ETES ET DES HIVERS
Dans nos climats, lorsqu'il augmente profiressivement d'intensité, il est peu dangereux. A son approch«t, la circidation se ralentit; la sève abandonr:e les tiges; — les feuilles tombent; — la vie active disparait, et ce sommeil léthargique, en quelque sorte an;'.logue à celui de certains animaux pendant l'hiver, peut se prf)lon,t.'er fort longtemps sans altérer en rien l'organisation végétale. Mais, lorsque le froid survient d'une manière intempestive ou subite, il cause, comme nous l'expliquerons bientôt, des ravaf;es souvent irrémédiables.
La température atmosphérique varie en raison de la latitude, de l'élévation plus ou moins grande au-dessus du niveau delà mer, derexposition,etde lasuccession des saisons.
Le changement de latitude la modifie d'une manière remarquable. S'il a été donné à quelques plantes de vivre dans tous les climats, et souvent à toutes les hauteurs, La i)luj)ai't des végétaux que nous avons le plus d intérêt à cultiver, resserrés par la nature dans des limites plus étroites, ne peuvent croître et piospérer au-delà de ces limites qu'à l'aide d'une température artificielle. — Depuis.l'éqnateur, où la chaleur solaire s'élève, h l'abri des réverbérations, jusqu'à près de 40° du thermomètre de Réaumur (50" centigrades), et n'est jamais moindre de 12 à 15 , jusqu'aux régions qui avoisinent les pôles et dans lesquelles l'intensité du froid n'a pu être déterminée faute d'instrumens, on voit la végétation suivre pour ainsi dire pas à pas chaque modification de températiu'e, et il est parfois aussi difficile de naturaliser une plante d'un pays froid dans un pays chaud, qu'une autre plante d'un pays chaud dans un pays froid.
La chaleur diminue dans l'atmosphère en raison de l'élévation du sol, et cela dans une proijortion d'autant plus ra|)ide que cette élévation est plus considérable, ^ous la même latitude on peut donc, à diverses hauteurs, ti ouver une température fort différente, et reunir par conséquent les productions végétales de contrées souvent très-éloignées.
Knfin, sous une même latitude et a la même hauteur, la température peut encore varier scion l'e.rposition, comme le savent très-bien tous ceux qui soccupentde laculture délicate des plantes exotiques ou des primeurs.
Mais une dernière cause, pour nous la plus importante, des changemens de température, c'est lasuccession des saisons.
§ II. — Durée des étés et des hivers.
Le printemps des astronomes commence h répocjue fixe où le soleil, traversant l'équaleur, se rapproche de nos contrées. Il n'en est pas ainsi de celui du cultivateur; car ses efléts se font sentir plus tôt ou plus tard, non seulement de contrée à contrée en raison de la latitude, mais d'année en année au gré desméléoies atmosphériques. Il agit véritablement dès le moment où la sève se met ostensiblement en mouvement; c'est-à-dire, pour le climat de Paris, vers le courant de février.
D'un autre côté, les chaleurs estivales se prolongent ordinairement dans l'automne, de sorte que, vers le centre de la France, la
végétation peut cons.^rver son acti\ilë peu- 1 assez médité les conséquen (laut les deux tiers de l'aunée. Klle se re- agronome avait lait en Ru pose pendant ' * "
le troisième tiers ; encore son inaction nesl-elle vraiment complète que dans les temps de gelée.
Entre le |)rinlemps et cette dernière époque, les plantes annuelles commeucenl et achèvent, piuir la plupart, leur courte existence. Cependant il en est qui peuvent résister aux froids de nos climats, et qu'il est profilable en i)rati(iue de semer en automne. Elles deviennent ainsi en quelque soite bisannuelles. — On sait combien les céréales «l'autonine sont plus productives que celles de mars; — combien il est préférable pour obtenir en jardinage des lleurs plus jin-eoces et plus belles, des graines de meilleure qualité, de semer avant qu'après rhi\er.
Les plantes vivaces ne se distinguent des plantes annuelles que par la plus grande durée de leurs racines.
Les végétaux sous-ligneux et ligneux conservent seuls leurs tiges pendant l'hiver.
Sous l'influence des chaleurs et des pluies de printemps, les premières poussent leurs tiges florales, — les secondes lèvent et se développent rapidemeat, — les derniers aiouteut à leurs troncs et à leurs branches de nouveaux bourgeons. — Le soleil de Tété consolide chez tous cette organisation ébau- "chée, arrête la production des tiges et des feuilles au i^rolit de celle des fleurs et des fruits.— L'autoiuiie complète la maturité des graines, et prépare progressivement les végétaux à supporter les froids de l'hiver.— Toutefois, dans les contrées tempérées, elle ne présente pas ce seul avantage; car, sitôt «pie les pluies d'équinoxe rendent à la terre un peu d'bumidile, le sol, encore échauffé, se prête au développement de la végétation. — Non seulement la germination de beaucoup de graines peut avoir lieu, mais, après le dessèchement de leurs tiges floréales, les plantes vivaces donnent iinniédiatement naissance à de nouvelles feuilles. Les yeux ou gemmes des arbres grossissent et se perfectionnent; les racines poussent de jeunes chevelus; enfin la vie végétale semble renaître, comme pour prendre l'avance sur le printemps suivant. Nous venons de voir que ies semis d'automne sont une heureuse application de cette remarque. Ajoutons que l'avantage incontestable, dans le plus grand nombre de cas. des plantations faites de bonne heure, en est une autre conséquence non moins importante.
Tendant un long été, le cultivateur intelligent trouve les moyens d'augmenter son avoir par des récolles tardives. — Les plantes exotiques ont le temps de donner leurs fleurs et de mûrir leurs fruits. — Les climats, enfin, semblent s'avancer vers le nord, tandis que Hs longs hivers les font rétrograder vers le sud.
Du reste, la durée d'un froid modéré ne parait avoir d'autre inconvénient que de relarder les progrès de la végétation; car l'état d'inaction dans lequel elle retient les organes <les plantes de nos climats, lors même qu'il se prolonge au delà du terme ordinaire, n'altère pas sensibleiueut leurs propriétés conservatrices. A. TiioLiN cile, a (-et égard, un fait curieux dont ou n'a pas, ce me semble,
CDAP. I""^.
uences. — Ce savant ssie un envoi de végétaux, [)armi lesiiuels se trouvait un ballot d'arbres fruitiers qui tomba dans une glacière, où il fut oublié pendant vingt et un mois. —Après un si long hiveinage, et dans de semblables cirronstances, on devait croire que tous auraient péri. — Il en fut autrement. M. Demidoff, à qui ils avaient été adressés, remarquant ((ue leur organisation ne semblait pas altérée, les fit j)lauter avec soin. — Pas uii ne mourut.
§ III.— Intensité de la chaleur et du froid.
Quoique la température moyenne de chaque cl'miat ne varie pas autant qu'on pourrait le croire, il n'en est ()as moins vrai que l'intensité de la chaleur el du froid est loin d'étie annuellement la même. — A Paris, le thermomètre est mouîéàau" (ù8° centigrade) en juillet 171)3. —Il est descendu à -19" (23° 1,2 cent.) au-dessous de 0 ' en janvier 1795. Et cependant, années çominiines, les chaleurs de l'été ne s'élèvent pas au-dessus de 21) à 2G° (25° à ol centig.), et les froids sont rarement de plus de — 6 à 12" (7 1,2 à 15 centigrade).
II est à peine besoin d'ajouter que les froids augmentent ou diminuent d'intensité en raison inverse des chaleurs, à mesure qu'on s'avance du point que je viens d indiquer vers le nord et vers le sud.
D'après cette considération, Olivier de Serres divisait la surface entière de la France en quatre zones principales; — Le climat de l'oranger, qui ne s'étend guère au-delà du littoral de la ^léditeri-anée; — Celui de l'oUvier, qui se prolonge un peu au-dessus du 43" degré de latitude; — Celui de lavigne, qui s'avance au nord jusque dans le voisinage du 49" degré; — Enfin celui du pommier.
Sous le point de vue plus général de la grande culture, d'autres agronomes ont partagé le même paj s en trois climats seulement: — Celui du midi, des Pyrénées à Uordeanx, et de Marseille à Valence; — Celui du centre, de ces deux villes à Paris ; — Celui du nord, de Paris jusqu'aux frontières de la Belgique. Arthur Yol.ng, adoptant une division ana'ogue, caractérise chaque région de la manière suivante : 1° celle du nord, oii il n'y a pas de vignobles, et dont on i)eut tracer la démarcation par une ligne droite tirée depuis Guerande ( Loire-infeiieure} jusqu'à Coucy (Ai.s ne;; 2 "celle du centre, oti il n'y a pas de mais, et dont la limite est assez exactement indiquée par une ligne droite tirée de Ruffec (Charente; jusqu'au pays enlreLunéville et Nancy ( Meurlhe j; il est remarquable qu'elle est presque parallèle à la ligne qui marque la .'^^éparation des vignobles; 3"'' celle du midi oii l'on trouve les vignes, les oliviers et le mais. {Le Cuit, anglais, t. 17. )
L'intensité de la chaleur peut, dans certaines circonstances, remplacer sa durée.
Linné, et , de|)uis lui, plusieurs naturalistes ont observé que, pour parvenir à la parfaite fructilication, chaque plante exige une quantité [)articulière de chaleur. En liussie, oii les étés sont plus courts mais plus chauds qu'en France, la végétation de 1 orge s'accomplit parfois en moins de deux mois, tandis que
cnnv. 1". TEMPÉRA.TURE : INTENSITÉ chez nous elle se lermine raremeut avant cinq mois.
Quoique la seule intensité tie s froids, comme ratU'slent qnel(|iu's hivers exir(''iiiement rigoureux, puisse causer de fi^raixis désastres en pénétrant le sol assez profondément pour atteindre l'extrémité des grosses racines; cependant la durée et la rigueur des gelées sont moins à redouterque leur inopportunité. Nous allons en trouver la raison.
§ IV. — Du refroidissement et de la congélation.
On sait que, pendant une nuit calme et sereine, les corps qui se trouvent à la sur lace du globe deviennent plus froids que l'atinosphére, parce que, dans l'échange de calorique qui s'établit par le rayonnement entre eux et le ciel, ils émettent plus qu'ils ne reçoivent. — flertainscorjjs, mauvais conducteurs de la chaleur, jouissent particulièrement de cette propriété d'émission. Telles sont les parties herbacées des végétaux. Aussi la vapeur d'eau répandue dans l'air se condense à leur surface et produit, selon les saisons, la rosée ou la gelée blanche.
La rosée n'exerce qu'une influence heureuse sur la végétation. — Dans les climats Ci; pendant les saisons où les pluies sont peu fréquentes, elle peut., jusqu'à un certain point en tenir lieu.
La gelée blanche est d'autant plus à crain dre qu'elle est ordinairejnent frappée parles rayons du soleil, et qu'en fondant rapidement, elle doit enlever aux parties des plantes avec lesquelles elle se trouve en contact assez de chaleur pour occasioner de graves désordres dans leur organisation.
La glace n'est qu'une modification de la gelée blanche. — Le même effet peut ia produire par sa continuité. Le plus ordinairement, cependant, elle résuile de l'abaissement général de la température. Par suite d'une exception remarquable aux lois ordinaires de la physique, l'eau, en passant à l'étal solide, augmente sensiblement de volume. Sa force expansive est telle en cet état qu'elle peut soulever des masses de rochers et briser des métaux. — Lors d(mc que les froids surprennent les véj/étaux en sève, celle-ci se dilatant" tandis que les vaissp&ux qui la contiennent diminuent de diamètre par la congélation , il en résulte nécessairement des lésions toujours fort graves et souvent mortelles.
Ce fait suffit pour expliquer d'une manière énérale pourquoi les plantes les plus sensi- )les à la î-ielée sorit celles dont la végétation, comme dans les pavs chauds, est conslammenlaclive,et pourquoi celles de nos climats redoutent bien plus les alternatives de (roid et de dégels subitsipiedes geléesprogressives et durables, fussent-elles beaucoup plus fortes. — Plusieurs de nos lecteurs se rap-
{)ellent sans doute les froids qui se firent sulitement sentir le 12 et le 13 octobre 180.>. — L'année ayant été tardive, la végétation était encore en pleine activité; le thermomètre descendit à peine, à Paris, au-dessous de deux degrés et demi, et pourtant une foule de végétaux indigènes ou cultivés en France depuis long-temps, et qui avaicMit supporté, par conséquent, des gelées inconiparablemeul