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nous paraît trop peu. Il paraît, d'après un passage des Géoponiques, que les anciens mettaient leurs rangées à 2 pieds et demi ou 80 cenlimèlres; c'est aussi la distance généralement reconnue comme la plus avantageuse par les modernes; du moins c'est celle adoptée dans les vignobles bien soignés des régions centrale et septentrionale; celle entre les ceps d'une même rangée est de 66 centimètres, ou 2 pieds. On a souvent conseillé de les écarter davantage. M. de Fourqueux, ancien conseiller au parlement de Paris, avait essayé, il y a une cinquantaine d'années, d'arr-acher une rangée entre deux d'une vigne situéeà quelques lieues de Paris, et ses récoltes étaient devenues plus abondantes ; mais la vendange mûrissait moins bien, et le vm avait moins de qualité. Beaucoup d'autres essais ont été faits depuis, et quoique les propriétaires qui les ont tentés s'en soient félicités, le même effet a dû être produit par la même cause; car on a remarqué depuis longtemps, que dans les vignes où les ceps étaient très-rapprochés, comme de 50 à 60 centimètres, leur état de faiblesse abrégeait le cours de leur végétation annuelle, et par conséquent avançait la maturité, d'autant plus que la chaleur s'y concentrait davantage et l'humidité s'y évaporait moins vite.
La culture dans le midi de la France a lieu généralement de la manière suivante. Que la terre soit limoneuse, argileuse, calcaire, quartzeuse ou siliceuse, pourvu que la charrue puisse la parcourir en tout sens, on la défriche, on la défonce, on aplanit la surface, et du 1^'' décembre au V^ avril, on la plante en vigne. Un ouvrier précède les planteurs et trace très-adroitement avec une petite houe, placée à l'extrémité d'une perche sur laquelle il est à cheval, de petits sillons espacés entre eux de 3 pieds et 1/2 à 4 pieds et 1/2 ( 1 mètre 187 à 1 mètre 62.5 ). D'autres sillons croisent ceux-ci à angles droits, et indiquent par leurs intersections les points où le planteur doit ouvrir un trou de 0,45 à 0,60 avec un pieu de fer. Le sarment est déposé dans un trou et rapidement chaussé avec la pointe du pieu, et avec le pied du planteur. Si le propriétaire veut s'imposer plus de soins, il défonce le sol avec la grande charrue Dombasle, et fait élargir le trou, toujours avec le pieu; et même s'il plante dans le voisinage de l'eau, il arrose et inonde le trou avant de le chausser. En 1817, je fis délayer dans l'eau des cendres de four à biiques, qui activèrent puissamment la végétation ; à la serpe on a substitué le sécateur; c'est une heureuse réforme. Après les premières pluies du printemps on laboure la plantation, et autant que possible oo renouvelle ce labour, toujours croisé avec le dernier, toutes les fois que les herbes ou la sécheresse en indiquent l'utilité. Dès le^mois de novembre on commence à tailler les jeunes vignes, et la charrue ameublit de nouveau le sol : alors des femmes armées d'une houe, décrite par Thouin ( Voyez Tom. I, page 230), travaillent la terre autour du cep, déchaussent ce dernier et forment un entonnoir qui déborde le sol de 3 à 4 pouces. Au printemps suivant deux labours
I croisés précèdent le retour des femmes, elles ! remuent la terre non labourée, détruisent les herbes échappées au soc et chaussent le cep. Enfin, on laboure encore si les sarmens le permettent, dans les mois de juin et d'août. Dès la troisième année la jeune vigne est e« culture régulière. Les labours s'exérutent avec l'araire simple sans avant-train {fig. 66)
Fig. 66
sans coutre ni versoir. C'est encore celle que les Romains introduisirent dans la Narbonnaise. — Cette charrue se compose : d'un sep triangulaire en bois dont les 2 oreilles enchâssent l'extrémité de la flèche; ce sep est tenu au pied de la flèche dans une position horizontale par deux broches en fer écrouées sur la flèche; d'un soc en fer trèspointu, qui repose imniédiatement sur le sep entre les deux broches, et dont le manche pénètre dans une ouverture pratiquée au bas de la flèche: il y est assujetti au moyen de coins en bois et aussi par la partie inférieure du mancheron; l'extrémité antérieure de la flèche traverse et s'appuie sur un anneau en fer, uni à un autre anneau qui traverse le joug et que soutient un régulateur en bois. Par la formedujougla charrue peut à volonté se rapprocher des ceps sans les endommager; lorsque la vigne est plantée à 1 mètre 50, la charrue trace 5 sillons entre deux rangées, et 4 seulement au printemps pour éviter de briser les jeunes pousses. Ce sont des femmes qui, avec la houe-bident, achèvent d'ameublir la terre et de la niveler au pied des ceps. Ainsi donc chaque vigne en cours régulier de culture reçoit annuellement 4 labours, et les ceps sont travaillés deux fois avec la houe-cordiforme et la houe-bident ;un second labour croise toujours le premier.
§ VI. — Façons d'entretien-
Lorsque la plantation est faite, le moyen le plus habituel d'en assurer le succès, est de tenir toujours la terre meuble et nette d'herbes dont les engrais et l'ameublissemcnt de la terre ont facilité la germination et la croissance rapide. Dans les vignobles peu pierreux on se sert d'une houe dite masse, à lame unpeu large, de 16à 18 cenlimètresà sa partie supérieure, et très-recourbée vers le manche, avec lequel elle fait un angle de 15 à 20". Dans ceux où les pierres seraient un obstacle à l'usage de cet instrument, on se sert de \a pioche, espèce de fourche à deux branches longues d'environ 50 centimètres, encore plus inclinées vers le manche. L'ouvrage fait à la marre est meilleur que celui fait à la pioche, parce que la première tranche les racines des herbes et que l'autre ne fait que les déplacer; mais, dans les terrains
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pierreux on ne peut guère se servir de la première que pour les deuxième et troisième façons. On donne ordinairement trois de ces travaux à la terre, qncîlquefoisquatre; ia première façon se coninience vers la mimars, la secondi'! vers la (in de mai, la troisième aussitol après la moisson, et enfin la quatrième, quand elle se donne, aussitôt la chute des feuilles pour les enterrer.
C^?, façons se donnent aux mêmes épr>ques quand on se sert de la charrue. M. Cavo- LEAU, que nous nous plaisons toujours à citer, indique comme perfectionnement pour ce mode de culture, la herse à coutre de M IvART, ou mieux encore, dit-il, le scarificateur dy\ major Beat80\. Nous souscrivons pleinement à la justesse de celte indication; mais un auteur aussi judicieux qu'il est éclairé ne peut avoir entendu parler que des deuxième et troisième façons; car, pour la première où l'on a à rompre une terre battue d'abord par les vendangeuses, plus tard par les vignerons, et de plus par les pluies de la fin de l'automne et de tout l'hiver, il faudrait trois chevaux qu'on aurait de la peine à placer et qui seraient d'une difficile conduite.
La première de toutes ces façons à la terre et qui précède même la taille, est \e déchaussement des ceps. Cette opération consiste à creuser autour de chaque cep avec un instrument qu'on appelle tranche, de 6 à 7 centimètres de lai-geet d'environ un double décimètre de long, tant pour supprimer les bourgeons qui parlent d'un point de la souche qui se trouverait enterré, que pour détruire les racines superficielles du cep de la vigne, qu'elle est d'autant plus disposée à produire au détriment des racines inférieures, qu'on applique souvent l'engrais à la surface dti la terre.
On peut voir la figure et la description des inslrumens que nous venons de citer, dans les articles généraux du Tome premier.
A la seconde année, on fera bien de tailler les jeunes pousses les plus fortes, car les autres pourront bien attendre la troisième, où la taille sera générale. Aux jeunes ceps qui auront poussé de 2 yeux on retranchera la pousse supérieure, et on taillera l'inférieure à 2 yeux, ou 5 à 6 centimètres. Ce plant commencera à donner quelques raisins à la quatrième année, quelcjuefois même dès la troisième, mais plus sûrement à la cinquième.
^ VII. — Du provignage.
C'est à cette quatrième année qu'on s'occupede remplacer par \e pro^'ignage ou marcottage tous les plants qui auront manqué, et on continuera les années suivantes. Celte opération consiste à ouvrir des fossettes de 20 à 25 centimètres de profondeur, et de la longueur nécessaire pour conserver l'alignement des rangées, d'y coucher entièrement le cep dont on aura seulement conservé les sarmens qui devront former de nouveaux ceps, et qui, après avoir été alongés et coudés dans la fossette, seront taillés à 2 yeux audessus de la terre.
Il y a des vignerons qui les séparent de leur mère à la deuxième ou troisième annés. il
parait même que c'est l'usage dansleMédoc; mais ils ont le plus grancj tort, car ilsaffai blissent beaucoup le proviii, qui reste bien des années avant de prendre la force nécessaire à la production de beau fruit. Cette opération du provignage serait peut-être !)lus dispendieuse, mais d'un elfel de plus longue durée, si, comme nous l'avons vu faire dans quelques vignobles, on ouvrait un nouveau fossé ou tranchée à côté de celui de la plantation, et de la même largeur et profondeur; si, comme on a fait déjà et avec un succès encore plus certain que lors de la plantation, on les emplissait aux deux tiers de végétaux ligneux que l'on couvrirait de quelques pouces de terre, et si l'on couchait plus les ceps les plus vigoureux pour former une nouvelle rangée de vigne dans la supposition où l'on aurait laissé, lors de l'ouverture des tranchées primitives, l'espace nécessaire à ce complément de plantation. On n'omet jamais, dans l'un et l'autre cas, de fournir de nouveaux alimens à la terre, par l'addition de terreau ordinairement formé 3 ou 4 mois à l'avance par des couches alternatives de terre et de fumier.
§ VI!I. — De la taille.
Nous sommes arrivés à la taille de la quatrième année,e\ ce devrait être le momeiit de poser la question de l'époque où on doit l'exécuter, le commencement ou la fin de l'hiver. Dans une vingtaine de départemens on la commence dans les avents de Noël, et on ne peut guère faire autrement avec la quantité de vigne que chaque vigneron a à faire. Le seul inconvénient que j'y trouve est de disposer les boutons reslans à débourrer de bonne heure au printemps, et par là de les exposer davantage à être frappés de la ç;elée, surtout les plants hâtifs à la [.ousse, tels que les Pinauls blancs. Nous pensons aussi que les plants qui ont beaucoup de moelle courent plus ae risque à être taillés de bonne heure, et cependant il y a des exemples de plus grands dommages essuyés par la gelée dans une vigne taillée au jjrintemps, que dans les vignes voisines taillées selon l'usage du pays au commencement de Ihiver. D'un autre côté nous rappellerons que le père de l'Agriculture française, Olivier de Serres, dont les paroles méritent une grande confiance, a exprimé son opinion dans ces termes : «Plus tôt, plus de bois; plus tard, plus détruit.» C'est ainsi qu'on voit nos jardiniers les plus habiles ne tailler le pêcher qu'au moment où ses fleurs vont s'épanouir. On fera donc bien de commencer par les vignes les plus faibles, et de finir par celles qui poussent avec plus de vigueur. Mais il n'est pas toujours possible d'ordonner sa besogne selon ses désirs; voire vigneron ne peut pas rester à ne rien faire.
La cinquième année ou pourra, en commençant par les vignes vigoureuses, du moins pour les variétés qui peuvent le supporter et même qui l'exigent, laisser un plojon, ou aste , viette , courgée ou verge; c'est un sarment taillé à 8, 10 ou 12 yeux, selon sa force et celle du cep, qu'on laisse non pas à la tête du cep, mais à la partie la
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plus voisine de terre; cette charge modérera un peu la vigueur de la végf^tation en auginetilantla production. Le sarment de la tète ne sera taillé qu'à 2 yeux pour ne pas élever trop vite le cep; car la hauteur la plus convenable de la souche se trouvera toujours entre 30 et 60 centintètres. On aura grand soin de ployer la verge, soit au cep même, soit à un ëchalas, si l'on en a l'ait les frais; car de ce ploiement bien fait résultera, pour l'année suivante, la nouvelle verge ou du moins un cot ou accôt cVattente, appelé par nos vignerons niqiiet; c'esi la naissance d'un sarment retranché et dont on laisse seulement 2 à3 centimètres de bois, d'oùil pousse ordinairement une bonne verge pour l'année suivante. C'est bien sur le plus fort sarment qu'il faut asseoir la taille, pour former la souche et lui donner du corps, mais il n'en est pas de même de la verge; elle ne doit être choisie que de médiocre grosseur, parce que tiès-forle elle est moins sujette à avoir des boutons fructifères, et s'il yen a de cette nature qui se développent, à ne pas tourner à bien à la floraison. C'est surtout au Pendoulau que cette observation s'applique, quoiqu'elle ne soit pasà négliger non plus pour le Carbenet ou Bre'.on, le Surin ou Fié, ouSauvignon, et même notre Côt ou Pied de perdrix. Quant aux vignesfécondes, telles que le Gamet, le Liverdun, le Pinaul blanc des côtes de la Loire, etc., il ne faudra jamais leur laisser de verge, mais les tailler à 2 ou 3 yeux seulement. La partie du sarment qui reste à la souche, et qui est de 10 à 12 centimètres, s'appelle, selon les localités, courçon, blockette, côt, poussier. Souvent, quand la vigne est jeune et pas trop épaisse, on en laisse deux. Les vignerons de plusieurs communes d'Entre-deux-Mers près Bordeaux , taillent à court bois et sur trois membres toutes leurs vignes; les souches sont distantes entre elles de 133 centimètres. C'est ainsi que je cultive avec succès une trentaine de souches d'un cépage du midi, le Spiran, dont les raisins, très-bons à manger, mûrissent difficilement.
On supprime ordmairement tous les bourgeons achentifs sortis sur le vieux bois ; quelquefois cependant, si l'on juge que le cep est trop monté, on le démonte et on le rabat sin* ce bourgeon qu'on taille à 2 yeux et qui renouvelle la souche; car si la déviation successive de la souche à chaque taille contribue à élaborer la sève et à rendre le vin plus délicat, quand elle est portée trop loin , la végétation est languissante, les pousses sont faibles et ne donnent que des grappillons. C'est surtout après les fortes gelées d'hiver que cette ressource est précieuse.
Il y a quelques cépages vigoureux dont la maturité du raisin est difficile; alors il vaut mieux, au lieu de leur laisser une verge, leur laisser deux ou trois membres que l'on traite chacun comme un cep à part, en taillant également le sarment qu'on leur laisse à 2 yeux. Les l'aisins mûrissent mieux de cette manière que s'ils étaient produits par une verge. C'est ainsi qu'on les taille dans beaucoup de localités du midi.
Quand la nature du plant exige que vous
laissiez des verges ou ployons, il ne faut pas trop tarder de les courber, car la sève se porte activement aux boulons supérieurs et abandonne les inférieurs qui avortent; tous les vignerons le savent bien; mais celte connais- , sahce ne les détermine gu'ère à se presser davantage.
C'est ici le moment de remarquer que les trois pratiques essentielles et caractéristiques du traitement des vignes de Champagne et de Bourgogne sont : la taille a court bois nécessitée par la nature faible «les plants adoptés ; le provignage périodique., annuel même dans la Champagne, dont la nécessité dérive de la même cause; et V ébouigeonnage qui nous en semble aussi une conséquence, puisque son principal but est d'empêcher la dispersion inutile de la sève en la Ibrçant à ne servir qu'au développement des bourgeons conservés. Nous ne pouvons mettre sui la même ligne d'importance la rognure des sarmens au-dessus de l'échalas, qui du reste a lieu partout moins en vue du bon effe qu'elle peut produu'e que comme soin de propreté et de quelque ressource pour le bétail.
Nous ne pouvons mieux faire, pour terminer cet article, que de prendre dans la Statistique œnologique de M. Cavoleau, ouvrage fort recommandable, l'aperçu qu'il donne de la culture de la vigne dans le Médoc et les Graves de Bordeaux; nous le ferons suivre de la description du mode de conduire la vigne blanche dans les environs de Mâcon, où il nous paraît fort bien entendu.
Dans le Médoc, les crossettes sont plantées à 3 pieds de distance et bien alignées; on ne donne qu'un pied de hauteur à la tige le long de laquelle on plante un carasson ou piquet de la même hauteur; aux carassons sont attachées des petites perches de 10 à 12 pieds de longueur, le long desquelles on couche les deux branches qu'on laisse à chaque cep au moment de la taille. La vigne reçoit quatre labours à la charrue ; mais les raisins sont assez élevés pour ne pas traîner sur la terre, lorsqu'on a l'attention de tenir toujours les branches de la vigne attachées aux perches, et assez rapprochés du sol pour recevoir l'action réfléchie du soleil et son action directe quand on a soin d'ébourgeonner convenablement. M. Cavoleau regarde cette culture comme parfaite; je me range à celte décision avec d'autant plus d'empressement que ses avis comme ses observations indiquent toujours un homme Irès-éclairé et trèsjudicieux; on ne pourrait faire qu'une objection, l'augmentation des frais pour achat de perches et palissage, frais qui me semblent bien compensés par l'économie des façons données à la charrue.
Voyons maintenant comment les vignerons du Maçonnais é\v\^tin\. leurs vignes blanches : nous passons tout de suite à la quatrième année, le traitement pendant les trois premières n'ayant lien de particulier. On choisit, parmi les sarmens qui ont poussé, l'un des plus bas, pourvu qu'il soit vigoureux, et on le raccourcit à 15 à 18 pouces de longueur. On enlève ô à 6 yeux de son extrémité supérieure, qu'on pique en terre en la ra|iprochant du cep de manière que lo ployon
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soit courbé en arc très-fermé, et on l'assujettit ainsi que le cep à un échalas planté au pied de celui ci. Cela s'appeWeJaire un archet; à lalaiilede la cinquième année, on en fait un autre du côté opposé, et, en outre de l'échalas du pied, on en plante un à chaque archet, mais ces deux derniers obliquement, de façon que l'extrémité supérieure vient rejoindre celle de l'échalas (lu cep, auquel on les lie; à cette taille on coupe l'extrémité du premier archet qui était enterré, de façon qu'il ne porte pi us que 3 ou 4 ployons qui sont ramenés vers l'échalas du milieu auquel on les attache. A la sixième année, on traite le second archet comme on vient de dire du premier. Les années suivantes, on laisse les archets des ployons de 10 pouces environ, auxquels on n'enlève pas de boutons; on les reploie toujours comme on l'a fait pour les archets en les assujettissant aux échalas. Le cep prend ainsi successivement la forme de quenouille. Le seul inconvénient que nous trouvons à cette conduite de la vigne, c'est cjue vers la 12'' année elle est élevée de 4 pi. à 4 pieds 1/2.
§ IX. — Des engrais et amendemens appliqués à la vigne.
En reprenant l'ordre chronologique des opérations qu'entraîne la culture de la vigne, nous sommes arrivés à l'application des amendemens et des engrais, selon le besoin qui se fait sentir des uns ou des autres ; car le moment le plus opportun est celui qui suit la taille et l'enlèvement des javelles qui en
f>roviennent;ce qui a lieu généralementdans a dernière quinzaine de mars.
Il arrive souvent que la terre d'une vigne, qui d'ailleurs peut être pourvue de bonnes qualités pour cette culture, est battante, c'est-à-dire que sa surface se prend et se scelle à la moindre pluie; ce qui la rend difficile à travailler et la prive de la faculté d'être perméable aux influences bénignes du soleil et de l'atmosphère. Un moyen certain de lui faire perdre ce défaut, c'est de la couvrir ou d'une légère couche de terre chaude, qualifiée ainsi parce que les plantes qu'elle nourrit y atteignent plus promptement leur dernier terme de végétation, ou de tuj ou de terre calcaire, sur l'un ou l'autre desquels cette terre chaude repose ordinairement, et dont l'effet, étant plus énergique, rend moins grande la quantité nécessaire ; mais une matière qui est d'un grand usage et qui est éminemment propre à remplir le but qu'on se propose, est la marne calcaire. La manière la plus avantageuse de les employer est défaire slratifier pendant quelques mois celles de ces matières qu'on aura à sa disposition, avec des couches alternatives de fumier, et de bien les mêler au moment de les répandre sur le sol. C'est en même temps dans ce cas un amendement et un engrais, que la réduction de celui-ci en terreau et son mélange intime avec l'autre disposent à s'assimiler plus promptement aux sucs alimentaires de la vigne.
Un autre engrais-amendement dont nous avons déjà parlé, et qui convient particulièrement aux jeunes vignes, est V enfouissement
LA VIGNE ET DE SA CULTURE. i.iv, ii.
des végétaux ligneux , parmi lesquels ceux qui gardent leurs feuilles doivent être préférés; il a été recommandé depuis longtemps, car il l'a été par Olivier de Serres, et on a lieu d'être surpris qu'il ne soit pas d'un usage plus général. Dans le midi et dans les lieux où l'on peut s'en procurer facilement, on se sert de roseaux; c'est Y Jrundo phragmites dont on a fait choix à cause deson abondance ; dans la même région, on y emploie aussi les rameaux de buis ; dans le centre et le nord, la bruyère et Vajonc qu'on laisse ordinairement se désorganiser et se consommer dans les chemins, où ils sont piles et brisés par les charrettes et les bestiaux. Nous avons vu employer avec un grand succès les élagures des jeunes pins, les branches de genévrier, et même de simples bourrées d'épine noire, de bourdaine , d'églantier et de ronces. Nous avons dit que c'était particulièrement dans les jeunes vignes que cet engrais était plus facilement applicable, par exemple la 4* année où l'on peut ouvrir, à côté des tranchées faites et remplies lors de la plantation, de nouvelles tranchées pour les provins qu'on établira sur un lit épais de l'une de ces substances recouvert de quelques pouces de terre.
On conçoit que les varechs dont se servent les vignerons des bords de l'Océan, surtout dans le département de la Charente- Inférieure, et qui ont une odeur forte et nauséabonde lors de leur décomposition, que les immondices et les boues infectes de la capitale, et dont se servent immodérément les vignerons de ses environs, communiquent au vin un goût détestable.
—La grande bruyère, les branches de pin, et surtout celles de genévrier, ne peuvent être qu'avantageuses à la vigne, en se mêlant lentement à la terre, la divisant et lui fournissant de nouveaux sucs, sans aucun préjudice pour son fruit auquel chacun de ces végétaux n'envoie par sa décomposition qu'un arôme balsamique, qui se dégage par ses parties les plus subtiles à travers la terre. Ce moyen est d'accord avec l'expérience de tous les temps et de tous les pays; car les anciens comme les modernes reconnaissent l'efficacité des végétaux enfouis pour revivifier une terre usée, et ont remarqué la faci lité avec laquelle les raisins s'imprègnent des diverses odeurs mises à leur portée. On aura soin de se presser d'enfouir ces végétaux aussitôt qu'ils auront été détachés de leur tige ou de leur souche, car c'est surtout dans cet état de fraîcheur qu'une douce fermentation s'établit promptement, et maintient la terre dans un juste degré de chaleur et d'humidité. Nous en avons lait plusieurs fois l'expérience avec un succès qui rend évidens les bons effets de l'emploi de ces matières.
Qnani aux engrais proprement dits, ils devront toujours être stratifiés par couches, si ce sont des fumiers de basse-cour, avec de la terre pendant trois ou quatre mois au moins, et bien mêlés au moment de les employer. Malgré mon respect pour Olivier de Serres, je ne déférerai pas à sa recommandati^^nen faveur de la colombine eX du fumier de volaille, ne pensant pas que leur emploi
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f)uisse être saus une influence fâcheuse sur a qualité du vin, à moins d'un mélange de terre en grande proporlion. Le dernier, surtout, a une odeur infecte et très-forte, ce qui doit être, les gallinacés étant omnivores; mais je ne peux trop recommander, en ayant fait souvent l'expérience, la râpurede cornes, assez abondante dans les villes et d'un facile transport.
§ X. — Conduite de la vigne jusqu'aux vendanges.
Aussitôt ou bientôt après l'application des engrais, commence la première façon, ceslà-dire le travail de la terre à la houe ou à la pioche ou pic àdeux fourches. On commence à la donner dans quelques cantons dès la mimars, et cet usage étant dans l'intérêt du vigneron, on aurait bien de la peine à le faire changer; il serait mieux de ne commencer qu'en avril; mais c'est trop relarder cette façon que de ne la commencer qu'en mai, comme on fait dans quelques vignobles. C'est sans doute pour préserver les vignes des gelées tardives qui frappent plus facilement une terre fraîchement remuée; mais ce préservatif n'est pas toujours sûr et enlraiue de graves incouvéniens; à la vérité, quand c'est une terre chaude, c"esl-à-diie calcaire et point ballante, ce retard procure un nettoieuieut plus exact tlu terrain. Ainsi donc, la fixation de ce moment dépend de plusieurs considérations : la nature du terrain, la variété du cépage, le but que l'on préfère atteindre, et les accidens le plus à craindre qui peuvent eiï détourner.
Après la 1" façon viennent le placement des éckalas et le ploiement des verges, rarement assez forcé; car on conçoit aisément que plus il l'est, plus ou est sûr de retenir la sève dans les premiers bourgeons et d'assurer ainsi la force de celui qui doit servir à asseoir la taille de l'année suivante : il serait heureux pour le propriétaire que l'on commençât le 1"'' accolagc aussitôt après avoir fini la première façon; beaucoup des plus forts bourgeons, éclatés par les grands vents ou les pluies d'orage, seraient sauvés; mais nos vignerons s'arrangent pour que les deux accolages soient faits en même temps et les relardent par ceite raison jusqu'après la fleur.
C'est ordinairement à cette époque de l'accolage qu'a lieu V ébourgeonnement dans les lieux où il est pratiqué. Cette opération, qui doit précéder l'accolage, consiste à supprimer tous les bourgeons qui ne portent pas de fruits et qui ne sont pas nécessaires pour la taille suivante. Elle est surtout importante pour les très-jeunes vignes et les vieilles: aux premières, parce qu'elle donne plus de force aux sarmens restans et les dispose
mieux au prochain provignage, dont elles ne peuvent se passer pour être peuplées convenablement; aux secondes, parce que leur faiblesse leur rend plus nécessaire l'accumulation du peu de sève que le terrain leur fournit dans les bourgeons qu'on leur laisse. D'après M. Cavoleau, il n'y a guère qu'un tiers des vignobles de France où il soit pratiqué ; il le serait davantage s'il était regardé comme indispensable, et s'il n'augmentait pas beaucoup les frais déjà si considérables de la culture de la vigne. L'ébourgeoiiuage me parait sans utilité dans les vignes Irèsespacées, à moins qu'elles ne soient soumises à la culture à la charrue; du reste, s'il est praliquésur les bords de la Marne, il ne l'est pas dans la Côte-dOr et le Médoc:d'oii l'on peut conclure qu'il n'est pas essentiel à la qualité du vin.
La rognure se fait aussi en même temps, c'est-à-dire qu'a près avoir mis le second lien, on rogne les sarmens au-dessus de l'échalas Les vigneions ex|)erts le regardent plus comme une opération de propreté que de nécessité; cependant elle serl aussi à donner un plus libre accès aux rayons directs du soleil, et par cela même en favorise la réflexion. Je suis obligé de confesser que je ne suis de l'avis, ni de M. Cavoleau sur les effets de la rognure de la vigne, malgré sa leçon sur le mouvement de la sève dans les plantes, empruntée du Traité de chimie de M. Thénard, ni de l'abbé Rosier qui prétend qu'elle épuise la vigne et nuit à la qualité du fruit, ni de M. Lenoir qui l'assimile au pincement (1) des jeunes j ousses du pêcher, malgré l'énorme dilférence du mode de végétation de l'un et de l'autre, et lui attribue la faculté de forcer les yeux inférieurs à se former en yeux à fruits, sans être retenu par l'absurdité de celte assertion qui saute à l'esprit de tout vigneron, et que j'ai démontrée ailleurs : autant le pincement est ingénieux et d'un bon effet, mais a besoin d'être fait par une main habile, autant la rognure serait absurde pratiquée dans le niême but; et si elle est sans inconvénient, on conviendra du moins qu'elle n'exige pas, dans sa pratique, des mains dirigées par une haute intelligence, puisqu'elle est souvent abandonnée aux femmes. Je répète donc, non seulement d'après mon propre sentiment, mais aussi d'après celui de tous les vignerons que jai consultés, que celte opération est d'une bien légère importance, que si elle est générale dans les vignes échalassées, c'est que son utilité, si faible qu'elle soit, e.^t secondée par la facilité et la prestesse de l'exécution.
La seconde Jnçon ne devrait jamais commencer avant le mois de juin, et la dernière vers la mi août ; mais, dans bien des localités, les vignerons se sont arrangés pour avoir
(1) Je pourrais citer, contradictoirement à l'opinion de M. lenoib, l'exemple donné dans mon canton par un riche vigneron, qui, agissant comme aurait pu le faire un pur théoricien, un Parisien bien pénétré de la supériorité rie la science sur l'expérience, s'était avisé de faire rogner tous les bourgeons de sa vigne, au lieu de les accoler, à deux yeux au-dessus de la grappe, et qui, pour êlre plus sûr que toute la sève, ne trouvant plus d'issue, refluerait sur les raisins, avait fait éborgner les deux seuls yeux qui se trouvaient au-rlessus d'eux , en conservant les feuilles, toutefois, comme aurait pu le faire un maître passé en physiologie végétale. Cette intéressante expérience lui a route une quarantaine de pièces de vin, c'est-à-dire une centaine de louis-
I to CULTURES INDUSTRIELLES : DE fini leurs trois façons an l" de juillet, ce qui fait un intervalfe beaucoup trop considérable entre la dernière façon et les vendanges; aussi voit-on beaucoup de vigries salies de mercuriales et de soucis dont la présence ne contribue pas pou à donner au vin un goût particulier peu agréable, dont le terroir seul est accusé.
En suivant ainsi l'ordre de la succession des travaux de la culture de la vigne, nous sommes arrivés aux deux derniers qui se font simullanément dans les vignes des propriétaires soigneux delà qualité du vin; c'est, pour celles où il n'y a pas d'échalas, le /?osage des fourchettes on piquets légers, d'environ 35 centimètres et dont la partie supérieure a deux petits fourchons, ou, à leur défaut, est fendue et maintenue ouverte par un écli de bois, et, pour toutes les vignes sans exception, l'épamprement,^\\ moyen duquel on expose les raisins aux rayons du soleil eu les dégageant des feuilles ou pampres qui les interceptaient. Cette opération, bien faite et en temps convenable, est fort utile; la maturité du raisin se décide mieux et s'accomplit sous des conditions plus favorables, le raisin étantexposé sans intermédiaire aux rayons du soleil, et baignant dans un air continuel kment échauffé par les rayons directs et réfléchis du soleil, et maintenu tel pendant la nuit par la chaleur accumulée pendant le jour, qui se dégage du sol. Cet effet est d'autant plus marqué alors sur la vendange, que de fréquentes rosées en attendrissent la peau; toutefois, il faut prendre garde de commencer trop tôt, car il arrive souvent dans ce cas que les raisins sont grillés par la chaleur encore trop vive du soleil. — Si Bosc, dont l'autorité est puissante sans doute, mais qui n'a jamais eu assez de temps à consacrer à ses observations pour qu'elles soient toutes d'une égale justesse, avait considéré que les propriétaires ne se décident à se livrer à des soins dispendieux que parce qu'ils en ont reconnu l'efficacité, il se serait bien gardé de blâmer cette pratique; il m'est impossible aussi de m'associer à lui pour. la condamnation qu'il prononce contre les vignerons des environs de Metz, qui n'arrêtent pas ou ne rognent pas les bourgeons de leurs vignes, et je ne puis admettre l'existence des prétendus résultats de celte omission, dont ils ne se sont sûrement jamais aperçus.
J'aurais pu présenter un tableau des différens modes de culture des vignobles les plus renommés, comme je me l'étais propose, mais ces différences sont la plupart trop légères pour que la description de chacune d'elles n'eût pas été une ré[)élition fastidieuse et sans intérêt; j'ai seulement saisi leurs traits principaux les plus importans, et je me suis réduit, à l'exception de la courte notice sur le vignoble du Médoc pour le rouge, et sur celui du Maçonnais pour le blanc, qui présentent l'un et l'autre des différences plus tranchées, à ne parler que des pratiques qui leur sont communesou de celles
"LK VIGNE ET DE SA CULTURE, nv. it.
dont la différence a un motif rationnel, d'après l'autorité de l'expérience et celle des auteurs les plus éclairés, en me défendant, à l'égard de ceux-ci, du prestige de leur réputation, quand leur avis était contraire aux observations journalières des vignerons.
Il semblera peut-être quelque peu téméraire, de la part de l'auteur d'un exposé des modes de culture de la vigne, d'oser blâmer quelques parties de celui suivi sur les bords de la Marne et vers la Côle-d'Or, et au lieu de s'en tenir à les exposer exactement, d'eu avoir décrit un autre qui n'en diffère pas à la vérité dans son ensemble, mais seulement dans le retranchement de quelques vices de détail, trop palpables pour douter qu'ils existent ailleurs que dans la tête de ceux qui les rapportent. Par exemple, quel est le propriétaire assez dissipateur des ressources de prospérité de son domaine pour emplir de fumier, lors de la plantation, des fosses de 2 pieds de profondeur, et capable de la misérable spéculation de placer trois chevelus ou même trois crosseltes dans la même fosse pour en relever un ou deux par la suite ? Quel propriétaire est assez jaloux d'atteindre la plus haute qualité pour son vin, excepté sur les bords de la Marne où il se vend .3 fr. la bouteille, pour augmenter encore les frais de culture par ceux d'un ou même deux ébourgeonnages, si toutefois cette opération y contribue? Nous pouvons donc atTirmer avec certitude d'être approuvé par tout homme sensé, tant soit peu au courant des connaissances générales sur cette matière, et c'est le résumé de tous les traités d'œnologie : que c'est à la nature du piaut, à celle de la terre, au soin du provignage(l) annuel d'environ la vingtième partie des ceps, qui procure une longévité presque séculaire à des vignes qui seraient de très-courte durée sans lui; à celui aussi de s'abstenir de l'usage du fumier sans mélange et de tout autre moyen d'abondance ; à l'attention enfin de ne laisser faire à la vendange qu'un court séjoar dans la cuve, que les Bourguignons doivent la supériorité et la renommée de leurs vins; que la qualité différente des produits des autres vignobles dépend également de la variété des plants qu'on y a adoptés et que nous avons indiqués, ainsi que des soins de fabrication qui sont ailleurs exposés avec tous les détails suffisans pour les faire bien connaître. Or, tous ces soins peuvent être imités, toutes ces circonstances peuvent se trouver ailleurs dans un climat pareil.
§ XI. — Circonstances nuisibles à la oroduction de la vigne.
A.rrivés au point de n'avoir plus à attendre qu'un beau jour pour commencer les vendanges, nous renverrons à la division des Arts agricoles les soins qu'il faut prendre et les considérations qui doivent en déterminer le moment précis. Nous allons terminer cet article par un coup-d'œil sur toutes les causes qui peuvent avoir de fâcheuses influen-
(Ù Ce mode d'entretien a suivi les plants de vigne auxquels il est appliqué, partout où ils ont été aosportés; circonstance d'autant plus facile à expliquer à la simple inspection, que leur tait>lesse en
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