RIER
et enfin la soie a été d'aussi belle qualité. I\Ioi-même, en 1829, j'ai fait aussi, avec ces feuilles, une petite éducation de quelques centaines de vers, et j'ai également obtenu de beaux cocons et en quantité désirable, quoique cependant l'éclosion de mes vers eût été retaidée jusqu'au mois de juillet, et que par conséquent la feuille fût bien j)]us dure qu'elle n'eût été en mai et juin; mais j'avais la précaution de ne la donner que coupée en morceaux assez petits, précaution qu'il faut toujours prendre dès que la feuille du multicaule a acquis certaines dimensions; mais avec de grands ciseaux c'est une besogne qui n'est pas difficile.
Quant à ses propriétés pour nourrir les vers-à-soie, d'après les essais qu'a faits M. Chevrell, de la soie des vers qui avaient été nouiris avec les (eiiilles du mûrier multicaule, chez M. Malî'Oil, dans les environs de Venise, ce savant chimiste a reconnu que les vers nourris avec les feuilles du mûrier multicaule peuvent donner une soie d'excellente qualité, tant sous le rapport de la force et de la finesse que sous celui du produit de la soie décreusée, et que celle-ci se blanchit et se teint parfaitement. D'après cela, les personnes qui élèvent des vers-à-soie peuvent en toute assurance les nourrir avec la feuille du nouveau mûrier, sûres qu'elles seront que la soie qui sera produite sera d'une qualité égaie à celle qui proviendra des feuilles de l'ancien.
Tels sont les avantages que parait devoir présenter le mûrier multicaule ; mais je dois dire en même temps que plusieurs personnes lui reprochent d'être sujet à de giands inconvéniens. M. le baron d Hombres Fjrmas a résumé tout ce qu il y avait à dire contre cet arbre dans un Mémoire inséré dans le Bulletin de la Société libre du Gard pour août 1834. Voici ies principaux reproches que cet agronome fait au nouveau mûrier: Cet arbrecraint plus les gelées que le mûrier blanc; ilredoutesurtout lesgrandsventsqui lacèrent et flétrissent ses feuilles et brisent ses branches; il exige un meilleur teriain, qui conserve toujours de la fraîcheur, parce que la sécheresse lui est contraire ; quand on est obligé de cueillir sa feuille mouillée, elle est bien plus difficile à sécher; mise en tas, elle fermente plus facilement que celle de l'espèce ordinaire. — Sije ne puis disconvenir de plusieurs des inconvéniens reprochés au mûrier multicaule, je crois cependant que M d Hombres les a un|)eu exagérés, et que, dans leNord el I e centre de la F'rance, il serait exempt de plu • sieurs des inconvéniens auxquels il est sujet dans le Midi; cela ne doit donc pas empêcher la culture de cet arbre; car. si l'expérience du temps prouve en sa faveur, il aura certainement une grande influence sur la propagation des magnaneries dans le Noid, à cause de l'extrême facilité avec laquelle on peut le multi|)lier et le cul!i%er. Au reste, d'après les nombreuses plantations (]u'eii ont faites MMCaniilleBEALVAiS deGrimai pht-Latoir et autres, et le« immenses multiplic'.iir.ns de M. >SovLAi\GE-RomN à Fromont. près llis, on ne tardera pas à savoir à quoi s'en tenir sur les véritables qualités de cet orbre.
t32 CULTURES INDUSTRIELLES : DU
§ X. — Calcul (les frais et inodiiits-
Si nous estimons à 3 francs le quintal de feuilles de mûrier, prix moyen auquel nous avons cru devoir le porter, un demi-hectare, planté depuis 7 ans en mûriers greffés, espacés de 12 pieds, selon que le fait M. Camille Beauvais, pouvant rapporter 100 quintaux de feuilles, peut par conséquent donner un produit brut de 300 francs; et même, selon M. Amans Caruier, qui depuis une douzaine d'années s'e^t occupé, avec un zèle infatigable et en même temps avec succès, <lo la propagation du mûrier et des vers-àsoi;> dans le département de rAveyron , le rapport d'un demi-hectare de mûriers serait encore plus considérable; à la vérité il estime à 4 francs le quintal de feuilles; à ce iirix, un hectare planté en mûriers depuis Il ans pourrait rapporter 160 quintaux de feuilles, ce qui ferait 640 francs de bénéfice, sans autres frais que ceux de la culture des aibres [Ann. de l'agric.Jranc.^ 3" série, t. XIII, p. 2!)8). Mais le même habile agronome offre encore un plus grand bénéfice aux propriétaires qui exploiteront eux-mêmes leurs mûriers en faisant chez eux des éducations de vers-à-soie; car voici comment, dans les mêmes Annales, tom. XII, page 296, il établit le complede ladépenseet du produit d'un demiliectare planté en mûriers depuis 11 ans.
MURIER ET DE SA CULTURE mv. h.
Frais.
225 Mûriers à haute tige, à I fr. . 226 f. - Plantation ou fumier des 225 mûriers, à 75 c 168 76
450 Mûriers uains en lignes ou
isolés, à 30 c 135 »
135 Idem disposés en haie, à 30 c. 40 50 Plantation ou fumier pour ces 585
mûriers nains, à 60 c 351 «>
2,500 Plants en pourrette, à 20 fr.
le mille 60 »
M. leur plantation 100 »
Culture, 40 journées d'ouvrier par
an; pour 1 1 ans, à 1 fr. 50 c 660 »
Rente d'un demi-hectare de terrain pendant 11 ans, à 100 f. par an. 1100 »
Total de toutes les dépenses. 2,830 25
Produits.
Avec les feuilles de ce demi-hectare planté en mûriers, M. Amans Carrier ayant fait, en 1833, une éducation de 7 onces 1/2 de graine qui lui a produit 928 livres de cocons, qu'il a vendues 1220 fr., déduction faite des frais de son éducation, il se trouve par conséquent qu'il peut espérer le même produit chaque année pour une mise de fonds de 2,830 fr. Ce qui , comme il l'observe, est un intérêt de plus de 40 pour 100.
LoiSEtEUR Desi.ongchamps.