‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 58 sur 325 · CHAP. 7". HE L'INDIGOTIER · texte numérisé non relu

CHAP. 7". HE L'INDIGOTIER

même en Toscane. On a donc abandonné l'indigolier pour s'allacher de préférence au pastel qui fournit une matière colorante approchant beaucoup de celle de l'indigo. Par conséquent, cette culture ne pouvant être profitable qu'en Corse et sur le territoire d' JLger, nous nous boriwrons à l'indiquer eu peu de mots, ainsi que la préparation de l'indigo qui est assez difficile et exige plusieurs opérations délicates.

On cultive les indigotiers pour extraire de leur feuillage ce beau principe colorant bleu-indigo qui est si employé dans la peintiwe en détrempe et surtout dans la teinture des étoffes, soit seul, soit plutôt mêlé au vouède ou coques de pastel et à d'autres couleurs. Le commerce en distingue trois sortes i(ii'mci}^a\e?,,V indigo flor on flottant, le violet, le cuivré, de grains, de couleurs et de qualités différentes. Le meilleur indigo doit être sec, facilement inflammable,si légerqu'il surnage dans l'eau, d'une couleur d'un bleu violacé. Autrefois on le tirait principalement des Amériques espagnoles, des Antilles, de l'Inde, de l'Egypte , des îles de France et de Rourbon, de Madagascar; on a essayé sa culture avec succès à Malte et au .Sénégal. Depuis que les Anglais en ont étendu la caltare aux Indes-Orientales , les Antilles n'en fabriquent presque plus , et dans le commerce on désigne la provenance des indigos par les noms de Guatimala , Bengale , Madras et Coromandel.

Le nombre At^espèceset variétés d'indigotier e^X. considérable. Les plus cultivées sont : V Indigotier Jranc{Indigofera anil, h.)(Jig. 45 ),

Fig. 45.

arbuste sous-ligneux, de 2 à 3 pieds d'élévation, originaire des Grandes-Indes, et cultivé aux Antilles et en Amérique ; VI. des teinturiers ou des Indes (/. tinctoria, L. ; indica, Lam.), arbuste à peu près de même taille, qui croit spontanément à l'Ile-de- France, à Madagascar; l' /. glauque ou à feuilles argentées (/. glauca ou argentea, L.; W/l des arabes), petit arbuste d'un à deuv pieds, qui existe en Egypte, où on le cultjve en grand pour l'extraction de l'indigo; VI. de la Caroline ( I. caroliniaua, Walter), à tige hrtrbacéej liante de uo pied et demi à 2 pieds,

qui croît naturellement en Caroline, où on le cultive aussi pour son principe colorant. — Depuis quelques années, les Anglais cultivent beaucoup dans l'Inde un arbuste voisin des Lauriers -roses, espèce du genre Ifrigtie de R. Brown {If'rigtia, Nerium tinctorium), qui donne une grande quantité de feuilles bleues aussi belles que celles del'indigotier et qui peut en tout lui être substituée; cet arbuste présente l'avantage d'être vivace, beaucoup plus grand, d'avoir des feuilles plus larges et plus épaisses, et, une fois planté, de n'exiger pour ainsi dire aucune culture.

En Amérique, dans les Antilles et particulièrement à Saint-Domingue, \acullure de l'indigotier offrait d'autant plus d'avantages au colon, qu'elle n'exige que de faibles avances et qu'il faut peu de temps pour réaliser les résultats. On la fait ordinairement dans les terrains neufs provenant de défrichemcns; on doit, autant que possible, choisir un terrain à proximité d'un ruisseau, tant pour l'arrosement de la plante que pour les besoins de l'indigoterie qui fait une grande consommation d'eau.

Lorsque le terrain a été bien purgé de toutes les mauvaises herbes, on le laboure profondément, puis on pratique à la houe, à environ un pied de distance les uns des autres, des trous de 2 à 4 pouces de profon deur dans chacun desquels des femmes et des vieillards déposent de 8 à 12 graines; d'autres ouvriers viennent ensuite recouvrir ces semences. Le semis a lieu généralement de novembre à mai , à une époque où la terre est humectée par de petites pluies, celles qui sont prolongées faisant souvent pourrir la graine., et la sécheresse n'étant pas moins funeste.

Dès que les jeunes plants sont bien levés, il faut commencer à sarcler avec soin et renouveler cette opération aussi souvent qu'il est besoin, jusqu'à ce que l'indigotier ait pris assez de développement pour ne plus souffrir des mauvaises herbes. Lorsque la saison est sèche, il faut donner de fréquens a}' rosages, mais sans laisser séjourner l'eau.

Quand les plantes sont arrivées à leur maturité, ce qui arrive lorsque les fleurs commencent à se montrer, c'est le moment de faire la récolte en coupant les tiges, parce qu'alors les feuilles sont le plus gorgées de sucs coloraqs. Dans les climats qui conviennent à l'indigo, la récolle se fait souvent deux mois ou deux mois et demi après les semailles; et si la saison est favorable, on peut encore faire une seconde coupe deux mois après. M. BovÉ nous apprend qu'en Egypte on fait 3 et même 4 coupes par an , quand on a bien soigné ia culture et en donnant chaque fois un ou deux binages

Quoique l'indigotier soit vivace et même un arbuste, on est assez dans l'usage de le semer tous les ans; cependant on conserve auelqucfois les couches pour l'année suivante, et alors la récolte est plus hâtive, résisie mieux aux vents, aux pluies et à la sécheresse.

On ne place que rarement cet arbuste dans le même terrain, si ce n'est après un intervalle d'un assez grand oonibre dannccs; les

Arabes abandonnent même pendant quel- Fie. 46.

(lues années le sol qui l'a i)roduit, si le Nil ne

l'inonde pas, prélendanl qu'il ne vient après

ri«'n ou qu'une chetive récolle; on peut en

conclure que celle plante est très-épiiisante ,

mais il sulfirait d'engrais et de labours pour

renietti'e la terre en clal d'être productive.

Les indigoliers sont sujets à être attaqués par plusieurs insectes qui détruisent souvent les plus belles plantations, et ne laissent quelquefois d'autre ressource que de couper bien vite l'indigo pour ne pas tout perdre; ce|)eudant Dltour , propriétairecultivateur à .Saint-Domingue, a employé avec succès un troupeau de dindons auquel on donnait peu de nourriture et qu'on envoyait dans les champs d'indigo au moment oii les chenilles s'y montraient.

Aussitôt (|iie yherbe est coupée, on doit l'enlever et la transporter à l'usine pour y subir les préparations nécessaires à Vextraction de l'indigo. Dans les colonies, celle fabrication, sans exiger de grands bàtimens ni de dispendieux appareils, est fort compliquée et Irès-sujelte à ne donner que des mécomptes lorsqu'on n'a pas le tact le plus (in et I habitude la plus grande pour bien conduire l'Opération dans tous ses détails.

Dans l'Inde et notamment en Egypte, on mel en usage des procédés beaucoup plus simples et plus certains , et qui paraissent donner un indigo aussi bon, quoique peutêtre moins pur. Voici comment M. Bové décrit les incligoteries des Arabes , qu'il leur a vu souvent établir dans le champ même:

« L'appareil consiste en plusieurs jarres de terre cuite qui sont à moitié enfoncées eu terre afin de les soutenir, et en un chaudron qui sert à chauffer l'eau. On rassemble les tiges d'indigolier pour les hacher, puis on les met dans les jarres et on verse dessus de l'eau chaude; on foule la masse avec des bâtons peiuhint quelques heures; on égoutte les feuilles macérées dans des baquets au-dessus desquels on les soutient sur des espèces de claies. On laisse reposer l'eau colorée dans ces baquets, pour que la fécule se dépose au fond ; on fait écouler ce qui surnage. On creuse alors une petite fosse dans la terre, et après avoir saupoudré de sable le fond et les parois, on y verse la fécule recueillie-, elle s'y égoutte pendant quelques heures. Eufiu , lorsqu'elle est encore en consistance de pâle , on la mel dans des moules ronds, où elle achève de sécher, et on lui donne la forme de pains de quelques livres. » C. B. de M.

Section v. — Du Safran.

Le Safran {Crocus sativus,!,., an 'j^\.-, Safran- Crocus; &\\.,Sa/ran; itn\. ,ZaJ/arano) {fg. AÇ>) est une plante de la famille des Iridees. Ses fleurs d'un brun pourpre sortent presque à lîeur de terre, de tubercules gi os à peu près comme une noix muscade ; elles paraissent en octobre, tiennent eiisuile des feuilks radicales d'un vert gris et presque linéaires. Le truil ne paraît qu'au printemps suivant. Ainsi, dans son mode de végétation, le safian parait avoir beaucoup d'analogie avec le Colchique que dans certains cantons on nomme

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