LIV
moment de jeter le grain dans ces fosses, on y fait brûler du bois bien sec, afin de retirer l'humidité de la construction, et de la durcir. Les parois sont revêtues de paille épurée comme il a été dit précédemment , et le silo recouvert d'une double natte, puis de paille bien foulée, et enfin d'argile; si le grain vient à épBouver du tassement ou un aflaissemenl sensible, le couvercle du silo suit ce mouvement et opère une pression continue.
Dans plusieurs parties de la Russie, l'Ukraine, la Lithuanie, la Pologne, le Caucase, on construit des silos d'une manière encore plus économique : ce sont de simples trous creusés dans le sol, et dont on durcit les parois au moyen du feu ; le grain s'y conserve tiès-bien pendant un grand nombre d'années. L'ouverture de ces silos est recouverte de terre, et on y fait passer la charrue, surtout lorsqu'oH redoute les incursions des ennemis.
Du reste, voici les moyen'! et les conditions essentiels à la confection des silos et à la bonne conservation des grains, tels que les résume un (les savans qui se sont le plus occupés de cette matière: « Ils consistent : 1" à bâtir en hélon fortement comprimé ; 2° à mettre une couche de sable entre les fosses el le sol dans lecpiel elles sont placées; 3" à brûler du charbon dans l'intérieur, afin de carboniser la surface de la bâtisse, de la consolider, de la durcir, et de la rendre plus propre à recevoir un enduit de bitume; 4° à opérer une dessiccation complète par le moyen de la chaux vive; 5" à revêtir l'intérieiir des fosses de deux couches de bitume ; G" à !r,!'i!er du charbou dans les fosses imineJijlciuent avant d'y jeter le grain, cl de
renouveler cette opération dans l'iptérieur de l'ouvei-lure, après avoir rempli la fosse jusqu'au sommet de la voûte, afin d'imujerger le blé dans un bain de gaz acide carbonique, et de se procurer ainsi un moyen actif de conservation pour cette denrée et de destruction pour les insectes; 7° à ne déposer dans les fosses que des grains suffisamment secs; 8" à placer de la chaux vive dans le goulot de la fosse, pour en extraire l'humidité qui pourrait s'y être introduite ou qui existerait dans le grain.» (C*" de Lasteyrie.1
D'après ce qui précède, on doit penser que la question économique des silos est assez dil^Ticile à résoudre en chiffres. Elle dépend essentiellement des localités et du mode de construction qu'on adopte. Cependant il est facile de voir que ce procédfé de conservation, évitant complètement les avaries auxquelles les grains sont exposés dans les greniers ordinaires, et ne donnant lieu à aucune dépense de manutention, doit offrir de grands bénéfices lorsqu'on l'applique au blé récolté ou acheté dans les années d'abondance et lorsqu'il est à bas prix. Nous reproduirons comme basé d'un calcul de ce genre, mais en prévenant qu'on pourra presque toujours établir des silos à moindres frais, l'exemple rapporté par M. de Lastey- RiE. D'après une soumission présentée au Ministre de l'intérieur, on offrait de construire à l'hôpital Saint-Louis, à Paris, pour moins de 3,500 fr., une fosse d'une dimension de G7 mètres cubes, pouvant renfermer 440 quintaux métriques ou 670 hectolitres de grains.
Calculant le prix d'achat à raison de 18 fr. l'hectolitre, soit 12,000 fr.
Ajoutant l'intérêt de 3,500 fr., capital employé à la construction du silo, pendant 5 ans, soit . . . 875 fr.
On a un déboursé de 12,935 fr.
Si l'on rencontre, durant ces 5 années, un moment de hausse où le prix des grains parvienne, par exemple, à 26 fr. l'hectolitre, la revente à ce prix, des 670 hectolitres produira une somme de . , 17,420 fr.
Et par conséquent un bénéfice
de 4,485 fr.