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CHAPITRE XI. — Des récoltes

Ce n'est pas tout de vaincre, il faut savoir profiter de la victoire; de même, en agriculture, ce n'est pas tout de savoir bien cultiver, il faut savoir bien récolter, l.a moindre négligence dans cette circonstance peut amener des résultats désastreux pour la qualité et la quantité des produits. Nous ne ferons connaître ici que des données générales, réservant pour la culture des plantes ce qui est particulier à chacune d'elles. Nous diviserons ce chapitre en plusieurs sections qui sont : 1° Précautions générales ; 2° Récoltes des fourrages ; 3° Récoltes des granifères, ou moissons ; 4" Récoltes des racines.

Sectioiv i"^*^. — Précautions générales.

Ne remettre jamais au lendemain ce que l'on peut faire le jour même, c'est un principe d'é'îonomie qui est vrai dans tous les temps, mais surtout à l'époque des récoltes.

On commencera Aoi\c\>2iV s' assurer du nombre de bras nécessaire pour que tous les tiavaux s'exécutent en temps opportun. L'expérience eslleguidequ'il faut surtoutconsulter, car il y a également à perdre si l'on emploie trop ou trop peu demon'ie. Dans le premier cas, les opérations s'embarrassent par leur multiplicité; la surveillance est incomplète et difficile en raison des points différens où elle s'exerce; il en résulte ordinairement tumulte, désordre, gaspillage. Dans le second cas, les travaux languissent, les produits acquièrent un degré de maturité qui en diminue la quantité et en déprécie la valeur.

Il faut aussi que le nombre des chevaux, des domestiques^ soit en rapport avec celui des journaliers. Lorsque l'économie et l'administration d'une ferme exigent qu'à cette époque on tienne un valet de plus qu'à l'ordinaire, il ne faut pas reculer devant cette dépense. Dans certains pays on les nomme c«/pa/îierj. Ordinairement on ne les paie point en argent, mais en denrées dont on détermine auparavant la quantité. Au choix du calvanier doit présider la même circonspection qu'à celui des autres domestiques. Beaucoup de cultivateurs prudens ont à cœur d'avoir toujours les mêmes calvaniers. Les deux |)arlies y gagnent : l'exploitant, parce (ju'il n'a plus à faire l'étude de caractères nouveaux, et que ces valets, déjà au fait de la besogne,

perdent moins de temps à prendre les habitudes de l'exploitation; le calvanier y gagne également, parce qu'il n'a pas à s'inquiéter ou il trouvera du travail.

Tontes les dispositions étant prises sous ce rapport, on jiortera son attention sur le matériel. On aura soin que les granges, les gcrbières, lesfenils oufointiers soient propres «!t déblayés de tout ce qui peut les embarrasser. Les toitures auront été scrupuleusement visitées et réparées, les murs bien crépis. Une précaution indispensable serait de boucher tous les trous, toutes les fi'ssures où les souris et les rats peuvent se réfugier et en faire le centre de leurs dégâts.

Il ne faudra pas attendre non plus le moment de la récolte pour mettre les chariots et les autres véhicules en état de faire un service régulier, et de supporter des charges assez pesantes. Ou éprouve toujours de grandes pertes en instrumens, en gi-ains, et de plus grandes pertes encore d'un temps précieux, lorsqu'au milieu du chemin un char se brise ou verse.

Pour éviter ces inconvéniens, on se trouvera bien de Jaire quelques réparations au.v chemins les plus fréquent«=s. C'est une dépense qui se retrouve toujours au centuple, non seulement parce qu'elle empêche les instrumens de se détériorer, mais encoie parce qu'elle conserve la force et la santé des animaux. Dans les pièces entourées de fossés ou sillonnées de tranchées ouvertes, soit pour le défricheiuent, soit pour l'irrigation, on transportera des ponts mobiles pour donner passage aux voilures. Ces ponts volans et temporaires sont faits en forts madriers. Ils sont bien préférables aux broussailles dont on se sert dans le même cas pour combler les fossés. Des ponceaux en pierres seraient plus durables, nuùs ils ont l'inconvénient d'exiger plus de dépenses, et de faire pertlie à la clôture une partie de ses avantages.

Dans les pays où la moisson se fait par des étrangers, on Wwv préparera une couche commode. Il est vraiment affligeant de voir des moissonneurs épuisés de fatigues, entassés le soir dans des granges, dans des greniers où ils peuvent à peine prendre quelques, heures de sommeil. Les ouvriers sont plus sensibles qu'on ne le pense aux bons procédés, et ils récompensent toujours ceux

(lui les traitent avec une certaine libëralilé, par un travail plus assidu et par une probité «jui se dément rarement.

C'est aussi le moment de préparer des boissons économiques, pour ces temps de soif dévorante. On a donné bien des recettes de boissons rafraîchissantes; je crois que celte qnalilé ne suKit pas et qu'il faut les rendre aussi un peu spiritueuses. Donner de saj^es conseils aux moissonneurs pour la conservation de leur santé, c'est une tâche que tout homme éclairé s'empressera de ren)plir; mais il ne faut pas qu'il s'abuse, qu'il s'apitoie à contre-temps; on exi,i;erait bientôt avec audace ce qu'on n'oserait même demander à un homme moins facile; il y aurait relâchement. Trop de fierté ou d'indulgence peut compromettre singulièrement, dans ces circonstances, le caractère du chef de l'exploitation.

Peu de temps avant la moisson de chaque espèce de céréales, on préparera les liens suffisans pour l'engerbage. Diverses matières sont employées à cet usage. Les principales sont: le genêt et le coudrier, l'écorce de tilleul, la paille et les joncs. Toutes les substances ligneuses en général sont peu pi'opres à lier solidement un faisceau d'épis. Si dans quelques contrées, notamment en Bretagne, on se sert de genêts, c'est que là on bal la récolte sans la mettre en grange, et que la gerbe ne demeure liée que deux ou trois jours. Le bois en se desséchant devient plus cassant et occupe moins d'espace que lorsqu'il était encore vert, et on conçoit que les chaumes ne tardent iias à se desserrer et à se perdre. Il en est de même du coudrier.

Dans les pays environnés de taillis où le tilleul est commun, on écorce les jeunes branches de cet arbre au moment de la sève ; la force et la flexibilité de ces écorces, que l'on nomme tilles, les rendent très-propres au liage des céréales, et plus propres encore à celui des foins lorsqu'on bottèle sur le champ même. Ces sortes de liens se vendent 50 H GO centimes la botte, lorsque celle-ci en contient un cent. Les tilles servent plusieurs fois si l'on a la précaution de les faire tremper quelque temps avant de s'en servir.

La paille, celle de seigle, est la substance que l'on emploie le plus communément. La manière de faire les liens avec la paille est assez connue: on la bat, soitaufléau, soit par le chaubage; on mouille l'extrémité où se trouvent les épis : c'est la partie la plus flexible, et par conséquent celle où l'on fait le nœud. C'est ce qu't)n nomme le nœud droit, le nœud de mèche. Celui qui a vu deux paysans bretons prendre chacun une poignée de I)aille et la tordre pendant quelques minutes pour en faire un lien, s'étonne qu'une opération aussi simple et aussi expéditive que le nœud ne soit pas universellement répandue. C'est ce qui m'engage à en donner ici la figure C%. 382).

Fig. 382.

DF.S RECOLTES. rjv. r'.

L'habitude et l'exercice seuls peuvent doiv ner l'agilité pour faire ces liens promptement et solidement.

Les liens de joncs sont peu usités et peu solides. Le meilleur us;ige qu'on puisse faire de ces végétaux, c'est d'en tresser des nattes, et d'en faire des ligatures pour palissage.

Pour la récolte des foins comme pour celle des grains, il faut toujours avoir deux endroits de déchargement : l'un poui' y déposer les produits bien récoltés, l'autre destiné à recevoir ceux que la pluie ou d'autres circonstances auraient tenus humides; afin (|ue si ces derniers venaient à s'échauffer et à fermenter, on pût les battre ou les faire consonmier sans bouleverser la gerbière.

Chacun consultera encore les circonstances qui échappent à la prévision de l'homme : il interrogera les localités et prendra conseil de sa position. Lorsque le cultivateur prudent aura pris toutes les mesures que nous venons d'indiquer, il peut attendre avec confiance le moment de la récolte; le hasard, les événemens imprévus, les changemens brusques de température, le trouveront rarement en défaut.

Section ii. — Récoltes des fourrages.

Dans quelques contrées montagneuses ou dans des marécages, les animaux vont euxmêmes chercher leur nourriture ; la ré(X)lte ne se fait pas autrement que par la dent des animaux : ceci appartient plutôt à l'aménagement des pâturages et à l'économie des prairies d'embouche qu'à la question qui nous occupe.

rVous dirons seulement un mot sur \e^ fourrages donnés en vert à l'étable.

Anx. i'^''. — Des fourrages récoltés en vert.

Il semble aux domestiques chargés de l'affourragement qu'il n'y a qu'à faucher et à donner. L'époque du vert, qui devrait être pour les animaux une époque de vigueur et de santé, est souvent le moment où les cultivateurs, par leur négligence, font des pertes considérables.

Nous indiquerons les précautions à prendre pour éloigner de semblables désastres, lorsque mius parlerons de l'alimentation des animaux. Nous ne pouvons mieux faire, en traitant le sujet qui nous occupe, que de citer les paroles de M. deDombasle : « Pour la régularité du service, il est nécessaire, dan? une exploitation rurale, qu'un individu déterminé soit chargé de faucher et d'amener journellement le fourrage vert pour tous les bestiaux ; sans cela, il en résulte beaucoup de désordre dans le service : c'est toujoui's un sujet de disputes entre les valets, pour savoir (pii n'ira pas. Les bêtes manquent souvent de fourrage, et c'est pour tous un sujet toujours prêt pour perdre beaucoup de temps. Lorsqu'on n'a pas beaucoup de bêtes à nourrir, ou peut distribuer cette besogne à tour de rôle entre les valets, en sorte <)ue chacun en soit chargé pendant une semaine ou pendant un mois. Celui qui est de service va au vert aussitôt que les attelages quittent le travail; de celte manière on peut, au moyeu d'une

cn.\p. IV

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