‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 163 sur 304 · MV. I · texte numérisé non relu

MV. I

yrain-, quoique ce tantième varie peu rliaqiic année rfaos une même localité, quel que soil le prix des céréales, il varie d'une contrée à luie .Tutie du 10* au 18*. Bien des personnes trouveront que ce mode de paiement est sujet h beaucoup d'inconvéniens. Le moissonneur pi;rroit un salaire assez élevé lorsque les cé- )éalcs atteignent un haut prix; lors, au con- 1 rair*', que, par une ciironstancc quelcon(|ue, ces produits ont une faible valeur, la portion tpii revient aux moissonneurs se réduit à ])eu de chose lorsqu'on la convertit en numéraire.Xlependant cette disproportion n'a lieu qu'à l'égard du cultivateur; car il faut toujours à un ouvrier la même quantité de îO'ain pcJ.ir sa nourriture, que ce grain soit cher ou à vil prix. Ainsi, pour lui, tant que la quotité ne varie pas, la valeur n'a aucune influence sur l'étendue de son salaire.

Quoique les conventions de cette nature d-niennent tous les jours moins communes, telles subsistent néanmoins dans toute leur vij;ueur sur plusieurs points du territoire français, et il serait souvent imprudeJ^t de vouloir en imposer d'autres, parce que la main - d'œuvi'ti étant recherchée à l'époque des moissons, on pourrait se trouver subitement ^ans ouvriers. Un autre genre de convention beaucoup plus commode et plus usité que celui que je viens de mentionner, c'est celui qui consiste à payer les moissonneurs proportionnellement à la superficie sur laquelle ils ont opéré. Dans ce cas, il faut é\iler d'avoir à traiter avec un grand nombre âe bandes : d'abord, afin de simplifier les frais d'arpentage, et ensuite afin de pouvoir distribuer à chacun, dans une proportion suffisante, les pièces dont le travail sera plus difficile. Il faut encore moins traiter avec une seule baude; on détruirait ainsi tout genre d'émulation pour la propreté et la perfection du fàuciliage.

Enfin , on fait moissonner en payant tes ouvriers à la journée. C'est assurément le meilleur moyen d'obtenir un ouviage soigné, et si l'on peut se procurer chez soi assez d'ouvriers, on regrettera rarement un supplément de salaire. Il y a, d'ailleurs, dans cette combinaison, un avantage qui découle de la nature même de la convention. C'est qu'on peut appliquer les ouvriers à tel travail qu'on le jugera à propos. Ainsi, le temps se dispose-t-il a hi pluie, un orage se présente-t-il ? on suspend le sciage, pour mettre ce qui est coupé à l'abri des événemens; tandis (|ue, avec le sciage à la tâche, on ne peut distraire les ouvriers de leur travail j)our les occuper à un autre qui n'entre |)oint dans leui's conventions, à moins qu'on n'en ait lait mention expresse, ce qui souffre, de leur part, quelques difficultés.

Il est rare que l'on trouve de l'avantage à faire enjaveler^ ou engerber et lier les grains coupés par les moissonneurs. On perd du ten)ps (laris les déplacemens inutiles, dans les allées et venues. Il convient d'avoir, pour cette spécialité, un atelier dirigé par un homme habile et actif, bien au fait de cette nianœuvre, ayant assez de sagacité pour diriger sa troupe sur un point prtf.i ablement à tel autre, et prenant coui-eil des circonstances plutôt que du hasa- a.

§ lit. — Soins à «tonner aux grains nioissonnds, surtout dans les années pluvieuses.

On a, dans ces derniers temps, agité une question qui intéresse au plus haut degré les consommateurs et les producteurs de céréales, celle du Javelagc. En l'examinant sous un point de vue général, on est frappé d'une sorte de contradiction qui règne entre les partisans des diverses hypothèses qui ont été émises à ce sujet. Ainsi, ceux qui préconisent le blé coupé avant maturité, et qui, par conséquent, doit être javelé, sont ceux qui, précisément, ne veulent pas entendre parler du jayelage de l'avoine. Ceux, au contraire, qui pi-aliquent celui-ci avec le plus d'obstination et d'insistance, coupent leurs Iromens lorsqu'ils sont arrivés au dernier degré de maturité ! En ne tenant compte que des circonstances de température, ceux qui laissent javeler l'avoine paraissent agir moins rationnellement que les autres, car c'est ordinairement à l'époque de la moisson des avoines que les pluies commencent à devenir o'piniâtres et à s'opposer à la rentrée des réceltes; il faudrait donc, pour ce grain, profiter du beau temps dès qu'il se présente. Combien de cultivateurs, en 1816, laissèrent pourrir leurs avoines sur la terre sans pouvoir les rentrer, et cela pour s'être obstinés à les laisser javeler?

En appliquant au javelage les lois de physiologie végétale que nous avons posées précédemment, on voit que la maturation s'achève indépendamment de la végétation :

sous ce rapport, le javelage repose sur un principe vrai ; c'est seulement dans l'application que l'on se trompe. Tout le monde sait que l'orge javelée ne conserve plus cette teinte blonde et pure qui en fait le mérite ;

aue l'avoine abandonnée aux accidens qui érangent l'atmosphère, a perdu cet œil luisant qui caractérise un grain bien conditiount'; que souvent uneodeurdemoisi décèle une conservation vicieuse, et que la couleur terne qui l'accompagne déshonore toujours ce grain aux yeux de l'acheteur. D'où vient donc que le javelage, si utile en théorie, soit si pernicieux dans la pratique ordinaire des cultivateurs ? Je crois en reconnaître la cause dans un agent dont on n'a pas asse« cherché à éloigner l'influence, je veux parler de l'humidité. Si on met digérer une semence quelconque dans de l'eau exposée à l'air, il se manifestera bientôt un commencement de végétation qui décèle toujours une modification dans la 'composition normale du grain; 'Je ne doute nullement que ce ne soit à cette réaction que l'on doive attribuer la mauvai:;^' qualité des grains javelés.

Il s'agit donc, tout en conservant le javelage, d'éloigner l'humidité, soit qu'elle provienne du sol, soit qu'elle soit produite par les pluies, les rosées, etc.

C'est à quoi l'on parvient facilement an moyen des meulons (in' en nomme aussi moyen ou mojettes.

« Ainsi, ditYvART, si le javelage, tel que nous venons de l'entendre, est recommandable, et quelquefois même forcé, le javelage, tel

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qu'on le praii<jne cmmrumémoiil, n'a aucun j avantage réel, cl il en résiilh.' ordinairement perle de poids et de qualité, alU-riilion de couleur et renflement Irompeui-, commencement de fermentation que nous avons vue plusieurs fois poussée jusqu'à la ^germination, après des pluies abondantes longtemps at- 1<'ndues; et, par une c<mséquence nécessaire, des maladies funestes qu'on attribue souvent à toute autre cause, quelquefois même des incendies dans les granges et dans les meules, qu'on attribue encore à la malveillance; et des semailles faites avec des grains avariés, qui lèvent mal ou ne lèvent pas, ce dont nous avons été plusieurs lois témoins. »

Lorsqu'il faut au grain peu de jours pour achever de mûrir, on peut le laisser sur le soi ; mais, lorscjue, pour obtenir ce résultat, i)n prévoit qu'il faudra attendre un certain espace de temps, on fera bien de se résoudre à construire des wnyes. Leur édification ne présente pas de diflicullés sérieuses, pourvu iju'on en confie l;i <lirection a un ho'nui»' jaloux d'apporter dans la besogne qu'il enlreprend toute la perfection possible.

Il y a deux manières de j orme r un meulon ; on dispose les chaumes circnlairement sur un plan vertical, ou bien horizontalement. ]Vous allons d'abord décrire ce dernier procédé. Après avoir aplani grossièrement le .sol en le foulant aux i)ieds, on dépose Irian- ^ulairemenl trois javelles disposées de manière que les épis ne touchent pas le sol {j!g. 408 }. Sur celle 1'* base on place cwcu-

RÉCOLTE DES GRANIFftRK.<f.

Fi,'. 410.

Fig. 408.

lairement un rati;,' de javelles, les épis con- \ergens vers le centre el se louchant en ce point {Ji{^. 409 K On continue à disposer pareillement plusieurs lits successifs, jus(|u'à ce qu'on soit arrivé à une hauteur de 4 pi. environ. Alors les couches de grain se déposent de manière que les épis se croisent au centre, ce qui ne tarde pas à élever ce point au-dessus de tous les autres. La paille prend une inclinaison de haut en bas connue un toit, disposition qui facilite l'écoulement des eaux pluviales. Lorsque l'exhaussement central forme une inclinaison <pn approche de 45", on cesse l'opération pour construire une nouvelle moye. Pendant tout ce temps un ouvrier exercé a préparé le chapeau {Jifj. 410 ); il consiste en une forte gerbe bien liée avec un ou deux liens, selon la grandeur de la paille. On écarte les épis, on pos(; le chapeau renversé sur le meulon qui offre la forme représentée par \r\fig.4\\. Les moyeltes que

Fig. 411.

je viens de décrire sont en usage sur diverses parties du territoire français, el notamment dans la Flandre française. Elles conviennent non seulement aux céréales, mais encore à toutes les graines oléagineuses.

Les nu>yes a couches verticales sont usitées plus particulièrement sur certains points de la Picardie. Une gerbe bien liée en forme le noyau ou le centre; on range tout autour des javelles, l'épi en haut, appuyées contre la gerbe centrale, non pas parallèlement, mais un peu niclinées. Lajig. 412 en montre la coupe par le centre. Fig. 412.

Lorsque le meulon a i\n diamètre «pii ne peut être déterminé, mais qui ne di'pas^e pas deux fois la longueur des pailles, on le couvre (lu chapeau, comme dan-, la méthode précédente. J'ai vu pratiquer les deux sortes de moyes, l'une à Roville et l'autre au Ménil. Toutes deux offrent <les avantages (jui leur sont parlictdicrs. Celle par couches horizoniales sei-a préférée toutes les fois que le grain devra demeurer longlenips à l'air, ou être exposé à de gra"des pluies; l'autre offre l'avantage de la célérité el de l'économie, mais elle a l'inconvénient de s<' laisser plus facilement pénétrer par les pluies.

(Jn a dans certains pays un autre mode de javelage qui ressemble beaucoup au précédent. On prend une javelle, on en saisit les épis de la main gauche et on la dresse, en ayant soin que la partie inférieure des liges louciie le sol; pendant celle manœuvre la main droite écarle la partie inférieure, de sorte que la javelle, ainsi disposée, forme w\ cône lr<iu(iué {fig.W^). On se sert de celte méthode dans les Vosges et en Allemagne pour le sarrasin, dans ia.Basse-liretagne |)Our le trèfle de semence.

Telles sont les précautions qui assurent à la prali(pie du javelage les succès qu'avait promis la théorie, el qui U'Uis fournissent

I occasion de répéter un axiome qui doit être médité par tous les vrais cultivateurs, c'est que lorsciu'im principe est vrai, el ne réalise pas les espérances qu'il avait fait concevoir, on peut èlre sur que l'on se trompe sur l'application.

Fig. 413.

300 AGRTCULTURK :

Les arar^tfIs^ei• dcx moyes sont iiK^ilculables dans les temps pluvieux, et offrent une solutidii satisfaisanle du problème de la conservation de* grains pendant ces saisons désas- Ireuses. Dans leclimat humide du nord de la xVont'py^-c et de la Suède, on a un autre moyen de paiMlj-ser l'influenee des pluies. Ce procédé, qui est difficiiement applicable a la grande culture, mais qui convient à de petites superlieies, consisle à planter dans le sol uu fort pieu assez élevé, et traversant le centre d'une gerbe debout sur sa partie inférieure {fig. 414). L'extrémité qui e>l hors de Fig. 41-J.

DFS RÉCOLTES.

r.iv. r"

terre reçoit des gerbes de moyenne grossiPtir qui sont fixées presque horizontalement, en ayant soin de donner à l'épi une légère iuclioaison vers le sol.

Lorsque la paille des céréales est mélangée lie plajites étran frères dont le feuillage est encore vert, il est prudent de la laisser exposée quelque temps à l'air, afin de faire sécher ces végétaux qui ne manqueraient pas de l'altérer par leur fermentation si on les amoncelait en grande quantité.

Uengerhage s'exécute de différentes manières suivant les localités et les modes de battage. Ici, le lieur s'aide de la cheville ; ailleurs, on n'en a pas même l'idée, là, on fait des gerbes qui n'ont que 2 pi. de circonférence, tandis que dans d'autres endroits elles sont démesurément lourdes et massives.

Celles qui dans tous les cas pa.faissent bien conditionnées ont 1 pi. et demi de diamètre, ou environ 4 pi. de circonférence. Elles sont proj)ortionnées à la force ordinaire d'un liouime, se manient avec facilité et donnent uix grand avantage pour équilibrei^ le chargement.

§ IV.— De la rentrée des moissons.

Je comparerais volontiers le cultivateur au moment de la moisson, à un général d'armée au moment d'une bataille : il doit être présent partout, se multiplier sur tous les points, avoir des paroles d'encouragement pour l'ac'Jvi'.c des uns, g' i iniaiider la len-

teur des autres, payer souvent de sa personne, prévenir le désordre et la confusion. L'œil du maître est indispensable. «Qu'on ir.e permette là-dessus, dit un cultivateur du département de l'Oise, quelques détails qui ne me sont que trop connus. — Le temps presse, on reçoit l'ordre d'atteler et de partir. Si le mai Ire n'y est pas, le charretier attelé lentement ses chevaux, qu'il fait sortir l'un après l'autre de l'écurie; les chevaux sont jj'èls à partir, mais le calvanier n'a pas encore piéparé les liens : il se passe 10 mi- Miites avant qu'ils soient mouillés et mis dans la Voiture. Cependant le charretier sort de la maison, il s'en va pas -à-pas comme s'il n'était pas pressé, parlant à l'un, s'arrêtant pour prendre l'autre dans sa voiture; enfin, avec le temps il ai-rive. Les moissonneurs reçoivent du calvanier l'ordre de lier; mais ils veulent finir leur route, ou mettre la pièce au carié; en attendant, les calvaniers ou charretiers causent ou se reposent étendus^dans le champ. Les moissonneurs se mettent pourtant tn train de lier, et les gens les regardent faire; ce n'est qu'au bout d'un certain temps qu'ils se mettent en devoir de faire un {lizeau.Pour les moissonneurs, ils ne s'inquiètent guère si la voiture se charge ; ils continuent à lier, et ce n'est que sur les instances réitérées du charretier qu'ils détachent un d'eux pour mettre les gerbes en dizeaux. Après bien des pourparlers la voiture vient à être chargée; on la comble avec lenteur; on se met en marche; on arrive à la grange. Les calvaniers sont à goûter: les arrivans les imitent. Ce n'est qu'au bout d'un quart-d'heure que la voiture se décharge, et encore comment ? à peine s'il tombe une gerbe par minute ; il fait chaud, on cause, on s'essuie; il se passe une heure avant que la voiture soit déchargée; elle repart enfin, et arrive dans les champs la nuit fermée, ou est surprise par la pluie. — Que l'on compare la lenteur dont je viens de donner les détails, et qui est néanmoins fort ordinaire, avec l'activité que pro<luit la présence du maître. - « Qu'on parte sur-le-champ pour allej* chercher le nié. Pierre et Jacques, attelez les chevaux; Thomas, trempez des liens pour mettre dans la voiture : allez tous trois à la pièce en grande hâte. » La voiture y arrive, mais le maitre j e^t déjà ; les moissonneurs ont quitté leur ouvrage et attendent des liens; ils lient avec promptitude; Jacques met les gerbesen dizeaux; Thomas les donne à Piei re qui les met dans la voiture : en moins d'un quart-d'henre la voiture est chargée et comblée. Elle arrive à la maison, où elle trouve les calvaniers placés pour la décharger; les gerbes tombent comme la grêle ; au bout d'un instant la voiture se trouve vide. La servante apporte à boire aux chargeurs et charretiers qui partent en poste chercher une autre voiture : celle-ci se charge et décharge avec la même promptitude. On fait trois voitures au lieu de deux, et l'on brave ainsi l'incertitude du temps et l'obscurité de la nuit. «

A ces observations si bien senties, je n'en ajouterai plus qu'une, c'est qu'on se trompe beaucoup lorsqu'on croit faire une grande économie en chargeant fortement les voilu-

CEKP. li'. RECOLTE DES

res. Le résuHal esl diamétralement opposé; presque loujours on agira avec plus de célérité en chargeant modéi'émenl.

ç V. — De quelques manières de moissonner.

Il y a déjà quelque temps qu'on a essayé d'introduire en Angleterre l'usage des chars moissonneurs. Parmi ces machines à moissonner, les plus nouvelles et les plus dignes d'alleatioii sant: 1° celle de Smith (^f^. 416); Fig. 4t5.

GRA.NIFERES. Wl

le coupeur de celte machine est circulaire et agit horizontalement; il est attaché sur un tambour tellement disposé que la machine en marchant lui communique un mouvement de rotation rapide, et que les chaumes cou|)és tombent en formant une ligne régulière. Cette machine abat environ un arpent à l'heure. 2° La machine à moissonner de Bell (y?^.416) esl le plus récent et le plus parfait de ces appareils; la figure le fera suffisammentcomprendre,en remarquant dans le détail {fis- ^^'^) '^ dispositioïKles deutsquicau-

p'iu ie> cliauuies. Le peu de perfection avec laquelle ces sortes de machines fonctionnent, rie permet guère d'en conseiller acluellement l'emploi exclusif. Il est à désirer qu'ils se perfectionnent assez pour pouvoir les introduire économiquement dans les fermes un peu étendues.

On a cherché à obtenir le même insultât par une sorte de main o« de chariot à peigne. Celti> méthode est suivie dans quelques parties du Norfolk et du Suffolk, et aussi dans le département de l'Indre et cantons limitrophes. Elle était en usage dans l'ancienne Gaule, au rapport de Plike. Elle consiste à ne couper des tiges que les épis. Cette méthode abrège certainement le faucillage, mais comme il laut ensuite faucher les chaumes après la moisson, l'cconomie n'est réalisée <|u'en partie. Nul doute qu'elle ne présente x\n grand avantage pour le battage. Ce procédé est demeuré très-ci rcouscrit, et parait n'avoir été introduit dans les contrées que Hous venons de mentionner, que pour remédier aux vices de la culture; en effet, lorsque les céréales sont infestées par les mauvaises herbes, le meilleur moyen d'eu pur-

ger le froment, c'est de ne moissonner qun les épis; mais je me hâte d'ajouter que c'est aussi le moyen le plusefticaceque l'on puisse imaginer pour perpétuer dans le sol ces générations de parasites qui font tant de tort au cultivateur.

Jux environs de Ploëimel ( Morbihan ) et dans quelques autres localités, on moissonne le seigle en laissant des chaumes qui ont un pied ou plus de hauteur, tandis que l'avoine se coupe ras. C'est là une de ces pratiques, dont les cultivateurs eux-mêmes de ces can« tons n'ont pu donner la raison, et je crois qu'il est impossible d'en trouver une plausible.

Je ne terminerai pas cet article sans direu» mot des dizeaux , non pas pour indiquer la manière de les construire , elle est partout lai même avec quelquesvariantes insignifiantes, mais parce qu'ils lournissent au cultivateur un moyen prompt et facile de se rendre compte de ce que chaque pièce, chnaue espèce de récolte a produit. En faisant la base du dizeau de quatre gerbes, le monceau ei» contiendra dix, et en comptant les monceaux ou a instantanément le aoiubre tol^]^.

Il est rarement avantageux au cultivateur de fiïire glaner ses champs moissonnés autrement qu'en les faisant parcourir par un troupeau de moulons. Autant que la législation le permet, il doit proscrire le glanage sur ses terres. C'est rendre un véritable service à la population , parce qu'on la force ainsi à renoncer à une coutujne dont le résultat le plus déplorable est une sorte de vagabondage, de gaspillage, qui dispose le glaneur à regarder définitivement comme sien le bien d'autrui. Quant h la question légale, il en sera parié à l'article Lt'f,'isÙ!tion agricole.

Section iv. — De la récolte des racines. § I".— Époque de l'arrachage.

Depuis que ces plantes sont regardées comme élément essentiel dans la combinaison d'un assolement judicieux , soit qu'on les fasse consommer en totalité, soit que l'agriculteur associe l'industrie à son exploitation pour transformer ses produits sur les lieux, afin de les écouler plus facilement et d'en utiliser les résidus, la culture et la récolte des plantes à racines a acquis une haute importance.

Pour ceux de ces végétaux qui sont bisannuels , et la plupart sont dans ce cas , la maturité ou le maximum du développement ne se manifeste par aucun indice; dans ceux qui ne vivent qu'une seule année, tels que la Pomme-de-terre et le Topinambour, la maturité se décèle souvent par la teinte jaunâtre que prennent les feuilles et les tiges.

Dans tous les cas, Xépoque de V arrachage est subordonnée à la saison, ainsi qu'à la plante qui doit succéder. Lorsque le terrain est destiné à rapporter des plantes hivernales, on ne saurait trop se hâter d'opérer l'arrachage; quand l'emblavure ne doit avoir lieu qu'au printemps suivant, on peut ne consulter que les circonstances atmosphériques. Il y a dans la culture des terres argileuses une grande difficulté pour l'introduction des racines, c'est que celles-ci y mûrissent plus tard qu'ailletu's. et qu'il faut néanmoins récolter plus tôt, sans quoi on s'exposerait à voir le terrain pétri et pour ainsi dire corroyé par les travailleurs et les attelages.

§11. — Récolte à la manière des Anglais.

L'Angleterre , entourée de mers profondes, enveloppée sans cesse d'une atmosphère brumeuse, ne voit pas comme chez nous une température excessivement basse succéder brusquement à une forte chaleur. Le climat y est plus égal , et, (quoique située plus au nord que la France, rarement la gelée y a autant dintensité. Celle différence dans la climalure en a amené une autre d.ins l'économie rurale ; je veux |>arler de la slahulation dans des parcs ouverts, ou à l'air libre. L'art ou peut-être la nature a créé des races <le moulons qui s'accommodent fort bien de ce régime, tandis que les végétaux n'éprouvenl que peu de dommages de la part des gelées. Aussi, rien de plus coukmun dans

DES RECOLTES. liv. i".

les auteurs agronomiques de ce pays que la description des parcs et des méthodes en usage pour faire consommer avantageusement sur place les produits du sol. Ils font observer avec raison que par ce moyen d'alimentation on évite les liais de transport des racines aux bàlimens d'exploitatior) , et des fumiers dans les champs. Lorsque la récolte est abondante, ou n'en arrache que la moitié que Ton transporte ailleurs; lorsqu'elle ne dépasse pas les limites ordinaires, ou la laisse en totalité.

D'autres fuis, lorsque la pièce qui a rapporté les plantes à racines n'a pas besoin d'être (umée, on transporte la recolle sur un champ voisin dont 1 humus est épuisé.

Ce mode de récolte est particulier à l'Angleterre, et nous n'en aurions point parlé si nous n'étions intimement convaincus qu'il peut être utilisé dans quelques-unes de nos provinces méridionales et littorales, et notamment sur le territoire algérien, si la France veut coloniser sa conquête.

§ III. — Récolte ou arrachage à la main.

Dans l'ordre naturel des choses, cette méthode a dû précéder toutes les autres, et l'art agricole est demeuré tellement stationuaire sous ce rapport, que c'est encore celle que l'on doit préférer dans bien des cas. Les plantes tuberculeuses, la pomme-de-terre, le tobinambour, la pistache de terre, s'arrachent avec la bêche {voy. la ^^g-. 150, p. 161, ci-devant), la fourche {Jîg. 161, p. 162) et le bident (JFg. 181, p. 166).

Le premier de ces instrumens s'emploie avec avantage toutes les fois que la terre est franche, sans pierres ni galets, et sans être trop durcie. Le second est utile toutes les fois que le terrain est encombré de pierres, ou argileux. Enfin, le troisième sera exclusivement préféré dans les terrains battus ou resserrés par la sécheresse.

Préconiser l'emploi d'un de ces instrumens à l'exclusion de tous les autres, sans avoir égard aux différences de sols et de température, ce serait tomber dans une grave erreur. Prendre conseil des circonstances sera la devise de tout homme sensé. La récolte des plantes à racines pivotantes s'exécute au moyen des deux premiers instrumens que nous venons de mentionner, en consultant les différences de sol et la configuration des racines.

On ne saurait se dissimuler que la récolte à la main ne soit dispendieuse et ne traîne l'opération en longueur: il ne faut pas moins de 40 femmes, très-exercées, pour arracher un hectare de pommes-de-terre en un jour, el 30 eufans pour les ramasser. On a donc cherché à remplacer la main-d'œuvre par un agent mécanique. Les succès déjà obtenus fontconcevoir l'espérance d'importantes améliorations.

§ IV. — Arrachage à la charrue.

Les hommes qui ont secoué le joug des préjugés, ceux même qui se sont femiliarisés de longue main avec la pratique de l'apricullure. ont nié pendant long-temps la

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