DE LA VIG^E ET DE SA CULTURE
Fig. 51. Fi;,'. 53.
dière, ou tout au plus à être débité dans les cabarets.
En général les vignes moyennes, et c'est dans cette classe surtout que se trouvent celles cultivées à la charrue, conviennent particulièrement aux terres en plaine, tant pour la facilité de cette culture que parce qu'étant plus exposées aux gelées du printemps, elles en sont moins frappées à une certaine distance de la terre. Ces vignes sont généralement tenues sur souches, donton abandonne les jets de l'année sans soutien {fig. 52 ) ou
qu'on attache à des échalas {fig. 53 ). Quoiqu'on trouve quelques vignobles de renom dans ces vignes moyennes, il n'en restera pas moins avéré que partout, à circonstances égales , les vignes basses sont celles qui produisent les meilleurs vins. On pourrait citer comme exceplion le vin de Jurançon dans le départemenl des Basses-Pyrénées, parce que dans ce canton il y a beaucoup de hautins; mais là même on a bien soin de réunir à la \endange des hautins celle des vignes basses; on sait fort bien que le vin de celles-ci est supérieur à celui des hautins, et on ne fait ce mélange que pour faire passer l'un à la faveur de l'antre. Il y a des vignes moyennes dans la plupart des départemens viticoles, même dans quelques vignobles de la Marne. Ces vignes n)oyennes bien conduites rapportent considérablement. On plie en arceau le sarment de l'année auquel on laisse
8 à 10 yeux , et on attache son extrémité au cep même et le plus près de terre qu'on le peut ; il doit en être ainsi , car personne n'ignore que le raisin venu le plus près de terre , sans la. toucher, est toujours le meilleur; c'est là du moins un fait bien facile à constater et reconnu de tous les vignerons du Médoc, de la Bourgogne et de la Champagne, et selon les lois duquel ils règlent leur culture.
Je ne ferai qu'indiquer comme étant quelquefois en usage le mode de plantation à la barre, mode simple et expéditif sans doute, mais qui ne peut convenir qu'au propriétaire malaisé qui n'a que des avances à longs termes à consacrer à cette culture. Ce moyen est plus souvent employé dans le midi que dans le nord de la région vilicole de la France. Il réussirait encore bien dans certains terrains en y apportant tous les soins convenables, tels que de remplir les trous faits par la barre, après y avoir placé les crossettes, d'une boue liquide de fiente de vache aiguisée d'un peu de chaux récente et éteinte à l'air.
Une autre manière de planter qui ne vaut guère mieux, est de faire sur une ligne des fossettes, et de coucher dedans les crossettes, en ne laissant hors de terre que le quart environ qu'on raccourcit à un oeil ou deux au plus. Par ces deux manières on ne fait que reculer le défoncement du sol et retarder le succès de la plantation.
Enfin la troisième et certainement la meilleure méthode, quoiqu'exigeant l'emploi d'un capital plus considérable, est la plantation par fossés ou ti-anchées de 26 à 30 pouces de large et de 12 à 15 pouces de profondeur, selon la nature de la couche qui se présente. Cette profondeur, presque double de celle où doit être placée la vigne, sert à contenir une couche épaisse de végétaux ligneux, le plus ordinairement de la bruyère, dont la chaleur douce et légèrement humide lors de sa decomposition, favorise singulièrement l'enracinement du plant et anime plus tard sa végétation. On comprend sans doute qu'il faut couvrir cette couche de végétaux d'une
couche oe terre de 3 à 4 pouces sur laquelle on applique la crosselte en la coudant à l'angle de la trancliée. Nous supposons ici qu'on se sert de sarmcns tels qu'ils oui été coupés lors de la taille de la vigne, et auxquels on a donné le nom de crochets- on crosxettes d'une petite portion de bois de deux ans, de la lonjiueur d'un ou deux pouces, qu'on a laissée au bois de l'année.
Du reste, ce soin n'est point indispensable, ni même la courbure du sarment ; car l'expérience a souvent été faite d'une plantation par simple bouture de bois de l'année et posée rig. 5-1. droite {fif;. ô4 ), dont
le succès a été satisfaisant. C'est surtout quand on a des cépages précieux dont on ne veut rien perdre , que cette plantation par boutures droites est recommandable;on la fait dans un potager pour en obtenir des plants de l'emplacement qu'on appelle alors chevelus {Jig. ^ô), du grand nombre de petites racines dont ils sont pourvus; on peut les lever à deux ans , mais encore mieux à trois; dans cet état leur reprise est certaine.
Souvent aussi on se procure ce plant enraciné qu'on appelle simplement clicvelu par marcottes ou provins. Ce mode de j)lanIation fait gagner un an et même deux si le chevelu a trois ans ; mais il est très-coûteux, et comme il rend le provignage moins nécessaire et même presque entièrement inutile, parce que tous les chevelus mis en terre sont assurés de leur reprise; comme aussi leurs racines déjà formées trouvent plus de difficulté ii s'étendre que celles qui se forment sur le lieu même dans la plantation par crossettes, les vignes plantées avec celles-ci passent généralement pour durer plus long-temps que les autres. On conçoit que ces crossettes, ne réussissant pas toutes, forcent à un provignage étendu et répété plusieiirs années; or, ces soins suivis long-temps accroi-sent nécessairement la puissance végétative du terrain, d'autant plus qu'on ne fnit jamais de marcottes ou provins sans les fumer ou du moins les terreauter.
Il se présente ici une question qui n'est pas encore décidée d'une manière absolue; car sa solution est différente dans nos différentes régions viticoles, c'est celle de la multiplicité des variétés, ou d'un très-petit nombre, ou même d'une seule.Dans plusieurs parties du Midi, on regarde comme avantageux à ia qualité du vin qu'il soit le produit d'un grand noml^re d'espèces, parce que, dit-on, certains raisins abondent en principe sucré, qu'ils ont besoin d'être alliés à d'autres doués fi'une grande proportion de ferment, et que ]e mélange d'un grand nombre participe des bonnes qualités de chacune. Sur les coteaux de la Marne, vers la Côte-d'Or, à l'Hermitage (Drôme) et dans l'Ardêche, on peut dire partout, les meilleurs vins ne proviennent
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que du mélange d'un très -petit nombre de variétés bien assorties, et dont le mérite est bien reconnu, et par ce moyen on détermine plus sûrement la bonne nature du vin qu'on a tout intérêt à conserver, puisque l'expérience en a démontré la supériorité. Enfin, sur les coteaux de la Loire, vers Tours, Saumur et Angers, et dans quelqufîs localités du Midi, on s'en tient à une seule espèce : le Pinaul blancd'une part, et dans les derrjières, le Muscat, le Macabeo, le Grenache blanc, le Malvoisie, le Pique-poule gris, donnent chacun à part une sorte de vin de haut mérite, et qui perdrait son cachet particulier par le mélange des raisins de plusieurs variétés. Nous ne pouvons partager l'opinion de ceux qui sont pour le grand nombre de variétés, parce qu'il est rare qu'il ne s'en trouve pas d'inférieure et dont l'influence se fait plus ou moins sentir en raison de leur abondance. Sar.s doute, il est sage de mêler le Grenache rouge ou Aiicante dont le moût très-sucré est d'une difficile fermentation, avec l'œillade ou ulliade, et quelques autres qui sont également pourvus du principe fermentescible en plus grande proportion; mais nous ne pensons pas que ce mélange doive se composer de plus de 4 ou 5, et il est iniportant dans cette réunion d'avoir égard à la simultanéité de n)alurilé. considération ordinairement trop négligée de la part des planteurs de vigne. Mais il serait encore mieux de séparer les espèces dont on voudrait mettre les produits dans la cuve; car il y en a de faibles qui ne souffrent pas le voisinage de celles d'une végétation vigoureuse et dont le traitement doit être différent. M. Lenoib observe très-judicieusement que bien certainement on n'a pas épuisé toutes les chances que présentent le choix des plants et leur combinaison pour produire de bons vins et créer des vignobles qui pourraient devenir célèbres; il faut donc encourager les cultivateurs qui essaient de nouvelles combinaisons et l'introduction de nouveaux plants, et ne pas enchaîner leur essor investigatoire par des considérations systématiques qui n'ont point pour elles l'autorilé de l'expérience.
Quant à la distance h mettre entre les rangées pour les vignes basses, elle varie beaucoup du midi au norrl. Il paraît qu'on se trouve bien dans le midi de mettre les plants à un mètre et demi ou deux mètres, ce qui doit donner beaucoup plus de force à la végétation; aussi les ceps et lessarmens sontils généralement plus gros et plus longs que dans la partie centrale et septentrionale de la région viticole. Une autre raison dont personne na parlé, c'est que parmi le grand nombre de variétés qui y sont cultivées, il en est quelques-unes dont la nature est d'avoir des sarmens plus gros; nous citerons entre autres le lîlanc-semillon qui fait la base des vignes de Sauterne;le Grenache rouge, si multiplié sur le littoral de la Méditerranée; le Listant commun del'Andalousie. La distance entre les ceps et celle entre les rangées est beauco'.ip plus rapprochée dans les départemens du centre et du nord, où elle n'est quelquefois que de 30 ou 40 centimètres entre les ceps dans le sens des lignes ou rangées, et de 50 entre les mêmes lignes; ce qu»