moyen de quoi l'on n'a j)as liesoia de joindre les deux bouts. La seconde manière consiste à passer dans le ftroin, au lieudu fil d'archai, une petite barre <le fer de la même ;jn)sseur, forgée aux deux bouts en forme de flèelic, dont les deux dents sont tourntk'S l'une contre l'autre. Par ce moven, foutes les fois <|ue le porc ' veut foui^'er, la pointe de la flèche lui pique le niu- Iscau et le force d'abandonner son travail.

Vmciiion se pratique sur les deux tendons des I muscles releveurs du i^roin; en abaissant un peu ilc bout du museau, on peut les sentir distincte- ! ment sous la peau, où l'on dirait deux cordes tendues et aboutissant au «îroin. Pour les couper, il faut inciser la peau, les meitre à découvert, les ti- 'rcrhors de l'ouverture delà peau, au nmyen d'une aiguille enfllée dont on les traverse; alors on les coupe, en retranchant de chacun un morceau long d'un on deux centimètres. L'incision se cicatrise sans aucun soin.

Quant à ceux qui craignent de voir la santé du porc compromise par le parcours, parce qu'il pourrait manger (bs substances animales ou végétales capa!)les' (le l'empoisonner, leurs appréhensions sont tout à fait sans fondement. L'instinct de tous les animaux est en général un guide sûr qui leur fait repousser les sidxstances nuisibles, à moins qu'une faim dévorante ne les force de manger tout ce qu'ils rencontrent : plus (lu'aucunautre, le porc est secondé tians le choix de ses alimens par un odorat qui ne le trompe point, surtout lorsqu'il est en liberté, et, quebiue grande que soit sa voracité, on ne doit pas craindre (|u'il prenne comme bonne nourriture une plante ijui pourrait l'empoisonner. Ln nourriture nu parc est fort peu pratiquée en France, quoiqu'elle offre certains avantages qui ne sont point à dédaigner : elic épargne les frais de fauchage, d'arrachage et de transport dont on ne peut se dispenser (juand on nourrit à la cour ; elle évite le gaspillage et le ravage que commettent souvent les troupes de, porcs conduits à la pâture ; elle économise la litière nécessaire dans les étal)les, et livre immédiatement à la terre les excrémcns solides et liquides dont une portion est presque toujours perdue dans les cours niai construites.

Mais, pour employer ce mode d'entretien, il faut élever un nombre de porcs suffisant pour couvrir les frais d'achat d'un parc et d'une cabane oii doit coucher le gardien ; il faut en outre avoir un porcher capable de veiller attentivement sur son troupeau, de le conduire à l'ombre par la grande chaleur, de le rentrer au moment des orages, et de ne jamais le laisser souffrir de la soif. Eu un mot, le parcage des porcs demande autant de soin que celui des moutons, et c'est peut-être une raison suffisante pour que l'usage n'en devienne jamais général.

Pendant Vhwer les porcs ne peuvent chercher eux-mèiiies leur nourriture dans les champs, et le mauvais temps ne permet guère que l'on profite du voisinage des foiéts pour les y faire paître. Rn général, ou doit considérer la nourriture à l'étable comme seule praticable pendant cette saison : c'est alors que les moyens d'entretien deviennent fort restreints pour le cultivateur imprévoyant qui n'a pas su faire une ample provision de racines; car il n'y a plus à compter sur les fourrages verts ni sur les fruits ; le petit-lait doit être de préférence destiné aux porcs que l'on engraisse, et le grain serait trop cher pour un animal que l'on veut simplement entretenir en bon état. 11 ne resterait donc que les épluchures de légumes et le son provenant du blé moulu pour la maison. Quand on veut se livrer à une éducation un peu étendue, il faut évidemment avoir à sa disposition d'autres provisions, et la culture en grand des racines peut seule les fournir, à moins que le voisinage d'une brasserie, d'une féeulerie ou d'une distillerie ne per-

DU PORC. Mv. m.

mette de se procurer a bas prix les résidus abondants de ces espèces de fabriques : mais ce cas est une exception. Les racines feront donc la base de la nourriture d'hiver : elles doivent être servies bien propres et coupées par morceaux de moyenne grosseur, en les assaisonnant de sel de temps à autre pour stimuler l'appétit des animaux. Il est bon de mêler ensemble des racines d'espèces diverses, et de donner comme boisson des eaux grasses en abondance. Si les animaux se fatiguent' et témoignent au bout d'un certain temps une répugnance évidente pour les racines crues, il faut se déterminer à leur faire subir une cuisson, soit dans l'eau, soit dans un four, soit à la vapeur : cette préparation peu coûteuse suffira pour que les porcs mangent avec plaisir la nourriture qu'ils repoussaient dans son état naturel.

C'est surtout dans cette saison que les porcs devront recevoir de plus grands soins de propreté, et (juc l'on sentira davantage la nécessité d'avoir pour eux un logement convenablement disposé, où l'on puisse facilement leur distribuer- leur nourriture, il est nécessaire d'en parler avec quelques détails.

§ XIL— De la porcherie, du porcher.

L'erreur la plus préjudiciable à l'éducation du cochon est de croire que cet animal se plaît dan? les ordures, et de n'accorder en conséquence aucune attention à la propreté du toit qui doir l'abriter. Les auteur's dont la ])lumc délicate n'a ose désigner le porc que sous le titre à' animal immonde auv:i\cnt sans doute été bien étonnés d'aj)prendre que lui seul, dans les basse-cours ou dans les écuries, a conservé assez l'instinct de la propreté pour ne déposer jamais volontairement ses excrémens sur la litière où il repose : le mouton, le bœuf, le cheval, satisfont leurs besoins où ils se trouvent ; s'ils sont couchés, ils ne se lèvent point pour lienter, et dormerit paisiblement sur leurs ordures :1e porc, au contraire, quand il est libre dans sa loge, choisit toujours la place la plus éloignée, et quand on essaie de l'attacher, il se recule autant que sa longe le lui permet. Des exiiériences ont démontré qu'il engraissait beaucoup plus rapidement dans une étable curée avec soin que lorsqu'on y laissait longtemps séjourner la même litière sans la renouveler; car, dans ce derniercas, au lieu de rester constamment couché, il se tient levé une partie du jour; il s'agite, il grogne sans cesse, et ne rentre dans le repos qu'après avoir obtenu une litière nouvelle. C'est ce qui élnii bien connu des cultivateurs du temps même de notre vieil Olivier de Serres. I.e logis des pores doit être propre et convenablement disposé : « car, dit-il, comme l'on ne » peut espérer bon vin, quoique de bonne ma- «tièie, le séjournant dans mauvais tonneaux ;ain.-i « c'est se décevoir, que de cuider prolitablemcnt «nourrir des pourceaux, sans les loger selon leur » naturel. Ce bétail est sale, aimant les bourbiers et » marets pour s'y veautrcr, c'est pourquoi plus >' profite t-il en humide pays qu'en sec. l\Jais cela n s'entend pour lu campagne : car quant au logis^ >: il veut couchera sec, sur litière nette; autrement »ne pourrait-il se multiplier, non pas même vivre » qu'en langueur. «

La disposition de la porcherie sera donc telle que l'on puisse entretenir facilement dans chaque loge la propreté convenable. Quand on élève peu de porcs dans une ferme, deux ou trois loges suffisent ; mai.s si l'on s'adonne à leur éducation en grand, il est très-convenable d'avoir un grand nombre de log^s réunies dans unecour particulière : et encore mieux de consacrer plusieurs petites cours aux différentes classes de porcs (% 285),de façon qu'il soit possible de tenir à part principalement les truies pleines et les porcs à l'engrais. Chacune de ces cours devrait, pour être parfaite, se trouver à l'abri des vents très-froids, être garnie dequelquesarbres, et pourvue d'un bassin rempli d'eau, afin que les animaux pussent se mettre à l'ombre en plein air, se lave?

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