‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 62 sur 325 · DE LA. CARDERE A FOULON · texte numérisé non relu

DE LA. CARDERE A FOULON

mais il faut le Taire avec précaution, parce qu'elles ont Tinconvénienl de crépiter el de projeter au loin beaucoup de peliis fragmens enflammés. — Les abe\[\e'itroui'e//t une abondante pâture dans les champs de cardères, car cliaque tète contient plus de (300 lleurs et il y a bien des milliers de tètes dans un arpent.

On conçoit que la cardère, dont l'emploi est très-burné, n'est pas cullivée partout : c'est dans le voisinage des manuCaclures de laine qu'on s'y livre, et c'est aui)rès des plus considérables qu'elle a le plus d'importance, comme aux environs de Louviers, d'Elbeuf , de Sedan, de Carcassonne , etc. Ailleurs elle n'occupe que de Irès-pelits espaces, el souvent même on utilise la plante sauvage^ quoique de qualité inférieure.

Les sols qui conviennent le mieux à la cardère sont les terres profondes, fortes, sans être trop riches. L'exposition doit, autant que possible, être élevée, bien aérée et située au midi. Dans l'assolement elle occut)e la place d'une récolle de fourrage et de blé, la première année pouvant être assimilée à une culture de navel>, la 2 à une <le céiéales, la récolle devant avoir lieu cette 2'" année. Ltterrain doit être labouré proibndément et bien ameubli par les instrumens destinés à cet usage.

L'époque de X ensemencement est le commencement d'avril; la graine doit être nouvelle el bien remplie; on en emploie de 5 à 10 litres par hectare. Le plus généralement le sfinis a lieu à la volée; mais, en bonne culture, cette plante exigeant des binages et sarclages, il doit êire l<iit en ravons qu'on peut tracer sur le sommet des siiions ou sur ia SU! face aplanie du terrain. La distance entre les lignes doit être de 16 à 21 pouces. — Dans le semis à la volée, communément on sème la cai'dèie seule, mais (jueiquefois on la mélange avec le froment, les navels, les carottes, les haricots nains, la gaude , etc.. dans rintenlion de tirer parti du terrain la l'* année; c'est une mauvaise méthode, mais qu'on ne peut désapprouver si le cultivateur obtient un produit |)lus considérable de deux récolles médiocres que d'une seule parfaite. Dans le semis en lignes, il ne parait pas y avoir d'inconvénient à semer clans les intervalles^ api'ès le 1^' binage, des navets, des carottes, des panais ou autres plantes qui procureronl une augmt-nlation de produils sans presque aucune dépense supplémenlaire.

Dans le couité d'Fssex , on seuie souvent le carvi avec la cardère, mais celle méthode esl reconnue vicieuse.

Les autres soins de la culture consislenf, la !'■' année, à sarcler et biner le sol, et à éclaircir les jilants de manière à ce qu'ils soient placés à un pied les uns des autres si le semis a eu lieu à la volée, el à six pouces dans les rayons, s'ils cnl été disposés en lignes. Les places vides seront res^amies par la liansplantation; on peut aussi employer, pour en faire une plantation séparée, les individus arrachés pour éclaircir, mais jainais ils ne viendront aussi vigoureux ni aussi beaux que ceux semés en place. — La culture de lu y année consiste à remuer le sol , biner et sarcler jusqu'à ce que la plante commence à

monter. — Ordinairement on fait trois binages la 1"^' année et un seul la seconde. Dans les enviror.s de Liège et en Angleterre en donnant une seconde culture au milieu de mai quand les tiges commencent à se montrer, on butte les plantes afin de les soutenir el de les faire mieux résister à l'action des vents. Dans le midi de la France, il est Irès-ulile d'arroser la cardère avant qu'elle monte en lige, et on le fait toutes les fois que le terrain permet lirrigalion, — Quelquefois les pieds de cardère [)oussent des drageons qui nuisent beaucoup à la production des têtes, on doit les extirper en. fouillant la terre jusqu'à leur origine. — Une plante parasite, nommée gras aux environs d'Elbeuf et de Louviers, pi-obablement une espèce à'Oroj hanche , fait beaucoup de tort aux cultures de cardères. Il arrive quelquefois, suitout dans les années chaudes , que certains pieds et même la majeure partie montent dès la f*" année ; il faut dans tous les cas en faire la récolte, et, si un giand nombre des pieds ont été dans ce cas, il est ordinairement plus avantageux de supprimer la plantation après celle 1"' récolte. — Quelques cultivateurs suppriment ia principale tête de chaque pied de cardère au moment de son apparition, afin de faire multiplier les autres et augmenter leur volume; cette pratique p;irait devoir être approuvée , cette premièi'e tète alimentée par la sève prenant sou\enl un développement énorme aux dépens des autres.

La récolte de la cardère, quand on ne cherche pas à obtenir la graine, commence vers le milieu de juillet lorsque t<uiles les fleurs des têtes sont tombées et (pie ces têles prennent une couleur blatichâiie. Llles sont loin de mûrir toutes à la Ibis, et le mieux est de les couper au fur et à mesure. Généralement on fait ce travail en trois fois, à une sen auie ou dix jours d'intervalle. On coupe les têles bonnes à |)ren(iie en leur laissant une queue d'un pied environ; on les lie ensuite par paquets de 50, et on hs porte dans un grenier ou sous un hangar bien secs; quand le temps esl beau , on les met dehors et on les expose au soleil pour les dessécher parfaitement. Il faut avoir grand soin de les mettre à l'abii des pluies <|ui lont pourrir les têtes ou du moins affaiblissent les crochets, soit qu'on les laisse sur pied, soit qu'on les rentre mouillées; celle intempérie ciuse parfois de très -jurandes perles. Une dessiccation rapide au trop grand s(deil nuit aussi à la qualité des têles de cardère dont elle rend les crochets trop cassaus.

Pour livrer la cardère au commerce , on assortit les têles en plusieurs parts en raison de leur grosseur Les fabricaus débignenl les meilleures sous le nom de mâles, el les inférieures sous celui du Jemelles ; ils estiment celles qui sonl le plus alongées, C} lindriqiies el ornées de crochets fins. On en fait des ballots qui contiennent 200 poignées de 60 léles, et; qui lait 10 mille tètes. Un ti iage plus rigoureux a lieu à la fabri(iue avant de les emplover. Ou dit que celles dont on ne se sert qu'un an après la récolte sonl d'un meilleur usage.

Tour obtenir la graine , on laisse sans le.-î couper le.s têtes sur quelques-uns dcj [uns

<M CULT. INDUSTRIELLES ; DES PLANTES UTILES DANS DIVERS ARTS. i.iv. ii

beaux pieds, et quand la semence est mûre, on prend seulement les létes terminales les plus fortes; la graine s'en sépare facilement par le battage au fléau; on doit ensuite la vanner.

Le produit de la culture de la cardère est an des plus fructueux, mais avant de s'y livrer, il est prudent de s'en assurer le débouché; car les fabriques étant généralement abonnées sans intermédiaire pour leur fourniture, celui qui en cultiverait pour la première fois risquerait de ne pas s'en défaire avantageusement. Ce n'est que ceux qui font des expéditions à l'étranger qui soiit dans le cas d'en demander une année plus que l'autre, et ces expéditions se bornent presque à la Hollande. — Le produit de chaque pied de cardère estordinaireuient de5 têtes et s'élève souvent, dans les bons terrains et les années favorables, à 7 ou 9 ; ce qui doit donner par hectare de 20 à 30 ballots.

Section m. — Plantes propres à fournir la soude.

Les cendres de tous les végétaux contiennent en diverses proportions la potasse et divers autres sels solubies ou insolubles, et c'est ce qui en motive l'emploi dans les lessives ; il est quelques plantes cultivées dont on peut utiliser les tiges ou les fanes pour l'extraction de la potasse : on a eu soin de mentionner cet usage en pariant des autres emplois plus importans de ces végétaux. Un grand nombre de ceux qui croissent naturellement sur les bords de la mer, donnent de la soude par leur incinération : tels sont les Ficoides nodijlore et cristallin, les Salicornes herbacée et frutescente, les Anserine maritime et blanche^ et principalement toutes les espèces du genre Soude ^ au nombre d'environ 40, appartenant à la famille des Chénopodées.

Depuis que la chimie est parvenue à décomposer économiquement le sel marin , la culture de la soude a diminué d'importance, puisque les verreries, les savonneries et les blanchisseries, qui consomment le plus de ce sel, s'en approvisionnent dans les fabriques de produits chimiques qui le préparent en grand. Cependant Liiaptal a émis l'opinion que les teinturiers avaient toujours besoin de la soude provenant des plantes, ce qui assure l'écoulement de la petite quantité qu'on en extrait en France et surtout en Espagne aux environs d'Alicante, qui fournissent la plus grande quantité et la meilleure soude connue dans le commerce.

La petite quantité de soudes qui croissent naturellement sur le bord de la inor, a rendu leur culture nécessaire, et l'on a de plus trouvé par là l'avantage d'utiliser des terrains incapables de donner d'autres productions. Cependant nos cultivateurs littoraux délaissent presque généralement celte culture, et, en France, ou se contente presque [)artout de couper les plantes marines sans distinction, de les réunir avec les varechs rejetés par les flots, et, en brûlant le tout, d'en tirer une soude de mauvaise qualité. La culture des plantes à soude paraissant trèsproductive dans certains terrains voisins

des rivages de la mer, nous l'indiquerons en peu de mots aux agriculteurs de ces loca-. iités.

Les espèces suivantes de Soudes, savoir, les iS". grande {kali) , épineuse {tragus), ordinaire {soda), de Sibérie {rosace a) ^ barilie {sativa), géante [altissima), salée {salsa), sont énumérées par Tuolin comme les plus propres à fournir la soude nécessaire aux ai'ts, parmi les plantes qui croissent sur les plages sablonneuses du midi de l'Europe. Mais les deAW presque exclusivement cultivées sont la barilie et la soude ordinaire ; la 1"^", plus délicate , demande un terrain beaucoup meilleur et mieux préparé, mais aussi donne une soude beaucoup |)lus fine et plus estimée; leur culture et la manière de les recueillir sont au reste les mêmes.

La Soude ordinaire { Sahola soda, L.) kali^ salicote {fig. .50) est une plante annuelle, dont la tige s'élève à 2 ou 3 pieds, à rameaux Fier. 50.

écartés, à fenilles alongées, charnues, cendrées, avec trois lignes vertes.

La Soude cultivée {Salsola saliva, L. ), Barille, est aussi une plante annuelle, à tiges très-rameuse, à feuilles cyliodriciues, glabres, à fleurs réunies en tête. Celte espèce est la seule cultivée dans les marais salés de l'embouchure du Rhône, où on livre à cette culture pendant quelques années le même terrain; nous décrirons la méthode qui y est suivie d'après M.Paris, correspondant de la Société centrale d'agriculture.

Lorsque la terre est forte, plusieurs labours sont nécessaires pour assurer la réussite de la soude. — Les en{:^rais, surtout le fumitîr de mouton, lorsqu'on en a à sa disposition, ne doivent pas être épargnés; il est essentiel (|u'ils soient bien coosonunés.

Le semis a lieu en février ou en mars, dans les terres qui ne sont pas trop infectées de mauvaises herbes; dans le cas contraire, on attend jusqu'en avril, pour délruire ces mauvaises herbes par un dernier labour. Plus tôt l'ensemencement est fait, plus on peut espérer une belle récolte; il paraît qu'à Alicaute on le fait dès raulomne ou le mois de janvier pour récolter en juin. — La semence de barilie semé'' daus les terres uon salées, dé-

cri vr. 0*. DE LA. VIGNE ET

},'énère à chaque reproduction et ne donne bientôt plus à la combuslion que de la potasse, fait singulier, mais certain, et que des expériences renouvelées à la manufacture de Samt-Gobain, avec de la semence provenant de pieds nés de graine venue d'Alicante, ont confirmé. Il faut donc renouveler la semence au bout de quelques années, c'est-à- •dire se procurer de la graine des plantes venues sans culture dans les marais et qu'aux euvirons d'Arles on nomme Soude des haines; pour en obtenir en assez grande quantité, on répand dans ces marais de la graine de soude cultivée qu'on récolte ensuite pour être de nouveau semée avec avantage dans les terres arables. Cette graine se vend toujours en conséquence au moins un tiers plus cher. — On n'est point d'accord sur la quantité de semence qu'il convient d'employer, ce nui provient sans doute de ce qu'il est rare qu'elle soit entièrement bonne; 5 hectolitres par hectare semblent le terme moyen exigé. — La semence se répand à la volée et est recouverte par un léger coup de herse; on roule ensuite pour maintenir l'humidité du sol, humidité très-favorable à la germination et qu'on relient souvent eu dispersant sur le sol des fanes d'herbes des marais.— M. De Candolle dit qu'aux environs de Narbonne on donne le supei-flu de la graine de soude aux bœufs de labour, qui l'aiment beaucoup et dont elle conserve la force et l'embonpoint.

La soude souffre beaucoup du voisinage des plantes adventices ; elle exige donc des sarclages répètes, princi[)alement pendant len mois d'avril, mai et juiu.

Il a été constaté que toutes les plantes herbacées ou vivaces, qui croissent naturellement dans les terres salées impropres à la culture des céréales, et autres plantes qui craignent la surabouclauce du sel, décomposent ou absorbent ce sel et rendent par conséquent ces terrains plus tôt susceptibles de recevoir les articles ordinaires de la culture. La soude principalement produit cet eflet; ainsi PiCTET-MoLLET nousapprend qu'à Alicante on sème toujours à l'automne des céréales sur les terrains qui ont produit de la soude; dans la Caroline, on a soin de laisser croître, sur les marais salés qu'on endigue, delà soude et autres plantes marines, et par ce moyen on y cultive, au bout de 3 ou 4 ans, du riz et du mais qui n'y \iendraient peut-être pas sans ces précautions

avant la îO^ ou V2^ année. Sous ce rapport la culture de la soude mérite donc eucore d'être recommandée.

A la fin d'août, la soude est ordinairement bonne à être récoltée: si l'on désire recueilliila graine, il convient de laisser les plantes un mois de plus sur pied, et dans ce cas on les met sécher sans les amonceler, pour les battre avec des baguettes quand elles sont bien sèches : on nettoie ensuite la graine qui est très-petite et on la conserve dans des sacs. — Au reste, l'époque de la récolte varie selon que la température du printemps et de l'été a été chaude ou froide, selon l'époque des semailles, la nature du sol, etc. Elle est indiquée par le changement de couleur des tiges et la maturité de la moitié des graines. Si l'on attendait plus tard, les produits en sel seraient moindres. — la soude s'arrache à la main ; après l'avoir an achée, on la dépose sur le sol en petits tas et on l'y laisse pendant 4 ou 5 jours, puis ou la met en meules oblongues qu'on recouvre, en cas de pluie, de paillassons ou de nattes pour empêcher l'eau d'y pénétrer; dans cet état elle fermente et sèche; elle est ordinairement bonne à brûler au bout de 8 ou 10 jours. — Il faut choisir, pour cette opération, le moment convenable que la pratique seule peut bien indiquer; car la soude brûlée trop verte ou trop sèche fournit moins de produit. Avant de rassembler les meules pour les brûler, on a soin de les secouer et battre; on obtient ainsi la graine; mais comme elle a différens degrés de maturité, elle est trèsinférieure à celle des plantes qu'on a laissées parvenir sur pied à maturité complète. — La fabrication de la soude et du salin sera l'objet d'un article spécial de la division des ^rts apicoles.

Le produit de la culture de la soude est souvent fort considérable. Dans le sol qui lui convient, on récolte année commune par hectare, outre 90 hectolitres de graines, environ 260 quintaux de plantes vertes, qui peuvent en produire par la combustion 22 de matière saline. Lorsqu'on sème la soude dans un sol marécageux après une seule façon à l'araire et sans autres soins d'entretien, on obtient à peine le tiers de ce produit. Bosc cite un hectare de soude qui, convenablement cultivé aux environs d'Arles, a donné le revenu immense de 5,390 francs net.

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