‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 61 sur 325 · CHAPITRE "VIII. — Des plantes utiles dans divers arts · texte numérisé non relu

CHAPITRE "VIII. — Des plantes utiles dans divers arts

Section i"^*. — Plantes pour la tannerie.

Le tannin , ou principe astringent produit par certains végétaux, combiné à la peau des animaux, a seul la propriété d'en faire ce qu'on connaît sous le nom de cuir à soulier; Yécorce du Chêne est la substance de laquelle on l'extrait plus généralement en France et en Amérique; il en est traité ailleurs (^^/-/c. forestière, T. IV, p. 113); mais il existe un grand nombre de végéiaux indigènes ou exotiques, qui renferment des principes tannans; nous citerons d'abord toutes les parties du Chêne, Vécorce des Bouleaux, principalement employée en Russie; diverses parties du Marronnier d'Inde , du Saule , de YOrme, le Redoul et autres Sumacs., dont nous parlerons tout-à-l'heure; Y A ire lie , les Rosiers de Provins et du Bengale , le Pin de barbarie., le Grenadier; puis plusieurs plantes vivaces , commes les Polygonées , les feuilles du Phytolacca ., le grand Plantin, la fausse Gaude, etc. Pour s'assurer de la richesse d'un végétal en principes tannans, il suffit de le faire bouillir, bâché menu dans de l'eau, et d'ajouter une solution aqueuse de vitriol vert ou de colle-forte; avec le vilriol la décoction noircit plus ou moins en l'aison du tannin qu'elle contient; avec la colle, la décoction se trouble et il se dépose au fond du vase un précipité blanchâtre, aussi plus ou moins considérable. M. Dlblc, de Rouen , a conclu de ces observations qu'on peut facilement, et sans de grands frais, extraire de ces végéiaux les principes tannans qu'ils contiennent, et que cette extraction en grand du tannin devrait donner lieu en France à une nouvelle branche d'industrie que quelques études chimiques, telles que celles possédées par les pharmaciens, devront conduire promplement à d'heureux résultats.

Le Myrte commun est un des végétaux dont l'écorce, les feuilles, les fleurs et les fruits sont le plus astringens ; il paraît même qu'ils le sont encore plus que dans le chêne; aussi les emploie-t-on généralement au tannage des cuirs dans les pays méridionaux de l'Europe où ils croisbeut naturellement et presque sans culture.

Le Sumdc des corroycurs ou Redoul (Rhuj

coriaria., L.) Roux, Vinaigrier {fi g. \%)., arbuste ^ig. 48.

de 8 à 10 pi. de haut, de la famille des Térebinthacées, est le végétal le plus cultivé dans lebut d'extraire les principes tannifères qu'il renferme. Sa ctdture a été spécialement observée en Sicile, en Italie et en Espagne, et elle pourrait être tentée avec succès dans plusieurs parties de la France oii elle n'est négligée que par suite de la difficulté de faire adopter par les agriculteurs de nouveaux genres de culture, lors même qu'ils pourraient leur offrir de grands avantages s'ils voulaient s'y livrer. — Ce sumac croit naturellement dans les climats chauds de l'Europe, et il peut aussi prospérer dans les régions où le froid a une certaine intensité durant l'hiver. Azticcnixi, directeur du Jardin expérimental de Florence, rapporte que sur la montagne où est située la ville de Giulano, il a vu plusieurs cultures de sumac; elles ne commençaient leur végétation qu'au mois de juin, attendu que le froid, qui est considérable sur cette montagne, puisque la neige y séjourne et que l'eau et la tt rre y gèlent, n'avait cessé que depuis peu de temps; les habitans lui certifièrent que le

CULT. INDUSTRIELLES : DES PLA.]NTES UTILES DANS DIVERS ARTS. riv. ij.

sumac qui croit dans ce canton est meillenr pour le launa::e et plus recherché que celui qui croit dans les lieux bas et par conséquent plus chauds du même pays. Sous le climat de Paris, le redoul gèle souvent, maisordinairemetit il n'v a que les tiges de frappées, et les racines donnent rannée suivante un beaucoup plus grand nombre de rejets; on pourrait donc en essayer la culture avec espoir de succès.

Le redoul croit prnmptenient et clans les yols les plus aride^ ; il re[)ous^e sins cesse de nouveaux rejetons du pied; il peut fournir, dans un court espace de temps, du bois propre au chauffage et même a d'aulres usages, quoiqu'il soit tendre. La faculté qu'il a de repousser facilement, le rend propre à soutenir les terrains escarpés et les bords des rivières et des lorrens encaissés. Su culture ne demande autre chose que le défoncement à la bêche du terrain auquel on veut confier les rejetons. On les met en tei-re au mois d'octobre par rangées, à la dislance de deux brasses les uns des autres, à la profondeur de trois pieds; on laboure pendant l'iiiver et au commencement du prinleu)ps.

A la seconde ou troisième année, au mois d'août, on coupe a Jlem de terre les plantes qui ont alors ac(|uis toute leur croissance et dont les feuilles sont bien mines. Lorsque les pieds ont des racines plus étendues, les rejetons sont plus nombreux, plus vi;;oureux et les récolles plus abondantes ; ces récolles ne sont exposées à presque aucune intempérie des saisons oi aux attaques des insectes , et le sumac vit et prospère dans le même terrain pendant un giand nombre dannées. Chacune des années qui suivent la 2*^ ou la S*", on fait une coupe pareille.

La préparation du sumac consiste à faire sécher les tiges au soleil, à en séparer ensuite les feuilles par le battage qui se fait avec des bâtons ou des fourches. On réduit ces feuilles en poudre en les faisant passer sous une meule verticale, pareille à celle qu'on emploie dans la fabrication de l'huile; cette sub^tance est alors propre à être livrée au commerce pour le tannage des cuirs; on l'emballe dans des sacs de toile pour la transporter.

La feuille du sumac est excellenle pour préparer les maroquins et autres cuirs; on s'en sert aussi pour laver les peaux qui ont trempé dans le.iu de chaux avant de les faire passer à la teinture. — Les fruits de cet arbuste, qui ont une saveur aigrelette, sont astringens et antiseptiques; on s'en sert fré- (|uemment en médecine; ils étaient employés [)ar les anciens dans l'assaisonnement des mets; les Hongrois les mettent dans le vinaigre pour le colorer et en augmenter la force; les Egyptiens s'en servent aussi pour colorer et assaisonner leiu' pilau.

Le Sumac de Firginie [li/ius typhinum, L.) très commun maintenant dans les jardins, est un arbrisseau un |)eu plus grand que le précérlent, et qui parait jouir des mêmes propriétés économiques et médicinales. Il est très-rustique, ne craint pas les gelées les plus fortes, s'accommode de fort mauvais terrains et donne en abondance des rejets

qui servent à le multiplier avec la plus grande facilité.

Le Sumac Justet, ou simplement Fustet 'Jxhus cotinus, L.), nommé vulgairement bois jaune ^ arbre à perruques , est un charmant aibrisseau, de 6 à 8 pieds, qui se répand iuissi beaucoup dans les jardins, et qui croit abondamment sur les montagnes des parties méridionales de l'Europe. Il ne redoute pas les hivers du nord de la f^rance, se contente d'une terre sèche et légère, et se multiplie facilement de graines, ou mieiix de marcottes, et par le déchirement des vieux pieds. — Ses f'euilles,i\\i'on regarde comme un poison pour l'homme el les animaux, servent pour le tannage des cuirs, et le commerce qu'on en fjiit a de l'importance pour quelques cantons. On extrait de son bois une couleur qui sert à teindre en café les étoffes de laine et les maioipiins. Ce bois veiné de blnnc, de jaune et de vert, est aussi employé par les luthiers, les ébénistes et les tourneurs.

Section ii. — De la Cardère à foulon.

La Cardère ou Chardon à foulon , a bonnetier y à carder., lainiei , etc. { Dipsacus fullonum, L.; en angl., Fuller s' Thistle ou Teuzle; en ail., Kardendistel; en ital., Dissuco ; en e&pag.. Cardencha){fig. 49), est une grande.

Fig. 49.

phinte l)isannuelle , de la famille des Dispacées, qui s'élève de 4 à G pieds; sa tige et ses feuilles sont garnies d'aspérités et d'aiguillons; cette tige et les rameaux secondaires se terminent par des têtes de fleurs dont les paillettes du ré<;eptacle, rudes et crochues, font l'office de cardes. — Lacardérc est indigène en France et en Angleterre, et assez commune dans les lieux bas et humides; on dit que les têtes de la plante sauvage ont des crochets moins durs et sont ainsi moins bonnes pour l'usage auquel on les destine, qui est d'enlever les poils excédans des draps et autres étoffes; à cet effet ou les fixe sur toute la surface d'un cylindre qu'on fait agir en tournant sur l'éloflé à la- (juelle on veut donner celte préparation.

Les tij^es des cardères sont utilisées pour chauffer le four ou brûler aans les foyers*

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