‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 59 sur 325 · MV. IJ · texte numérisé non relu

MV. IJ

sajran des prés. L'ovaire, déposé au fond de la corolle, est surmonté par un stigmate trifide dont les divisions surpassent celles de la corolle. Ce sont ces ramifications dti stigmate qui fon' le principal produit du safran et sont employées dans la médecine, la parfumerie, l'économie domestique, et surtout dans l'art du teinturier.

Choix du sol et du climat; succession de culture. — Le safran parait ori^^inaire des montagnes de l'Europe méridion;i!e, du N. de l'Alrique et du N.-O. de l'Asie. La culture l'a transportée dans presque toutes les contrées de l'Europe. On le cultive en Autriche, en Hongrie, en France et jusqu'en Angleterre. Il paraît néanmoins (pril ne peut supporter un froid qui s'élèverait jusqu'.i 12" 1/2 R. Le sol qu'on lui destine est ordinairement pris dans la classe des loammeux : les terres qui contiennent cpielques centièmes d'élément calcaire lui sont particulièrement favorables. Comme le piodtiil du safran consiste surtout diins les parties florales, on pourrait croire qu'un sol trèsriche est une condition in(lis|)ensable de bénéfices; en effet, on sait jusqu'à cjtiel point la culture a modifié et dévelo])pé les organes de la génération dans les fleurs de nos jardins. Cependant on commettrait une grandeerreur si l'on destinait à celte plante un sol bien fumé ou naturellement très- fertile : car l'exaltation du parfum et l'intensité (h; la couleur ne peuvent s'obtenir que dans les climats chauds, ou dans les terres un peu sèches et arides. Le fermier Ellis dit que dans le district des ûexw Reslavans (Angleterre), où crciil le meilleur safran de ce pays, les terres sont très légères et reposent sur la craie. Il ne faut pas néanmoins tombei* dans lexcès, car si (les terres de cette nature sont, en Angleterre, appropriées à la culture du safran, il n en est certainement pas de même pour les contrées plus méridionales. Le safian, ainsi que nous l'avons dit, ne commence à donner des signes de \égétation et ne produit ses feuilles qu'à l'automne ; comment pourrait-il, dans une terre totalement privée d'humidité, supporter une sécheresse un peu prolongée.^ L'ognoxi se dessécherait intailliblement^

cnAP. r. DL' SAFRAN

Comme la terre destinée à une safranière doit être soigneusement choisie, et que le safran occupe le sol pendant plusieurs années successives, cette planle ne. peut pas entrer dans un cours ordinaire ei régulier de culture, mais occuper une terre à part et • hors d'assolement. Le safran peut venir à la suite de la plupart des autres plantes, pourvu qu'elles n'épuisent pas trop le sol et le lais- .vent en bon étal de propi-eté et d'aineublisscmenl. Il vient bien surtout après le îrèfle, le sainfoin, les féverolles et les récoltes binées. Comme la plantation n'a lieu que de juin en août, quelques cultivateurs récoltent la même année des vesces coupées en vert pour fourrage. Après le safran on cultive avec succès toute espèce de plantes, même du froment, parce que, n'arrivant jamais à graine, il épuise peu le sol, et que d'ailleurs les espaces qui séparent chaque rangée sont demeurés improductifs. Quelques personnes se sont bien trouvées d'a- \oir semé du sainfoin après le safran, qui ne peut revenir sur le même sol qu'après un espace de 7 à 8 ans.

C'Koix, habillage et plaritation des ognons. — Lors de l'arrachage des bulbes de la dernière récolte, on aura eu soin de les stralifier avec une terre poreuse et un peu sèche, afin qu'ils ne puissent ni végéter, ni pourrir, ni sécher. Quelques personnes préfèrent n'arracher rancienne plantation qu'au moment de commencer la nouvelle. Cette méthode a l'avantage de procurer des ognons plus sains, mais il faut faire le sacrifice d'une année de production sur la plantation qu'on veut détruire, et ce sacrijice est souvent plus que suffisant pour compenser l'avantage qu'on espère trouver dans ce procédé. Ou a soin à'écarter les tubercules qui sont alongés et pointus, comme aussi ceux qui ont «ré attaqués par les insectes, pourris ou meurtris, et ceux qui l^iissent voir à nu une chair blanche dépouillée de pellicule. Avant de les mettre en terre, on les passe individuellement en revue, afin de les débarrasser de toute substance étrangère, de l'ancienne peau et de lognonmère. Ce suin est plus important qu'on ne pourrait le supposer, et c'est parce qu'on l'a négligé (jue la safranière se trouve q^ielquefois, à son début, envahie par des filiaux qui déliuisent en peu de temps les plus belles e-spérances. Après ^yciW préparé convenablement le sol par des labours profonds, complétés par la herse et l'extirpateur, on tend le long du champ un cordeau pour tirer une rigole suivant sa direction. Celte rigole, tracée avec une houe à lame élargit', doit avoir une profondeur de 6 pouces. Celle-là teiminée, on en recommence une nouvelle à 4 pouces de dislance de la première; mais, pendant (pie la première se creusait, un ouvrier y disposait dans le fond les tubercules à une dislance de 3 pouces les uns des autres. Les tubercules sont recouverts avec la terre provenant de la seconde rigole. On continue la même manœuvre jusqu à ce que la plantation soit terminée. Cette opération a lieu ordinairement vers la mi-aoùt. On compte en France qu'il faut 000,000 tubercules par hectare. En Angleterre, on en met 3^2,040

par acre, ce qui fait 980, iOO par hectare.

Soins pendant la -végétation ; Maladies. — Quelques semaines après que le safran a été planté, on voit sortir de terre comme un bourgeon tubuleux et bleuâtre. Il faut alors détruire les mauvaises herbes, et donner un binage léger, aÇin de ne pasoffenser ces jeunes pousses qui contiennent le rudiment de la fleur. On la laisse en cet élat jusqu'à la récolte, et on la préserve de la dent des animaux sauvages (}ui font de grands dégâts dans les safranières. Vers la mi-octobre on procède à la récolle de la manière que nous indiquerons plus bas. En novembre on n'a autre chose à faire qu'à préserver la safranière de la présence des souris, des rats, des mulots et d'autres herbivores qui, trouvant alors la campagne nue et dépouillée, se retirent dans les safi'anières, en rongent les tubercules et mangent les feuilles qui commencent à poindre, et qui ne tombent qu'à la Saint-Jean de l'année suivante : elles sont alors pour les vaches une nourriture qui pousse à la production du lait.

La seconde année n'amène pas d'autres soin s que la première, c'est-à-dire des sarclages et binagesrépét es au tant de fois que le réclament l'état du sol et les circonstances atmosphériques.On fait la récolte en octobre. La troisième annéee\\^e les mêmes opérations: elle est ordinairement la dernière ; car les bons cultivateurs craignent de tirer plus de trois récoltes successives d'une même plantation.

Les ognons-mères ne se reproduisent pas au-dessous d'eux, comme cela a lieu chez quelques plantes analogues, mais au-dessus et de côté, de sorte (|u'à la tin les pousses de safran sont distribuées d'une manière si irrégulière, et les rangées tellement conjondues, qu'en faisant les binages ou en opérant la récolte, on ne peut éviter d'écraser et de détruire une grande quantité de plantes. De plus, les «gnons, en se reproduisant tonjoui s ainsi au-dessus d'eux-mêmes, s'ejhaussent continuellement, et pour ne leur causer aucun tort, on est obligé de ne donner que des binages superficiels, et par conséquent de ne procurera la salranière qu'un anieublissement imparfait et de la laisser dans un état de propreté peu sali^faisant : le sol se durcit, devient intraitable et lie donne plus que de chétifs produits.

Il est rare aussi que les ognons atteignent la quatrième année sans èlre attaqués par une de ces maladies terribles qui causent tant de ravages, et dont quelques-unes sont contagieuses. Ces maladies sont : 1° le Jausset, protubérance alongée qui parait sur le flanc de l'ognon et finit par le ronger entièrement; — '!<' le tacon, ulcère q.ui commence pai une tache brune et (im attaque le cœur de l'ognon : elle est contagieuse; — Z' la mort, qui n'est autre chose qu'une fongosité, classée par rEF.soOiX dans le genre Sclérote : elle entoure l'ognon de ses filamens, l'élreint et le fait mourir. Elle est tellement contagieuse qu'une pellée de terre provenant d'une safranière qui a été envahie, serait suffisante pour communiquer la contagion à une autre plantation ; et que si dans le terrain attacjué on remettait du safran avant 15 ans sans écobuer, il serait ctLoqué

imniédiolenient. Il n'y a pas d'autre remède aux deux premières maladies que l'amputation jusqu'au vif des ulcèreset desexcroissances. La dernière ne peut se détruire, mais on jjeuten arrêter les rava^^es par le blocus, en ceignant les parties attaquées d'un fossé profond dont on rejette la terre dans l'intérieur de la circonvallalion.

Jprès la récolte de la troisième année on arrache les tubercules, ou bien on laisse en terre jusqu'à Télé suivant.

Récolte, é plue ha ge, dessiccation et produits. — Les fleurs de safran ne paraissent pas toutes en même temps, et suivant que la température est plus ou moins favorable, la récolte est terminée dans 5 jours ou dure 2 ou 3 semaines. On doit, le matin seulement, parcourir la plantation pour prendre les fleurs épanouies; si l'on attendait plus tard, elles se faneraient ou se fermeraient, et l'épluchage présenterait beaucoup de difficultés. Les Jleurs sont apportées dans des paniers à la maison, étemlues sur un vieux drap ou sur des nattes, et on procède immédiatement a l'épluchage. On coupe les ramifications du stigmate un peu au-dessous de leur point d'insertion sur le style; ce sont ordinairement des feiiimes qui font cette besogne. Mais la cueillette doit être faite par de petits garçons ; les femmes, en parcourant la plantation, cassent avec l'ourlet inférieur de leur robe les fleurs naissantes, et comme il y a alors beaucoup de rosée, leurs vêtemens, se chargeant de boue, salissent presque tout ce qu'elles ne détruisent point : il faut donc préférer de petits garçons pour cette besogne.

Immédiatement après l'épluchage on procède à la dessiccation. On la fait quelquefois à l'ombre dans un endroit sec ; mais l'opération traîne en longueur, et le safran perd de sa qualité, car on sait l'influence qu'exerce la lumière sur les couleurs végétales un peu fugaces. Il vaut mieux la faire à la chaleur du feu ; en prend du charbon bien pur ou du coke; on l'allume, et à un pied au-dessus on suspend un tamis dont la toile est couverte d'une feuille de papier blanc : c'est sur cette feuille qu'on place le safran épluché à une épaisseur d'un pouce environ ; de temps à autre on le retourne, jusçiu'à ce qu'il soit sec et friable. Cette opération est délicate, et c'est ordinairement la maîtresse de la maison qui s'en charge. Le safran séché est mis dans des boites doublées en parchemin. On l'y dépose bien légèrement, parce que si on l'y foulait il se réduirait en poussière ; mais environ deux heures après qu'il a été déposé dans la boîte, il redevient flexible, et ou peut le serrer un peu. On met alternalivemenl une couche de safran et une couche de papier, et on ferme bien hermétiquement. En Allemagne, le safran se conserve dans des vessies qu'on enduit d'une couche d'huile à l'extérieur, et qu'on enveloppe encore dans une étoffe de laine.

Un auteur renommé porte à 80 livres de safran le produit des deux premières années tl'une saftanière. Je crois le chiffre exagéré. En Angieterre, on estime que le produit est la V année de .5 livres de safran sec par

DES PLANTES TINCTORIALES. liv. ii.

hectare, la T de 20, et la 3" de 35 ; au total, CO livres pour les 3 années. En Allemagne, on compte généralement sur 70 pour 3 années.

Le produit des ognons est ordinairement une moitié en sus de ce tju'on a planté.

Calcul des frais et produits. — Dépenses.

Rente de la terre pendant 3 ans. 240 f.

Cultures Id. ... 80

Plantation 60

Chasse 30

Cueillette 288

Epluchage, 70 livres à 4 fr. . . . 280

Arrachage et habillage des ognons. 84

Fumier 200

Séchage 8

Produits.

70 livres à 30 fr 210r»

Ce qui donne, pour les 3 années, un bénéfice de 8'?0 f.

Le safran revient au cultivateur à 18 fr. la livre; en 181G et 1817, il s'est vendu jusqu'à 100 et 120 fr.

Je crois qu'il est prudent de ne pas semer une grande quantité de safran dans les pays de vignobles ; parce qu'il arrive que les vendanges ont lieu à la même époque que la récolte du safran, et qu'on risaue beaucoup de manquer de main-d'œuvre.

Antoine, prof, à l'institut de Roville.

Section vi. — Du Carthame.

Le Carthame officinal, on Safran bâtard {Carthamus tinctorius ., L.; angl., Bas tard Saffron; ail., fVilder Sa/fran ;\\.a\..,Cartamo; Qortom ou Qdrtâm des Arabes) {fig. 47), est

Fig. 47.

une plante annuelle de 2 à 3 pieds de haut, très-rameuse, à fleurs d'un jaune rouge, appartenant à la famille de Cynarocéphales.

On cultive le carthame p nir les deux substances colorantes, l'une jaune, l'autre rouge, qu'on extrait des fleurons de ses fleurs. Eu

DU CARTHAME.

oulre les jurâmes, qui soûl f;rosses e( nombreuses , et qu'on vend h Paris sous le nom de graines de perroquets , parce que ces oiseaux en sont très- friands, lournissenl le quart de leur poids d'une huile bonne à briller et à manger, en sorte que, seulement sous le rapport de l'huile, cette plante mériterait d'être cultivée. Les feuilles peuvent servir de fourrage aux animaux et procurer une nourriture d'hiver pour les moutons, les chèvres et les vaches, et les tiges sont employées comme litière et en Egypte servent de combustible. Enfin, les fleurs de celte plante sont aussi employées en médecine., dans l'économie domestique et dans l'art culinaire, en place du véritable safran, et on la cultive dans les jardins pour la décoration des plates-bandes.

Le carthame,originaire d'Egypte, est comme naturalisé dans les parties méridionales de l'Europe; il supporte même le climat de Paris., quoiqu'il y périsse avant d'avoir donné toutes ses fleurs et que sa graine y mûrisse mal. Autrefois on fe cultivait fort en grand dans laThuringe, d'où on l'exportait non seulement eu Allemagne, mais encore en Angleterre et ailleurs; celte culture esl presque tombée, les Anglais livrant à l'Europe du carthame turc ou oriental qui est de meilleure qualité et qu'ils vont particulièrement chercher en Egypte, pays qui fournit les 7/8 de ce que les teintures consomment. Cependant, d'après les produits recherchés obtenus par M. Preyss , de Pesth, il parait que la supériorité de celui du Levant tient moins au climat qu'au mode de préparation ; par conséquent, en suivant ses procédés, on pourrdîit faire revivre cette culture en Europe, d'autant plus que le vice-roi d'Egypte, en s'appropriant le monopole du carthame égyptien, en a fait beaucoup hausser le prix, que la fabrication des étoffes auxquelles on l'applique conmie matière colorante prend toujours plus d'extension, et que sa préparation n'exige pas de grands appareils.

Le carthame exige une terre légère, profonde et la plus exposée aux ardeurs du soleil; à moins qu'elle ne soit trop maigre, on peut se dispenser de la fumer; dans un sol trop substantiel, les plantes s'élèvent fort haut, mais les Heurs sont rares et tardives, et les fleurons, seule partie dont on fasse usage, sont moins colorés et d'une qualité inférieure.

La terre ayantélé labourée ou, encore mieux , bêchée profondément avant l'hiver, on sème depuis la fin de mars jusqu'au milieu d'avril et même plus tard sous le climat de Paris. Il est bon de faire tremper la semence pendant 24 heures, dans un mélange de cendres et d'eau de fumier, afin d'attendrir la peau des graines qui est dure et épaisse, et de'hâter la germination. Le semis a lieu généralement à la volée et très -clair, pour que les plantes soient espacées de 15 à 18 pouces au moins; mais le semis en raies est préférable, et les plantes sont éloignées dans les lignes de 8 à 10 pouces les unes des autres. Il faut choisir pour l'ensemencement un jour où la température soit chaude et humide, car sans cela la graine est sujette à pourrir eu terre. On peut aussi culiivcr le carthame entre des

carottes ou d'autres plantes cuarnues dont Ifs tiges ne s'élèvent et ne s'élendent |)as beaucoup au-dessus du sol.

Tant que les jeunes carthames sontpetits, il faut sarcler soigneusement ., éclaircir et arracher les plantes qui portent des aiguillons.

La floraison a lieu a la fin de juillet, en août et même plus tard ; comme les fleurs n'acquièrent que successivement la couleur rouge-brun qu'on désire, il faut aussi faire la cueillette à différentes reprises, et toujours par un temps sec, l'humidité faisant noircir le carlhame. On pensait généralement que cette plante ne peut donner en même temps ses fleurs et ses fruits , et M. TiîouiN a professé celte opinion ; mais M. BoNAFOUS a reconnu qu'on peut trèsbien obtenir ces deux produits en procédant de la manière suivante : on arrache chaque matin, au lever du soleil, les pétales ou fleurons dont répanouissemenl annonce que l'œuvre de la reproduction esl assurée, mais sans couper les têtes des fleurs; les pétales ainsi récoltés son. étendus à l'ombre, et à un air chaud, sur des claies ou des nattes, et, lorsqu'ils sont desséchés, on les met dans des sacs pour les conserver à l'abri de l'humidité, afin que les principes colorans ne s'allèrent pas. — La cueillette du carthame dure environ deux mois, et pendant ce laps de temps on doit, cliacpie jour de beau temps, aller dans les champs faire celte récolte; on y emploie des femmes et des enfans. La longueur de celte opération el la nécessité d'épiucher et de préparer sans retard les produits, ne permettent guère de cultiver le carthame 1res en grand, et en feraient au contraire un objet avantageux de petite culture.

Après la cueillette des pétales, on laisse les plantes sécher sur pied pendant quelques jours ; on arrache alors les tiges dont on relire la graine en les frappant avec des bâtons. Celle graine, soumise aux mêmes manipulations que celle du colza, donne un quart environ de son poids en huile d'une qualité non moins précieuse pour l'éclairage que pour l'usage de nos tables.

On extrait des fleuilles florales deux matières colorantes, l'une jaune , d'une nature gommeuse , l'autre rouge, de nature résineuse. On en obtient en outre des couleurs rose, jaune-ponceau et rouge-cerise. En comparant le carlhame du Levant avec celui d'Allemagne , on remarque les différences suivantes : ce dernier est sec, dur, lient de la nature de la paille, et l'on aperçoit que les fleurs sont simplement séchées; leur couleur est le rouge vif entremêlé de beaucoup de jaune; on y trouve beaucoup de débris du réceptacle, du calice et d'autres corps étrangers. Le carthame oriental a une couleur plus sombre, homogène, d'un brunrouge ; il est pins noir et un peu humide au toucher; son odeur esl plus forte et il paraît comme composé de fibres fines déchirées, ne contenant aucune matière étrangère, si ce n'est quelques fragmens de capsules des graines.

Ces différences paraissent tenir uniquement au procédé de préparation mis en usage. Voici celui qu'on doit suivre : le».

feuilles florales nouveliemenl cueillies et séchées à l'ouibre, sont mises dans un vase de bois oii elles sont ari'osées avec une dissolulion (le quelques parties d'eau et ifiie partie de sel commun, jusqu'à ce que [«ar leur ramollissement elles se trouvent à peu près dans l'état oii elles étaient daris leur fraîcheur. Elles soiit alors mises entre deux pierres meulières et entièremiMit broyées. La masse broyée est, après qu'on en a exprimé le suc avec la main, humectée une seconde fois d'eau salée, qui est derechef exprimée; cette opéiation est renouvelée plusieurs fois, le résidu est alors étendu sur des planches, et après avoir été séché à l'oinbre, r! est bon à être livi'é au coninierce. — Nous devons faire remarquer ici que M. Eové {Obseivations .sur la cultures de l'Ei^yptc) xie parle pas de ce mode de préparation, et qu'il dit simplement qu'après avoir fait dessécher les fleurs à l'ombre, on les pile pour les réduire en pâte à laquelle on donne la forme de pains du poids de 2 à 3 livres.

Il n'est pas de notre ressort d'indiquer les moyens à l'aide desquels on extrait du car- Ihame les diverses substancescolorantes qu'il renferme. Le célèbre BEUTnoLLKT [Traité des teiniures^ etc.) les a décrits fort exactement, ainsi que les procédés pour les fixer sur les étoffes. On trouve aussi en abréf^é {Bull, des sciences af^ric, tome 16) deux procédés indiqués par M. Wehner. Ces couleurs ne supportent ni le débouilli au savon, ni l'exposition prolongée au soleil; ce sont donc des couleurs de petit teini ; miis, comme la couleur moyenne (jui en résulte est très-brillante, on en fait, malgré cela, un fré(|uent usage dans la teinture. C'est encore la partie colorante rouge du carthame qu'on empluie à la fabrication du plus beau rouge de toilette qu'on connaisse.

he produit de la culture du cartlia-nie peut se monter à 3 quintaux de fleurs par arpenl.

Sectioxvii. — Des autres plantes tinctoriales.

Les plantes tinctoriales qu'il nous reste à mentionner ne sont guère cultivées ; cependant il peut être utile d'indiquer leurs propriétés, comme preuve de la richesse du règne végétal et des ressources qu'il présente, et surtout pour exciter les cultivateurs à se livrer à des essais et à des recherches qui pourront doter notre agriculture et nos arts de nouveaux produits pi écieux. Ces espérances sont surtout fondées à l'égard des plantes qui nous occupent, dont le nombre utilisé n'est rien auprès de ce (ju'il pourrait être, ce dont ou peut prendre une idée en voyant sur un catalogue botanique combien de piailles portent le nom spécifique de tinctoriales. Nous allons transmettre quelques détails sur ceux de ces végétaux dont on utilise déjà les produits, et nous donnerons ensuite une enumération de ceux dont les propriétés colorantes sont le mieux constatées.

Croton des teinturiers ou Tournesol. - - Le Croton des teinturiers [Croton ttnctorium, L.), connu dans le Midi sous le nom de niaureUe, mo^ellète, est une plante très-utile aux arts par la teinture qu'on obtient de son suc;

elle appartient à la famille des Euphorbiacées.

Depuis un temps immémorial les hnbitans du seul village de Grand-Gallargues (Gard) se dispersent en juillet, et parcourent jusqu'en septeud)re les départemens des Bouches-du-khôue, du V'ar et de Yaucluse, pour ramasser les plantes de tournesol, desquelles ils extraient, au moyen de la |)ression, la matière colorante d'un beau bleit , coimiie sous le nom de bleu de Lani^uedoc. Mais, depuis quel(|ues années, par suite de la concurrence, ces plantes ayant été coupées ti'op jeuneset avant qu'elles aieni pu répandre des graines, elles commencent à devenir rares, en sorte qu'il est temps que l'agriculture s'empare de celte plante. Quelques cultivateurs avaient déjà essayé de la semer, mais, sans succès, parce que les graines n'éiaient l)as mûres; mais M J Ivan, pépuiiériste a l'ertuis (Vaucluse), a réussi complètement en ramassant des graines bien mûres, ce que l'on n'avait pas encore fait , attendu que chaque jour il en mûrit une ou deux sur cha(|ue plante et qu'aussitôt elles se répandent en s'élançaut même au loin; il obtint de ces graines de fort belles plantes qui l'ont mis à même d'offrir des semences au commerce.

Le croton croît dans les terres les plus arides ci même rocailleuses; il ne demande pas d'engrais et n'a besoin que d'une mince culture; cependant, si l'on fume nn peu la terre, si on la cultive bien, et cju'on l'airose parfois dans les chaleurs de juillet, on obtient une beaucoup plus belle récolle et des plantes qui peuvent peser jusqu'à 1 kilo. Le produit est alors immense, car 7 ares 88 centiares ont donné un produit de 1(500 kilos dans l'espace de 5 mois nue cette plante est restée eu terre, et la récolte s'est vendue sur le pied de 25 francs les 100 kilo, pesés verts. D'après cela, M. Ivan, convaincu que les agriculteurs du Midi ont un grand intérêt à muiliplier celle plante annuelle, en a offert des graines à 10 francs l'once qui contient S8,400 sen)ences environ; les 7 ares 88 centiares renfermaient 12,800 plantes esjjacées d'environ 8 centim. l'une de l'autre.

ha prép/7 ratio /i du tournesol., d'après MoK- TEi., consiste en plusicuirs opérations, d'ailleurs assez simples. On broie d'abord sous une meule disposée comme dans les moulins qui servent à écraser les olives ou les pommes à cidre, la maurelle, et pour cela ou doit choisir un jour serein, sec, et \\n soleil ardent. Quand les plantes sont bien écrasées, on en remplit un cabas fait de jonc et semblable à ceux dont on se sert pour presser les olives; on met ce cabas sous le ()ressoir, et on reçoit le suc exprimé dans des vases; dès qu'il ne coule plus de suc, on relire le cabas et on jette le marc qui forme un excellent fumier. Avant cesopéralions,des femmes ont dû préparer des drapi'aux de toile grossièie de chanvre, ayant déjà servi, mais sans cependant être blanchie ni à la rosée ni à la lessive, et (ju'on se contente, si elle est sale, de laver et làire sécher. Ces drapeaux sont trempés dans le baquet qui contient le jus de maurelle et on les en imbibe complètement, [)uis on les étend au soleil ardent sur des haies; quana ils sont scellés on eu forme des tas.

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