TOME II. l
98 CULTURES INDUSTRIELLES : DE L du uîoins qu'aurnne année ne fut si constamment liumide, et qu'en aucune on n'avait si rarement vu régner le vent du nord que l'année 181G, si désastreuse pour les vignobles, autant par le défaut de récolte que par sa mauvaise qualité. Il est même quelques cépages, tels que les muscats, qui exigent cette exposition dans nos départemens du midi. Serait-ce, comme le prétend un auteur champenois ( BiniT), parce que le vent du nord a la double propriété d'éloigner de la vigne tout ce qui peut lui être nuisible, de la rendre plus féconde et même de donner de la qualité à son fruit? Sans prétendre le .décider, mais toutefois en ayant égard à ses observations, nous nous garderons bien de conseiller de ménager ou de créer des abris sur le sommet des coteaux plantés en vignes. Du reste, son opinion est partagée et confirmée par les \ignerons de la Gironde qui pensent aussi que les vignobles légèrement inclinés vers le nord ont l'exposition la plus avantageuse, parce que les vents du nord dessèchent la terre, et que l'humidité est le plus grand ennemi de la vigne.
Il n'en restera pas moins constant que Vexposition du micliserA toujours préférable, et que celle du levant sera presque également recommandable, quoiqu'on ait remarqué qu'elle était la plus sujette à la gelée.
Si, en général, les terrains en pente sont préférables, et surtout les llancsdes collines, le propriétaire qui n'en aura pas à sa disposition aurait tort de renoncer par cette seule considération à l'établissement d'une vigne; car, quoique le plus ordinairement les vins des coteaux soient préférables à celui des plaines, il est cependant aussi beaucoup d'exceptions remarquables et même illustres, telles que les vignobles du Médoc et des Graves de Bordeaux, et près de nous ceux de Saint-Nicolas de Bourgueil. A la vérité, les vignes dans ces mêmes cantons sont soumises à un mode de culture différent de celui des coteaux, et qui permet aux rayons solaires de les frapper directement. Le seul soin qu'il y aura alors à avoir si vous avez fait choix d'un terrain en plaine qui réunisse les qualités désirables, sera qu'il ne soit ni trop bas ni trop élevé.
§ IV. — Choix du plant de vigne, ses variétés.
Après avoir arrêté le choix du terrain, détermination pour laquelle il aura été sage de réclamer l'assistance d'un paysan intelligent, on s'occupera du choix du plant; et cette même assistance ne vous sera pas inutile pour apprécier nettement la valeur relative des diverses variétés cultivées dans le pays. C'est un sujet de réflexion d'une grande importance pour le propriétaire qui veut sortir de la route depuis long-temps frayée par des gens qui n'y avaient pas moins d'intérêt que lui; mais la plupart n^nt d'autre but dans cette opération que de faire du vin pour le marchand ; peu s'occupent de fonder leur vigne de manière à en obtenir le meilleur vin possible. Nous ne perdrons pas de vue ces deux considérations qui devraient toujours marcher ensemble, au moins pour
A VIGNE ET DE SA CULTURE, liv. u,
riionneur du pro|)riétaire, si ce n'est pas toujours pour son protit.
P^n général, il sera prudent de se conformer à la loi du pays, de se décider pour les pbints de vigne qui y sont réputés donner le meilleur vin, parce qu'il y a trop de dommages à en cultiver qui s'éloignent de l'époque des vendanges des vignobles voisins.
Si l'on juge de l'opinion de nos pères sur la préférence de tel ou tel terrain pour la vigne blanche ou pour la vigne rouge, par la composition de celles qu'ils nous ont laissées, nous devons penser qu'il leur suffisait de reconnaître la propriété d'une terre pour la culture de la vigne, pour qu'ils la crussent également propre à la rouge et à la blanche. Nos connaissances sur cette question ne sont pas beaucoup plus étendues; car, si nous avons changé de méthode, c'est uniquement pour complaire aux marchands de vin qui nous recommandent toujours de ne pas laisser de blanc parmi le rouge, pour que nous ayons un vin plus foncé en couleur à leur offrir. D'une autre part, on a remarqué que le vin blanc était d'une qualité trèsmédiocre dans les Palus et le Médoc ; d'où l'on peut inférer que tout terrain n'est pas également propre pour l'un et pour l'autre. Nous donnerons quelques courtes indications des natures du terrain qui conviennent à certains plants les plus connus, et nous nous contenterons, dans la nomenclature raisounée que nous allons donner, d'indiquer de quels vignobles célèbres ces plants sont la base, en désignant si leur maturité tst précoce, moyenne ou tardive.
Nous ne pouvons partager l'opinion de Bosc qui affirme, on ne sait trop sur quelle observation, que chaque plante exige un terrain particulier et une culture qui lui soit propre. Sans doute, les variétés douées d'une grande force de végétation conviendront mieux dans les terres maigres où les plants délicats donneraient une si faible récolte qu'elle ne dédommagerait pas des frais de culture. Nul doute aussi que la taille ne doive être différente pour les uns et les autres. On pourrait aussi ranger au nombre de ces soins particuliers aux espèces d'une faible constitution, et ces soins n'en sont qu'une conséquence,lanécessitédeleurentretien par un provignage soutenu; mais là s'arrêtent les différences de traitement, ou, s'il en est encore quelques-unes, ce n'est qu'entre les espèces vigoureuses et celles d'une nature plus délicate.
De tout temps on a reconnu l'influence de la -variété du cépage sur la qualité du vin. Ca- TON, Celse, Columelle, chez les Romains, Olivier de Serres, Rosier, Roxas Clémente, chez les modernes, mettent ce choix au premier rang des considérations qui doivent occuper le plus sérieusement ceux qui entreprennent la plantatio" d'une vigne. Ce qui en prouve encore plus l'importance, c'est la dénomination de plusieurs vins renommés qui la tirent de celles des plants qui les ont produits; tels sont, dans le midi, les vins muscats, ceux de Grenache, de Malvoisie, de Picardan dans le centre de la France; les excellens vins blancs de Vouvrai, de Saumur et d'Angers pourraient également porter le
CHAP. 9'. DE LA Vir.NR ET
nom de vin de Piaeaii, car ce sont des planls de vigne connus sous ce nom qui les produisentexclusivemenl; nous l'avons reconnu, après une confrontation que nous pouvons faire depuis 25 ans, pour être le même que l'ugue lombarde du Languedoc; et, sous l'un et l'autre nom, il produit, dans chaque pays, unvin fort distingut', quoique bien différent. Mais qui refuserait de convenir que la modification que ce cépage a pu subir par le changement de climat est tout à son avantage?" Nous avons reconnu aussi que le Picardan du même pays est très-commun dans l'arrondissement de Tours, sous le nom de Sudunais. Si le vin n'en est pas estimé, c'est qu'il est très-mèlé avec d'autres, et qu'il li'est guère cultivé séparément que par les paysans à cause de son abondance. Plusieurs variétés transportées d'Espagne en France, telles que le Mataro, le Morastel, la Crignane, y ont eu le plus grand succès, mais par-dessus tout le cépage nommé Grenache ou Alicante en France, Arragonais noir aux environs de Madrid, plant tiré de la Catalogne où il est fort estimé, et transporté dans quelques-uns de nos déparlemens du midi où il produit aussi un vin d'une qualité supérieure. Ce même plant a déjà été introduit avec le plus grand succès dans le département de Lot-et-Garonne; ainsi il est douteux qu'il ait rien perdu de ses bonnes qualités en allant du midi au nord. Si le chasselas, comme nous le dit C'haptal, apporté en France des îles de l'Archipel, n'a donné qu'un mauvais vin, pourra-t-on affirmer que la modification qu'il a éprouvée soit une vraie dégénération, quand on sait que ce raisin, délicieux à Paris et dans nos provinces du centre, est au-dessous du médiocre dans les déi»artemens des Pyrénées.'' du moins je tiens ce fait d'un homme qui mérite la plus grande confiance (M. Jaubert de Passa).
Si l'on considère en outre que les variétés précieuses qui peuplent les vignobles de Bourgogne et de Champagne sontoriginaires de pays plus méridionaux, la prétention de la plupart des œnologues qu'il ne faut pas faire venir dans le Nord des plants du Midi, mais au contraire les porter du Nord au Midi, ne paraîtra guère soutenable, surtout si l'on aj.'jute que plusieurs plants, notamment de la Navarre, la Colgadera et le Tempranillo (1), transportés de la Navarre en Andalousie, y ont perdu leurs bonnesqualités, comme nous l'atteste D. S. Roxas-Clemeivte.
La seule considération à laquelle on soit forcé d'avoir égard, c'est la faculté de maturation, dans les années ordinaires; car il est certain que plusieurs des variétés cultivées dans le midi ne mûrissent pas suffisamment pour faire un vin de bonne qualité, à quelques degrés plus au nord :nous connaissons même un plant, le Carbenet du Médoc, presque exclusivement cultivé sous le nom df Srtion dans l'arrondissement de Chinon, ou il produit une très-bonne qualité de vin, et qui n'a pu être introduit avec succès dans rarruudissement de Tours, même départe-
ment, par sa difficulté d'atteindre une complète nsaturité. Nous attachons quelque importance à ces observations, parce que la plupart des auteurs, en entraînant leurs lecteurs dans un système qui ne nniis a jamais paru avoir la moindre solidité, parviennent à les détourner de la véritable voie de perfectionnement ou du moins d'amélioration.
Il est encore un autre point sur lequel je diffère d'avis avec Bosc, qui porte le nombre des variétés à un noiubre infini dont il connaît déjà, dit-il, plus de deux mille. Pour moi, j'ai beaucoup de peine à croire que ce nombre ne se trouve pas limité entre deux ou trois cents, et j'appuie mon opinion siu' l'établissement horticole des frères Audibert, à Tarascon, où sont cultivées à peu près toutes les variétés qui existent en France, et une partie de celles d'Espagne et dltalie. Leur catalogue en poite à la véiilé 330 variétés sur lesquelles l'en ai reconnu plusieurs sous des noms différens. entre autres une espèce qu'il dénomme Tokai, que j'ai fait venir de chez eux et de chez M. deBernardy, de l'Ardôche, et que mon vigneron a sur-lechr.mp reconnu pour être le cépage que nous appelons en Touraine Malvoisie, en Bourgogne Pineau gris, en Champagne Fromenteau, ce que j'ai constaté à la fructification. Je pourrais encore citer le véritable Pineau de Bourgogne que j'ai fait venir des bords de la Marne, de l'Yonne, du Jura et de l'Ardê che, sous des nomsdifférens inscrits au même catalogue. Je les ai tous plantés le long de ma vigne noble, appellation propre aux plants fins de Bourgogne dans le canton que j'habite, et je défie le plus habile vigneron de trouver la moindre différence avec le plant ou cépage que nous connaissons sous le nom d'Orléans ou petit arnoison noir.
Pflaintenant nous allons procéder à la nomenclature des cépages,qui, par leur pluralité évidente dans nos meilleurs vignobles, contribuent le plus puissamment à déterminer la bonne qualité du vin qui en est le produit.
Pineau : Le Pineau noir, ainsi nommé en plusieurs départemens, Noirien, Morillon eu Bourgogne, Petit plant doré en Champagne, Auvernat a Orléans, Petit Arnoison noir ou Orléans aux environs de Tours, est partout reconnu pour donner le meilleur vin, et il n'a pas dégénéré sous des latitudes bien différentes, puisque c'est lui qui peuple presque en entier les vignes qui produisent le fameux vin du Cap. Son seul défaut est d'être trèspeu productif, défaut qui en réduit progressivement la culture, et la restreint aux vignobies des riches propriétaires qui se dédommagentde la médiocrité de la récollepar le haut prix qu'ils en retirent. Ses grappes sont tassées, petites, composées de grains violets, légèrement oblongs et assez serrés quand ils ne sont pas entremêlés de très -petits grains, cequiarriveassez souvent. La couleur du vin, après le cuvage, est d'un rouge brillant, mais peu foncé; son bois est menu, et serait traînant, s'il n'était pas ordinairement soutenu par deséchalasou paisseaux. Comme
(t) On pourra voir dans quelques années quelle niodiQcation ils sunmt siil>ie par \tnv trïn.'pr.rt l'Audatousie en Touraine. Car ces deux variétés sont du nombre de celles qu'un propriétaiie a rha.
léea îians une vigne qu'il a coiis.icrée aux plants étrangers
100 CULTURES INDUSTRIELLES : DE ce plant est d'une nature délicale, il craint le voisinaj^e des espèces vit^oureuses et demande a être tenu bas et à èlre provigné souvent. Il exige en outre une terre un peu forte et qui ait du tond; dans les terres maigres, il ne produit presque rien et ne dure pas longtemps. Il a (pu'lcpies \arieles dont les plus fëcnndes soni toujours inférieures en qualité. Parmi celles-ci, le Lù-erdun sest acquis une réputation par son étonnante fécondité qui s'unit avec une (jualité assez bonne.
Le Pineau grix, Gristt, Petit ff/is, Burot en Bourgogne, Fronu-nteau en Cliampagne, yiuxou ouAuxerrûisan d'autres !ieux,/y/a/t'o/sie dans le vignoble de Joué i)rès Tours , est aussi le Tol.ai des bords du Rhin ainsi que dans quelques localités du Midi; il est généraleuiiiit estimé, mais surtout dans les vignobles de la Meuse et du Rhin. Bosc affirme, ainsi que les propriétaires du Midi, que c'est bien le plant le plus cultivé dans le vignoble de Tokai en Hongrie. Je l'ai (ail venir du Bas -Rhin, des Rouches-du Rhône et de l'Arilèche , et il s'est trouvé parfaitement identique avec le MaU'oisie de Touraine qui a'cst pas celui du midi, ni aucun do ceux de TEspagne. Ce cépage conti-ihue pour beaucoup à la délicatesse des délicieux vins de Siilery et de V^ersenai en Champagne, selon Bidet, auteur champenois. La couleur de raisin est d'un rouge clair ardoisé qui le fait facilement reconnaître. Son bois est mince et se soutient mal.
Le Pineau blanc^ aux environs de Dijon, Plant doré blanc sur les bords de la Marne, Arnoison blanc près de Tours, accompagne dans tous les bons vignobles les (\v:\\\ precédens. Employé seul eu accompagné de quelques autres en petite quantité, il contribue le plus à l'excellente qualité des vins de Chablis, de ]\Iont-Rachet; l'époque de sa maturité est la même. Quoique le bois ne soit pas gros, il est dur et se soutient bien.
Sans dénier à la nature du terrain ainsi qu au climat tempéré sous lequel ils parcourent le cercle de leur végétation, leur part dinfluence, ou peut dire que ces trois plants, dans la réunion desquels il est convenable que le premier domine, et quand les autres circonstances nécessaires y concourent, donnent partout d'excellent vin : en Bourgogne, en Champagne, oîi ils font le fonds des vignobles les plus estimés jiour la délicatesse des vins qu'ils fournissent; sur la Meuse et dans le Jura, ainsi que dans une ou deux communes près de Tours; mais ils ne sont pas également recommandables par la ilurée de leur conservation. Disons en passant, et dans la crainte d'omettre cette observation importante, que si quelques propriétaires se sont plaints de ce que ces plants trailés à part ne leur ont donné qu'un vin inférieur à celui obtenu d'autres variétés, c'est, en premier lieu, que le Meunier, qui passe à tort pour un plant noble, dominait dans la vigne, et ensuite qu'ils laissaient cuver la vendange aussi longtemps que celle du côt ; ce qui ne lui convient nullement. Ces propriétaires ignorent qu'en Bourgogne la "lendange de ces mêmes plants ne cuve que 2 à 3 jours. Malheureusement on y réunit souvent le
LA. VIGNE ET DE SA CULTURE, iiv. ii.
Meunier, connu presque partout sous ce nom à cause de la poussière cotonneuse qui garnit ses feuilles, surtout celles qui viennent de se développer. Il est connu aussi sous le nom de Plant de Brie. Il donne un vin plat, de peu de gaide et de peu de couleur, mais il mûrit de bonne heure et coule rarement; il est aussi plus robuste que les trois premiers; aussi gagne-l-il chaque année du terrain à leurs dépens, et d'autant plus qu'ils sont très-peu productifs : c'est la seule considération qui restreint de plus en plus leur culture et les a fait supplanter par le Gamet.
Gamet, cépage fécond, à grappes abondantes, grosses et bien fournies, qui passe heureusement le moment critique de la floraison, et est moins sensible à la gelée ; mais il fait un vin dur et sans corps, sans chaleur, sans bouquet et d'une durée encore d'autant moindre que le vin qu'il donne est ordinairement le produit d'une vigne très-fumée, car il n'est pas robuste et s'épuise aisément. La substitution de ces plants d'une nature grossière a, depuis une quarantaine d'années, considérablement altéré la qualité des vins de Bourgogne. Les regrets seraient moins fondés, et le profil ne serait guère inférieur, si, au lieu du Gamet justement proscrit par les anciens ducs de Bourgogne qui, dans leur édit de proscription, le traitent d'infâme, on avait fait choix du Plant du roi, ainsi nommé aux environs de Paris, Quille de co(j dans les vignobles d'Auxerre, San Moireau à Orléans et sur les bords de la Marne, Auxcrrois , Pied de perdrix dans le Lot, Pied rouge (Lot-et-Garonne), Côte rouge dans la \^ovAo^u^.,Bourglngnon vers la Meuse, Côt en Touraine et en Poitou. Le vin qu'il produit est d'une couleur riche et a beaucoup de corps; ce qui permet aux marchands de le mêler, avec profit pour eux et sans détérioration pour la liqueur, à des vins blancs qui lui communiquent un peu de spirituosité dont il manquait. La solidité est aussi un mérite qui lui est reconnu. Il joint à ces avantages celui de convenir plus que tout autre par sa vigoureuse végétation aux terrains les plus médiocres; d'êlre presque exempt de l'accident si fréquent des gelées printanières, parce qu'il est fort tardif à la pousse, quoiqu'il ne le soit pas à la maturité; et de pouvoir se passer d'échalas, parce qu'il porte bien son bois et que ses grappes sont composées de raisins gros, peu serrés, et peu sujets à la pourriture même par les temps humides. Son seul défaut qui est grave, c'est d'être fort sujet à la coulure lors de la fleur. C'est lui qui faille fonds des vignob' > de la côte du Cher, de l'Indre et du Lot. Ce cépage, fort remarquable, a plusieurs variété >: celle à pédoncule et pédicèles rouges ; cel e à pédoncule et pédicèles verts , qui est (>lus recherchée, parce qu'elle tient mieux à la fleur, et une variété nouvellement intror.uite en Touraine, nommée Côt de Bordeaux. La maturité des uîis et des autres est toujrijrs sûre, suivant de très-près celle des plus f àtifs.
Breton ou Carbenet. — Il est un autre plant très-répandu dans les deux arrondissemens contigus, (juoique de départemens différens, deCninon et de Châlellerault; il est connu sous le nom de Breton; nous le retrouvons
riiAP. 9 . DE LA VIGNE ET
sous le nom de Carbenei dans la Gironde. C'est un cépage vigoureux et passablement productif,peu sujet à la coulure, mais un peu tardif à mûrir. Le vin qu'il donne est loger, peu spiiitueux, mais fort agréable lorsqu'il a vieilli. Dans sa jeunesse il a une saveur propre qui ne plaît pas toujours à ceux qui n'y sont pas accoutumés, et qui ressemble à ce qu'on appelle goût du terroir. Sa grappe est cylindrique, à grains noirs, d'une moyen ne grosseur. C'est lui qui produit les vins délicats, mais un peu froids, de Bourgneil. Les meilleurs vins blancs de l'ouest de la France sont presque exclusivement le produit de deux cépages nommés Pinaut le gros et le menu, mais principalement du gros généralement connu sous le nom de Pinaut blanc, qui est préférable à l'autre sous beaucoup de rapports : il est presque le seul sur les coteaux de Saumur et d'Angers. Sous le nom d'Ugne lombarde, il est fort estimé dans le département du Gainl. Nous avons acquis la conviction, depuis 2.5 ans, de la parfaite identité de ces cépages. Il est aussi connu, dans quelques localités des coteaux de la Vienne, sous le nom de Chenin. C'est toujours de la variété dite gros Pinaut dont nous parlons. C'est le seul cépage à la fois robuste et fécond, qui réunit a ces qualités celle de faire de très-bon vin ; encore faut-il, pour qu'il jouisse pleinement de celle faculté, le réduire par une taille rigoureuse à l'élat des cépages peu fertiles. Le gros et le menu Pinaut ne sont en état de fournir un vin de première qualité (jue lorsque leur maturité est poussée jusqu'à la décomposition de leur pellicule. Ces cépages sont la base des vignobles de Vonvrai, ilont les vins sont si estimés des Flamands. Le gros a la grappe ailée et conique, les grains oblongs; l'autre, la grappe plus tassée et les grains ronds.
Pulsart, Pendoulau. — Si l'on ajoute à tous les plants dont nous venons de parler celui appelé Pendoulau , Pulsart, Raisin perle, formé de gros grains violets, ovales, et d'une végétation vigoureuse, particulièrement cultivé dans le .lura où il donne un vin trèsdélicat, soit rouge, clairet ou blanc, on aura une connaissance suffisamment exacte des espèces les plus précieuses qui sont le plus cultivées dans la partie viticole septentrionale de la France. Il a besoin, pour réussir. d'une bonne terre argileuse, coule facilement, et rapporte peu dans une terre maigre, surtout si l'on oublie à la taille que, plus encore pour lui que pour tout autre, il faut conserver et asseoir la taille sur les sarmens de médiocre grosseur, et non sur les plus gros.
Teinturier ou Gros noir. — Comme nous n'avons voulu parler jusqu'ici que des cépages dont l'influence pour la bonne qualité est reconnue, nous avons omis ce cépage, qu'on ne peut s'empêcher de mentionner, quoique sa seule destination, comme l'indique son nom, soit de teindre d'autres vins; car il compose, même souvent exclusivement, la plupart des vignobles de Riois à Orléans, en n'y comprenant pas toutefois ceux de Beaugency.
Par d'autres raisons que nous allons dé-
duire, on ne peut non plus négliger de parler ici d'un plant connu presque |)ai-tout sous le nom de Folle-blanche, et dans quelques lieux sous celui à'Eura'geat. Ces raisons sont l'étendue de sa culture dans quelques déparlemens du centre occidental, et son influence bien constatée sur l'excellenle qualité de l'eau-de-vie en laquelle ses produits .'^ont convertis. Le vin en est assez agréable, niais d'une courîe durée. Celle variété exige une taille à court bois. Ce n'esl pas celle espèce qui contribue à faire sortir les vins de Bergerac de la ligne des vins communs, comme l'a consigné Bosc dans son article Vienne du Cours complet d'agriculture, mais le Musent fou ou Blanc-doux.
Voilii à peu près les plants les j)lus multipliés dans les vignobles les i)his distingués de la région viticole située entre le 50° et le 45° de latitude, et dont quelques-uns se représentent avec honneur dans la i-égion jjIus méi-idionide. Par exemple, déjà nous avons parlé du Carmenet ou Carbenet, le plus généralement cultivé dans le Médoc avec tant de prédilection qu'on lui en associe peu d'autres; mais, dans les Graves et les Palus, il est souvent accompagné des suivans : le Merlot, le Verdot, le Malbech et le Massoulet. Les vai'iétésqui produisent dans la même conlrée les meilleurs vins blancs, nolamnienlceuxdeSanlerre, Barzac, Preignac, etc., sont, dans l'ordre de l'estime qu'on en fait: le Blanc- semillon , les Sainignons jaune et X'crt ; le Blanc doux ou Douce-blancJic ou Muscat fou. On ne fait la récolte, de même que pour les meilleurs vins blancs de la Loire, que lorsque la vendange a acquis un excès de maturité. Les Sauviguons jaune et vert sont aussi très-répandus et très-eslimés dans les vignobles de la contrée viticole dont nous avons parlé d'abord ; ils y sont connus quelquefois sous ce même noni, d'autres fois sous ceux deSavignin, Surin, Fié. Ils sont d'un t'ioût très-fin, surtout le jaune, qui est moins fertile-, et ils contribuent beaucoup à communiquer au vin, dans la composilion duquel ils sont entrés, une saveur particulière que l'âge rend plus agréable. Il n'est pas avéré, comme le dit un auteur, que le vin qu'ils produisent soit de peu de gaide, car j'en ai qui a quinze ans el qui est loin de décliner.
Le Blanc- semillon est facile à reconnaître à son sarment vokunineux el de couleur rouge-brun, à sa grappe ailée composée de grains assez gros, jjeu serrés et d'une couleur jaune -clair, d'une nuance peu commune. Ses l'aisins mûrissent bien et de bonne heure, même en Touraine, à une exposition médiocre. Dans ces mêmes vignobles, mais surtout dans quelques localités des déparlemens de l'Aude, du Gard et des Pyrénées, on cultive beaucoup la Blanquette ou Clcdrettc, qui fournit les vins si agréables dits Blanquette de Limoux et Blanquette de Calvisson.Ce raisin est aussi très-bon à manger; on ne peut expliquer pourquoi il n'est pas plus commun dans nos vignobles du centre, car il y mùril aussi bien et même plus hâlivenienl que beaucoup d'autres; du moins il en est ainsi dans mon. vignoble, qui ne jouit pas d'une exposition tres-favoi-ab'e.
102 CULTURES INDUSTRIELLES : DE Nous n oiiblieroîià pas XnPicardKn, très-commun clans les départeinens (ormes de l'ancien Languedoc, où ou en (ail un vin du même nom, et où il t;st plus propre que dans nos départemens, quelquefois d'une température humide au temps des vendanges, à fournir ux\ vin doux et moelleux, mais sans force et sans corps ; car ses raisins, qui sont composés de gros grains serrés, pourrissent facilement. Il n'est cultivé dans le département dTndre-et- Loire que par les petits propriétaires qui reclicrclient l'abondance, et desquels il est connu sous le nom de Sudu/iai.s\
Sur les bords du Gard et du Rhône, les deux plants dominons pour les vins rouges, sont le Pique-poule noir et le Grenache rou^e ou Alicante. Ce dernier gagne chaque année du terrain aux dépens des au très, surtout dans les départemens des Pyrénées où on lui associe avec avantage le Matcuo et la Crignanc. Il mérite cette préférence à tous égards; car il communique au vin qui en provient, ou dans lequel il entre, une belle couleur, un bouquet agréable et beaucoup de vinosilé, c'est à-dire du corps réuni à la spirituosilé. Son introduction dans les vignobles a amélioré tous les vins dans la romposilion desquels il est entré pour uno quantité notable. Sa maturité arrivant au même moment que le Ciirbenet du IMédoc ou Breton de Touraine, qui est loin de pécher, comme lui, par excès de principe sucré, il serait convenable d'essayer leur mélange dans la cuve. Vers les Pyrénées-Orientales, il y a encore le Piquepoule gris qui y est fort estimé, et \eGrenache blanc dont le vin, après 10 à 12 ans d'attente, prend le nom deRanc'o et peut être considéré comme un des meilleurs vins de licjueur connus. Dans cette même classe et dans ce même département, ainsi que dans quelques cantons de celui de l'Hérault qui y joignent, se récoltent les vins muscats si justement renommés, auxquels les cépages qui les produisent ont donné leur nom. Les délicieux vins de l'Iîermitage sont le produit de la grosse et petite Sirrah pour 1;> rouge, de la grosse ei petite Roussane pour le blanc; ces derniers, sous le nom de Roussette, quils doivent à la couleur de leurs raisins, fournissent les agréables vins de Saint-Pérai. II y a aussi ïeMoun'èbre dans le département des Basses- Alpes, où il est fort estimé. Ce n'est point un Pinaut, comme l'a dit PiOsieb, car lesPinauts noirs mûrissent tous de bonne heure,. et le mourvèbre est très-tardif. Je ne ferai que nommer la grosse Serine noire, qui fournit les vins de Côte-Rôtie, et le Vionnico blanc, qui donne ceux de Condrieux; car ils manquent à ma collection, et je n'ai pu les ('tu- <lier. Enfin, les cépages dont les Corses font le plus de cas sont : le Sciacarello ; ses raisins, ainsi que ceux de la IMalvasia et du Barbirono, ont très-bien mûri, dans un vignoble près de Tours, en cet automne froid et pluvieux de 1835; le Barbirono et VAleatico en rou:,'e, et pour les blancs la Mahasia ou P'cmanttnn, et le Brusciano.
Tous les cépages dont je viens de parler, ainsi que quelques autres d'Espagne, d'Italie et même de Hongrie, sont cultivés dans un vignoble des environs de Tours; ceux à raisins blancs dans une vigne destinée adonner
LA VIGNE ET DE SA CULTURE, liv. ii.
du vin blanc, ceux à raisins rouges ou violets dans une vigne pour le vin rouge; mais ils ne le sont pas depuis assez longtemps, les observations auxquelles ils peuvent donner Heu ne sont pas assez nombreuses, assez repétées pour qu'elles puissent être encore de quelque importance.
§ V. — Plantation de la vigne-
Quand celui qui Teul planter une vigne aura fait choix du terrain, qu'il en aura bien reconnu la nature, il aura à juger s'il est [)ropre à la [iroduclion de vins fins. Nous avons posé les bases d'après lesquelles, et aussi avec l'aide d'un paysan i'ntelligent, il pourra se décider à coup sûr. Si cependant W n'avait d'autre débouché que la consommation locale ou celle d'un voisinage peu riche, ou enfin la distillation, il devrait agii' conformément aux règles que lui im|ioserait l'une de ces circonstances, après avoir fait la part du terrain qu'il destinera à sa consommalion, en lui supposant toujours l'intentiou de chercher à se procurer par ses soins le meilleur possible.
L'opération fondamentale deviendra alors \dL plantation. Ce sera toujours sur une terre neuve, c'est-à-dire qui n'aura pas porté de vigne depuis longtemps, ou sur une terre rajeunie et renouvelée par une culture améliorante, telle que celle du sainfoin, qui doit convenir plus que toute autre à la nature du terrain destiné à la vigne.
La première question qui se présentera alors sera celle de V espacement, qui sera subordonné au mode de culture que Ton voudra adopter; car il est évident que si c'est à la charrue, il faudra un plus grand intervalle entre les rangées; à plus forte raison, si c'était ce qu'on appelle des hautins, dont nous nous occuperons très-peu, comme ne produisant que des vins indignes de figurer dans la consommation extérieure à la localité, qui n'adopte cette culture que par quelque circonstance extraordinaire, telle que le voisinage des montagnes, ou comme culture très-profilable par son abondance et très-économicpie.
Ce mode de culture de la vigne en hautins {/'g. 51 ) consiste à planter des arbres de 8 à 10 pieds de haut et de 2 pouces de diamètre, à 4 mètres de distance; les ormes et les érables sont préférés : lorsqu'ils ont repris, on plante à leurs pieds un ou deux ceps de vigne qu'on fait monter d'année en année autour de l'arbre jus(]u'à l'endroit où il a été ,étêle, d'oîi l'on dirige les sarmens en guirlande d'un arbre à l'autre, au moyen des branches qu'on réduit à 4 ou ;>• on raccourcit on on supprime tout à-fait les sarmens qui s'écartent trop de la direction des guirlandes; le terrain intermédiaire se cultive en céréales. Il est beaucoup de cantons dans le midi où \vi\\ substitue aux arbres de hmgs pieux de 6 à 8 pieds de haut, et qui offrent quelques fourchures, d où l'on conduit les sarmens de fun à lautre au moyen de percbes qui les (missent. Mais ces vignes ne produisent qu'un vin de très-médiocre qualité, stulement propre à la chau-
CUAP. 9*