‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 43 sur 325 · DU PAVOT · texte numérisé non relu

DU PAVOT

l'odeur et la saveur vireuse qui sont propres au véritable opium en larmes. On en prépare encore par décoction une troisième sorte qui est d'une qualité très-inférieure aux deux autres.

Déjà, avant nous, plusieurs médecins et l)harmaciens avaient essayé en France, en Allemagne, en Italie et dans plusieurs autres contrées de l'Europe tempérée, de retirer l'opium de la même plante dont on l'extrait dans l'Orient, et leurs tentatives avaient toujours eu plus ou moins de succès; mais les expériences à ce sujet ne nous paraissant pas assez connues et assez multipliées , nous avons jugé à propos en 1808 et 1810 d'en faire de nouvelles et de les varier de plusieurs manières. D'après ces expériences, dont on pourra voir les détails dans notre Manuel des plantes usuelles indigènes., 2* partie, page 81 à 124, nous avons prouvé qu'on pouvait retirer du pavot somnifère, soit du véritable opium en larmes, ayant tautes les propriétés de celui d'Orient, soit cinq espèces d'extraits qui, à des doses différentes, sont tous propres à suppléer l'opium d'Orient et ses différentes préparations.

Oh distingue, dans le pavot somnifère, deux variétés principales, l'une à capsules ovoïdes, très-grosses et à semences blanchâtres, c'est le pavot blanc; l'autre à capsules plus petites, globuleuses et à graines noirâtres ou brunâtres, c'est le pavot noir. La première variété est, selon les auteurs, la seule qu'on cultive dans l'Orient pour en récolter l'opium, et c'est aussi celle qu'on devra préférer lorsqu'on voudra essayei" la culture de cette plante que nous ne ccnseillons que dans les parties les plus chaudes de la France, non pas qu'on ne puisse retirer aussi de l'opium du pavot dans le nord , mais sa récolte n'y sera pas aussi assurée et sa qualité n'égalera pas celle qu'd aura dans les climats plus méridionaux. On peut de même retirer de bon opium des {)etites capsules du pavot noir, puisque cette espèce nous en a fourni ; mais les capsules du pavot blanc, qui sont trois à quatre fcis plus grosses, produiront trois à quatre fois plus de suc et par conséquent une récoite triple ou quadruple d'opium.

Ce qui prouve d'ailleurs qu'on pourra retirer de très-bon opium des pavots cultivés en France, c'est qu'en Angleteri-e ]MI\I. Cowley et Slaines se sont livrés avec profit à cette culture, quoique le climat de ce pays n'y soit certainement pas aussi favorable que le nôtre. En 1823, ils ont reçu le prix de la Société des Arts de Londres, pour avoir recueilli 19G livres d'opium sui- une surface de 12 acres (environ 6 hect.) dv terre, et cet opium s'est vendu 2 shillings (2 fr. 50 c.) par livre au-dessus du couis du meilleur opium étranger. La dépense pour la culture et l'extraction de leur opium s'est élevée à 6,157 fr. 20 c, et ils ont vendu le produit de leur récolte 9,16fi fr. 70 c, ce qui fait par conséquent m\ bénéfice net de 3,009 fr. 50 c.

Nous pensons qu'il est inutile de revenir sur la culture du pavot qui a déjà été indiquée {pages )2 et \'6de ce volume), parce que la manière de cultiver celte plante pour retirer l'opium de ses capsules est la même

que celle qu'on emploie quand on ne la sème que pour récolter ses graines et en extraire de l'huile. Nous insisterons seulement pour que la graine de pavot soil semée avant l'hiver, parce que les Orientaux sont dans l'usage de le faire ainsi, et que les tiges des pavots semés avant l'hiver sont toujours plus fortes et plus vigoureuses, et sur la disposition des plants en lignes régulières qui puissent rendre facile la récolte de l'opium.

D'après le tableau général du commerce de la France publié par l'Administration des douanes, pour les années 1831, 1832 et 1833, la consommation de l'opium dans le royaume parait être, année commune, de 128,000 fr.

Section iv. — Des Rhubarbes.

Les Rhubarbes (en anglais, Rhubarb; en italien, iJeoéa/ôûAo; en allemand, Rhabarber) forment un genre de plantes qui appartient à la famille des Polygonées. Elles croissent naturellement en Chine, en Tarlarie, en Perse, en Sibérie et dans l'Himalaya. On en connaît 7 à 8 espèces, parmi lesquelles trois sont regardées comme fournissant la rhubarbe du commerce, qui s'emploie beaucoup en médecine, à cause de ses propriétés toniques et purgalives. Ces plantes ont toutes de grosses racines charnues, presque ligneuses, divisées en épaisses ramifications qui s'enfoncent profondément en terre, ayant une saveur amère et nauséeuse; leurs feuilles sont grandes, larges, en général plus ou moins arrondies, portées sur de longs pétioles charnus, et du milieu d'elles s'élèvent une ou plusieurs tiges grosses , robustes, hautes de 3 à 6 pieds, rameuses dans leur paitie supérieure ; les fleurs sont petites, le plus souvent d'un blanc jaunâtre, nombreuses, disposées en panioule dans la partie supérieure de la lige et des rameaux.

On ne sait point encore positivement à quelle espèce est due la rhubarbe du commerce, ou, pourmieuxdire, on croit que cette drogue, tel le qu'elle nous vient des pays étrangers, est fournie par plusieurs plantes de ce genre, qui sont principalement les trois suivantes. 'Ldi Rhubarbe ondulés {Rheum undulatum, L.) a ses feuilles fortement ondulées, un peu velues, et ses panicules de fleurs plus étroites. La R. compacte {R. compactum , L.) se reconnaît à ses feuilles presque lobées, un peu coriaces, compactes, luisantes en-dessus, bordées de petites dents aiguës. La R. palmée {R. palmatum , L. ) diffère des deux premières par ses feuilles divisées en lobes aigus qui les rendent comme palmées.

Ou distingue dans le commerce troissoites de rhubarbes : 1° celle de Perse qui nous arrive par la Turquie; 2° celle de Russie et de Moscni'ie;S° ceWn de Chine. Quelle que soilV espèce qui les fournisse, elles sont toutes plus estimées des droguistes et des pharmaciens que les rhubarbes cultivées provenant de l'une des trois espèces ci-dessus indiquées , soit qu'on ne sache pas les préparer convenablement, soit plulôL que Je climat leur don-ne des vertus qu'elles ne peuvent acquérir dans le nôtre.

Les rhubarbes ne sont point en genéial cul-

DES PLA.NTES MÉDICINALES. nv. ih

tivées dans les pays où elles croissent naturellement; tous les ans, à la fin de l'hiver et au commencement du printemps, on va récolter dans les campagnes et sur les montagnes, les racines de celles qui sont parvenues à la grosseur convenable, et cette récolte, en Chine et en Sibérie, se fait sous 'a surveillance et pour le compte des gouvernemens de ces pays. Au temps de Bélon, la rhubarbe était cultivée en Mésopotamie, et cet auteur dit que c'était de graine qu'on l'y élevait.

On cultive depuis assez long-temps en France la Rhubarbe compacte et la R. ondulée; mais ce n'est que depuis peu d'années qu'on a aussi essayé avec succès la cujture de la Rhubarbe palmée. Toutes ces plantes ne sont point sensibles au froid du climat de Paris. Une terre franche, un peu légère, profonde et fraîche, est celle qui leur convient le mieux, et elles ne craignent pas l'ombre des grands arbres ni l'exposition du nord. Toutes les rhubarbes peuvent se multiplier de graines; mais comme les semis font attendre plus long-temps pour que les racines soient bonnes à récoller, on préfère la multiplication par les œilletons ou bourgeons qui se trouvent autour du collet des grosses racines, lesquels donnent plus rapidement des produits. Un pied ayant 4 a 5 ans peut en fournir jusqu'à 30 et plus; il suffit que chaque bourgeon soit pourvu d'un pouce de racine pour que la repriseeu soit assurée. C'est à la lin de l'hiver ou dans les premiersjours du printemps, un peu avant qu'ils entrent en végétation, qu'on les enlève aux vieux pieds et qu'on les replante après les avoir laissés faner pendant un jour à l'ombre, afin que la plaie faite à l'endroit où il ont été séparés puisse se cicatriser un peu. Quand le temps est sec ou que la terre n'est pas humide, quelques arrosemens sont nécessaires pour assurer la reprise des jeunes pieds nouvellement plantés; mais les pluies trop longues peuvent les faire pourrir.

C'est dans un terrain bien et profondément labouré d'avance au'on doit faire ta plantation, en disposant les plants en quinconce à 5 ou 6 pieds de distance les uns des autres, 'selon que le terrain est moins bon ou plus fertile. Ce qui nécessite de laisser autant d'intervalle entre les pieds de rhubarbe, c'est que leurs grandes feuilles occupent beaucoup de place; mais comme ces feuilles, pendant les deux premières années, ne remplissent pas tout l'espace qui aura été laissé entre chaque pied, on pourra, pour ne pas perdre le terrain qui n'est pas occupé, y planter des légumes ou des poiumesde-terre. Pour accélérer la croissance des pieds de rhubarbe, il faut chaque année leur donner un labour pendant l'hiver et au moins deux binages dans le cours de la belle saison.

La récolte des racines a lieu la 4° année dans les terrains secs et chauds, et la 5« seulement dans ceux qui sont humides et froids. Lorsqu'on fait cette récolte trop tôt, les racines sont molles, peu résineuses , susceptibles de perdre, dit-on, les onze douzièmes de leur poids par la dessiccation; lorsqu'on la relarde trop, les racines se creusent, se

cii\r. S^ DE L'HYSSOPE, DE LA. MÉLISSE pourrissent dans le centre, deviennent filandreuses en leurs bords, donnent un déchet considérable quand on les épluche, et ne présentent plus l'apparence de la rhubarbe du commerce lorsqu'elles sont entièrement desséchées. C'est à l'automne ou pendant l'hiver qu'il convient de faire la recolle des racines des diverses espèces de rhubarbe. Les belles racines ont 2 pieds de longueur et sont de la grosseur de la cuisse ou au moins du gras de la jambe. Elles sont pleines d'un suc jaune dans lequel réside leur vertu.

Après qu'on les a arrachées de terre et lavées^ on les pèle, les épluche, les coupe en morceaux de la grosseur du poing au plus, et on les fait sécher en les mettant d'abord pendant quelques jours sur des tables, en ayant le soin de les retourner trois à quatre fois par jour. En enfilant tout de suite les morceaux de rhubarbe dans des ficelles et en les suspendant à l'air libre, ils sèchent trop rapidement, deviennent trop légers et perdent une partie de leurs propriétés. Mais lorsqu'au bout de 5 à 6 jours ces morceaux ont déjà pris une sorte de consistance sur les tables où ils sont étalés, on peut alors les enfiler et les exposer au vent et à l'ombre pour achever leur entière dessiccation ; il faut six semaines à deux mois, selon la chaleur de la saison, pour les dessécher complètement. FoRSTER, cité par Bosc, dit qu'ils perdent les six septièmes de leur poids, mais cela nous paraît exagéré, car 3 livres 3 onces de racines de Rhubarbe ondulée , complètement et convenablement desséchée par nous, ont produit 14 onces de morceaux, ce qui ne fait pas lout-à-fait une perte de trois quarts.

Les essais faits à Paris et ailleurs ont constaté que la rhubarbe cultivée en France avait les mêmes propriétés que celle qui nous vient de l'étranger; il faut seulement la donner à une. dose plus forte. En 1833, le commerce de France a tiré de l'étranger pour 25,780 fr. de rhubarbe.

En Perse, on mange au printemps, crus ou assaisonnés de diverses manières, les jeunes pousses et surtout les pétioles d'une espèce derhubarbe nommée par Linné Rheum ribes^ qui ont une saveur acide et agréable. Dans le même pays, on confit ces mêmes parties dans le miei ou dans le raisiné, afin de les conserver pour l'hiver.

Depuis quelques années, les Anglais ont introduit dans leurs jai'dins une nouvelle espèce de rhubarbe, originaire des monts Himalaya, nommée Rheum emodi^ ou R. australe. Ses pétioles ont une saveur acide trèsagréable, et déjà leur mage comme comestible est assez répandu en Angleterre.

M. Jacques, directeur du jardin du roi à IMeuiily, cultive aussi cette plante, dont il a reçu des graines directement de l'Inde, et il nous en a donné plusieurs pétioles dont nous avons fait préparer divers mets de bon goût; M. Chevallier, membre de l'Académie royale de médecine, eu a composé un sirop légèrement acide et d'une saveur trèsagréable. Suivant le D. Don, cette espèce serait celle qui fournit la véritable rhubâi-be de la Chine.

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