‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 68 sur 325 · DE L.V VIGNE ET DE SA CULTURE · texte numérisé non relu

DE L.V VIGNE ET DE SA CULTURE

ces sur l'abondance ou la bonne qualité de la récolte.

Commençons par le plus commun de ces fléaux, la gelée. Souvent elle est assez forte pendant les hivers rigoureux pour éteindre ou désorganiser les yeux ou boutons, et même attaquer le bois et ruiner coniplète- ' ment beaucoup de ceps; nous en avons eu souvent de tristes exemples. Les gelées du printemps sont plus communes, et, à moins qu'elles ne soient très-fortes, leurs effets se font ressentir fort inégalement. Des vignes en sont presque entièrement exemptes, d'autres eu partie. Cette inégalité de ses coups se fait remarquer sur les jeunes pousses d'un même cep, et est le plus souvent inexplicable. On a indiqué comme moyen préservatif la fumée produite par plusieurs tas d'herbes et de broussailles mouillés pour la rendre plus épaisse, et placés au vent de la vigne pour que la fumée se répande sur elle ; mais il est rare qu'on ait ie temps ou même la volonté de faire ces préparatifs. Si l'on n'avait que quelques ceps précieux à conserver, un moyen simple et facile serait de piquera leur pied des branches de jeunes pins ou de grande bruyère, car presque toujours les plus simples abris suffisent. Un célèbre propriétaire et coiumerçanl de Champagne emploie ce moyen avec le plus grand succès. Comme il arrive ordinairement que les cépages les plus hâtifs à la pousse, tels que celui connu sous le nom de Pineau menu en Touraine, sont les seuls frappés quand la gelée survient avant la mi-avril, c'est une . considération qui devra avoir du poids dans le choix du plant lors de l'élablissement d'une vigne. — Quelquefois on est surpris aussi par la gelée vers les premiers jours d'octobre ; alors les raisins durcissent et cessent de mûrir, et la plupart conservent l'acidité du verjus. C'est eu vain qu'on leur laisse le temps de parvenir à leur maturité, leur parenchyme est désorganisé, et l'état qui suit est la pourriture. — On préserve assez sûrement la vigne des gelées d hiver et du printemps en la couvrant de terre ; ce moyen est employé sur les côtes du Rhin, dans le Jura, er Piémont, dans la plaine de Novi, et en Hongrie au vijïnoble de Tokai.

Un autre fléau non moins redoutable est la grêle; pour celui-ci rien ne peut en préserver que la faveur du ciel. Cependant il ne frappe pas aussi généralement que la gelée; certaines localités y sont plus sujettes que d'autres. Il arrive souvent que ses suites ne sont pas seulement funestes pour la récolte de l'année même, mais se font encore ressentir dans l'année suivante.

Un autre état de l'atmosphère presque aussi désastreux, et qui l'est même davantage par son universalité, c'est une humidité continue telle que celle que nous avons eue en 1816; on n'avait pas vu d'année depuis un demi-siècle où la récolte fût aussi mauvaise en tout point.

Des pluies trop fréquentes sont surtout dangereuses dans le temps de la floraison de la vigne, car alors elles sont une cause certaine de coulure.

La coulure est un accident auquel sont particulièrement sujeltes certaines variétés

de vigne ; les intempéries, telles que les vents froids et les pluies, secondent et même déterminent cette fâcheuse disposition à laisser tomber les fleurs sans qu'elles tournent en grain. Alors les gi'appes même tombent . n'ayant rien à nourrir. Parmi les cépages qui y sont le plus sujets, passent en première li,:^ne le Pendoulau du Jura, et le Cot des coteaux du Cher, Pied rouge. Côte rouge, Pied de perdrix ailleurs. On a bien indiqué un mo>en assez certain d'empêcher la coulure, V incision annulaire ou circoncision , moyen dont quelques amateurs de jardinage font usage avec un succès constant sur les vignes d'espalier; mais on a remarqué que la qualité du vin en était altérée, et qu'elle affaiblissait pour long-temps les ceps opérés.

Si une huuiidilé trop prolongée est pernicieuse à la vigne, une trop grande sécheresse l'est presque autant, surtout si le soi est trèsincliné au midi et repose sur le tuf ; alors les feuilles jaunissent et tombent même quelquefois: et si c'est à l'approcbe des vendanges, la peau du raisin durcit et s'épaissit, et le raisin ne peut atteindre une maturité parfaite.

Les vents violens font aussi beaucoup de tort aux vignes, surtout aux vignes sans échalas ou à celles échalassées avant l'accolage que l'on retarde toujours trop.

Les intempéries ne sont pas les seules causes des risques que la vigne ait à redouter : il est quelques affections morbifiques de la vigne auxquelles la nature du terrain, ainsi qu'il arrive pour la coulure, dispose plus ou moins quelques cépages, et aussi certaines circonstances de température ; les plus communes sont la brûlure àe?, feuilles et le grillé des raisins, dues à des coups de soleil trop ardens ; la rouille due à l'invasion d'un champignon parasite; ]z jaunisse occasionée souvent par la présence de l'isaire, autre champignon parasite interne ou sublerrané, qui s'attache aux racines. Il n'est aucun moyen de remédier aux deux premières; quant à la dernière, on peut empêcher son extension en faisant une tranchée profonde autour des ceps attaqués.

En-fin plusieurs sortes é'insectes, quelques quadrupèdes et des oiseaux de diverses espèces causent à la vendange de grands dommages. Parmi les premiers, les durbecs ou becmares, le charançon gris, la larve du hanneton se font remarquer le plus souvent par le vigneron; parmi les seconds, les chiens, les renards, les blaireaux et les hérissons ; et au nombre des derniers, les grives et les étourneaux qui y tombent par bandes , sont les animaux qui font le plus de dégât, surtout dans les vendanges tardives.

§ XII. — Des frais et produits de la vigne.

Nous allons terminer cette notice par un état des frais dont le propriétaire doit faire l'avance avant de toucher quelque chose du produit de sa vigne. îs'ous n'avons trouvé nulle part de documeus suffisans pour établir une comparaison , mais il doit y avoir peu de différence dans le total de ces frais, ayant choisi pour type une closerie ou vi-

ri2 CULTURES INDUSTRIELLES ; DU

giioble à trois lieues de Tours; ce qui donne un terme moyen pour le prix du travail cnlre celui des Ni{;nes aux portes d'une ville et celui des vignes plus éloignées où le travail est moins rétribué; el, quant à la récolte, nous avons choisi une moyenne dans les dix dernières années qui ont été généralement assez bonnes, en mettant liors de ligne l'année extraordinaire de 1825 et les premiers crûs pour la qualité, ainsi que les produits d'une excessive abondance obtenus par quelques vignerons.

Façons d'un hectare de vigne, comprenant le décliaussage , la taille, et trois façons à la pioche ou à la marre; prix ordinaire dans le pays. 45 f.»

Ouverture et couchage de 450 provins à .50 sous le cent 11 25

Transport de la lerre pour former le terrier ou terreau, et transport du terreau dans les provins 6 »

Une tomberée de fumier ou douze charges d'ânes par cent ée provins, pour 450 provins 45 »

Terrassage, apport de la terre sur le bord de la vigne, et transport dans la vigne pour un 1/20 d'hectare.. . . 10 «

Pour renouvellement d'un cinquantième, ou si non pour diminu lion progressive de la valeur d'un hectare 45 »

On donne, de deux années l'une , une façon après vendanges, quelquesuns tous les ans, d'autres jamais ; elle coule 22 fr. 50 c. par hectare; en calculant d'après le premier mode. . 11 25

Entretien annuel des pressoirs et ustensiles, par hectare 6 »

Logement du closier ou vigneron; il fait ordinairement 2 hectares 1/2 à 3. C'est par hectare 10 »

Sept fûts ou poinçons et un demipoinçon, les premiers à 7 fr., le second à 4 fr 52 >'

Frais de vendanges, nourriture, salaire, lumière, etc.; ils varient un peu , on les a établis à 4 fr. 50 par poinçon 33 75

Mémoires des tonneliers, 6 fr. 50 par hectare 6 60

Impôt foncier 18 «

Total des frais. 300 f. »

Un hectare de vignes blanches à Vouvrai et Roche-Corbcn vaut communément 4,500 f. C'est donc un capital qui doit rendre à son propriétaire 225 fr. annuellement; en les ajoutant au total des frais que nous avons vu

HOUBLON ET DE SA CULTURE. liv, ir.

monter à 300 fr., c'est donc 525 fr. que doit rapporter chaque hectare pour que son propriétaire ne soit pas en perte. Or, nous avons compté en récolte moyenne 7 poinçons et demi; au prix moyen de 70 fr. (le poinçon de Touraine est de 2 hectolitres 1/2), c'est donc 525 fr., d'où l'on peut conclure que l'argent est placé convenablement.

Toutefois, nous n'avons pas fait entrer en considération les cas de mévente; par exemple, passé le mois d'avril, ces mêmes vins,qui sont fort recherchés par les Flamands avant celte époque, tombent de moitié. C'est donc un grand risque à courir.

Voyons si les conditions pour le vin ronge sont aussi avantageuses; les frais resteront les mêmes, parce que le surcroit de dépense pour les échalas n'est pas général. Le nombre de pièces de vin dont se compose la récolte sera aussi le même, mais le prix bien différent. Les bons crûs communs ne peuvent guère être portés au-delà de 50 fr. le poinçon, prix de la récolte de 1834, d'une très-bonne qualité cependant; ce qui fait pour l'hectare un produit brut de 375 fr., et par conséquent seulement de75 fr. de produit net. A la vérité, le capital est moins f")rt et l'hectare doit être porté seulement à 2,400 fr. ou 120 fr. de revenu à recouvrer. Le vin du paysan a été payé 40 fr., mais il en a récolté 15 pièces à l'hectare, ce qui fait, à 40 IV., la somme de 600 fr. de produit brut, ou 247 fr. 50 c. de produit net, encomptanl rau;;nientation de 52 fr. 50 c. pour 7 fûts et demi-rùls.

Il est donc évident, et c'est une vérité fâcheuse à démontrer, qu'il y a plus d'avantage à produire une grande quantité de vin médiocre qu'une moins grandedebon,parceque la différence des prix nest pas assez forte.

Nous n'avons parlé que des vignes sans paisseaux et échalas; or, il y en a qui ne peuvent s'en passer, telles que les vignes qui sont composées de plants tins originaires de Bourgogne; ce sont eux qui ont fait la réputation de nos vins de Joué bien connus des Marchands de Paris. L'avance primitive sera pour 15 milliers de paisseaux à 34 fr. le millier, de 510 fr., dont l'intérêt est de 25 fr. 50 c, et en outre chaque année, pour le renouvellement du 10^, 51 fr. C'est donc, avec 45 fr. de plus au vigneron pour piquage du paisseau, accolage, arrachage et entassement, un total de 121 ir. 50 c. en sus par hectare, ou un total de 421 fr. de frais par hectare de vigne échalassée. Le prix étant, à peu de chose près, le même pour la récolte, il nous parait démontré que le propriétaire est presque toujours en perte.

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