‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 123 sur 304 · AGRICULTURE : ENSEMENCEMENS ET PLANTATIONS · texte numérisé non relu

AGRICULTURE : ENSEMENCEMENS ET PLANTATIONS

Lrv. i".

C'est un ouvrier qui, chargé d'un lourd fardeau, les pieds dans une terre boueuse ou pulvérulente, parcourt les guérets en respirant la poussière de la chaux et des autres substances qui ont servi à la préparation de la semence.

Si les procédés de séminalion ont peu d'avantages les uns sur les autres; il n'en est pas de même des instrumens qu'emploie le semeur pour porter la graine qu'il répand. Dans beaucoup de contrées on se sert d'un sac de toile comme le font les jardiniers pour la récolte des fruits. des vergers; cette méthode est assez embarrassante et accable l'ouvrier. Nous croyons devoir proposer ici 2 moyens que l'on emploie daus quelques contrées septentrionales de la France. Le premier (^^. 306) Fio- 306 consiste en une toile arrangée "' ■ de la manière la plus propre à ne pas gêner l'action des bras.

Qu'on se figure une blouse de paysan dont on a retranché les manches et la partie postérieure jusqu'à la hauteur des aisselles, et on aura une idée assez exacte de ce semoir. Le semeur endosse cette espèce de vêtement, met le grain dans la partie antérieure qui fait tablier, et, tenant de la main gauche la partie inférieure, il se sert de sa droite pour répandre le grain.

Ailleurs, on emploie un panier {fig. 307) qui

Fig. 307.

offre encore plus de commodité. Il est muni de 2 anses auxquelles sont liées les deux extrémités d'une lanière de cuir ou d'une autre matière au dogue. Le semeur passe cetle lanière autour de son cou comme un collier. Il est avantageux surtout dans les localités où l'on a l'habitude de semer alternativement des deux mains.

Dans la plupart des exploitations o/i répand la semence sur guéret^ c'est-à-dire sur le sol labouré mais non hersé. Cette manière a l'inconvénient de forcer la semence à rouler dans les intervalles que laissent entre eux les crêtes des sillons. Les grains se trouvent agglomérés sur un point, tandis qu'il y a de grands espaces où il n'y en a pas un. Avec quelque perfection qu'ail été exécuté le labour antécédent, il est impossiljle que le terrain n'offre pas des inégalités, des crevasses, où se loi^e la semence, qui alors se trouve enterrée trop profondément. Pour y remédier, les meilleurs agronomes, à Roville et à Grignon , donnent un coup de herse avant le passage f!.) semeur ; la surface se trouve nivelée, la semence se distribue partout d'une )uanière uniforme. Il est vrai que cette pré-

caution exige un hersage de plus ; mais une dépense de 3 f. par hectare est peu de chose pour i'h(jmme qui veut être payé de ses sueurs.

La difficulté que je viens de signaler se présente surtout dans la semaille sous raies, méthode qui est usitée dans beaucoup de cantons, et quiconsiste à répandre la semence sur la superficie du guérel qu'on peut labourer en un jour. Quand la charrue ouvre le sol, le grain, qui était à la superficie, se trouve au fond de la raie et recou\erl de toute l'épaisseur de la bande de terre retournée.

D'autres fois le semeur suit la charrue pour couvrir de semence la raie qui vient d'être ouverte; le sillon suivant tombe sur le grain el l'enterre. Enfin, il est des contrées où l'on sème moitié du grain sous raies et Cautre moitié à la manière ordinaire.

Si l'on interroge les cultivateiu'S qui suivent l'une ou l'autre de ces méthodes, si on leur demande la raison de pratiques si diverses, tous diront qu'ainsi firent leurs devanciers, tous répondront qu'ils ne connaissent pas d'autre usage, que d'ailleurs un autre procédé ne réussirait pas sur leurs terres, et c'est ainsi que la routine se perpétue.

La semaille sous raies ne sernit pas toujours désapprouvée par la saine théorie si elle était économique. Mais, quand on songe qu'en un jour on ne peut semer que la 6" partie de ce qu'on ferait au moyen du hersage, et quand on réfléchit combien les jours propices sont rares à l'époque des semailles , on s'étonne à bon droit que cette méthode soit encore pratiquée dans les pays où l'on connaît l'usage de la herse et de l 'extirpateur. Ce n'est pas là néanmoins le seul désavantage de ce procédé. La terre, retournée et chassée par le versoir, communique aux grains un mouvement centrifuge qui réunit en une même ligne tous ceux qui se trouvent sur la bande; il y a perle de terrain d'un côté et agglomération nuisible de l'autre.

Art. IV. — Procédés employés pour recouvrir la semence et plombage du terrain.

Ce que nous allons dire ne peut s'appliquer qu'à la semaille exécutée au semoir on à la volée. Nous avons déjà fait conniiîlre à quellî profondeur il convient d'enterrer les diverses espèces de graines. On choisit l'instrument qui pour chaque espèce remplit le mieux le but qu'on désire obtenir.

Pour les graines fines et qui veulent à peine être couvertes de terre, on les répand sur le sol, et on y fait ensuite passer un troupeau de moutons. On emploie cette méthode principalement pour les prairies artificielles et la chicorée. Dans une terre siliceuse ce piétinement recouvre la semence et tasse le terrain. On peut, du reste, mieux exécuter la même besogne avec un rouleau. Si le sol est de consistance moyenne et que l'action du rouleaune promette pas de bonsrésultals, on têia bien d'introduire dans son exploitation un instrument connu en Belgique sous le nom de rabot, brise-mottes {fig. 308). Ce n'est autre chose qu'un encadrement en bois j auquel on attache des planches dans la moi- ! tié de sa longueur, afin qu'aucune aspérité i t) échappe h son aclioQ.

cîiAP 7^ DES PLANTATIONS ET REPIQUAGES.

Fig- 308. I Fig. 311.

Enfin, si le sol est Irès-compacte, de ma nière que le moindre tassement dût être pernicieux, on se servira d'une herse en bois trèslégère, et qu'on promène les dents inclinées en arrière <^fig. 309). Dans les semences très- Fig. 309.

fines, comme la gaude, la navette, il est à craindre que ce hersage n'enterre trop profondément: on se sert dans ce cas d'une traverse en bois, sur laquelle on fixe des branchages {fig. 310). On nomme cet instrument herse

Fig. 310.

milanaise parce qu'on s'en sert en Italie pour recou\ rii' les semences de prairies nalurtlles. Pou?- lesxcmcnces qui demandent a être enterrées à une plus grande j>rofondeur, on se sert de la herse hdents deferi\\\''on fait tirer les dents inclinées en avant, de l'extirpateur et de la rite. Le premier de ces inslruinens est employé avec avantage toutes les fois qu'on a procuré au sol un ameu! lissement suffisante! que le labour est récent.— Si le sol est couvert de mottes dures, elles enlèvent la herse qui ne remplit plus son office ; si le labour t'st ancien et qu'il y ait une croûte superficielle, la herse ne mord pas. Dans ces cas, on se sert avec avantage de l'extirpateur. Ce dernier instrument est même employé à Roville et à Giignon pour suppléer au labour qui suitquehjues récoltessarcléps. Après Tcxti action de la récolte on sème sous labour et on enfouit à l'extirpateur. Cette méthode convient aux céréales qui n'exigent pas une terre remut'-eà une grande profondeur. — La riteifig. 311)esl un instrument malheureusement trop peu ronnii p\ usité seulement dans quelques

cantons de la Lorraine. Elle remplace avantageusement l'extirpafeur tentes les fois que le sol est trop humide pour en permettre l'eniploi. Ce n'est autre chose qu'une charrue ordinaire dont on a retranché le versoir, et à laquelle on ajnite une tige en fer, dirigée horizontalement dans le plan du soc dont elle continue la courbe latérale.

Lorsqu'on a semé à la volée, il convient que l'instrument qui enfnuit la semence marche en travers de la direction qu'a prise la marche du hersage ou du labourage précédent. Lorsqu'on a semé en ligne, il faut, au contraire, que l'instrument qui recouvre marche dans le sens des rangées, afin qu'il n'en dérange pas le parallélisme. Ce serait, d'ailleurs, une erreur que de croire qu'il y a économie à employer un instrument conduit par un cheval, pour exécuter cette opération dans une culture par rangées. En effet, supposons qu'on emploie la herse : tout l'espace compris entre chaque rangée sera herse inutilement ; car, à la rigueur, il n'est pas indispensable que l'instrument exerce son action ailleurs que dans la place où se trouvent les semences. Un hersage, exécuté avec soin, coûtes francs par hectare. Or, comme dans le cas dont il s'agit deux femn es, années de i-âteaux, peuvent recouvrir de terre meuble les lignes tracées sur une égale superficie, il résulte de l'emploi de ces dernières une économie de 1 fr. .50 cent, par hectare si on les paie à raison de 75 cent, par jour; et le travail est fait avec beaucoup plus de soin et de perfection. Antoine, de Roville.

Section IL — Des plantations et repiquages.

Nous ne parlerons ici de ces opérations que dans leurs rapports avec la culture rurale : ce qui concerne les plantations d'arbres Ibrestiers, de clôtures, de vignes, etc., trouve sa place dans d'autres chapitres de cet ouvrage.

Ce que nous avons à dire peut se classer sous trois articles principaux : préparation du terrain, — choix du plant, — exécution.

Art. i". — Prrpnrdtion du terrain.

i.orsaudn sème en pépinière une niante

ACIIICULTURE : EINSEBIEÎNCEMENS ET PLANTATIONS.

Fig. 3! 4.

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