‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 110 sur 304 · LIV. I · texte numérisé non relu

LIV. I

bout de cette mécaniane pour faciliter son transport d'un lieu à 1 autre. Dès qu'elle est fixée sur un point, on conçoit que l'araire puisse être entraînée, sans cfe grands efforts, d'un bout du sillon à l'autre; et que, reportée chaque fois sur un léger chariot à l'origine d'un nouveau sillon, à l'aide d'un cheval ou d'un âne qui peut servir ensuite à faire rnouvoir le treuil, elle recommence successivement le même travail. — A chaque deux sillons on change de trou l'axe avec sa poulie.

D'après le rapport qui a été fait au conseil général des Basses-Alpes, cette araire emf)loj'ait 12 minutes pour creuser un sillon de 37 à 40 c. de profondeur et 33 c. de largeur, sur une longueur de 50 met.;— elle perdait 8 minutes pour recommencer le travail.

Jusqu'ici une telle innovation ne parait donc pas présenter d'avantages dans la pratique générale des labours; toutefois, elle est, comme tous les procédés nouveaux, susceptible de perfectionnemens qui pourront la rendre fructueuse, et, sous ce rapport, nous avons cru devoir l'indiquer ici sommairement.

§ III. — Araires à deux roues.

La charrue RosÉ , montée en araire (Jïg. 240), est une de celles qui ont obtenu le plus de succès dans les divers concours qui ont

eu lieu depuis un certain nombre d'années aux environs de Paris et ailleurs. Il suffit de dire qu'elle a remporté 16 fois le prix en concurrence avec les meilleures charrues, pour faire so.'i éloge aux yeux des praticiens.

A la seule inspection de la figure, on peut jug^T qu'elle est construite de manière à agir comme araire simple ou connue araire à support. — En effet, si l'on supprime par la pensée ce support, on voit une araire avec son double régulateur horizontal A '"t vertical B, disposés de manière qu'on peut régler l'entrure et la largeur de la raie avec une grande facilité, en faisant mouvoir la tige B de haut en bas ou de gauche à droite, et en l'arrêtant au point voulu par la vis de pression C. — Chaque roue EE, portée, au lieu d'essieu, sur une tige percée de trous FF, peut s'abaisser ou s'élever en même temps que sa voisine, de manièi-e à faire piquer plus ou moins la charrue, ou se mouvoir indépendamment de l'autre afin de maintenir le

parallélisme de l'instrument dans les terrains en pente ou les labours en billons. Chacune de ces tiges est maintenue à la hauteur désirée par un simple verrou fixé dans le châssis qui unit le support à l'âge, ainsi que le représente le détail D.

Ajouions que le contre, incliné dans une mortaise percée au milieu de l'âge , est maintenu dans sa position par une vis de pression adaptée à la gauche de l'âge; — que le soc, fixé par deux écrous seulement, peut s'enlever et se remettre avec une très-grande facilité, ainsi que le versoir et même le sep.

Dans cette charrue tout le corps est en fonte.

M. Rosé, pour satisfaire à tous les besoins, a adopté dans ses fabriques 4 mi dèles de grandeurs différentes: le 1*"^, du prix de 50 f. sans avant-train et de 75 f. avec avant-train; — le 2% de 65 ou de 95; — le 3% de 70 ou de 100; — le 4% enfin, de 80 ou de 110. Les versoirs, les socset les sepsdeces différons mo-

cn\p. 6*

DES CHARRUES

dMes se vendent séparément, savoir, les 1*" au prix de 12 à 22 f. , les seconds de 1 f. 25 c. à 1 f . 50 c, et les seps de 3 f. 75 c.

L'araire à roues ou charrue simple proposée par M. Châtelain {fig. 241) diffère

Fis. 241

^^--te

beaucoup dans son ensemble de toutes les charrues jusqu'ici employées. — Au contre ordinaire, qui présente un levier dont le bras de résistance est démesurément long relativement à celui de la puissance, puisque ce dernier est compris en entier dans l'épaisseur de l'âge, M. Châtelain a substitué une aile du soc A qui se relève comme dans le soc Hugonet. — Le soc, entièrement plat, est placé sous la semelle, de manière qu'il n'est ni relevé par elle à son extrémité postérieure, ni recouvert sur aucun f»oint par le versoir B. — Le côté inférieur du versoir est une ligne droite également distante du centre de la machine sur toute sa longueur, tandis que le côté supérietir forme un angle de 36 degrés à peu [)rès aussi dans sa longueur; de manière que le côté droit de la bande de terre ne change pas de place, tandisque le côté gauchese soulève, se dresse, et enfin se renverse touj:iurs progressivemenl, sous un même angle, depuis le commencement jusqu'à la fin. En adoptant cette nouvelle disposition, M. Châtelain a encore eu en vue que le versoir ne saisît la terre que quand elle est sntièremenl coupée horizontalement et verticalement par le soc-contre. — La baye C est attachée à l'endroit de l'assemblage des mancherons par un boulon , tandis qu'une barre de fer D , qui glisse dans une coulisse fixée sur la face droite de cette même baye par deux écrous, empêche la charrue de ''écarter à droite ou à gauche. — Enfin, ce qui caractérise plus parliculièremenl encore cetle charrue, c'est le moyen de réi;ler sa marche et de la maintenir en équilibre à l'aide d'un triple régidatour; une vis E, qui vient s'appuyer sur un mentounet adapté à la coulisse dont nous venons de parler, sert à prendre plus ou moins de profondeur. En descendant la vis, on oblige le sep à descendre, et on occasione une pression sur les roues; en l'élevant on fait remonter le tal n et on soulève les roues. La charrue est d'aplomb quand la semelle ne tend pas à quitter le sol et qu'elle n'exerce aucune pression au fond de la raie en inême temps que les roues ne font qu'effleurer la terre. — Pour que cette condition puisse subsister duis tous les cas, les divisions de (a vis E et celles du régulateur vertical F doivent être eu rapport

entre elles et indiquer des mesures relatives et exactes de prolondeur. Il est de plus nécessaire que le constructeur fasse connaître, d'aprèsles dimensions desdiverses pièces de l'instrument, la longueur des traits des chevaux; et, cette longueur devenant fautive avec des chevaux de taille plus ou moins haute, il donnera avec la charrue un barème qui indiquera la longueur du trait pour chaque centimètre de différence en hauteur des chevaux; ces traits devenant plus c. urts à mesure que les chevaux sont moins élevés. — A l'aide du régulateur et de la vis, non seulement il est facile de conserver à la charrue son aplomb de l'avant à l'arrière, de manière que, sauf les obstacles accidentels, on peu* la faire marcher sans la tenir; mais on peut encore, et c'est un point fort in^ portant, faire toujours passer la puissance sur le régulateur en ligne parfaitement droite avec le centre de la résistance, de manière à utiliser pour la traction toute la force de l'attelage. — La sellette s'inclinant à droite ou à gauche, on obtient une raie plus ou moins large à l'aide d'une vis H et du régulateur horizontal.

Quoique la charrue Châtelain, d'invention toute réct'nte, n'ait encore, pensonsnous, été exécutée qu'en modèle, nous croyons que ce qui précède est de nature à intéresser, à certains égards, les agriculteurs, qui s'occupent de nos jours, plus qu'on ne l'a fait depuis bien long-temps, des perfectionnemens dont est encore susceptible le premier de nos inslrumens aratoires.

Art. V. — Des charrues à avant-'rain.

Autant au moins que les araires, les charrues à avant-train ont été perfectionnées dans les temps modernes. On pouvait croire qu'à mesure que les premières se répandraient sur divers points de la France, les autres, délaissées de proche en proche , attireraient de moins en moins l'attention des cultivateurs et des fabricans. Cependant, si l'on en juge par les faits, notamment d'après les concours qui ont eu lieu récemment dans les déparle mens voisins de celui de la Seine, il n'en est pas ainsi. — La nécessite presque absolue de recourir aux charrues à avant-train en des circonstances assez nombreuses; — la facilité plus grande qu'elles présentent pour le travail à la généralité deslaboureurs, et l'espérance de parer, par une meilleure construction, àla jdupart des inconvéniens qui les avaient fait condamner en théorie , ont tourné de ce côté les vues des agronomes et des mécaniciens. Mieux éclairés qu'autrefois sur la direction qu'ils devaient suivi'e, ils ont cherché, tout en conservant à ces charrues leurs avantages, à les rapprocher le plus possible des araires sous le point de vue d'un moindre tirage, et nous verrons, dans ce qui va suivre, que leurs efforts n'ont pas été sans succès.

Dans sa composition la plus simple, l'acawrtrain d'une charrue comprend orciinairement deux roues de diamètre égal ou inégal et l'essieu qui les unit; — un support quelconque attaché à ce même essieu, et qui est destiné à recevoir et à maintenir plus ou moins fixement l'âge ou la baye; — enfin un timon presque toujours prolongé postérieurement a l'essieu. Il

reçoit d'un côté la chaîne qui unit larrière à I avnnl-train, et sert antéiieurenient (rintermécliaire entre la charrue et le point d'attache des animaux de trait. Mais la plupart de ces parties varient tellement de forme et de nom , que nous nous réservons de parler de leurs principales modifications en traitant de chacune des meilleures charrues à avanttrain en particulier.

Donner une description de toutes les charrues des divers départemens de la France ; — de celles seulement que nous avons été à même d'apprécier dans la pratique de différentes localités, ou dont nous avons distingué les modèles dans nos collections, ce serait entreprendre un travail plus curieux qu'utile, et beaucoup trop vaste pour un ouvrage de la nature de celui-ci. Ce n'est pas que, chemin faisant , nous ne dussions trouver çà et là de bonnes choses; mais, dans l'impossibilité de dire tout ce qui est bien, nous cliercherons à

FAÇONS GENERALES A DONNER AU SOL. Liv. i".

que nous regardons comme le

résumer ce mieux.

C'est ainsi que, remontant d'abord aux charrues déjà anciennes qui ont à juste titre conservé leur réputation au milieu d'innovations récentes, nous citerons la charrue Guillaume, celle de Brie perfectionnée, la charrue champenoise, etc.; que,passantensuite aux charrues plus modernes, nous ferons connaître celles de MM. Mathieu de Dombasie , Pluchet, Gran'.;é, etc., réservant pour la fin de ce paragraphe les charrues à deux versoirs, les charrues tourne-oreilles, et les charrues, trop peu répandues peut-être, à plusieurs socs.

§ I*''. — Des charrues à avant-train à versoir fixe.

La charrue Guillaume, représentée ci-dessous (/f^'. 242), se fait distinguer desanciennes charrues à avant-train , principalement par la

Fig. 242.

PDM

OAftA^i,. B,

A. TmcamLT. m.

direction donnée à la ligne de tirage. Elle a obtenu, en 1807, de la Société centrale deParis, un prix de 3,000 fr. , comme la plus parfaite qui existât alors en France; car, disaient les commissaires, ce qui constitue une excellente charrue, c'est que sa construction soit simple, solide; qu'elle soit facile à mener; qu'elle tienne bien dans le sol; que le soc coupe toute la terre retournée par le versoir; qu'on puisse labourer à volonté à grosses ou à petites raies, profondément ou légèrement, et qu'elle exige le moins de force possible pour la tirer. Or, la charrue Guillaume a paru remplir toutes ces conditions.

A ^Jig. 242), chignon de fer d'une forme convenable pour être fixé le plus près possible du poin^t de résistance, et à l'extrémité antérieure duquel est attachée la chaîne de tii-age. Il est maintenu sur l'âge, à sa partie postérieure, par un boulon à écrous; — B, soc emboîtant le sep et la gor.ce sur laquelle il est boulonné; — C, versoir tenu à écartement fixe par une traverse indiquée en D; — EEE, origine des élançons et de la barre qui joignent le sep à la îiaye; celui de derrière reçoit et consolide les manches à l'aide du boulon à écrou F, et de 2 chevilles G G; — H, âge ou haje; — I, timon sur lequel on peut disposer l'attelage des animaux à volonté; — J, corps d'essieu au-dessous duquel est fixé un essieu en fer. dont le bout, i^ui se trouve du côté de la terre non labou-

i rée, a 6 po. (0"'162) ae plus que l'autre , pour I que les mouvemensde la pointe du soc soient moins sensibles et le train moins versant (vof.pour les détails,/?. 175, yfg'. 214); — K, sellettedestinée àsupporterlebout de la baye, et dans laquelle on a pratiqué 2 mortaises pour y passer les 2 régulateurs sur lesquels des trous sont disposés de manière qu'on puisse modifier à volonté l'entrure du soc {voy. de nouveau la fi{i. précitée, /?. 175 ); — L, arcboulant ; — M , point d'attache des traits ; — N, emplacement d'un palonnier.

La charrue de Brie perfectionnée différerait fort peu de celle de Small si on ne lui avait donné un avant-train, et si on n'avait cherché à la rendre plus légère en simplifiant sa construction. — Elle convient parliculièremenl au labour des terres fortes.

Le corps de la charrue A (^^è^ 243) est prolongé en col de cygne de manière à recevoir un contre en fer F, forgé et aciéré, fixé par une vis de pression dans une coutelière en fer. — Le soc G, en fer forgé , est adapté , au moyen d'un boulon , sur le prolongement de la semelle et dusep;une cavité H {voy. le détail) sert à recevoir l'écrou dudit boulon; — le versoir, de la forme de celui de Small, dont on ne voit en I que l'extrémité postérieure, est fixé sur le corps de la charrue par deux boulons à écrou j j et maintenu dans son écartement par un boulon en fer, rivé sur le versoir, d'une part, et boulonné en K; — l'âge ou la flèche L est réunie au

eu AI', b".

DKS CHARRUES.

Fig. 243.

Irt9

corps de la charrue par 3 boulons M M M; — le mancheron de droite est assujetti sur le versoir par 2 boulons; celui de gauche est maintenu , comme on le voit, à l'aide des boulons N N et de mentonncts O.

L'avant-train se compose de 2 roues, dont les moyeux sont en fonte, le cercle et les raies en fer forgé; — d'un essieu en bois revêtu en dessous de deux lauies de fer qui, à leurs extrémités, lui servent de frète; — d'une sellette en plan incliné P sur laquelle on a pratiqué des trous destinés à recevoir la bride Q qui maintient la direction de la flèche;— d'une chaîne de Urage R qui détermine l'entrure; — d'ut.e chaînette S qui maintient le tiujon dans une position horizontale;— enfin d'une volée d'altelage indiquée de profil en T, et terminée par un crochet U qui peut servir au besoin à atteler un troisième cheval.

La charrue dite Champenoise diffère surtout de celle de Brie par l'inégalité des roues 'de son avant-train. Celle de droite, destinée

à tourner dans le fond du sillon, doit avoir un diamètre plus grand que celle de gauche,

Earce que, sur les terrains labourés en hauts liions, s'il en était autrement, chargée de presque tout le poids de la charrue, elle ris-

3uerait à chaque inslant de culbuter. — Une isposition analogue se retrouve dans la charrue anglaise de Norfolk et dans diverses charrues modernes. — Enfin, dans la fort bonne charrue de M. Rosé, que nous avons dû placer dans le § précédent, les deux rout-s, de même diamètre, mais indépendantes l'une de l'autre, peuvent s'élever ou s'abaisser tour-à-tour.

La charrue de Roviîle à avant-train n'étant autre que l'arajre Dombasle dont nous avons parlé ailleurs , nous nous bornerons à la description de l'avant-lrain , qui permet de régler l'entrure du soc et la largeur de la raie avec une très-prande précision, quoique par un moyen différent de ceux qui ont été mis en usage jusqu'à ce jour.

Avec cet avant-train (^/î^. 244), on augmente

Fig. 244.

ou l'on diminue la largeur de la raie en faisant varier, à droite ou à gauche, au moyen d'une boite à coulisse, l'extrémité antérieure de l'açe sur l'avanl-train; en sorte qu'on peut obtenir toutes les largeurs possibles dans la tranche, sans cesser de faire marcher la roue au milieu delà raie ouverte. La bolteàcoulisse dont je viens déparier glisse sur une traverse horizontale où elle se fixe an moyen d'une vis de pression, etcetle traverse elle-même s'élève ou s'abaisse à volonté pour régler l'entrure de la charrue. On a néanmoins conservé la chape du têtard, mais c'est uniquement dans le but de donner au laboureur le naoyen

de maintenir la direction de l'avant-train , lorsqu'on laboure en travers sur une pente rapine; dans tous les autres cas, la chape reste libre sur son axe, et c'est dans la boîte à coulisse et la traverse qui la porte que l'on doit trouver les moyens tl'obtenir toutes les couibiuaisons possibles pour l'entrure de la charrue et la largeur de la tranche.

.1, ciochet fixé à l'extrémité d'une bande de fer (jui garnit la face inférieure de l'âge. A ce crochet s'adapte la chaîne X liant l'avant-ti-ain à la charrue, et sur laquelle se fait le lirai;e; — b , goujon faisant partie de l'avant-train; — mm, piton placés sur l'âge.

100 AGRICULTURE : F VCONS GÉN

— Dans ces pilons s'emmanche le goujon b qui y glisse ettournelibrement; — «, boîte à coulisse glissant sur la travtTse o, et se fixant sur cette cieniièi-e au moyeu d'une vis de pression a : la boite à coulisse n est liée au goujon b de manière à former, avec ce dei-nier, un genou, pouvant se plier dans tous les sens, ce qui permet de fau'e subir faciiemt*nl à la charrue tous les mouvemens nécessaires; — o, traverse supportant la boile à coulisse. Celte traverse glisse dans un sens vertical le long des montans pp^ et se fixe à volonté sur ces derniers au moyen de chevilles en fer; — z, traverse consolidant les

Fig.

ÉR.VLES A DOTVNER AU SOL. Liv. i".

montans /?/>; — .<-.v, deux branches formant la chape; — f, boulon formant l'axe de la chape; — m, boulon formant l'axe du crochet; — V. crochet qui i-cçoil la volée; — ar, broche en fer servant à fixer la chape à gauche ou à droite, selon le besoin; — j, les armons liés à la chape au moyen dé l'axe t ; — z, traverse consolidant les branches d'armons; — q. rouelles eu fer; — r, essieu aussi en fer. {Annales de Roville, dernière liv.)

Le prix de i'avant-train seul de la charrue Dombasle, qui peut s'adapler à toutes les charrues du modèle de 1832, est de 65 fr.

La charrue Pluchet {Jîg. 245 et 246) est,

parmi les charrues qui ont concouru depuis quelques années aux environs de la capilale, «'t notamment à la ferme-modèle de Grignon, une de celles qui ont le plus fixé l'attention des ruilivateu! s et mérité le plus de prix par la bonté et là facilité du labour.

Le sep ( fig. 246 ) est en fonte. Il affleure Fig. 216.

à sa partie gauche un bâtis en bois B qui est, ainsi que lui, fixé aux 2 élançons C C. — A la partie antérieure de ce bâtis se trouve le soc D, retenu à frottement sur le versoir et le sep, et à l'aide d'un crochet E à la partie supérieure de la gorge. — Le coutre F est maintenu dans une coutelière; — les mancherons sont boulonnés l'un et l'autre à l'extrémité antérieure de l'âge et sur l'étançon de derrière. — L'âge G n'offre aucune particularité. Le versoir H (/^. 245) est en fonte et se distingue par sa longueur proportionnelle.

L'avant-train, d'une forme toute liouvelle, se compose d'un cadre O servant de support à la sellette I; — d'ime verge j boulonnée dans la sellette d'une part, et retenue par une sorte de collier ou décrou K sur la traverse antérieure du cadre susdit. Cette verge étant à vis sur une partie de son étendue, lorsqu'on la fait agir en K, attire ou repousse la sellette sur 1 avant-train , de manière à

augmenter ou à diminuer l 'obliquité de l'âge avec le sol, et, par conséquent, à soulever le soc ou à le faire piquer davantage.

Les entailles au moyen desquelles la sellette glisse et est retenue sur les 2 branches du cadre, devenant trop larges à mesure qu'elle se rapproche des roues, pour la maintenir fixement M. Plnchet a ajouté un coin qui s'interpose entre elle et la branche droite. — Ce coin , ainsi que la partie cori'espondante de la sellette, sont percés de trous propres à recevoir une clavette qui les unit invariablement.

Labridede ferL(/^. les détails) qui embrasse l'âge, se termine parune tige de même métal, mobile latéralement dans une mortaise prati(|uée sur la branche gauche du cadre O. Cette tige, percée de trous, sert à entraîner l'âge et à le fixer, à l'aide de la cheville M, pias à droite ou plus à gauche, ou, en d'autres termes, à déterminer le plus ou moins de largeur de la raie. La tigeN, vue de trois quarts dans le détail N, sert à maintenir les traits à une certaine hauteur, pour la plus grande commodité du laboureur.

Cette charrue, que nous avons vue fonctionner avec succès dans des terres difficiles et compactes, construite avec plus de légèreté, quoique d'après les mêmes principes, est particulièrement pmpre aux labours des sols de moyenne consistance. Parmi les six charrues dont M. Pluchet fait un usage journalier chez lui, à Trappes, il en est une qui, depuis trois semaines, à l'aide d'un seul cheval, ef sans que celui-ci paraisse nullement fatigué, retourne chaque jour un demi-hectare, en prenant une bande de terre de faible profondeur. La charrue Pluchet, depuis un an, se répand de plus en plus dans le département (le Seioe-et-Oise. — Son prix est de 130 fr. avec

r.HAP.G*. DES CiIAR.RUES. 191

dos balances prriir la conduire aux c'.iamps, 1 d'une manière tranchée de toutes les autres et de 125 IV. avec un seul palonnier. charrues à avant-train :

La charrue Grajvgé (Ji^. 247 ) se dislioçue | 1" Par le levier A, attaché d'une part à l'a-

Fig. 247.

C=1 jU

vant-train en B, et de l'autre au mancheron gauche en C, au moyen de deux chaînettes que l'on peut serrer de manière que ledit levier appuie fortement sous l'essieu en D. Dans l'état de repos, les choses étant ainsi disposées, le levier, en pesant sur l'armon , tend à en abaisser la partie antérieure. — Dès que les animaux de trait sont en marche, le contraire arrive: c'est-à-dire qu'ils relèvent, avec cette partie de l'avanl-train, l'extrémité Bde la perche; que celle-ci, maintenue sous l'essieu, abaisse par conséquent le mancheron, faisant ainsi l'ofiice du laboureur pour maintenir la charrue à sa profondeur dans la raie.

2° Par le levier E, attaché antérieurement à droite du timon, postérieureiiicnt à la traverse du versoir ou à la droite de l'âge, et maintenu le long du montant droit de la sellette. Ce levier, qui n'agit que lor.>que les animaux de trait nemarchentpas,équilibrealors l'action de la perche A et empêche lepalonnier de touchei" la terre lorsque la charrue s'arrête pour tourner à la fin de chaque sillon. Dèsqu'ellea repris la direction voulue et que les chevaux relèvent de nouveiu les armons, la chaînette F se détend et le premier levier agit seul. — Plus tard on a rendu inutile ce second levier, en prolongeant cette chaînette et en la fixant directement à l'âge.

3° Par un troisième levier G, dont l'action, indépendante des deux premiers, n'a pour but que de soulever lapoinledu soc lorsqu'on tourne la chariue au bout de chaque raie. Il est fixé siw le devant a la partie antérieure de l'Ur^e, et disposé de manière à basculer au point H lies montans de la sellette. — Pour obtenir l'elTet voulu, il suffit donc d'accrocher ce levier en I.

De celte triple addition résultent évidemment deux grands avantages : — Le travail de riioinme qui tient la charrue est sensiblement diminué, parfois nul; — le levier A, en liant d'une manière fixe les deux parties de cette cliarrue et en rejetant piesqu/î tout le poids de lavant sur l'arrière-train, la transforme en une araire véi'itable à roues modératrices, dont il devient l'âge, el la i-ésistance se irouve ainsi sensiblement diminuée. Aussi, d'après les expériences dynamométriques faites à Grigoon, la charrue Grange n'a-

t-elle donné que 6 à 8 kilog. de plus de tirage que les araires de cet établissement.

Ce n'est pas tout : enhardi par ses premiers succès, M. Grange a voulu obtenir encore plus.Non content d'avoir simplifié beaucoup le travail du laboureur, il a cherché à le rendre inutile partout ailleurs qu'à l'extrémité des sillons, ou, en d'autres termes, à obtenir une charrue qui se maintint seule dans la raie. — En théorie, il ne fallait pour cela, une fois l'entrure réglée, que maintenir le soc dans son horizontalité et sa direction première, et le moyen d'y arriver c'était de fixer invariablement l'âge à son point de jonction sur la sellette. Il le fit donc carré à cet endroit, le plaça entre deux forts montans, également carrés, et le lia de plus à l'aide de deux chaînes au lieu d'une, de sorte qu'il ne pût s'incliner ni à droite ni à gauche qu'avec l'avant- train. Toutefois cette dernière innovation, dont il serait injuste de ne pas reconnaître le mérite, présenta aussi en pratique d'assez graves inconvéniens.

Si la charrue labourait dans un terrain parfaitement plane à sa surface et homogène dans sa composition, de manière qu'aucune butte, aucune sinuosité ne pût élever ou abaisser une des roues plus que l'autre, et qu'aucune racine, aucune pierre ne vint déranger la direction du soc, il n'est pas douteux que le but de l'inventeur eût été parfaitement et complètement ren)pli. Malheureusement, il en arrive assez souvent autrement, el alors, non seulement celte charrue ne peut marcher régulièrement seule, mais rhomme qui veut la maintenir éprouve autant, au moins, de dilficultés qu'avec une charrue ordinaire. Celte difficulté augmente en raison de la légèreté du sol et du peu de profondeur du labour; car alors, ainsi que l'attestent trop bien les essais faits aux environs de Paris, la charrue Grange, n'étant pas maintenue en terre par la cohésion ou l'épaisseur de la bande, dévie d'un côté sur l'autre au moindre obstacle et peut à peine tenir en raie. — Dans les sols |)lus consislaus, un pareil inconvénient est moins sensible et moins fréquent. Là il est certain que le laboureur peut souvent marcher, les bras croisés, derrière la charrue ; mais, à moins ae circonstaDcesparticulièrement favorables,ea-

192 AGRICULTURE : FAÇONS GÉNÉRALES A DONNER AU SOL

core faut-il qu'il soit là tout prêt à la redresser au besoin; et dès-lors il est permis de se demaniler si la fixité de l'âge qui entrave l'aotiou lies m;in .litTous, est une L-hose heureuse, et si la diKi.'ullé plus l;i ando d'' remédier en certains nioinens ;i iimperlection du travail, ne compense i)ns un. peu la facilité remarquable (ju'il présente dans beau-

d'une chaînette qui s'oppose à de trop grands e'carls, lorsque la f^oupille n'est pas mise; de sorte tju'on peut, dans la plupart des circonstances, se dispenser de mettre cette goupille, et laisser librt; la (pieue du régidaleur; — 2" par la lus de j-appcl, cpii sert à incliner le corps de la charrue à droite on à gauche et qui imit le niiinchon à l'âge; — 3° par la

coup d'autres. — Du reste, cet inconvénient i disposition du levier de pression, (\w\ en.re a a été si bien senti, que M. Grange lui-même son extrémité antérieure dans un anneau ou

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adù rendre ultérieurement l'âge légèrement mobile entre les deux montans de la sellette.

Voici, d'après lui, les deux moyens <à employer pour obtenir la profondeur et la largeur de raie désirées : — C'est d'incliner le corps de la charrue à droite pour avoir une plus grande largeur, à gauche pour l'obtenir moindre. Cette inclinaison se donne à droite, en élevant la sellette d'un ou plusieurs trous, au moyen du régulateur en fer qui se trouve placé perpendiculairement sur l'essieu; elle se donne à gauche, en abaissant plus ou moins cette sellette vers l'essieu. Pour régler la profondeur du labour, il faut abaisser ou élever la broche en fer qui traverse horizontalement les deux jumelles et soutient la haye; en élev;inl cette broche on a moins tle profondeur, en l'abaissant on en obtient davantage. — La charrue Grange, fabriquée sous ses yeux à Monthureux-sur-Saône. arrondissement de Mirée lurt (Vosges), ou chez le sieur .Malhon, charron à Épinal, est du prix de 115 à 120 fr.

La charrue Grange modifiée par M. Mathieu DE DoMBASLE. diffère particulièrement de celle qui vient d'être décrite: 1' par une pièce en fer fixée sous l'âge, dite régulateur des chaînes, et à laquelle celles-ci sont en effet attachées. On égalise leur longueur en portant à droite ou à gauche la queue du régidateur, qui est pcn-cée de trous au mosen desquels on peut la fixer à l'aide d'une goupille. Cette queue est également fixée à l'aide

Fi g.

collier fixé sur un des armons ;ce collier s'élève ou s'abaisse à volonté ii l'aide de deux écrous, afin qu'on puisse toujours le placer au point convenable pour que le levier exerce par-derrière une pression suffisante sur les mancherons, et (|u'il soutienne pardevant bs armons. Lorsqu'on tourne à l'extrémité du billon, l'extrémité postérieure du levier est engagée dans un autre ccdlier mobile sur une barre de fer placée en forme de traverse entre les marjcherons; — 4' et enfin par la suppression du second levier rendu inutile par suile du double emploi du premier.

A l'aide d'un tel arrangement, on peut employer la charruedireclement à la manièrede M. Grange, ou ^i l'on trouve que l'immobilité de l'âge sur la sellette soit, ainsi que nous le disions plus haut, un obstacle à sa facile direction en cas de dérangement, il devient facile de la transformer en charrue à avanttrain maniable, en faisant tourner la vis de rappel du manchon jusqu'à ce qu'elle sorte de son écrou. — L'âge peut alors se mouvoir librement au gré du laboureur. — Cette charrue, prise à Roville, vaut 160 fr.

Lors d'un concours qui a eu lieu en 1834, sous les auspices de la Société industrielle d'Angers, cette charrue, que la commission a jugée digne par sa perfection de la réputation de M. de Dombasle, a été essayée comparativement avec une autre charrue également modifiée d'après l'invention Grange, celle de M. Laurent {fig. 248),

que sa simplicité et l'approbation d hommes dont nous apprécions le savoir et la consciencieuse sévérité, nous ont engagé à reproduire ici, bien que nous ne puissions en parler que d'après un dessin.

Long-temps av;>nt de connaître les modifications apportées par M. de Dombasle, M. Laurent avait, comme lui, supprimé le se- «oncl levier. — Le court mancheron A, qu'il a réservé, est p<'i ce de trous, disposés de ma-

nière à permettre d'élever ou d'abaisser le point d'attache du levier de pression qui prend son point d'appui en B au lieu de le prendre sous l'essieu; — une seule chaînette C unil l'arrière-train à l'avant-train. Du reste, l'âge est maintenu de même immobile entre les jumelles. « Bonté dans le travail, modicité dans le prix de l'instrument, tels sont, dit le rapporteur, les avantages delà charrue Grange simplifH'e par M. L.*.urent. »

r.HAP. 6*.

DES CHARRUES

Ajoutons que deux mécaniciens, MM. Hoffmann deNancyetALBERTonteu l'unelTauli-e l'idée déplacer le levier de pression de Grange, non plus sous la charrue,mâis dessus, et de le faire servir en même temps à soutenir les armons, ce qui rend inutile le levier de ceuxci. « A cet effet, M. Hoffmann a imaginé de soutenir le levier en question en le faisant [lasser dans les colliers de deux tiges de fer placées, l'une sous l'armon de droite en avant de l'essieu des roues, l'autre sur le j)rolongement de cet armon en arrière de l'essieu. A son extrémité postérieure, cette perche est embrassée par une chaîne fixée à la traverse des mancherons, de manière que quand les armons tendent à se relever, il se fait une pression de haut en bas sur cette chaîne. — M. Albert, de son côté, place son levier de pression à gauche, et non adroite; il lui donne pour point d'appui un collier adapté au montant de la sellette, et il engage l'extrémité postérieure dans une sorte de bride de fer appliquée le long du mancheron. La perche, quand elle est soulevée par l'avant-lrain, fait pression sur la partie inférieure de la bride; une vis qui traverse le mancheron l'empêche de s'élever au-delà d'une certaine limite et maintient ainsi les armons dans une position horizontale. C'est

auss! au moyen de vis que M. Albert porte à droite ou à gauche la chape de ceux-ci, et qu'il augmente ou diminue la longueur des deux chaînes qui lient l'avant-train à l'âge.

§ II. — Des charrues à tourne-oreille.

Les charrues à tourne-oreille ordinaires ont le grand avantage de pouvoir tracer en allant et en revenant des si 11 on s contigus, puisqu'elles versent la terre toujours du même coté de l'horizon. Elles abrègent ainsi le travail en évitant les allées et venues indispensables, avec les charrues à versoir fixf^, pour passer d'un sillon à l'autre dans les labours en planches.— Mais, d'un autre côté, elles présentent deux inconvéniens fort graves aux yeux de tous ceux qui savent apprécier les conditions d'un bon labour. D'une part, la forme de leur soc, qui soulève moins bien le sol, et qui perd une partie de sa puissance en le soulevant inutilement du côté opposé au versoir; — de l'autre, la disposition et la forme de la planchette qui leur sert de versoir et qui retourne incomplètement la terre.

La charrue tourne-oreille, telle qu'on l'emploie encore dans beaucoup de pays, se compose d'un avant-train A ( fig. 249), qui ne dif-

fère pas essentiellement de ceux qui ont été précédemiDcnt décrits, et d'un arrièretrain B. — Le soc, de forme triangulaire, est en fer aciéré; il est iioulonné sur le sep. — La semelle est fixée à la gorge et à Tétançon C, ainsi qu'à Tarrière-montant ou plot D, et maintenue de plus par la verge E. — Leversoir se compose d'une partie supérieure F qui porte en avant une plaque de tôle, et d'une partie inférieure mobile et qui peut s'atlacher tantôt à droite, tantôt à gauche, à l'aide d'une petite verge de fer courbée H {V. les détails) qui s'accroche dans un anneau au point I de la semelle, et d'une cheville J qui s'implante dans un trou creusé pour la recevoir, de manière à régler l'écartemeiit voulu. La T cheville L sert à saisir l'oreille quand on veut la mettre ou l'ôter. Cette oreille est eu bois, ainsi que la partie fixe du versoir. — Le contre M devant être changé de direction chaque fois qu'on transporte l'oreille d'un côté sur l'autre, on a fixé sur l'âge le ployonN dont un des bouts passe dans l'arcade 0, et dontl'aulre boutest maintenu par le tenon P, tandisqu'à sonmilieuil presse, tantôt à droite,

AGRICtJLTURE,

tantôt à gauche, sur le manche du contre, dont il dirigepar conséquent la pointe dans le sens opposé. — L'âge, un peu courbé à son origine })ostérieure, s'implante dans le plot D portant les manches, et fixé à sa partie supérieure par une traverse. On \oil en R le porte-fouet. — Le tirage se fait au moyen de la bride S mobile sur son axe, et de la chaîne qui va s'attacher à l'avant-train. — Le régulateur T l'essemble beaucoup à celui de la charrue Guillaume.

On a cherché divers moyens de remédier auxinconvéniens, bien connus, de cette charrue. — M. HuGONET, le premier, pensonsnous, a donné l'exemple d'un soc servant en même temps de contre, et tournant sur luimême de manière à opérer, selon le besoin, à droite ou à gauche {'voy. page V\,/ig. l!)8).

La charrue Hugonet {Jig. '2ô0), dont nous avons décrit le soc-coutre et expliqué le mécanisme qui lui fait prendre à volonté deux positions différentes, page 171, fig. 198, ditfère tort peu du reste dès charrues légères à tourne-oreille, en usage dans les pays de montagnes: A, soc-coutre; — B, montant ou

TOMK I. — 25

194 AGRICULTURE : FAÇONS GÉNÉRALES A DONNER AU SOL

Fig. 250.

Liv. r

épée dans lequel tourne le porte-soc, placé auflessus d'une semelle C eu fer fondu qui tient lieu de sep ; — L'oreille plaue mobile qui se fixe dans une cavité du scc-coutre et contre les mancheroas E de la manière ordinaire;— F, a^e; — G, avant-train avec son timon d'attelage, ses deuxroues de diamètre égal et sa sellette.

§ III. — Charrues à versoirs mobiles.

M. DE Beaupré, propriétaire à Fontaines, près Lyon, a adapté à l'une de ses charrues deux versoirs mobiles en fer, i'un appeléde droite et l'autre de gauche,qui se fixent alternativement par une tringle en fer,touraant sur un pivot entre le sep et la flèche; cette tringle est armée de deux bras recourbés; ils servent à fixer par leur extrémité l'ouverture du versoir. qui ensuite ri^çoit un crochet qui achève de lui donner toute solidité. M. G.vriot, l'un des membres les plus éclairés delà Société d'agriculture de Lyon, qui s'en est servi assez récemment sur un sol argilo-caillouteux, a fait connaître les résultats suivans : l'enlrure avait 12 po., le timon avait? pieds de longdujougàla chaîne du régulateur; l'attelage se composait de deux vaches de moyenne taille et d'une force ordinaire; elles ont marché avec facilité en traçant des sillons de 7 à 8 po. de profondeur, et tournant complètement une tranche de terre de 5 à 6 po. de large, qui a toujours laissé

Fig.

une raie bien nette et bien égale. «Cependant, dit-il, cette charrue, qui me fit le plus grand plaisir par la bonté de so?i labour, en raison du faible attelage, me fit éprouver quelque peine par la seule manœuvre de ses deux versoirs iMobiles, attendu que, pendant que je traçais le sillon de droite, il fallait que le versoir de gauche fût placé et arrêté par un crochet à l'âge de la charrue, et quand je revenais sur le sillon de di'oite pour tracer celui de gauche, il fallait mettre sur la charrue le versoir de droite, et ainsi de suite, ce qui ne laisse pas, après trois ou quatre heures de travail, de fatiguer le laboureur et de lui faire perdre du temps.» Le soc, qui est tranchant, se retourne aussi à chaque sillon. Malgré ces légers inconvéniens, qui sont bien loin d'entraîner une perte de temps équivalente à celle que nécessite, pour certains labours, l'emploi des charrues i oreilles fixes, la charrue Beaupré paraît être une fort heureuse innovation.

L'un de nous (M. Molard), qui avait été souvent à même d'apprécier les avantages de la petite charrue Hugonet dans les terrains montueux et rocailleux du Jura, malgré l'imperfection bien sentie de son versoir, a cherché à lui eu substituer un autre, ou plutôt deux autres, d'une forme meilleure, et tellement disposés qu'on put éviter le déplacement à la main de l'oreille, déplacement indispensable dans les exemples précédens.

La charrue Hugonet modifiée [fig- 251) dif-

2oL

fere donc de la précédente, en ce qu'elle porte deux versoirs concavo - convexes , fixés par un boulon leur servant d'axe près du soc, de manière qu'aussitôt que l'un des versoirs est abaissé pour fonctionner, l'autre se trouve

élevé au moyen d'une chaîne passant sur une roue dentée , dont l'axe porte un coude de manivelle; — chaque bout de la chaîne est fixé au bord inférieur et postérieur du versoir.

DES CHARRUES

Ce moyen serait également applicable, avec quelques modifications, à la charrue Grange, pour la rendre propre à labourer en allante! en revenant dans la même raie.

M. Dessal'x de Courset a adapté à ime charrue modifiée par lui, un double versoir qui parait fort ingénieux. Voici, à défaut de renseignemens qui nous soient personnels, ceux que nous procure V Annotateur de Boulogne-sur-Mer : « Figurez-vous deux plaaues de fer ou oreillons légèrement recourbés, placés sur le soc de manière à former par leur rencontre un angle dont le sommet est vers la pointe du soc, et qui est traversé par un boulon de fer partant de la Haye au sep, et sur lequel tournent ces deux plaques, réunies par cette extrémité et écartées par l'autre au moyen d'une verge de fer recourbée en crochet. L'effet de la mobilité de ce double

Fig.

versoir sur le boulon de fer formant son axe vertical, consiste à pouvoir, au moyen d'un taquetde bois, faire saillir tantôt l'oreillon ou versoir de droite, tantôt l'oreillon ou versoir de gauche, ou de pouvoir, au moyen de deux taquets moins larges, placés de chaque côté du support du soc, maintenir les deux oreillons ou versoirs dans une demi-saillie. Il résulte de ces dispositions du double versoir que, lorsque les deux ailes sont maintenues égales et peu saillantes de chaque côté, la chaiTue fait fonction de binot. Si au contraire un des oreillons est disposé pour saillir exclusivement, il fait l'effet du versoir de la charrue ordinaire. »

Enfin, M. Rosé a trouvé tout récemment le moyen d'entraîner de droite à gauche et de gauche à droite, selon la direction du labour, une pièce mobile A (Jig. 252), qui sert à la fois

de soc, de contre et de versoir. La nouvelle araireRosé à tourne-soc-oreille axecpelh avanttrain sous l'âge, peut donc être considérée comme le complément des diverses amélioralions dont nous venons de parler. — A, tourne-soc oreille en fer battu , aciéré sur la pointe et les deux tranchans, qui servent alternativement (le soc et de contre.

Ajoutons encore, par anticipation, ce que nous aurons bientôt à dire en traitant des bisocs, que M. de Dombasle a inventé une charrue jumelle, propre à labourer alternativement à droite et à gauche, et qiieM. de Valcourt, notre collaborateur, en a inventé une autre, dite dos-à-dos, dont nous donnerons une description détaillée, et que nous regardons comme la meilleure jusqu'à présent connue, pour remplacer la charrue tourneoreille, principalement sur les coteaux, pour les labours profonds et dans les terrains qui offrent de la résistance. — Elle a été adoptée à Grignon et à Roville.

§ IV. — Des charrues à deux versoirs.

Les charrues à deux versoirs ou plutôt à deux épaules ou oreillons {car nous ne devons pas nous occuper ici de celles qui, sous le nom de cultivateurs, bineurs, etc., sont employées exclusivementaux labours d'entretien des cultures)sont utilisées dans l'Ouest et dans diverses autres parties de la France et de l'Europe, à peu près exclusivement, pour donner la dernière façon aux terres disposées en billons, et pour recouvrir les semis sous raies.

Leur soc, en fer de lance, est fixé sur le sep au moyen d'une douille qui l'embrasse à frottement; il a ordinairement, de l'extrémité postérieure d'une aile à l'autre, un peu plus de largeur que le talon du sep, de manière à rendre plus facile la marche de ce dernier; — les deux planchettes qui forment les épaules sont légèrement envoilées du haut pour mieux renverser la terre. — Quand on ajoute un coutre, ce qui a rarement lieu, pour le retenir, on lui adapte une bande plate de fer ou coutriau, terminée inférieurement par un crochet qui entre dans un trou pratiqué vers le milieu du soc, et oui est percée de trous à son autre extrémité, ae manière à pouvoir être fixée au-dessus de l'âge, qu'elle traverse, par une cheville ou un simple clou. — Le reste de ces sortes de charrues n'offre aucune particularité remarquable.

Ce qui les caractérise dans la pratique, c'est que, selon qu'on les dirige horizontalement, ou qu'on les incline à droite ou à gauche, on rejette la terre, dans \<t premier cas, également des deux côtés, et dans le second, en entier du côté de l'inclinaison, de sorte qu'on peut obtenir alternativement avec un de ces instrumens, le travail du buttoir etdelachai'rue tourne-oreille,

Partout où l'on emploie en France les charrues à épaules, ce n'est, avons-nous dit, que pour les derniers labours et pour les semis sous raies. Là se borne en eflét leur véritable mérite ; car, quoique, lorsqu'elles sont convenablement construites, elles divisent assez bien le sol et arrachent complètement les

AGRICULTURE : FAÇONS GÉNÉRALES A DONNER AU SOL

mauvaises herbes, elles ne renversent qu'imparfaitement la bande, et. si elles ramènent cependant à la surface une partie de la terre du fond, il n'est pas rare qu'elles laissent entre chaque raie une côte non labourée.

Art. vi. — Des araires et charrues à plusieurs socs.

Les araires ou charrues a plusieurs socs sont connues en France depuis un grand nombre d'années. Jacques Besson, mathématicien du 16" siècle, avait fait décrire, en 1.578, par Beroalde, dans son Théâtre des machines, un artifice non "vulgaire d'un merveilleux abrègement pour labourer la terre avec trois socs. — Depuis cette époque, malgré les perfectionnemens de tous genres qu'on a apportés à ces sortes de charrues, leur usage ne semble pas être devenu beaucoup plus fréquent, d'oîi l'on pourrait induire qu'elles n'acquerront probablement jamais dans la grande culture qu'une importance accidentelle. En effet, leur prix élevé, — la difficulté plus grande de leur construction, • — leur usage en général restreint aux labours d'une faible ou d'une moyenne profondeur, — leur marche doublement entravée sur les terrains pierreux ou enracinés, — dans les localités difficiles, le défaut d'habitude des garçons de charrue, sont autant, au moins que l'augmentation indispensable de force de tirage, de motifs qui assui'ent aux charrues ordinaires une préférence méritée dans le plus grand nombre de cas. Cependant, dans quelques autres, il est incontestable que la rapidité du travail des charrues à plusieurs socs peut coïncider avec sa qualité; il serait donc aussi nuisible de condamner que d'approuver d'une manière absolue leur emploi, et les faits prouvent qu'il n'est pas permis, dans un ouvrage de pratique, de ne pas faire connaître au moins quelques-uns de ces instru-

iiv. lumens compliqués. — Nous ne parlerons que de ceux dont la pratique a sanctionné le mérite.

Les charrues à socs multiples n ont pas d'ailleurs toujours pour but d'ouvrir deux sillons côte à côte. Parfois , comme on a pu le voir à Varticlc Dé/oncement, elles sont disposées de manière à creuser au lieu d'élargir la raie ;— d'autres fois, leur principale destination est de remplacer la charrue tourneoreille. — L'irrégularité du travail de celle-ci (voj. ci-devant) et l'inconvénient d'employer les charrues à versoir fixe sur les terrains en

Eente, parce qu'il est fort difficile de rejeter la ande en haut avec quelque perfection, ont donné lieu à diverses mventions dont il a été parlé précédemment, mais parmi lesquelles il en est que nous n'avons dû indiquer ailleurs que par anticipation. M. de Dombasle a fait constaiire une charrue portant deux coros, c'est-à-dire deux seps, deux socs et deux versoirs; l'un de ces corps verse à droite et l'autre à gauche. Lorsque l'un de ces deux corps de charrue est placé de manière à travailler, l'autre se trouve en-dessus de l'âge, et l'on n'a besoin que de retourner la charrue à chaque extrémité de sillon. — Cet instrument forme absolument deux charrues jumelles n'ayant qu'un seul âge et une paire de mancherons. Ces derniers sont mobiles de manière à pouvoir se placer alternativement dans la direction convenable pour celui des deux corps de charrue qui est en action. {Jnn. de Roville , 1825.)

La charrue, ou plutôt l'araire jumelle, ainsi construite, travaillait fort bien; mais elle avait cependant, outre quelques autres inconvéniens, celui d'être très-difficile à retourner au bout de chaque sillon, surtout dans les terres tenaces et humides.

Laraire dos-à-dos de M. DE Valcourt {fig. 253) est une de ces innovations heureuses qui a eu tout d'abord la sanction de la

Fig. 253.

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