‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 161 sur 304 · RECOLTES DES FOURRAGES · texte numérisé non relu

RECOLTES DES FOURRAGES

surveillance facile, être assuré cjue les ordres donnés seront bien exécutés, parce que la responsabilité pèse toujours sur un homme en ()<'irticulier. C'est un principe dont ne doit jamais s'écarter, pour toutes les branches du service, l'homme qui dirige une exploitation. On imaginerait à peine combien celte attention dorme de facilité pour établir l'ordre dans tous les détails. Si l'on nourrit au vert une quarantaine de têtes de gios bétail, le fauchage et la conduite du veil emploient, chaque jour, à peu près la demi-journée d'un homme, pourvu que la coupe soit tant soit peu al)iMKlante; on doit alors en charger un ouvrier autre qu'un valel d'attelage, et lui assigner une autre besogne fixe pour le reste de la journée. Lorsqu'on a 8 ou 10 vaches, on peut très-bien leur faire conduire le f lurrage vert pour tous les bestiaux de l'exploitation. En atlelaut deux vaches à un petit chariot, et les changeant fréquemment, cela fait pour toutes un exercice salutaire qui ne diminue en rien la quantité du lait qu'elles donnent. »

L'époque in plus favorable à la coupe dfs joiirrages verts est celle oii la plupart des pliiiilessont en pleine floraison; mais, si l'on attendait jusque là pour commencer le fauchage d'une pièce, il arriverait infailliblement, lorsqu'on toucherait à la fin, que les tiges seraient trop dures et trop ligneuses. Lorsque le champ aura quelque étendue on aura donc soin de commencer quelque temps avant la fleur, afin d'avoir toujours des tiges vertes et succulentes. C'est un grand talent pour un agriculteur de savoir combiner son assolement de telle sorte que la nourriture au vert ne soit pas interrompue ni excessivement abondante ; au reste, il vaut mieux que cette dernière circonstance se présente, car ce qui serait surabondant peut toujours être converti en foin.

On tiendra sévèrement la main à ce que les y dA^i^ fauchent toujours d'une manière régulière, en suivant la direction des billons, surtout pour les fourrages annuels, tels que les \esces, le trèfle incarnat, le seigle, etc. Ou ne doit jamais manquer, sitôt que la cou|)e d'un billou est terminée, d'y mettre la charrue pour enfouir les chaumes; on comprend que si la pièce est lau<hée sans ordre, on ne peut exécuter ce labour que lorsque la totalité est enlevée.

AiiT. II. — Des fourrages secs ou de la fenaison.

Nous arrivons à parler de la récolte des fourrages convertis en foin ou de la fenaison. C'est sur l'abondance et la qualité de ses fourrages que reposent les espérances du cidtivateur, parce qu'ils sont les élémens essentiels de la production du fumier et de la nourriture des animaux. L'époque vai-ie suivant les saisons d'abord, mais encore plus suivant la nature des plantes et l'espèce de bestiaux auxquels le fourrage est destiné. Nous diviserons la récolte des foins eu fourrages arliticiels et en fourrages naturels.

§ I"". — Fourrages artificiels.

Les fourrages des prairies artificielles sont ordinairemeat mûrs les premiers. Je n'en-

tends pas par maturité le moment où les plantes ont acquis un tel développement que leurs semences puissent servir à la reproduction, mais bien celui oii ces sortes di' prairies donnent le fourrage le plus abondant et le meilleur.

En général, l" époque où les fleurs commencent à tomber est C( lie qu'il faut préférer, à moins que le foin ne doive servir à la nourriture des chevaux qui, en général, aiin'-nt un foin sec et fibreux. Le eonlraii-e ariive lors- (ju'on veut ncnirrir du bétail à cornes. Quelques vétérinaires, en faisant l'autopsie des chevaux abattus, ont remarqué dans leurs intestins de grosses pelottes de feuilles, dont la pi'ésence n'est pas sans doute étrangère à cei'taines affections qui attaquent le cheval ; souvent, dans les râteliers, on a pu remarquer des amas de feuilles qui nous paiaissent trèssucculentes, et qui sont cependant dédaignées par ces animaux. Les bœufs au contraire en sont très-friands, et on a remarqué partout que le fourrage coupé de bonne heure est préférable a l'antre pour l'engraissement. Sans donner à ces considérations plus d'importance qu'elles n'en méritent, je crois que le cultivateur, possesseur de gros bétail, fera bien de prendre les piairies artificielles un peu sur le vert, et de laisser au contraire prendre plus de consistance au système ligneux, chaque fois qu'il aura des chevaux à nourrir. Cela est vrai surtout pour certaines espèces de fourrages dont les graines sont un peu volumineuses et du goût des chevaux, telles que les pois gris, les vesces, le sainfoin.

Dans tous les cas, la faucliaison des fourrages annuels sera devancée de quelques jours ou davantage, lorsqu'ils se trouveront mélangés d'une Jorte proportion de mauvaises herbes, afin que celles-ci n'aient pas le temps d'arriver à maturité, de s'égrener, et d'infecter le champ de leurs semences pour plusieurs années.

Pour le fauchage des prairies artificielles, on se sert de la faulx simple {fig. 3»3 ). Les

Fig. 383,

Flamands emploient la sape, mais presque partout on commence à renoncer à cet instrumerU pour la coupe des foins. Les faulx nous viennent généralement des pays d'Outre-Rhin. Leur hn-meesl à peu près la même dans toutes les localités; Va manière de les monter (Wlicre. presque dans chaque canton. Nous allons donner le dessin des principales modifications.

La première {Jig, 384) est employée dans

2S8 AGUlCT'LTtRK :

le nord-est de la FiMiice , en Alsace , en Lorraine, t'tc. ; la seconde (/f^. 38o), dans la Clianipaj^ue et les pays adjacens ; la troisième (7%, 386). nui èsl la plus simple, la Fig. 3S6. 38.'). 38-1.

plus coiHinode, est généralement répandue en Bretagne. Le manche en est beaucoup plus long qu'ailleurs, et terminé par un morceau de fei- destiné à faire équilibre avec le poids de la faulx, et c'est en cela surtout que consiste sa supériorité sur les autres amontemens.

Pour le fauchage des foins, la faulx est rarement armée de quelques accessoires.

En Picardie seulemeul ou attache sur le manche, et près de la douille qui v fixe la lame, une sorte de crochet en fer {fig. 387 ),

Fis. 387,

dont la fonction est de rassembler sur un setd point, ou une seule ligne , toute Therbe coupée par chaque mouvement de la faulx. 11 est très-utile dans cette contrée pour le lanage des prés artificiels, parce que là, ainsi que nous le verrous t>lus lard, on n'éiiarpille pas les andains |)our hâter la dessiccation du foin. Ainsi, laddition de ce crochet tait, dans ce cas. Toffice d'un râteau; car il serait difficile d'apercevoir entre les andains le moindre brin d'herbe coupée.

La manière de manier lajaiiix diffère peu d'une contrée à l'autre. Il est toujours imprudent de forcer un ouvrier à en changer subitement; c^r, si quelque défectuosité se fait remarquer dans sa besogne, il ne man-

aue pas d'en rejeter la faute sur la. prétenue imperlectiou de la méthode qu'on lui a imposée.

JLorsqu'on pourra, sans cependant con-

DES RECOLTES. uv.i".

dure de marchés onéreux, faire exécuter Le fauchage <i la tilc/ie , ou à Ibrlait, on y trouvera une grande économie de surveillance. Mais ce système n'est pas non plus sans inconvénient, parce que la besogne se fait souvent Ibit mal ; on perd en qualité et en quantité lorsqu'on ne traite pas avec des hommes probes.

In point sur lequel il importe d'apporter beaucoup d'attention et d'exigence, c'est que \e^ faucheurs coupent V herbe le plus bas j)ossible. F.n supposant à l'iierbe une hauteur de 2 pieds et un produit par hectare de 4 milliers defourrage, il est évident quesi on laisse des tronçons de 2 pouces plus haut qu'il n'est nécessaire, on diminue le produit de 1/12, et, si le fourrage se vend 18 f. le millier, on fera sur chaque hectare une perte de 6 t. par coupe ou de 12 f. pour deux coupes, ce

3 ui surpasse les frais de fauchage, puisque ans la plupart des localités on ne paie <pie 5 f. 50 c. lorsqu'on a une grande quantité à faire faucher. Il résulte encore de cet état de choses un très-grand inconvénient, c'est que ces tronçons , venant à se dessécher, deviennent extrêmement durs et ligneux, et forcent les ouvriers, dans la coupe suivante, à prendre encore au-dessus et à occasioner une plus grande perte que la première. Dans les prairies naturelles, le dommage produit surpasse de beaucoup la proportion que j'ai indiquée pour les fouirages artificiels. Il est incontestable que c'est dans le tapis qui forme le fond du pré que se trouve l'herbe la plus touffue, la plus nourrissante, telle (|ue les trèfles fraisier, blanc, filiforme, et les feuilles radicales de la majeure partie des graminées.

Ceux qui ont tant soit peu l'habitude du fauchage n'ignorent pas que cette opération s'exécute avec plus de perfection et moins de fatigue lorsque les plantes sont mouillées et couvertes de rosée. Les faucheurs ont l'habitude de commencer leur besogne dès la pointe du jour. Ils font beaucoup plus d'ouvrage ; le travail est mieux fait. 3Iais cependant il ne faut pas se faire illusion ; ces nwînceaux d'herbage tout humides de pluie ou de rf)sée, s'ils ne sont pas répandus r.umédiatement, ne tardent pas à fermenter et à devenir jaunes; l'humidité fait perdre une partie des substances nutritives , qui ordinairement sont solubles. Si l'on permet aux faucheurs de commencer dès le matin, il esi essentiel de leur prescrire de ne travailler que sur les parties élevées, et non pas dans les bas-fonds où la dessiccation est longue et difficile.

La faulx décrit toujours un arc de cercle dans le plan vertical où s'élève l'herbe ( fig. 388). L'endroit où cet arc aporoche le Fig. 388.

c;iAP. II'. RECOLTES DES FOURRAGES

{)lus de !a terre se trouve vis-à-vis des pieds * du faucheur. L'art de celui-ci consiste à effacer cet arc et à le confondre le plus possible avec la ligne horizontale. Lors(|ue le redan, c'est-à-dire la largeur parcourue par la faiilx, s'étend assez loin, on ne peut éviter que les deux extrémités ne soient cou-

f)ées à une plus grande hauteur que le miieu.

Communément les faulx et les autres instrumens tranchans employés aux récoltes v'aiguisent avec un grès grossier. Je conseille aux ouvriers de faire le sacrifice de quelques centimes pour s'en procurer à grain jikis fin; ils y gagneront doublement: d'abord ils s'usent moins vite, ensuite ils veudent le tranchant plus doux , plus moelleux , et il faut recommencer moins sou\eut. L'eau dans laquelle on trempe ce grès est prise à la première source venue. Il parait qu'en l'aiguisant avec de l'acide sulfurique, dans la proportion de l/IO à 1/G, la coupe est plus nette et fatigue moins l'ouvrier. L'acide sulfurique est un liquide que l'on trouve dans toutes les pharmacies, et qui se venrl à vil {)rix.

Aussitôt qu'on a commencé à faucher une pièce d'herbage artificiel, on se hâte, dans certaines contrées, de répandre les andains sur toute la superficie. C'estune faute, quelles que soient d'ailleurs les circonstances de position et de température. En effet, si la pluie menace, il faudra reme^ltre le fourrage en petits tas, et Vépandage aura été une opération inutile. Si le temps marque une tendance à rester au beau fixe, les feuilles des plantes, surprises par une chaleur intense, se crisperont , se dessécheront trop promptement et tomberont à la moindre secousse.

Nulle part le fanage des prairies artificiel Its n'est mieux entendu que dans certaines parties du département de l'Oise. Je vais exposer les procédés que l'on y suit, mais qui ne sont point invariables. Tout ce qui est fauché le matin est laissé en andains, ttih que les a faits le fauchage. Vers midi ou une heure on les retourne, mais on ne les éparpille

f»as. Cette opération a seulement pour but de es faire également ressuyer des deux côtés. Ce qui est fauché le soir est laisse intact. Le lendemain matin, aussitôt que la chaleur du soleil a fait évaporer la rosée, on met en petitf tas de 2f» a 30 livres tout ce qui a été fauché la veille indistinctement. On a soin <le les soulever le plus possible, afin qui; la chaleur et le vent les pénètrent dans tous les sens. On les retourae le jour même et les suivans jusqu'à ce qu'ils soient secs, mais toujours sans les répandre. Aussitôt qu on s'aperçoit que la dessiccation est terminée, on apporte des liens de paille ou d'écoi'ces de tilleul qu'on a préparés dans les cours pendant que la rosée ne permettait pas de travailler, et on lie ce qui est sec; le lien est étendu par terre et chargé de deux des petits monceaux dont i'ai parlé précédemment. Les ouvriers les plus faibles char^^ent les liens, et les plus forts, ou mieux les plus adroits, lient les bottes sans trop les secouer. Par la dessiccation ces sortes de fi)urrages se réduisent ordinairement au quart du poids qu'ils avaient étant verts. Ainsi ,

AGRICULTUnE.

cliaflue botte pèse à peu près 12 à l.'i livres. Aussitôt le bottelage terminé, on met le tout en dizcaiix de 25 a .'30 bottes.

La manière de faire rcs dizcaux m<.'i'ite d'être connue. Un ouvrier tient dressée la botte A C/"^'. 389), pendant que les autres

Fig. 389.

dressent contre celle-là les bottes B, C. etc.. jusqu'à ce qu'il y en ait neuf dans la ligne. Il y a deux rangs accolés l'un contre Tauti-e. La disposition du dessin n'a permis d'en fji..urer qu'un. Lorsque les dix-huit boites sont dressées en donnant un peu d'inclinaison aux dernières. on les recouvre avec sept bottes D, posées en travers et formant un pti; le toit. On comprend que s'il vient à pleuvoir, il n'y aura de mouillées que les bottes supérieures qu'on pourra ôler et faire sécher lorsque le temps le permettra. Cette disposition a encore un mérite qui lui est particulier : c'est qu'il est facile au cultivateur d.^ s'assurer immédiatement et sans beaucoup de peine, du nombre de bottes de fourroj^e qu'il a l'écoltées.

Le bottelage sur le champ même a pour but de conserver au fourrage la majeure partie de ses feuilles. Quiconque a été présent au chargement et au déchargement d'une récolte de fourrages artificiels, comprendra aisément quelle économie pré&cnte cette méthode comparativement à celle qui consiste à les emmagasiner sans les avoir bottelées auparavant.

Comme on le voit, le point principal qui différencie le fanage picard des autres modes usités dans la presque totalité du territoire français, consiste à opérer la dessiccation du foin en petits tas, au lieu de l'éparpiller. S'il arriveAles ondées pendant l'opération, on n'a d'autre besogne à faire que de retourner de temps à autre les monceaux, afin d'empêcher le dessous de jaunir. Si on eût dispersé tout le foin sur la surface du sol, \:\ pluie aurait lavé toutes les liges, occasioïKla chute des feuilles, et chaque partie de l;i récolte étant soumise incessamment à l'action dissolvante de l'humidité, tous les brins sont comme lessivés et perdent à la longueleurs principes nutritifs. Le fourrage devi'enî blanc, et n'a plus de qualité pour la vente, parce que dans la réalité il ne possède guère d'autre mérite que celui de la j)ailk'.

Cet inconvénient a été senti partout : dan.s quelques pays on a essayé d'y remédier par diverses méthodes. Les cultivateurs qui ne voudraient pas pratiquerla méthode picarde, que nous venons de faire connaître dans toute sa simplicité, pourront tenter celle (lui est usitée dans quelques provinces allemanacs et dans le Milanais : c'est la méiiiodc dite à la Cl.vî'MAYeu, ainsi appelée du mini de i^lui

TO.MF I r

AGRICT.1UURE

qui la propagea le premier. Elle se fonrle sur un principe de physiologie vé|;étale bien contiti aujourd'hui : que les piaules n'abandoni#eQl leur eau de végétation que lorsque la Nitalité est détruite. Plusieurs causes, [)lat;eiirs agens peuvent opérer cette deslruciioD : la dessiccation à l'air libre, la triluration, la cuisson, la fermenlalion, les cornbii:aisons chimiques au n)oycn de subslances t^iPangères. Si Ton prend des plantes bien s-iche», qu'on les fasse tremper dans de l'eau,

* v)rè» un certain temps et en raison de la polosilé de leur tissu, elles se chargeront d'une

• itu» grande quantité de ce liquide qu'elles î -n contenaient à l'état vert et herbacé; b^rsqu'eiles sont ainsi mouillées artificielle- 1 .ent, si on les expose à l'action du vent et <-j »oleil, elles seront complètement sèches ?. ;rès 20 à '25 minutes, tandis que poîsr les îcjduire au même état de siccité, il a l'allu 36 ï 48 heures de beau temps pour évaporer i *au de végétation.

Pour anéantir les principes de vie, Claprrayer s'est .scn'i de la fermentation. Quelc ues heures après que le trètle ou tout autre Tjarrage est lauché, on l'amasse en gros monceaux tassés médiocrt-meiit, aUn que rair,qui ? 3l un agent essentiel à la fermentation, { ;ùsse y pénéirer. La fermentation se manitJale qu^lciuefois après 12 heures, le plus souvent après 24 à 30, rarement elle larde jusqu'à 60. Elle marche tantôt rapidement, t. utôt avec une grande lenteur. Dans tous î-s cas, lorsque la chaleur qui se développe à l'iilérieur est telle qu'on ne peut plus y tenir la main et que le gax s'échappe d'une Kanière sei^.sible à Iceil, il n'y a plus de doute que le principe de vie ne soit détruit dans les végét^uix- On rassemble un grand nombre d'ouvriers, on démoule le tas, on l'é-

Êirpille au loin; et, après une heure ou une oureet demie de beau temps, le tout est skc c' a conservé ses feuilles. Quoique les gaz qui 8 échappent lorsqu'on disperse les tas éc';auffés ne soient pas bien nuisibles, parce q.i'ils sont emportés et mélangés aVec la lL.:isse ambiante, il est bon de prendre quelq'ies précautions. Les ouvriers se plaignent q;e cette opération les rend ivres sans avoir er.: le plaisw de boire. Cette méthode parait liè»-commode et très-simple au premier ajerçu; mais, appliquée sur une grande éclielle, elle ne laisse pas que d'offrir des ditùcultés réelles. Ainsi, dans l'incertitude du liiomeut oii la fermentation sera arrivée au ci gré convenable, on ne sait trop à quoi emjïiàyer les ouvriers. D'un autre côté, si la ieruic^alation se manifeste dans plusieurs tas à la fois, on n"a pas assez de bras, et on risque de perdre beaucoup; car, lorsque cette ierineutation dépasse certaines limiles, le fourr.ge se moisit, se champignonne et devient ciiss int ; il s'est opéré des réactions, des fcombiuaisons chimiques, qui en oui altéré l'aroiae et détruit la ([ualité. Si une «neule vital, en ouire, à s'échauffer démeburémeiit pi-uilaut la nuit, ou est en danger de la perdre,

'A^uelles que soient les préventions des vale is contre le Iburrage séché à la Clapmayer, on ue doit s'en rapporter qu'a la téalilé. Il »•■ ' «Ip fait oue les militaires qui ont fait la

DES RÉCOLTES. uv. i",

campagne d'Italie et qui ont stationné dan* le Milanais, conviennent que ce foin était consommé par leurs chevaux, sans que ceux-ci témoignassent la moindre répugnance, excepté les trois ou quatre premier» jours.

§ II.— Récolte des foins de prés naturels.

V époque où le fanage de ces sortes d'herbages s exécute, varie avec la température (le l'année et la climature de chaque contrée; elle est également et surtout suboi'donnée h la nature des plantes qui composent la prairie. Un défaut qu'ont la plupart des prés naturels, c'est d'être composés de végétaux qui n'arrivent pas à maturité au même moment de l'année. Si l'on fauche quand les ur.es ont pris tout leur développement, on perdra en quantité sur celles qui sont moins avancées; si l'on attend que celles-ci soient arrivées à maturité, le» premières n'otfriront plus qu'un fanage sec, fibreux, ne contenant de principes alimentaires qu'en très-faible proportion. Dans une même prairie, la Flouve odorante {Anthoxanthum o'ioratum ) a fleuri vers la fin d'avril, la majeure partie des Paturins (Poa) fin de mai; les Fétuques, dans la première moitié de juin ; les Agrostides {Jgrotis), dans la seconde moitié de juillet ; les Canches ( Jira ), les Orges {HorJeum), les Bromes {Bromus) et les Houques (//^o/cuj-), dans la 1'^ quinzaine du même mois. D'autres ont lleuri plus tard encore, tels que quelques Alopécures, Ivraies et Fromens. Nous nous étendrons davantage sur cet objet lorsque nous parlerons de la composition et de la régénération des prés naturels.

Les cultivateurs qui estiment le fourrage par le poids brut, attendent pour faucher que la plupart des graminées aient amené leurs semences à maturité. Il serait plus judicieux de prendre pour base de sa détermination la quantité de matière nutritive que contient la plante aux diverses époques de sa croissance. Peu d'expériences ont été faites sur un objet qui intéresse cependant l'agriculture au plus haut degré. En attendant qu'on veuille bien s'occuper de recherches analogues, j'extrais du tableau dressé par Georges Siivclair ce qu'il y a de réellement pratique dans son ouvi-age sur les graminées propres aux prairies.

Les plantes qu'i7 convient de faucher à l'époque de la floraison, sont les suivantes : Fétuque élevée et F. roseau ( Festuca elatior et arundinacea), Brome stévi]e {£romus sierilis), Houque molle {Holcus mollis). Brome à plusieurs fleurs ( Bromus multiflorus ), Phalaris roseau ( Phalarit arundinacea ), Fétuque dure ( Festuca duriuscula ), Poa à petites feuilles ( Poa^augustifolia ), Houque laineuse ( Holcus lanatus j. Fétu que des prés ( F. pratensis ), Alopécure des prés ( Alopecurus pratensis ), Avoine pubescente ( Avena pubescens). Brome des \.o\\.?> { Bromus tcctorum), Paturin des prés ( Poa pratensis ), Avoine jaunâtre [ Avenu flaves cens ), Avoine des prés {A. pratensis ). Il convient au contraire de faucher à l'époque de la maturité des graines, les prairies naturelles dont les graminées principales sont les suivantes : Fléole des prés {l^hieum pratense). Dactyle pelotonné CiSâo-

nÉCOLTES DES FOURRAGES.

tylis glomerata)^ Agroslis Iraçanle {Agrostit slolonifera)^ Fétiuiuc rouge ( /•"./•«/yra), Ivraie \ivacc (LoLium perenne), Brize trf;inl)lanle {Briza me^/a), Cynosure à crè\.e {Cjnoiurus cristatus ), Floiive odorant»; ( A nthoxantkum odonitum ), Poa commun ( Pon fiviahs ).

L'époque dépend encore de l'espèce de hètaU auquel le fourrage est desliné. Les bèles à tomes préfèrent celui qui a été fauché de bonne heure; les chevaux aiment mieux celui qui l'a été à une époque assez avancée.

Dans tous les cas, le cultivateur se persuadera bien qu'il n'y a rien à perdre à faire la récolte des prés à l'époque de la floraison, quelle que soit la nature des plantes qui les composent. Si l'on fait une seconde coupe ou un regain, elle sera plus abondante ; si l'on fait pâturer immédiatrement après la première coupe, le pâturage durera plus longtemps. Une seule circonstance denjande exception. Lorsque les souches des plantes viennent à périr ou du moins à donner des signes d'une prompte destruction, on laisse mûrir les semences: le fauchage et le fanage, en les secouant, les répandent sur le sol; on donne ensuite un hersage énergique pour les f iilerrer et remuer la terre. Elles ne tardent pas à germer et à donner ime nouvelle vie à Ja prairie. Mais ee moyen n'est qu'un palliatif; il est certain <jue si des plantes vivaces meurent, c'est qu'il y a dans le sol un vice fnirinsèque qu'il faut détruire, et le meilleur Mjoyeu de régénérer une prairie, c'est de la convertir pour quelque temps en terre arable.

Le fauchage des prés naturels s'exécute comme celui que nous avons décrit pour les prairies artificielles, si ce n'est que l'espace compris entre les andains devant être bientôt recouvert de foin, on n'a pas besoin d'a<lapter à la faulx l'appendice dont nous avons parlé. Dès qu'une certaine superficie est abattue, on se hâte de la disperser le plus égalelueiil possible sur toute la surface. On se sert pour cela des bras, ou du râteau, ou de la fourche en bois à deux ou trois dents. La \>V{tn\\^.re espèce de fourche {Jîf^.Z^O) se ren- Fig. 390. 3<,ll. 392.

contre as<;ez communément dans nos forêts eu reDi/-e. ^u midi et du nord de la France;

le frêne , l'orme, le cliarrr.e, en fourni.«s'>Pt d'assez bonnes. On les choisit bien droites. r«r si le manche est courbé, il tourne dans la main de l'ouvrier, de sorte que so'ivent f^s efforts portent à faux. Le rhàtai;^nier, aménagé en taillis, en fourtnt <rexcellenl<-s. Quelle que soit l'essence dont on se serve, il faut éc'ircer, faire sécher au four un \>fn chaud jusqu'à noircir légèrement la superfuie de la fourche, et la frotter ensuite avec un corps huileux, ce qui la rend plus dure ei moins cassante.

La fourche à trois dents est quelquefois artificielle {fg. 391 ), et quelquefois naturelle (Z"^. 392). Le Midi se sert généralpm<-i t d^ ces dernières. Je suis persuadé qu'on réussirait à élever le frêne quadrangulaire de manière à nous procurer d'excellentes fourches à deux ou trois dents. Cet arbr" vient rapidement, et n'exigerait d'autres soins qu'une taille appropriée au but que l'on voudrait obtenir, il faudrait pour cela le cultiver et le planter assez dru, afin que les jets montent perpendiculairement. ],es deux branches latérales ferai-^nt peut-être avec le tronc de l'arbre un angle trop ouvert. On le rendrait plus aigu au moyen de ligatures. Ce que je viens de dire n'est (;u'ur" hypotlièse, mais il y a lieu de croire qu'elle n'est point dénuée de fondement.

On répand tout ce qui est fauché jusqu'à trois heures, ou jusqu'au repas que prennent ordinairement les ouvriers vers quatre heures ou quatre heures et demie. Ce (jui est fauché a[)rès cette époque est laissé en andains. On amasse ce qui a été répandu en petits tas que, dans certains pays, on t\o\ï\me chevrottes, et qui représentent assez bien la moitié d'une splièie »jui aurait vingt pouces à deux pieds de diamètre. Cependant,si la tem[)érjturemena<;ait,on lai-serait les andains sans les toucher. xMème pendant des pluies abondantes et persévérantes ils se conservent bien, |)ourvu qu'on ail la précaution de les retourner aussitôt qu'on s'aperçoit que les feuilles du dessous commencent a jaunir. Mais une fois la dessiccation commencée, on aura pour règle invariable de ne pas laisser expose à la pUiie on à la rosée ur seul brin d'herbe qu'il ne soit amassé cr, chevrottes. Ces chevroltos, ou monceaux, seront d'autant plus grosses que le foin sera arrivé à un point plus avancé de ficcîlé. Aussitôt que la rosée ^st évaporée, ces moiv ceaux sont répandus sur la surface au moyen des fourches. Quelques heures après oo retourne lefoiu avec des râteaux qu'on manrpiivie de manière que l'herbe qui était au dessous se trouve au-dessus après l'opératio-i.

Le râteau varie peu dans sa forme et da;>« la manière dont il est armé. C.e\\\ (lue n<>;s représentons {fg. 393 et 394 ) sont doubles; queUjuefois ils sont simples, c'esl-à-dirc (|u il n'y a des dents que o'nn seul côté ; les premiers sont préférables. Presque toujoirs les dents sont en bois; en ter elles feraient trop lourdes, pénétreraient, dans le go] et mêleraient au foin de la terre, des feuilles mortes, des herbes sèches. On dit proverbialement que le foin doit sécher sur ie r;';te. III, c'est-à-dire que la dessi .catiou est bjea plus proriiple si on le tourne el reiourntr

Fiir. 393.

AGRICULTUrxE : DES RMCOLTivS.

Fitr. 394. Fig. 3 5.

t1^-1-ttt11'

sans cesse. Je crois l'adage \rai sous ce rapport; mais il ne faut pas confondre ici célérité avec économie. Pour se convaincre de la perte qu'on éprouve par un fanage trop fréquemment répété, on n'a qu'à pren<lre 20 livres de foin à nioitié sec , et le faire secouer à plusieurs reprises consécutives, or*, ne trouvera plus que 16 à 17 livres.

La préparation du foin au râteau est longue et assez dispendieuse, puisque, s'il a fallu un faucheur pour couper une superficie donnée, on calcule qu'il faudra quatre femmes pour faner. On a imaginé plusieurs machines pour faire exécuter celte opération par des animaux. L'instrument le plus parfait de ce genre est le râteau tournant emplové à la ferme de Holkaïu. Il y en a de deux espèces.

La première espèce, et la plus simple {fig. 396 ), se compose d'un châssis, des-

Fig. 3'J->.

liné à porter Tessieu des roues. Ici l'essieu n'est pas fixe comme dans les véhicules ordinaires. 11 tourne sur ses coussins, et entraîne dans son mouvement de rotation les roues et le râteau circulaire. Ce râteau est formé d'un prisme de six à huit pans, lequel fait corps avec l'essieu. Chacun de ces pans est percé de trous où s'engagent les chevilles qui servent de dents.

La seconde espèce {fi^. 39G ) est beaucoup plus compliquée, mais le travail en est plus parfait. Ce n est pas moins une machine de luxe. Elle fut, dit-on, inventée parSAi-MO?j, de Woburri. Comme la précédente, elle se compose d'une paire de roues qui ne sont ;)oint fixées à l'essieu. La face intérieure du

moyeu d'une de ces roues est armée d'une surface circulaire dentée et donnant le mouvement à une lanterne qui, elle-même, fais, corps avec l'essieu du râteau circulaire. « Celui-ci, dit un auteur, se compose d'un grand tambour ou hérisson pouvant s'élever ou s'abaisser à volonté, et formé de 8 râteaux particuliers à dents de fer recourbées. Le hérisson est assujetti à deux mouveinens, l'un de progression dans le sens horizontal , et l'autre de rotation autour de son axe. Cette machine, traînée par \\\\ cheval marchant d'un pas ordinaire, c'est-à-dire parcouranl200 pieds par minute, fait faire aux roues 20 à 21 tours, et au hérisson ou râteau continu 60 à 63 tours dans le même temps; ce qui fait, à peu de chose près,pour celui-ci, un tour par seconde. Alors la vitesse des extrémilés des dents est de 17 à 18 pieds par seconde, vitesse prodigieuse, qui projette le foin à une grande hauteur. Ainsi cette machine [)eut éparpiller et retourner le foin sur une étendue de 10 perches en moins de 4 minutes, ou d'un arpent en 40 minutes» (1 heclai-e dans 1 heure 40 minutes). Les dents, en s'approchant du sol , s'abaissent et raclent, pour ainsi dire, la terre; ce qui remplit parfaitement l'office du râteau. Jusqu'à présent l'usage de ces machines est très-restreinl. Nous en avons donné les figures, non pas pour en conseiller l'emploi, mais pour engager les cultivateurs à les imiter et à en simplifier le mécanisme.

Quel que soit l'instrument qu'on adopte pour retourner le foin, il est essentiel que cette opération soit faite avec activité et avec beaucoup de soin. Lorsque le foin est en couches un peu épaisses, les faneurs ne font |)as plonger le râteau jusqu'à terre, de sorte que la couche inférieure n'est jamais ram<née à la superficie pour profiter de la chaleur des insolations.

Dès que le chef de main-d'œuvre s'aperçoit que le soleil descend sur i'horiznn , et qu'il ne reste plus que le temps suffisanl

CIIAP. 11*.

pour mettre en monceaux ou chcvrnttes tout ce (|iii est coupé el éparpillé, on doit cesser toute autre besogne pour se mettre à celle-ci avec ardeur. On doit avoir pour i)rincipc de ne laisser exposé à la rosée que ce qu'on ne peut soustraire à son influence.

Aussitôt qu'on s'aperçoit que le foin a acquis un degré sul'fisanl de siccilc, on s'occupe de le rassembler et de le mettre en monceaux. Si on l'enlève inimédiateinent, on peut se contenter de le disposer en horiditis {fii^. 397), qui ne sont autre cliose que des FiîT. 397.

prismes de foin disposés Kur toute la longueur de la prairie. Si le fourrage est destiné a passer la nuit ou un espace de temps plus long, il est nécessaire de l'amonceler d'une manière plus régulière, et qui le mette à l'abri des accidens qui peuvent survenir. Moins le foin est sec, plus petits seront les monceaux , et vice -versa. On les dispose souvent en mamelons , qui présentent la forme d'une demi-sphère. 11 serait bien plus avantageux de leur donner celle d'un cône alongé {fig. 398). La pluie a moins de prise, glisse Fig. 398 sur les parois extérieu-

res, pourvu que l'on ail pris la précaution de les rendre lisses au moven du râteau.

Ce dernier instrument est celui que l'on emploie généralement pour rassembler le foin et le mettre en tas. Les Anglais connaissent, sous le nom Aq rnjleur {fg. 399),

Fig. 399.

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