‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 313 sur 325 · CHAPITRE XV. — De la chèvre · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. — De la chèvre

La chèvre est la vache du pauvre et des montagnes arides; cela est exactement vrai pour l'espèce conununc, qui a toujours été élevée en vue du laitage qu'elle peut produire, bien plus que dans l'intention d'utiliser sa chair ou sa toison. Abandonnée de l'homme, elle pourrait fort bien se suffire <à elle-même; elle a conservé dans la domesticité l'intelligence, la vigueur, la sobriété de l'état sauvage; elle nous est attachée plutôt que soumise : à vrai dire, elle ne nous obéit <[ue cpiand elle le veut. Si l'on essaie de la conduire en troupeaux, elle court à droite et à gauche, bravant les chiens et échappant au conducteur par mille bonds capricieux ; aussi fait-elle le désespoir des bergers, et de tous ceux dont elle traverse les <ham|is. Nul animal n'est plus redoutable pour les bois, les vergers, les champs cultivés; ses ravages l'ont fait souvent proscrire par les lois, et son parcours est tout à fait intolérable, si ce Jî'est dans quelques pays montucux sans bois et sans culture, inaccessibles à tous autres animaux domestiques.

La chèvre doit donc être mise en dehors de la i;rande culture, et son éducation ne peut être encouragée qu'autant (]u'elle sera soumise aux lois de la plus sévère domesticité, comme cela se pratique dans le département du Rhône, sur le Montd Or si renommé par ses excellents petits fromages. La méthode suivie dans ce pays peut servir de modèle à tous ceux qui veulent élever des chèvres et en tirer tout le prolit possible.

« Dans douze communes du 'îanton du Mont- «rOr, dit M.Grognier,on possède près de 12,000chèvres. Leur taille n'est pas élevée, elles ont 2 pieds 8 pouces de hauteur, sur 4 pieds de longueur et une grosseur égale. Les unes sont à poil ras, les autres a poil long. La plupart ont des cornes (^"^. 31 >);

Fig. 315.

ou préfère celles qui n'en ont point, parce qu'elles ne dégradent pas les murs des étables et qu'elles sont plu.H douces. On ne coupe jamais les mâles, loais on les vend jeunes pour la boucherie; il suflit d'en garder quelques uns d'entiers pour étalons, «ar un bon suflit dans un été pour 400 chèvres, el couvre en un jour jusqu'à 10 femelles.

» La nourriture de.s chèvres du Mont-d'Or pcndantl hiver se compose en très-grande partie de feuillages de vigne, que l'on cueille après la vendange; on les jette dans des fosses bétonnées, situées pour 1 ordinaire dans le cellier ou sous un hanjrar, et toujours dans un lieu couvert, ceux qui ne peuvent en nourrir qu'un très-netit nombre conservent les feuilles dans des tonneaux défonces, où elles sont foulées et pressées avec la plus grande force. Vingt individus descendent dans les citernes bétonnées, et trépignent sans ce«se. tauois qu on y jette cette provision d'hiver, onsv verse de 1 eau en pi tite quantité, et lorsque la fos è est remplie, on la recouvre de planches, sur leequelles on place des pierres énormes. Au bout d'environ deux mois, on découvre la fosse pour en tirer les feuilles, qui alors ont contraclé un coût acide, mais sans putridité; leur texture est entière c es sont très-vertes et très-agglufinées entre elles; 1 eau qui surnage est roussàlre, d'une odeur desagréable, d'une saveur acide, les chèvres la boivent avec plaisir. Celte nourriture singulière est pendant l'hiver, presque la seule qu'on donne à ces animaux, ellese prolonge dans le printemps. Depuis quelque temps on leur donne aussi les résidus des brasseries de Lyon.

.) Ces animaux font pendant l'été neuf repas par lour. Chacun d'eux consomme 25 ou 2C livres de fourrage vert. Hors de la monte, les boucs ne consomment pas plus que les chèvres, et môme, dans ce temps, ils absorbent moins de nourriture solide mais on leur donne du vin et de l'avoine. Les mères nourrices ne mangent pas pi us que les laitières ; c'est pendant la gestation nue les chèvres mantrent le moins. Les chevreaux consomment, jusqu'à un an le quart de nourriture qu'on donne aux mères. ' imÏ u?^ g*5néral, ces animaux passent leur vie dans I étable, et ils n'en sortent guère qu'au moment ae la monte. Dans certaines communes, néanmoins on les fait sortir pendant quelques jours dans hs champs après la moisson, pourvu qu'on les garde avec le plus grand soin ; le maire de Saint-Didier ne donne cette permission qu'à la condition expresse qu'on les conduira muselées depuis la berfcrie jusqu'au pâturage. Ces chèvresainsi renfermées jouissent d'une santé robuste. L'école vétérinaire n'a point connais.sance qu'elles aient été affectées de maladies épizootiques; les indispositions les plus communes parmi elles ont un caractère nerveux et sont rarement mortelles, leur gestation et leur mise-bas ne sont presque jamais accompagnées d'accidens. Autrefois leurs oncles s allongeaient dans l'étable au point de les priver delà faculté de marcher, on est actuellement dans 1 usage de leur faire la corne de temps en temps. La plus grande propreté règne dans leur habitation, et les femmes qui en ont soin l.s traitent avec douceur; elles les peignent souvent, ce qui contribue h les maintenir en' santé.

» Quelques personnes prescrivent de Jeteiun peu de sel dans l'eau dont on les abreuve, ou de leur

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ni t.ure prendre en nattiie; mais il faut que la (h)se n'excùde pas ii gros par soinaiiie pour cliaquc chèvre. »

Les clièvres peuvent être livrées h l'accouplemcnt dans tous les mois de l'année relies sont toujours disposées à entrer en rut (juand la présence du bouc les y provoque; oi'dinairetnent on les lait saillir dans le mois de novembre, parce (jue, leur gestation durant cinq mois, elles peuvent cominenccr à trouver de Tlierbe fraîche «luelque tem|)S après le part. Ces animaux mettent souvent bas plusieurs petitsà la fuis, ordinairement deux,quel- <|uefois trois; cependant leur part est presque toujours fort laborieux, et dans cette circonstance elle-i ont besoin d'être plus aidées que la brebis. Quelques jours avant et après la délivrance, il est bon de leur donner une nourriture choisie. On les prépare à l'accoucli(;nu;(it, comme les brebis, par dos boissons fortitianfesou émollientes,st'lon le cas.

La chèvre est meilleure mère que la brebis, elle accueille toujours bien ses petits h leur naissance, et l'on n'a pas besoin d'user d'artifices pour l'engager à se laisser téter par eux; on ne doit pas craindre qu'elle les rebute, il faut plutôt redouter d'abuser de sa bonne volonté en lui laissant plus de nourrissons que ses forces ne lui permettraient d'en élever, surtout lorsqu'elle n'a pas encore atteint sa troisième année.

Les chevreaux peuvent être élevés à boire comme les agneaux, et par les nièiiîcs procédés; en cas de maladie on doit leur a;,pliquer les mêmes remèdes; ordinairement on leur laisse téter leur nière pendant six semaines ou deux mois, mais on peut les sevier plus tôt, si l'on a besoin du laitde la mère.

Le chevreau peut être engraissé pour la table sans avoir été châtré, pourvu qu'on ne le laisse pas dépasser l'âge de six mois; plus tard, sa chair contracterait un ujauvais goût, deviendrait coriace et resterait toujours maigre.

Nos chèvres communes ne sont utiles que par leur lait et leur chair, mais il existe deux variétés exoticiuCî qui, tout en offiant les mêmes avantage*, fournissent en outre un poil très-lin et ircsprécieux : ce sont les chèvres d',\ngora et de Cachemire. Des expériences nombieuses avant déuiontré qu'il était fort [jossible de remplacer nos races européennes par ces races plus perfectionuécs, ou nous permettra d'en dire quelques mots.

§ r*". — De la chèvre d'Angora.

Les chèvres d'Angora, originaires des montagnes de l'Anatolie, dans l'Asie ?uincure, furent introduites en Europe dans le siècle dernier.

On élève ces troupeauv avec le |)lu3 grand soin dans ce» contrées, parce qu'ils en font la riclie.>se; leur toison y est toujours préparée et n'ensort ([ue liléc ou fabriquée en étoffe connue sous le nom de camelot d'Angora, étoffe si belle ([u'ellc n'est destinée, par son prix, qu'à l'habillement des plus riches personnages du pays. La tonte se fait à la fin de mars : si le ciseau n'eulevait pas la toison, elle tomberait bientôt d'elle-même, comniesi la nature voulait débarrasser l'animal d'un poids qui lui deviendrait incommode pendant l'été.

La chair de la chèvre d'Angora forme la principale nourriture dos habitans, ils la préfèrent àccledes moutons; cjuant à son cuir, on le convertit en marociuin; enfin tout est utile da:is ces animaux, jus- (iu'à la barbe des boucs, qui est longue, forte et luisante, et dont lesperruquicrssavent tirer parti.

On a souvent fait venir de ces animaux dans quelques-unes de nos contrées, mais seulemeiit par pur motif de curiosité. Cependant il n'est jias douteux qu'ils ne pui-'.cnt réussir aisément dans d'autres climats que celui d'Angora. 0:i les a vus prospérer en Suède et en Toscane; i\I. de La Tourd'Aigues en a, pendant longtemps, élevé dans les Alpes ; et ces chèvres, sans y' recevoir jamais aucun traitement particulier, s'y sont toujoîirs soulenu s en bon état, et à nourriture égale, ont toujours c,-é plus en chair <4uc les chèvres du pav,-.

S : DE LA CHÈVRE. i.iv. m.

Le poil des chèvres d'Angora, celui du moins dont on tire parti, est constamment blanc; quel- (juefois, et surtout dans les femelles, le poil court qui recouvre immédiatement leur peau en tout temps est de couleur ventre de biche; il ne varie ni en été ni en hiver, mais la toison qui le recouvre et qui devient si longue dans le courant de l'année, est toujours du i)lus beau blanc.

Les différentes parties de la toison donnent différeutes qualités de poil; aussi lorsqu'il s'agit de les travailler on conuuence toujours par en faire un triage exact, chaque partie; formant différentes qualités île fils, par consécjuent dedifférens prix.

La (piantitédu poil que ces a-nimaux peuvent fournir, peut être évaluée à 4 livres de fil. La toison des boucs entiers en donne beaucoup plus, mais elle est plus grossière ; la chèvre en donne moins, mais elle est très-fine. Le bouc coupé réunit la liuesse à l'abondance.

§ II. — De la chèvre de Cachemire.

La taille des chèvres de Cachemire (fig. 316) est Fig.316.

moyenne. Presque toutes onit des cornes droites, noires et rondes. Les toisons sont épaisses, fourrées, blanches dans la majorité des individus, brunes ou noires, ou tachées dans plusieurs. Elles sont formées de poils longs et durs, qui couvrent en parlie lesjambes, et dunduvet très-doux ; plusccluici est fin, plus le long poil l'est aussi ; par l'un on reconnaît la qualité de l'autre. Ce duvet naît auprès de la peau, il s'en sépare et se met en flocons, qu'on peut retirer par le ruoyen d'un peigne, ou avec la main, lorsciu'il tombe. Leur chair est égale à celle des chèvres ordinaires; et leur lait contient plus de parties butireuscs et casécuses.

C'està M. Teraaux ([ue l'ondoitrintroduction en France des chèvres de Cacheuîire : il avait reçu, par la Russie, assez <Ie duvet pour fabriquer des châles; ses succès lui donnèrent l'idée de faire venir les chèvres qui produisaient ce duvet. L'entreprise n'était pas facile; il fallait pour l'exécuter un homme ardent et instruit, incajiablc de se rebuter des obstacles; il trouva tout cela dans M. Amédée J.rubert, professeur de langue turque à la Bibliothèque royale. Ce savant avait déjà voyagé dans le Levant, et pouvait se faire entendi-e chez différentes nations M. le duc de Piichelieu, alors ministre des affaires étrangères, reconnut l'ulilitédu projet, cl promit <|uc si l'expédition avait du succès, le gouvernement achèterait 100 chèvres à un prix élevé.

M. Jaubert partit de Paris au mois d'avril tSlS.et se rendit d'abord à Odessa, Tangarok et Astracan. Là, on lui dit (ju'il existait chez les Kirghiz, peuple nomade qui vient en Boukarie, sur les bords de l'Oural, une espèce de chèvres, presque toujours d'une blancheur éclatante, portant tous les ans, au mois de juin, une toison remarquable. Les échantillons qu'on lui donna leconvainquirentde la conforuiitéde ce duvet avec celui qui venait en France par la Kussie. Cette découverte lui parut d'autant plus intéressante, qu'elle pouvait lui épargner du temps et un trajet embarrassant pour pénétrer dans le Th'bct par la l'crse et !>■ Cachemire. On ne l'avait

r.iiAi'. lu.

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