C. B. DE M
CHAPITRE IX. — De la. vig.\e et de sa culture § I •■• — Du climat qui convient à la Vigne.
La vigne, originaire de l'Asie ainsi que la plupart de nos meilleurs arbres fruili'-rs, a vu ses produits, comme les leurs, se modifier d'une manière avantageuse par un climat différentet une culture appropriée. Aussi l'nvis de Chaptal, quoique combattu par l'auteur estimable d'un nouveau Traité sur la vigne, sera-t-il toujours le plus généralement
adopté, quand il dit que les climats tempérés et particulièrement notre belle France sont les plus favorables à la production des bons vins. Sans doute, des contrées plus méridionales produisent qu^-lques vins exquis, mais ce sont généralement des 7>ins de liqueur, égalés par ceux de quelques-uns de nos départemens méridionaux ; quant aux vi'is dits secs, ils sont également doués d'une saveur et d'un parfum trop exaltés, en sorte fui'on
iiu CULTURES INDUSTRIELLES : DE
ue boit vraiment avec plaisir qu'un petit verre de Malaga ou de Madère, tandis qu'on se laisse aller facileint-nt à vider une bouteille de Bordeaux, ou deBour^oi^ne, et plus gainient encore de (;hampa<^ne. Il est donc certain que les climats chauds, en favorisant la Ibrinalion du principe sucré, produisent des vins plus corsés et plus généreux, mais que notre climat lempéié verse en abondance dans le commerce des vins d'une plus facile consommation par leur délicatesse et par leur Jesièrelé. qualités qui compensent bien et au-delà la moindre proportion de corps et de spirituosilé. P^t comme la France a aussi ses vins de liqueur, qu'elle en a aussi qui pèchent pai' excès de corps et de spirituosité,ce qui oblijj;ede les attendre un quart de siècle pour les boire agréables, tels que les vins de Roussillon, on peut dire qu'elle est le pays qui produit la plus grande ":*.riéle d'exceilens vins; la cousonunalion ^:n serait encore plus grande si les propriétaires renonçaient à sacrifier la qualité a Tabondance, tlouble avantage dont la léunion a été démontrée incompatible, et s'ils apportaient autant de soins pour obtenir la première qu'ils en prodiguent pour l'autre.
Le climat de la France convitnt grnéralement a Ui vigne; toulel'ots il y a de nombreuses exceptions dans la zone septentrionale, qui forme au nu)ins le quart du pays, et même dans la plupart des dé|)artemens sur les parties les plus élevées; quoique la vigne puisse y végélei', la chaleur n'a pas assez de force pour mûrir le raisin. C'e^t par celte raison que la culture en est très-réduite dans les départemeiis de la Lo/ère, de la IIiute-Loii'e. du Cantal, dans l'arrondissement d'Ussel (Corrèze), et dans la partie nord de l'arrondissement de Tours qui est aussi la plus élevée. Daiis les de|)artemens du mi- <li, la vigne végète avec plus de force, les souches et les surmens sont plus gros; ce qui peut tenir aussi au plus grand espacement et à la nature des variélé» qu'on y cultive; unis ce qui est bien relfet incontestable du climat, c'est la maturité du raisin qui y est chaciue année plus complète, et la chaleur sèche (jui y règne à l'épnqne des vendanges, laquelle perni't aux raisins de rester longtemps sur le cep, sans tournera la pourriture, et les dispose plus facilement à être couNertis en une liqueur douce et licjuoreuse. Aussi les vins de cette nature sont-ils produits en plus grantle abondance dans les déparlemens des Pyrénées-Orientales, du Gard, de l'Hérault, du Var, et des Bouchesdu-Rliône, qui joignent à leur latitude méridionale une moindre élévation du sol audessus de la mer.
Parmi les autres causes que le climat, qui influent sur la nature du vin, nous en distinguerons de plusieurs sortes : les unes sur lesquellts nous ne nous arrêterons pas, parce <|ue Cf sont des conditions qu'il faut suljir, j)(iis(|u'elles proviennent de circonstances indépeiid inles de l'action de Ihomme, telles que les variations subites de l'atmosphère, la continuité d'une température humidt;, on les rigueurs d'une température extraordinaire; d'antres qui peuvent être regardées comme une dépendance fortuite
LA VIGNE ET DE SA CULTURE, liv. ih de cette même action, telles que le choix du terrain et son exposition, car ce choix est souvent très-borné ; nous appuierons davantage sur celles qui, étant tout-àfait dans la dépendance de l'homme, appellent par cela même une insistance plus grande. La prë- |)aralion du terrain, le choix du plant, le mode de plantation, tous les soins de culture et d'entreiieu de la vigne, formeront donc autant d'articles divers de ce chapitre. Quant aux détails et aux soins de la fabrication, et aux divers procédés employés selon la nature du vin que l'on se propose (Ti^blenir, ainsi que la confection des vaisseaux vinaires, et le traitement du vin jusqu'à sa mise en bouteilles, ces matières sont l'objet d'un des chapitres de la di\ision des Jrts agricoles.
Pour procéder avec méthode, nous nous mettrons à la place d'un propriétaire qui veut planter une vigne, non seulement dans l'intention de son approvisionnement particulier, mais aussi dans le but de partager l'honneur et le profit que la future réputation de soiv vij^noble doit lui donner. INous allons donc nous occuper d'abord du choix du terrain, en laissant à la position et à l'exposition, dont nous traiterons après, la part d'influence qu'elles méritent sur notre détermination. Viendra ensuite l'intéressante considération du choix du plant, qui amènera la nomenclature raisonnée des plants de \igne qui contribuent le [)lus puissamment aux |)remièris (|ualités des vins les plus renommés <.lu royaume, Nous passerons aussitôt à l'opération fondameulale de la plantation; tt nous suivrons les procédés de culture jusqu'à la recolle, en faisant un ainicle à part des amendemens convenables au terrain, et des engrais les moins pernicieux à la qualité du vin
§ II. — Terrain qui convient à la vigne.
Tout le monde s'accorde à reconnaître l'importance de la nature appropriée du terrain; plusieurs auteurs même en (ont la condition principale. Tonl champ qui a 10 ou 12 à 15 pouces de terre végétale, douce, légère, nalurellement perméable ou rendue telle par un mélange calcaire ou sou mélange naturel avec une grandequanlité de cailloux où de pierrailles, est propre à recevoir la vigne, surtout si la surface est légèrement convexe et si elle a une inclinaison sensible à l'hori/.on; le sol étant composé d'éléniens divers en proportion très variable, on trouveraitdilficilementdeux cham|;s d'une certaine étendue dont la formation soit parfaitemeni idenli(|ue dans les 20 à 2-5 pouces { GO à 80 cenlimètres ) de profondeur, qui peuvent être regardés comme ayant une action directe sur les productions de la vigne, et, parmi tous ces sols, il en est bien peu qui ne soient propres à sa culture, abstraction faite de la situation dont nous parlerons après ; il faut seulement en excepter les deux extrêmes, l'argile pure et le saliIe, ainsi que les terres riches, profondes, les plus avantageuses à la culture du blé. — Il arrive quelquefois qu'une argile maigre domine, et rend la terre battante, on devrait dire comme bat-
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tiie; c'est dans une terre pareille que les pierres sont bonnes à conserver, quoiqu'on puisse facilement l'améliorer par de la marue calcaire, appliquée à la surface. — Il est aussi un grand nombre de localités où, sous une couclie peu épaisse de terre argilo-calçaire, se trouve une roche fendillé-e de peu d'épaisseur; ces terrains sont aussi Irès-favorablcs à la culture de la vigne.
D'autres qui ne le sont pas moins sont: l-'les terrains granitiques formés de détritus de granit, qui produisent les vins fameux de Condrieux,derHermitage, deSaint-Pérai,de la Romanée; 2° les terrains schisteux sur lesquels se récoltent les vins deCôte-Rôlie, de la Malgue et les meilleurs vins de lAnjou; 3° les terrains volcaniques formés de matières rejetées par d'anciens volcans éteints, sur lesquels sont assis une partie des vignobles du Rhin, de Rochemaure en Vivarais, du Vésuve et de l'Etna. Il faut aussi y ajouter les terrains calcaires ou crayeux, si communs en Champngne.
Dans les vignobles de la côte de Reims, au-dessous d'une couche de terre d'environ 2 décimèîies, se trouve un lit épais d'argile ferrugineuse, contenant des pierres meulières. Les plaines du Médoc se composent dans leur partie supérieure d'une terre légère entremêlée d'une grande quantité de petits cailloux roulés d'environ un pouce de diamètre, sous laquelle se trouve aussi une argile rouge, sèche et compacte. I>a plupart des bons vignobles de France, parmi les plus renommés, sont assis sur une terre argilo-calcaire caillouteuse; c'est aussi celle que les Trévisans, par l'organe de l'abbéZuccHiM, regardent comme la plus favo.'-able à la bonne qualité du vin. Nous avons indiqué comme une des conditions les plus avantageuses d'un sol, son mélange avec des graviers, des cailloux ou des pierrailles : il est constant que ces corps durs, sans fournir d'alimens appréciables à la plante, modifient les propriélés du sol en le divisant, et donnent à ses productions plus de qualités. On aura donc soin de n'extraire delà vigne que les pierres qui pourraient nuire par leur grosseur aux façons qu'on donne à la terre. Il y a même des cas où l'on peut opérer une amélioration sensible en y en apportant ; j'en ai fait moimême l'épreuve.
Quand, dans la Touraine, une couche de terre, même peu profonde, repose sur un lit de pierres sous lequel se trouve une argile rouge, celle-ci est un indice certain, disent nos vignerons, du succès de la vigne et de la qualité du vin. IJ faut donc conclure de toutes ces observations que la présence de l'argile rouge dans cette position, à 3 ou 4 décim. de sa surface, est partout reconnue comme une condition très-favorable à la production des bons vins, soit que l'argile ne maintienne que la fraîcheur suffisante pour empêcher la vigne de jaunir dans les grandes sécheresses; soit que ce soit une qualité propre à cette nature de l'argile placée à cette distance d'influer toujours favorablement sur la qualité du vin. On a remarqué que les terrains dont elle faisait partie en proportion convenable étaient les plus aptes à produire les vins blancs les plus
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