‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 38 sur 325 · PATATE · texte numérisé non relu

PATATE

Quoiqu'on cite M. Esclîmen, près de Toulon, ccnume plantant ses tubercules à la manière des pommes-de-teire, sans les avoir lait germer auparavant, nous ne pouvons conseiller d'employer ce procédé; nous insistons au contraire pour que Ton fasse germer les tubercules dans un endroit particulier, afin de leur faire pousser des lijies que l'on délacht'ra au fur et à mesure pour les bouturer, leur faire prendre racines et les planter ensuite à demeure. Voici donc le procédé que nous conseillofis de suivre pour la culture de la patate, en grand, dans le midi de la France.

D'abord, il convient de se borner à une seule variété, et nous pensons qu'il faut donner la préférence à la jaune ; on pourra par la suite essaver les autres variétés. Il faut que les plantes soient plantées en lignes espacées de A pieds, et les j)laiites à 2 pieds 1/2 l'une de 1 autre dans chaque ligne. 12 moyens tubercules de la récolte précédente peuvent donner au moins 400 boutures, en les faisant germer de la manière que nous allons indiquer; ainsi rien de plus facile que de connaître le nombre de tubercules qu'il faut uicUre en germination pour oblenir la quantité de plants voulue.

Dans les premiers jouis de mars, on fera une couche de fumier de cheval neuf susceptible de bien s'échauffer, on la chargera de terre légère de l'épaisseur de 6 pouces, et on la couvrira d'un châssis vitré afin que la chaleur se communique promptement à la terre, et qu'elle ne se dessèche pas. Quand la terre sera chaude, on couchera dessus les tubercules à plat, en les espaçant seulement à 2 ou 3 pouces les uns des autres, on ne les recouvrira que de 2 lignes de terre, et on replacera tout de suite le châssis vitré par-dessus. En jjeu de jours les tubercules produiront des tiges de divers points de leur surface, qui sélèveront perpendiculairement et seront bientôt hautes de 4 à 6 pouces. C'est alors qu'il faut voir si ces liges sont assez nombreuses pour emplir le terrain qui doit les recevoir, car s'il n'y en avait pas assez, on en Jerait pousser d'autres en cassant OU coupant les premières à 3 ou 4 lignes au-dessus de leur naissance, au lieu de les détacher entièrement pour les bouturer comme nous allons le dire.

Quand on voit que les liges s'alorgenl, on prépare par un labour à la bêche une planche de terre, en la rendant aussi meuble et aussi fertile que possible par une grande division et par le mélange dun terreau consommé; on en unit la surface avec un râteau, et tout de suite on détache des tubercules les tiges qui ont de 4 à 6 pouces de longueur, et on les plante à .5 pouces les unes des autres dans la planche préparée. Il vaut mieux planter les boutures couchées à 45 degrés que perpendiculairement, et il faut supprimer les feuilles infirmes, s'il y en a, et faire en sorte qu'il y ail au moins trois nœuds d'enterrés. Pour peu que la terre soit humide elle ciel couvert, on doit se dispenser d'arroser, car ces boutures craignent l'humidité. Aucune bouture ne s'enracine aussi

(1) Broch. in-8. Taris, 183 J; ;; la lib. de M""' Huznrd, rue de l'Eperon, n.

f>romplement (jue celles de patale, parce q^iie les lij;es de celle planle ont à chaque nœud des rudimens de racines qui ne demandent qu'un peu d'humidilé et d'ombre pour s'alonger. A.ussitôt que la planlalion du moment est faite , il laul empêcher les boutures de trop transpirer en les couvrant d'un châssis en papier huilé, ou du moins avec des branchaj^es soutenus par des gaulettes, et mettre un obstacle au vent qui pourrait souffler violemment dessous par les côtés. On planle ainsi des boutures successivement à mesure que les tiges poussent et s'alongent sur les tubercules, et ce tous les 5 ou 6 jours pendant le courant d'avril. A la (in du mois ou dans les premiers jours de mai. les premières boutures doivent être assez fortes pourêlre mises eti place, et il faut s'occuper de celte opération.

Le terrain dans Lequel on veut planter les patates a dû être bien ameubli, oien divisé comme une terre de jardin, par un labour d'automne et un labour do mars; maintenant, il faut diviser ce terrain en petits billons ou ados dirigés du nord au sud, larges chacun de 3 Irails de charrue; cela s'exécute facilement en laissant au milieu la largeur d'un trait, et en renversant sur ce milieu la terre du trait ou du sillon de droite et de gauche. Chaque billon se trouve ainsi séparé par deux traits de charrue et à la dislance requise. Celle opération faite, on prend un panier large, une bêche ou une houlette, on se transporte à la planche aux boutures, auxquelles on aura dû ôter les châssis de papier ou les branchages au moins 8 jours d'avance; on lè\e en motte autant que possible les plus anciennes boutures^ on les met dans le panier, on les porte sur le terrain, on fait un trou avec la main, au bout et au sommet du premierbillon,onenémiettebien la terre, oa y plante une bouture, en étendant biei! les racines, en couchant la tige de manière qu'elle ait de 2 à 4 nœuds enterrés et recouverts de 18 à 24 lignes de terre, et de sorte qu'après l'opération la plante se trouve dans un enfoncement évasé à pouvoir être rechaussée quelque temps après. La seconde bouture se plante de la même manière à 2 pieds 1,2 de la première, et ainsi de suite. Il faut tâcher que le. dernière plantation ne se fasse pas plus tard que le 15 mai. Si à l'époqufc de !a plantation il faisait très-chaud ou si la terre était sèche, il serait iKile de donner une demi-bouteille d'eau à chaque plante.

Quand les tiges se seront ramifiées et alongées de 12 à 15 pouces, on rechaussera le pied en remplissant la petite fassette et en couvrant de terre quelques nœuds du bas des tiges; il en lésulte une espèce de marcottage qui uuiitiplie les racines et le nombre des tubercules. Les soins subséqucns sont des binages pour entretenir la terre propre et pour l'empêcher de se durcir. Si pendant

DES PLANTES POTAGÈRES. i.iv. lU

l'été les pluies étaient rares et que les plantes t^arussent souffrir, quelques arrosemens à Jond seraient très-avantageux. Autant la patate craint l'eau quand elle ne végète pas, autant elle l'aime quand elle végète vigoureusement; mais il ne faut plus arroser après le 15 septembre, dans la crainte de nuire à la qualité des tubercules.

Nous venons de conseiller de planter sur des billons, parce que les tubercules s'y font mieux, sont de meilleure qualité et d'une ex traction plus facile qu'en terre plane. Nous avons conseillé aussi de diriger les billons du nord au sud, atin que le soleil en échauffe un côté le matin et l'autre l'après-midi, car la patate aime beaucoup la chaleur.

Récolte. — C'est eu octobre et novembre qu<> les tubercules patates se récoltent. On commence par supprimer les tiges, ensuite on détourne la terre avec une bêche, cl on tire les patates avec la main en prenant garde do les casser ou de les meurtrir, car ils sont trèstendres, et la moindre blessure les fait pourrir. On les laisse se ressuyer sur le terrairi pendant quelques heures si le temps est sec, et vers le soir on les porte sous un hangar aéré, où on les étend sur de la paille pendant six ou huit jours, en les retournant une fois le troisième ou le quatrième jour.

Moyens de conservation. — Il parait sufQsamment dérnonlré que pour que les patates puissent se conserver hors de terre, il faut les abriter du conlact de l'air, de la lumière, les tenir très-sèchement et dans une température peu variable entre + 8 et 12 degrés de Réaumur. Pour atteindre ces buis, on doit avoir ou du foin très-sec sans odeur, ou de la menue paille, ou de la sciure de bois, ou même de la cendre dans le plus grand élat de siccité : on en place un lit dans le fond d'une futaille, puis un lit de patates assez éloignées pour qu'elles ne se touchent pas, et on continue d'alterner les lits jusqu'à ce que la futaille soit pleine et de manière que le dernier lit soit de foin, de paille ou de la substance employée; on refonce la futaille et on la place en lieu sec où la température se tient au degré indiqué.

Usages de la patate. — La patale est un aliment très-sain, très-agréable, que l'art culinaire sait varier de mille manières différentes; mais on convient généralement que cuite entière, sous la cendre ou à la vapeur, elle est plus savoureuse que préparée de toute autre manière. Dans les colonies elle forme une grande partie de la nourriture des habitans. Les jeunes tiges et la sommité des anciennes se mangent en asperges ou en ])etits pois. Les feuilles se préparent comme des épinards, et ne sont pas moins bonnes. Les chevaux, les vaches, les moulons mangent les tiges elles feuilles avec avidité, et elles sont pour eux une nourriture très-salutaire.

POITEAU.

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