DU NOYER
§ III. —Plantation, culture des noyers.
Le noyer ne s'élève que pour le plein vent, et on le plante ordinairement sur le bord des roules el en avenues ; rarement en fail-on des plantations entières disposées en quinconce. Comme il s'élève beaucoup et forme une large tête, on ne peut guère mettre moins de 24 pieds d'intervalle entre deux de ces arbres dans les terrains les plus médiocres; mais, dans les bons fonds, ce ne sera pas trop de laisser .36 à 40 pieds entre eux.
Quand on plante des noyers on ne peut pas les mettre dans des trous qui aient moins de 4 pied en carré, mais la profondeur à leur donner variera selon la nature du sol. Si le fond est bon et que les arbres aient conservé leur pivot, ce n'est pas trop de faire faire des trous de 3 pieds de profondeur; mais, lorsque le pivot a été retranché dans la pépinière et que les noyers ont beaucoup de racines latérales, 2 pieds de creux suffiront ; si même le terrain est mauvais, ce sera assez de donner 18 po. aux trous. Au surplus, lorsqu'on plantera les arbres, il ne faudra pas placer leurs racines à cette profondeur, mais remplir d'abord les trous avec 6 à 8 pouces de la meilleure terre retirée la première ; mettre ensuite le pied des arbres sui' cette terre meuble, dans laquelle il pourra plus facilement former un nouveau chevelu ; on recouvrira ensuite les racines avec le reste de la bonne terre, et enfin on comblera le trou avec la terre qui en a été tirée la dernière et avec les pierres.
Une fois que des noyers ont été plantés à demeure, on ne leur donne que peu de soins; on laboure, autour de leur pied, une fois tous les ans, dans le courant de l'hiver ou a.u commencement du printemps, et même, lorsqu'ils ont un certain ât;e, on néglige souvent cette pratique. On ne îaille jamais ces arbres, et ils ne doivent pas l'être; on se contente d'enlever le bois mort qu'ils peuvent avoir, et encore on néglige assez souvent de prendre ce soin lorsqu'il n'y a pas assez de ce bois pour dédommager des frais qu'il faudrait faire; aussi la négligence que l'on met à les soigner est-elle fréquemment la cause qui fait que le tronc de beaucoup de vieux noyers est attaqué par la carie, tandis que si on retranchait convenablement et en temps utile les branches mortes, on conserverait le tronc plus sain. Dans plusieurs cantons où les noyers se plantent sur les bords des champs cultivés, on est dans l'usage de rabattre tous les 7 à 8 ans leurs branches principales jusque près du tronc, afin de les empêcher, d'une part, de donner trop d'ombre, et ensuite parce que les fruits qu'ils rapportent les années suivantes sont plus beaux. Cela est encore une des causes qui contribuent pour beaucoup à faire pourrir le tronc de ces arbres.
Uombre du noyer passe pour être préjudiciable aux autres arbres qui sont dans son voisinage; quelques agronomes pensent que c'est moins son ombre qui est nuisible que son égout, c'est-à-dire l'eau des pluies qui, après être tombée sur ses feuilles, retombe ensuite à terre ou sur les autres végétaux qui sont à sa promixilé.
% IV. — Produits, récolte des noyers.
Les noyers donnent un bon produit dans les pays où leurs fruits sont employés à tait e de l'huile, mais plus encore dans le voisinage des villes où il s'en fait une grande consommation pour manger, surfont en vert et en cerneaux. On cite des noyers rapportant dans les bonnes années 50,000 à 100,000 noix; de tels arbres sont à la vérité fort rates, et leur tronc n'a pas moins de 15 à 20 pieds de circonférence. Non seulement les noix se mangent vertes et sèches, mais, avant leur maturité, on les confit au sucre de diverses manières.
Les noix ne se recueillent point à la main, parce que souvent l'élévation des aibres ne le permettrait pas ; ensuite cela ocrasionerait un travail trop long et trop dispendieux; on les abat en frappant à coups de gaules sur les extrémités des branches où elles sont placées. Cela a l'inconvénient de briser et d'endommager beaucoup de bourgeons, ce qui nuit toujours à la récolte suivante; mais il serait bien difficile, sinon toutà-lait impossible, de faire autrement. Une autre cause qui s'oppose à ce que le noyer donne constamment de bonnes récoltes, c'est que, surtout dans le nord de la France, il est tréquemment atteint par les gelées tardives qui surviennent au moment de la floraison el qui brûlent ses ilears. L'ai bre luimême, surtout dans sa jeunesse, est sensible au froid ; ainsi, dans l'hiver de 1820, j'ai perdu les trois quarts d'un semis, et, dans celui de 1829 à 18o0, des noyers de 2 ans qui venaient d'elle transplantés et qui avaient pour la plupart 5 à 7 pieds de haut, ont été gelés dans dIus des 3/4 de leur longueur: il a fallu les ranattre presque tous à 1 pied de terre. Enfin, dans les hivers très-rigoureux el trèsprolongés, les gros arbres eux-mêmes peuvent être frappés de mort, et c'est ce qui arriva en 1709, où un très-grand nombre de forts et beaux noyers furent tout-à-fait gelés.
Le bois de noyer e?,\. un des plus beaux bois de l'Europe; il est doux, liant, flexible, se taille bien au ciseau et prend au rabot un beau poli. Il a |)eu de valeur dans sa jeunesse, parc^' qu'il est blanchâtre, et sujet à être attaqué par les vers; mais il prend en vieillissant une couleur brune et se veine quelquefois d'une manière agréable. Il se vend en général moitié plus que celui de chêne, et on assure qu'il croît aussi une fois plus rapidement, ce qui peut être regardé comme positif d'après ma propre expérience; de sorte qu'il y aurait un grand avantage à en (brmer des futaies : je ne sache pas cependant que jusqu'à présent aucun propriétaire ait pensé à planter des forêts de noyers. — Le bois de cet ai bre a des usages très multipliés; on en fait des meubles de toute sorte, comme bois de lit, tables, commodes, secrétaires, chaises, etc. Il a, lorsqu'il est bien sec, l'avantage de ne pas se tourmenter. Les tourneurs, les sculpteurs, les carrossiers, en emploient aussi beaucoup, el il est indispensable pour les armuriers, car jusqu'à prései.t au« cun autre bois indigène n'a pu remplacer celui du noyer pour la ntonture des fusil
114 CULT. INDUSTRIELLES: DES ARBRES ET ARBUSTES OLÉAGINEUX, iv. m-
Dans plusieurs départeniens du centre et du midi de la France, la chaussure ordinaire des habilans des campagnes n'est faite qu'en bois de noyer; <ians le seul département de la Haute Vienne, cette industrie consomme, dit-on, par an, 4,000 noyers, et l'on fait 60 paires de sabots dans chaque arbre de 4 pieds 1/2 de circonférence. C'est comme bois de chauffage qu'iloffre le moins d'avantages; il ne fait point un feu ardent et ne produit que peu de charbon et de chaleur.
Le brou de la noix contient beaucoup de lannin et d'acide gallique;il a été employé en médecine comme astringent et vermifuge.
]/écorce moyenne de l'arbre, recueillie au printemps, a été indiquée comme émélique.
Les teinturiers emploient les racines de noyer et surtout le brou de noix, pour donner une couleur brune à certaines étoffes. Les menuisiers et les ébénistes se servent aussi souvent du dernier pour donner de la couleur aux bois blancs.
M. Banox, pharmacien à Toulon, a retiré d'un quintal de sève de noyer, extraite au printemps par la térébration du tronc de cet arbre, 2 livres 1/2 de sucre brut , dout il a pu obtenir, avec t/3 de perte, du sucre raffiné très-blanc, ayant toutes les qualités du sucre ordinaire. Reste à savoir si les frais ne seraient pas plus considérables que le produit.
Section m. — De quelques autres arbres ou plantes oléifères.
On a traité (page 2 et suiv. de ce volume) des principales plantes oléifères qui, comme le Colza, la Navette, la Cameline, les Moutardes, le Pavot, etc., sont cultivées pour le produit que leurs graines fournissent pnr l'extraction de l'huile qu'elles contiennent. En général, la culture de ces plantes appartient plus particulièrement aux départemL'ns du nord de la France, comme celle du Noyer à ceux du centre, et celle de l'Olivier à la partie méridionale de notre territoire, voisine du littoral de la Méditerranée. Pour compléter ce qui a rapport aux végétriux oléifères, nous allons indiquer rapidement quelques autres arbres ou plantes dont les Irnils ou seulement leurs amandes, ce qui est le plus ordinaire, renferment aussi de Ihuile.
En tête de ces végétaux il faut |)lacer tous ceux de la section des Amygdalées dans la grande famille des Rosacées. Les amandes des Abricots., des Pèches, des Cerises, des Prunes, et de V Amande elle-même, soit douce. i,o\l arnère, contiennent toutes une quantité d'huile assez considérable. Celle de V Amande douce s'extrait |)rincipalement pour les usages qu'on en fait dans la pharmacie. Ce qui se cultive d'Amandiers dans nos déparlemcns du Midi ne suffît pas aux besoins du commerce, et la France tire tous les ans d'Espagne, de Sardaigue, d'Italie, des Deux- Siciies, etc., pour une centaine de mille francs d'amandes.
A Briançon et dans les environs de cette ville, on retire des amandes d'une espèce de prunier connu sous le nom de Prunier de Briançon [fig. 67), une huile fine, à laquelle on
FJg. 67.
donne dans le pays le nomA^huilede n.armot te, et qui est au moins aussi estimée que celk qu'on extrait des olives. Cette huile de mar motte est douce comme celle que fournit la semence de l'amandier, mais elle est plu;; inflammable et conserve un goût de noyas qui la rend un peu amère et lui donne un parfum agréable.
Les pépins des Pommes, des Poires, des jSèfes et autres Pomacées sont oléagineux comme les amandes des Amygdalées. Il faudrait, dans les pays où l'on fait b^-aucoup de cidre, trouver un procédé jiour les séparer du marc, et voir si le produit qu'on en pourrait tirer en huile vaudrait la peine de l'exploitation.
On a essayé ainsi de retirer de l'huile des pépins du Raisin qui en contiennent une certaine quantité; mais le goût de cette huile ne parait pas être agréable; si cependant les frais d'extraction n'étaient pas trop considérables, ce serait peut-être une chose qui ne serait pas à négliger.
La famille des Amentacées renferme plusieurs genres dont les semences sont riches en matière oléagineuse; ainsi, l'amande de la Noisette ordinaire donne une huile agréable, qu'on peut employer, quand elle est récente, pour l'assaisonnement des aliraens. Mais le fruit le plus recommandable en ce genre, c'est \a faine ou le fruit du Hêtre, qui donne en abondance une huile d'une trèsbonne qualité, avec laquelle on peut remplacer toutes les autres pour la préparation des alimens. Nous avons en France beaucoup de forêts qui produisent une énorme quantité de faines, et les agronomes qui ont écrit sur les avantages qu'on pourrait retirer en se livrant à l'extraction de l'huile de ces fruits, assurent que les forêts d'Eu et de Crécy ont donné dans certaines années plus d'un million de sacs de faînes, et qu'en 1799 on retira, de celles recueillies dans la seule forêt de Compiègne, plus d'huile que les habitans du pays n'en pourraient consommer pendant 50 ans. Qui pourra croire d'après cela que nous tirions de l'huile de laine des pays étrangers? c'est pourtant ce que prouve le Tableau eenéral du commerce de France
cnAf. 13'.
publié par radministriilion des douanes.
On retire dans l'Orient de l'huile des aiDandes du Pistachier, du Lentisque et du Térébinthe ; mais il est fort incertain que ces arbres puissent être cultivés en France avec avantage sous ce rapport.
Les semences des Conifères sont en général .très-oléagineuses; mais, parmi elles, il faut surtout distinguer l'amande du Pin-pinier, connue sons le nom de Pignon doux. Celte amande, qui est assez grosse, contient une grande quantité d'hnile, puisqu'elle en fournit environ le tiers de son poids. Cette huile est liui[)ide, incolore, assez agréable quand elle est fraîchement ex()rimée, quoiqu'elle retienne un goût de térébenthine très-prononcé. Celte huile pourrait servir à assaisonner lesalimeus, et sa saveur un peu piquante conviendrait peut-être pour relever certains mets qui sont naturellement trop fades ; mais il est douteux que cette huile soit jamais préparée en grand, et puisse faire un objet de commerce important, parce que les pays dans lesquels croit le pin-pinier sont les mêmes que ceux de l'olivier, et que les pignons doux, par la qualité de l'huile qu ils Iburnissent, ne paraissent pas pouvoir soutenir la concurrence avec les frnits oléagineux de ce dernier. Dans les Alpes, où croit le Pin cembro, il y aurait plus d'avantages à extraire de l'huile de ses amandes: c'est ce qu'on fait en Sibérie, où cet arbre est commun.
Les fruits du Laurier commun, connus sous le nom de baies de laurier, contiennent deux sortes d'huile, l'une fixe, concrètf et de conteur verte, qui est la plus abondante; l'autre liquide et volatile; l'une et l'autre ne sont propies qu'aux usages de la pharmacie.
La pulpe des fruits du Cornouiller sanguin est oléagineuse comme celle de l'olive; mais