DE DIVERSES PLANTES TINCTORIALES
Une deuxième préparation consiste à exposer ces draueaiix à la vapeur de l'iirioe ou du fumier, qi.i leur l'ait prendre la couleur bleue. Pour cela, on rasseii>ble un mois à ravaiice, dans des cuves en [)ierre, de l'urine; on eu laisse au moment de l'opération environ 30 pots formant une épaisseur de 5 à 6 pouces; on y jette 5 à 6 livres de chaux vive; quelques-uns y ajoutent en outre une livre ti'alun; on remue bien ce mélange avec un bâton; on place au-dessus de l'urine des roseaux croisés sur lesquels on étend 7 à S drapeaux imbibés de suc et sécliés les uns sur les autres; puis on couvre la cuve d'un draj) ou d'une couverture. Les drapeaux restent exposés à la vapeur de la liqueur pendant plus ou moins liing-temps, en raison de sa force, généralemetit pendant '24 heures; on a soin de les relourner et de prendre gai'de qu'i's ne trempent dans l'urine, qui di'lruira l aussitôt la matière colo'anle. Chaque loi-, qu'on expose de nouveaux drapeaux à la vapeur de l'urine, on la leuiue bien avec un bâton ; pendant tout le temps que dure cette prt;(jaralion , on met tous les jours de l'urine dans la cuve, mais on n"v met que 3 fois de la chaux vive et de l'alun. — Lorsqu'on est obligé de suppléer à l'urine par le fumier, on doit prendre de grandes précautions , attendu qu'il faut relourner el retirer les drapeaux aussilôt qu'ils ont pris la couleur bleue, ce qui arrive quelquefois au bout d'une heure, et qu'une trop longue exposition à la vapeur du fumier pourrait détruire la couleur et tout perdre, ce que l'on n'a pas à craindre avec l'urine. — Dès que les drapeaux sont assez imprégnés de l'alcali volatil qui se dégage de l'urine ou du fuujier, on les irnhibe une seconde Jois de nouveau suc de maurelle, el si, après celte imbibilion, ils sont d'un bleu foncé tirant sur le noir, ou en reste là; si les chiffons n'ont pas cette couleur foncée, on les imbibe de nouveau suc une 3* et même une 4 fois.
Il ne s'agit plus quH de les faire sécher el de les emballer dans de grands sacs; on les y serre et |>resse bien, on fait un second emballage dans d'autres sacs ou dans de la toile avec de la paille, el ou forme des balles de 3 à 4 quintaux. Tout ce commerce se fait à Gallargues, où des commissionnaires viennent acheter ces balles pour les expédier en Hollande.
Le bleu de la maurelle n'est pas aussi beau que celui du pastel ou de l'indigo, el n'est que de faux teint; l'eau froide décolore surle-champ les drapeaux. En Allemagne, en Hollande, en Angleterre, on emploie ce bleu pour colorer les conserves, les gelées et diverses liqueurs; on s'en sert aussi pour donner au vin la couleur qui lui n)an(|ue, el pour teindre le gros papier à sucre; la teinture de tournesol est Tiin des réacliis le plus fréqueuin)entemployés par les chimistes, parce qu'elle a la propriété de rougir sur-lechamp dès qu'on la mêle avec une substance acide quelconque, d(n)t elle décèle ainsi la présence; les Hollandais l'emploient pour colorer en violel la croule de leurs fromages. C'est avec la matière première que nous leur fournissons, c'est-à-dire le tournesol en drapeaux qu'ils prej)aioiil ie tournesol en pains
qu'on débile sous forme de pâle sèche, qut est en usage dans divers arts, et avec lequel on fait des espèces de pieiTes à dessiner.
Caillelait jaune et blanc {Gallium verurn et mollugo , L.). Ils paraissent reuiérmer un principe colorant analogue à celui de la garance, c.ir le lait et les os des jeunes d'une lapine qui en mangeait, furent colorés en rouge. Ce sont les racines qui donnent une substance propre à teindre en rouge ou en jaune, selon la nature des ingrédieus salins qu'on emploie poiw mordans.
Orcaneite , Greniil ou Buglosse tinctorial {Lit/iospennum tinctorium, L. ; Ancliusa tinctoiia, Lam.) et Uno.snie {0/iosnia echioi<tes, L.) sont i\*^\\\ plantt'S vivaces de la bimille des Bnrragint'es, confondues généralement sous le nom iVUrcanttie^ qui croisscul dMns les lieux arides et sur les montagnes les plus sèches des parlirs méridionales dehi Francr',en Italie el eu Espagne. — Leurs racines ont une écorce rouge qu'on emploie dans la teinture de petit teint et dans la coloration <le certaines liqueurs, de sucreries et de dillerens mets; les anciens en composnienl leur lai'd ; le principe colorant ([u'on en obtient n'est presque pas solubie dans l'eau, mais est trèssoluble dans lalcool, et surtout dans les corpsgras ; aussi les pharmaciens 1 emploientils pour colorer en rose leurs préparations huileuses. — C'est [)endant Ihiver i\\.\'on arrache ces racines ;]es petitts sont pi éléiées ; on les lave, on les fait sécher, et on les livre ainsi au commerce. Ces plantes ne sont ptrint cultivées, et la consommation qu'on en faisait, assez considérable autrefois, diminue chaque année, depuis que la teinture possède des ingrédiens qui lui sont fort supérieurs.
Camomille des teinturiers { Anthémis tinctoria, L.), plante vivace, de la famille des Corymbifères, s'élevant d'un à 2 pieds, croît en Europe dans les lieux arides elles pâturages des montagnes ; elle se garnit, pendant l'elé el raulotune,de nombreuses fleurs jaunes ou blanchâtres qui la font rechercher pour la décoration des jardins. — On la multiplie de graines(îuon sème au printemps dans une terre légère. — Ses feuilles donnent une teinture jaune qui est peu solide, et diuil on fail peu d'usage en France, mais qui, d'après d'Amegurnay, est Irès-eslimée dans le Nord. Les chevaux aiment beaucoup celle plante que les moulons et les chèvres mangent aussi volontiers.
Sarrasin {déc\\\. el figuré Tom. I,pag.2dZ). On peutretirer desa paille une couleur bleue ; pour cela, on cueille le blé sarrasin avant que legrain soit tout-à-fail sec; on éleiid la paille sur la terre au soleil, pour amener le grain à un état de siccité qui lui ()ermette de se détacher facilement; on le bat, puis on réunit la paille en las (|u'on a soin d'humecter. Elle entre bie;il6t eu lérmenlalion <|u'on laissese prolonger jusqu'à un état de décom[)Osilion; on lui voit alors prendre une couleur blere; c'est le moment d'en former des gàlcaux comme on le fait pour le pastel, et qu'on fait sécherait soleil ou à l'étuve. M. Dlbrln- FAUT {Agricult. manujacturirr, 1831) nous apprend qu'en faisant bouillir ces gâteaux dans de l'eau, elle se roloi'e forivment en bleu; cette couleur végétale ul v-iiauge ni
clans le vinaigre, ni dans l'acide snlfurique, mais elle disparait dans l'acide nitrique; elle se change en rouge par un alcali; elle passe au noir clair par la noix de galle concassée, et se change en un beau vert par l'évaporation. Des étoffes teintes en bleu avec cette dissolution traitée comme les matières végétales de même nature employées en teinture, ont offert une couleur belle et solide.
Plusieurs arbres et arbustes fournissent aussi des matières colorantes. Les suivans sont à peu près les seuls dont on tire parti actuellement en Europe, sous le rapport de leurs propriétés tinctoriales.
Nerprun {Rhamnus). Deux espèces de ce genre d'arbrisseaux appartenant à la famille des Rhamnées fournissent des produits utilisés dans les arts : — 1° Le N. purgatif {R. catharticus , L.), arbrisseau de 8 à 10 pieds <le hauteur, très-abondant dans les haies et les bois. Ses fruits, qui ont une saveur amère, désagréable et une odeur nauséabonde, servent à préparer un médicament purgatif ïori énergique, le sirop de nerprun, qui se trouve dans toutes les pharmacies, et enfin le vert de vessie qu'on obtient en rapprochant ces fruits lorsqu'ils sont mûrs, par ï'évaporatlon, et en les mettant dans des vessies avec une certaine quantité dakin; cette couleur est fort employée dans la peinture en détrempe et dans le lavis. — 2" Le N. des teinturiers (R. infectorius, L.), arbrisseau plus petit, originaire du midi de la France, mais qui supporte le climat de Paris. Ses fruits, cueillis avant leur maturité, sont vendus dans lecommerce sous le nom de graine d'Avignon, et donnent une couleur jaune que les teinturiers de petit teint emploient fréquemment, mais (jui n'est pas solide ;ladécoction de ces grains avec du blanc de céruse forme une couleur jaune verdàtre, nommée stil de grain. — Ces deux arbustes, très-rameux et très-épineux, sont \vh'S>-propres à former de bonnes haies qui pourraient donner ainsi un produit supplémentaire.
U Epine vinette {BeiberisvulgariSy'L.)^ Vinettier, en outre de son fruit, dont, aux environs de Dijon, on lire bon parti pour faire des confitures très-estimées, et de son bois qui produit d'abondans fagots et que les tourneurs et les ébénistes recherchent à cause (le sa couleur, contient dans le bois et les racines une couleur /«««cassez belle etassez solide, dont on fait cependant peu d'usage. IWSl. BucH\ER, de Munich, ont tout récemment extrait de 100 parties d'écorce d'épinevinetle, 1/3 d'unfcsubstancequ'ilsontnommée Berbcrine, et dont la dissolution diversement préparée peut très-bien être appliquée à la teinture en jaune, jaune verdàtre et jaune brunâtre, suitout de la soie et de la laine.
Les Mûriers noir et blanc {Morus nigra et alba') sont encore énumérés par Thoui\ au nombre des plantes tinctoriales , comme fournissant un bois propre à la teinture en jaune.
Enumération des plantes tinctoriales. — Les matières colorantes provenant des végétaux sont, les unes de nature résineuse, et les autres desmodificalions delamatièreextraclive. Parmi les couleurs résineuses, il en est de jaunes, le Curcunia, la Gommc-guttc, le
DES PLA.NTES TINCTORIALES. liv. h, Chica, etc ; de rouges, la Garance, les Caillelait, le Sang-dragon, le Santal, le Carthame , le Safran, \ Alhanna, \^ Phytolacca decandra , VOrcanette, VOnosme, etc.; de vertes, la Cklorophylle, le Vert de vessie; mais il ne parait pas qu'il y en ait de bleues. Les substances bleues sont généralement de nature extractive: parmi celles-ci, il y en a de jaunes, Rcsedaluteola{Gaude), Anthémis tinctoria {Camomille), Nerprun des teinturiers, Epine-vinette, Genista tinctoria, Quercus tinctoria^ Morus tinctoria, et beaucoup d'autres; de rouges, Alizarine, Hœmatine, etc. ; mais, à ce qu'il parait, il n'y en a pas de vertes. Quant aux couleurs végétales bleues, on peut les diviser en deux sections: A. Les matières colorantes bleues de la fructification : des fleurs et des fruits, surtout des fruits charnus. On pourrait les appeler bleus naturels, parce que la couleur est déjà formée pendant la vie de la plante, comme dans les pétales des Viola odorata. Iris germanica, Commelina communis , Sysyrinchium tinctorium, Aquilegia vulgaris, Centaurea cyanus, Campanula rotundifolia, et une multitude d'antres plantes; le bleu existe dans le suc des baies du Sambucus nigra, de quelques variétés de Vitis vinifera, Vacciniuni Myrtillus, Rubus cœsius, Empetrum nigrum, etc. B. Les matières colorantes bleues des organes de la nutrition : de la racine, delà tige, des feuilles. La couleur y est rarement primitive et formée pendant la vie du végétal ; elle paraît ne se former qu'après la mort de la plante par des combinaisons chimiques; de là le nom de bleu chimique qu'on peut donner à ces matières : c'est à cette action qu'appartient VIndigo. Dans les Légumineuses, la matière coloraiite bleue se trouve dans les Coronilla Emerus, Vouapa simira, Baptisia tinctoria, Tephrosia tinctoria, Amorpha fruticosa, Robinia Carai^ana, Ononi'iAnil, et plusieursautres; dans les Polygalées, le Polygala bracteolata Forskalh, e\.tinctoria Vahl , donnent une sorte d'indigo; dans les Crucifères, la plante la plus connue sous ce rapport est V Isatis tinctoria (Pastel); on peut aussi obtenir une couleur bleue des feuilles et tiges d'une variété de Brassica oleracea et de l'écorce de la racine de quelques Raphanus sativus ; dans les Acérinées, VAcer rubrum, dont on colore en Amérique la laine elle lin ; dans lej Synanthérées, \eSpi/an(hus tinctoria Loureiro, dont on tire en Cochinchine une substance tinctoriale très-semblable à l'indigo; il est probable que l'on trouvera une matière semblable dans les Spilanthusoleraceus et Fuscus communis des jardins. Dans les Polygonécs, le Polygormm Fagopyrum {Sarrasin) desséchéavanl l'entière maturitédeses fruits; d'aprèsTliunberg, les P.chinense, barbatum et aviculare, sont cultivés au Japon comme plantes donnant une substance tinctoriale d'un beau bleu semblable à l'indigo. Dans les Apocynées, le Pergulana tinctoria Spre.ngel, de Sumatra, le Gymnema tingens Sprengel, ou Asclepias tingens Roxb.. duPégu,etle If'rightia tinctoria Rob. Brown, onNerium tinctorium Roxb.,donnentdes couleurs bleues très-estimées; dans les Laurinées, les racines duZaMrw.«■/.».'^/v^/oZ/V^ Lam.,et dn Laurus globosa Aubict, donnent une couleur violette ; dans les Euphorbiacécs, ie Cro-
cii.vp. S'
PLâ^NTES POUR
zophora tinctoria Adr. Juss. {Croton da teinturiers), dont on lire le touruesol, les Croton tricuspidatum et lanceolatum de Cnvanilles donnent une coideur bleue; notre Mercwr/alis perennis L. contient en quantité nolable delamatière colorante bleue; c'est avec I'^mphorbia helioscopia L., que Ton teint le papier en bleu de ciel. Dans les Térebinthacées le ii/îK.5-/7?o///^Humb. et Bonpl., de l'Amérique du Sud; dans les Scrofulariées, le Melampyrum arvense L., dont les graines mêlées au blé donnent au pain une couleur bleuâtre: les ti^'es et les feuilles fournissent aussi cette couleur après avoir éprouvé une sorte de
LA TANNERIE. 9f
fermentation ; il en est de même du M. sjivuticum; on a trouvé que les Rhinanthux donnent la couleur bleue aussi bien que les Melampyrura; VEuphrasia officinalis a beaucoup d'analogie avec eux. 11 est enfin à remarquer que ce qui arrive après la mort chez quelques phanérogames, a lieu i)endant la vie de certains Lichens et de quelques espèces de Boletus, qui, quand on les coupe, tournent au bleu; quelques-uns produisent la cou leur de tournesol; mais la manière de l'obtenir est bien différente de celle que l'on emploie pour l'indigo et pour certaines espèces de crotoQ. (Dieuuach.)