‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 119 sur 304 · CHAPITRE VIL — des eivsemencemgns et plantations · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL — des eivsemencemgns et plantations

Section l"'*. — Des ensemcncemens.

Le succès des récoltes dépend beaucoup sans doute de la préparation que l'on adonnée au terrain, mais l'homme qui a bien labouré n a encore accompli que la première partie de sa tâche. L'agriculture est une œuvre de patience ; si la constance, l'activité et la vigilance ne sont pas les compagnes habituelles de celui qui cultive le sol, il lui faudra, pour réussir, un concours de circonstances que le hasard amène rarement. C'est surtout relativement à la semaine que ce que je viens de dire trouve son application. C'est devant cette opération que viennent souvent échouer l'ignorance et l'impéritie ; c'est ici, ou jamais, que l'homiiie observateur montre sa supérioritésurceiui devant lequel ont passées inaperçues les leçons de l'expérience. — Les connaissances qu'exige cette opération peuvent se résumer au choix Jes semences, époque et profondeur, procédés de sémination , moyens employés pour recouvrir la semence.

Art. l**". — Choix des semences.

Celui qui procéderait sans règle et sans méthode au choix de sa semence débuterait par une faute. Ce n'est pas à l'époque de la semaille que l'on doit chercher à se procurer celles dont on a besoin, c'est à l'époque même de la récolte précédente, parce que c'est alors qu'on peut déterminer quelles sont les variétés les plus productives, les plus rustiques, lesplusappropriées à la naturedusol. f.cartez la semence provenantd'un individu chélif, i-abougri , elle doijyerait naissance à des plantes faibles et débiles. Pour les céréales surtout, gardez-vous d'employer les grains produits parune l'écolte roulée, venue sur un terrain ombragé ou dans un sol fumé avec excès. Arrêtez-vous à une nièce dont tous les épis soient parfaitement développes, où les herbes parasites soient rares : laissez ce grain arriver à une complète maturité, et vous serez certain qu'après l'avoir serré et battu séparé-

\GRim.TURE.

ment, vous aurezune semence nette, propre, bien disposée à produire des plantes vigoureuses. Pour battre le grain destiné à la reproduction, on se sert du procédé qu'on nomme chaubage et qu'on trouvera décrit à l'article Battage.

Dans la petite culture et dans les pavs où 1 on connaît le prix d'une semence bien conditionnée, on se contente de faire couper par des cnjans les plus beaux épis dans les plus belles pièces ; on est assuré par ce moyen d'avoir un grain de premier choix : cependant, lorsqu'on opère sur une grande échelle, ce procédé est long et trop dispendieux. Celui que j'ai proposé suffit dans la majorité des circonstances.

A la question (\\\e je viens d'examiner se rattachesnbsidiairement celle du c/io/?^?/^^/?? de semence. Les avantages et les inconvéniens d'un renouvellement périodique ont été soutenus par des hommes de talent; la solution du problème s'est fait long-temps attendre; mais on a fini par comprendre qu'il est impossible de le résoudre d'une manière absolue. Les diverses variétés de plantes que nous cultivons peuvent-elles dégénérer ? La différence dans le climat, le changement de culture, un sol d'une composition dilférente peuvent-ils avoir sur les produits une intluenceassez puissante pour leur faire perdre quelques-unes de leurs propriétés? On ne peut en douter, si l'on examine ce qui se passe dans une foule de localités sur un grand nombre de plantes cultivées.

Dans les campagnes on attribue à un changementdesolou declimature ce qui est le résultat du mélange de la poussière Jecondante, mélange qui s'opère quelquefois à dcsdi.stances assez grandes. On cultive dans les environs de Grenoble un blé barbu très-eslimé par l'abondance de ses oroduits. Ce froment n'a pas tardé à perdre sa physionomie dans une autre contrée, parce qu'if avait été semé à coté d'un blé barbu ordinaire. Sous ce rapport il ne peut être douteux qu'un renouvellement de semence ne soit utile dans

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AGRICULTURE : EiNSEMENCEMENS ET PLANTATIONS.

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quelques ri rcônslances. Un avantage du changement de semence, quand il est fait avec connaissance de cause, c'est la disparition de quelques herbes parasites. Il n'est pas de cultivateur qui n'ait remarqué que la pluj):irldc ces végétaux se cantonnent chacun sur un sol d'une nalure particulière. Il est évideut que les semences de ces plantes qui se trouveraient dans le grain destiné a la reproduction, viendront mal <>u ne viendront pas du tout si on les répand sur un terrain d'une nature difterenle de celle où ils croissent spontanément.

Si l'on excepte les circonstances que je viens d'énumérer, croire qu'un changement de semence est indispensable, c'est s'abuser; c'est dépenser un temps et un argent inutiles, et s'exposer même à lemplacer une variété excellente par une autre qui n'offre en compensation aucun genre de mérite. Est-ce à dire qu'il faille s'en tenir à la variété qu'on cultive etqu'on a toujours cultivée? non certainemenl. Le cultivateur prudent et ami du perfectionnement saura ne pas rester en arrière du progrès, concilier les enseignemens (le l'expérience et les révélations de la science. I! essaiera les variées nouvelles et préconisées, mais sur une petite étendue, et ne se prononcera qu'en face de faits positifs et de résultats concluans.

On a discuté la question de savoir si les semences noin-elles sontprcfcrahlesh celles qui ont été récoltées depuis plusieurs années. Il est des graines qui conservent leurs facultés germinatives pendant plusieurs années, il en est d'autres qui la perdent après quelques mois. Cependant la plupart des plantes agricoles, possèdent cette propriété pendant 2 années au moins. L'inconvénient que l'on trouve à se servir de semences vieilles et surannées, c'est que le germe raccorni par le temps et une longue dessiccation est plus long-temps à lever, et que la graine couri par conséquent plus de cliances d'être détruite

Far les animaux avant que la plante soit à abri de leurs alteinles. On a remarqué encore que les semences nouvelles f(<urnissent de plus belles liges, el que les vieilles produisent un grain mieux développé.

Art. II. — Époque et profondeur des semailles.

§ I". — Époque des semailles.

Nous ne parlerons pas ici des préparations auxquelleson a proposé de soumettre les plantes avant de les confier à la terre; nous aurons soin de les indiquer lorsque nous trai ferons de la culture spéciale. L'époque où l'on doit semer est subordonnée au climat , à la rusticité de la plante, au temps où l'un se propose d'en récolter les procfuits. On tomberait dans une grave erreur si l'on croy lit qu'il y a pour chaque contrée une époque fixe pour la semaine. Les Anglais, qui ont sur ce sujet des idées très-saines, possèdent un adage qui devrait être répété partons les cultivateurs : « Soyez plutôt hors du tempi que de la température. » A réi)oque ordinaire des semailles, l'inclémence de la saison ne laisse souvent aucun espoir de succès : alors,

malheur au cultivateur qui, ne sachant pas se plier aux circonstances, s'obstine à exécuter cette opération dans un temps peu opportun.— Le moment des semailles d'automne est indiqué par des signes naturels qui sont les mêmes pour tous les climats. Je rapporte les paroles d'OLiviER de Serres sur cet objet: « Les premières feuilles des arbies tom- » bant d'elles-mêmes nous donnent avis de » l'arrivée de la saison des semences. Les » araignées de terre aussi par leurs ouvrages » nous sollicitent à jeter nos blés en terre ; » car jamais elles ne filent en automne que » le ciel ne soit bien disposé à faire germer » nos blés de nouveau semés, ce qu'on con-

> naît aisément à la lueur du soleil qui fait

> voir les filets et toiles de ces bestioles Ira- » verser les terres en rampant sur les gué- » rets. Instructions générales qui peuvent » servir et être communiquées à toutes na- » lions, propres à chaque climat, et indi- » quées par la nalure qui, par ces choses ab- » jectes, sollicite les paresseux à mettre la » dernière main à leur ouvrage, sans user » d'aucune remise ni longueur. » Ces préceptes sont excellfens pour déterminer l'époque la plus favorable à la semaille des piaules hivernales. — Celles qui sont semées en une autre saison courent beaucoup plus dechances,et le cultivateur habile saisiraaux cheveux l'occasion qui se présentera favorable. Il n'y a souvent au printemps qu'une semaine, qu'un jour propice, et il faut être préparé d'avance à en profiter. Il est même des circonstances où il vaut mieux semer en tem|)S convenable, au risque de ne pas donner à la terre les préparations d'usage. Je ne connais pas de céréales qui exige un sol plus meuble que l'orge; cependant il arrive sonvent que pour procurera la terre celte pulvérisation si utile, l'époque de la sémination se trouve ajournée indéfiniment; les chaleurs de l'été surprennent la jeune plante dans son enfance, et sa végétation se trouve arrêtée instantanément. Ainsi, toutes les fois que pour donner au sol une meilleure façon on sera obligé d'outre-passer de beaucouj^ l'époque reconnue la plus convenable, on pourra être assuré d'une diminution notable dans les produits.

Si nous examinons la question dans ses rapports avec l'économie rurale et la chimie agricole, nous verrons : 1° que, pour les semailles d'automne, les terres argileuses doivent être ensem.encées avant celles dont la nature est calcaire ou siliceuse. Les terrains de ce dernier genre se laissent encore travailler à l'arrière-saisMîi, même lorsque les pluies ne laissent entre elles que de courts intervalles, parce qu'ils laissent abondamment échapper l'humidité dont ils se sont emparés. L'argile, au contraire, où l'évaporation est beaucoup plus lenle, devient plastique, boueuse et difficile à cultiver. Les hommes, les animaux sont excédés de fatigue, les instrumens fonctionnent mal ou se brisent, et il n'est que trop commun de voir une semaille, ainsi exécutée, anéantir toute espèce de succès ;

2° (ju'on doit encore semer les premières les terres les plus éloignées des bâlimens d'exploitation, afin de pouvoir saisir, pour celles qui sont plus rapprochées, les courls

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