‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 218 sur 304 · Blé gros turquet · texte numérisé non relu

Blé gros turquet

Sous-variété du précédent, à épis épais, peu alougés , régulièrement carrés, d'un cendré rougeâtre; à grains très- gros. Il nous a paru être un des plus vigoureux et des plus productifs parmi les poulards velus.

30. Blé de Sainte-Hélène ( fig. 542 ). Ce froment, propagé par M. Noisette, sous le nom de blé géant de Sainte-Hélène, est également une sous-variété du n° 28, et a beaucoup d'analogie avec le gros turquet; son épi est encore plus gros, moins régulièrement carré, les épillets inférieurs étant souvent plus élargis que ceux de la partie supérieure ; ia qualité du grain est très-analogue à celle des (feux précédens, mais il parait les surpasser encore en produit.

Nous avons reçu de plusieurs collections,

cn/iP. tr/

DES FROMENS.

sous le nom de blé de Dantzick, un froment absolument identique à celui de Sainte-Hélène, ce qui peut faire présumer que celui-ci a été originairement transporté d'Europe dans cette lie, d ou il nous sérail revenu.

3 1 . Bié de Miracle, blé de Smyrne ( Tr. tur- ^idum, L.), {Ji{^. 543 ). Linné avait fait une

Fig. 543.

espèce de ce froment remarquable, qui, n'étant toutefois qu'une variété du turgidum^ a été réuni à celui-ci par les botanistes modernes. L'apparence exti .lordinaire de son épi, large, épais, et qui présente comme une masse de plusieurs épis sondés ou greffes les uns siu' les autres, a depuis long-temps fait du blé de miracle un objet d'intérêt \nn\v les cultivateurs; chacun l'a essayé, et presque chacun y a renoncé après quelques années d'épreuve, parce qu'il est difficile sur le

son grain, quoique plus rond, plus jaune et plus beau que celui des autres poulards, parait ne leur être pas supérieur en qualité. Ce sera toujours une variété curieuse, mais il est

f)eu probable qu'il s'établisse solidement dans a grande culture de nos contrées septentrionales. Il lui faut une terre à la fois riche et très-saine; dans une terre médiocre, il dégénère promptement et reprend un épi simple.

32. Foulard bleu, blé bleu conique des Anglais. Cultivée en Angleterre et sur quelques points de la France, cette variété y est estimée pour son produit et sa rusticité; elle ne diffère, du reste, des autres poulards velus, que par la nuance bleuâtre de ses épis, et par son grain un peu moins gros, qui est d'assez bonne qualité.

33. Pétanielle noire. Parmi les nombreuses variétés du Triticum turgidum , ce\\e-ci est une des plus remarquables parla hauteur de ses tiges, par le volume et le poids de ses épis, enfin par Taboodance et la grosseur de son grain ; son épi, noir ou noirâtre, perd assez facilement ses barbes après la maturité. Ce froment a très-bien réussi, depuis deux ans, aux environs de Paris ; mais cette épreuve n'est pas assez longue pour juger s'il conviendra au climat du nord de la France, comme ilconvientà celui du midi. Son grain annonce, du reste, les mêmes défauts que ceux de la plupart des blés de sa race.

G. — Froment dur ou corné {Triticum dur uni). (Jg. 544. )

Epi dressé, presque cylindrique dans quelques variétés, à faces déprimées avec des angles peu prononcés dans d'autres; barbes très-longues et l'oides; épillet plus long que large ; glume velue ou glabre, ovale-alongée, terminée par une pointe droite; grain long, anguleux, très-dur et glacé; paille roide et dure.

Les fromens de cette série appartiennent tous aux climats chauds; on les cultive beaucoup en Vfrique, dans le midi de l'Europe, et particulièrement dans les provinces méridionales de l'Espagne

mais point ou peu en France, dont le climat leur convient mal.

Nous ne parlerons donc pas en détail de leurs variétés et nous en mentionnerons une seule, qui peut figurer avec quelque avantage au nombre de nos blés de mars.

■f'è4.Trimenia,ov blé tréniois barbu de Sicile ( jfig. 544 ). Son épi , glabre et jaunâtre, est presque quadrangulaire, long, un peu étixîit, les barbes droites et peu écartées. Le grain, de forme a longée, est moins anguleux que dans les autres variétés de cette espèce; la paille est fine, roide et as-

Fig. 544.

r»r»miiTT f^nif^r».

.S72 AGRICULTURE : DES CEREALES ET clie pas que le bétail no la niang;e fort bien. Depuis oiniron 20 ans (|ue ce blé a été introduit par Fka.nçois de iS'fafcuateai', nous lavons semé plusieurs lois avec succès aux environs de Paris et en Gâtinais ; il nous a paru moins difficile sur le terrain (jue les autres blés de mars, et pourrait, dans certains cas, leur être préférable, quoique le peu d'apparence de son grain lui donne, relativement à eux , du désa\anlage pour la vente.

D. — Blé de Pologne ( Tr. Polonicum).

Cette espèce se distingue facilement de toutes les autres, par ses grands et longs épis barbus, d"un blanc jaunâtre, par ses glumes très-alongées, et par son grain très-long aussi, de la foriiic de celui du seigle, et glacé au point d'être presque transparent.

3.5. Quoique le blé de Pologne ait quelques variétés, nous ne parlerons que de celle à épi lon^, connue aussi sous les noms de seigle de Pologne, seigle d'Astracan, etc. (^g. 545), qui a été l'objet d'essais mnltipliés en France.

Malgré sa belle apparence et la bonne qualité de son grain, il a été presque partout abandonné après quelques années de culture :

comme blé d'automne, il est délicat pour notre climat, où les hivers lui sont assez souvent funestes ; comme blé de printemps, il mûrit incomplètement et son grain reste imparfait; nous l'avons de plus trouvé toujours peu productif; nous ne saurions donc en recommander la culture. Ne doutant pas , toutefois , qu'il ne soit long - temps encore l'objet de nouvelles tentatives, nous conseillerons, si on le sème avant l'hiver, de lui donner une terre très-saine, attendu qu'il craint singulièrement l'humidité, et si l'on en veut faire un blé deprintemps, de le semer dès le mois de février. M. le comte de BussY, qui cultive le blé de Pologne depuis 10 ans,auxenvironsdeNogent-le-Rotrou,nousa dit en être assez satisfait, en choisissant cette époque de semaille. Ts'ous ajouterons que notre opinion, peu favorable sur cette belle espèce de froment, se rapporte seulement au nord de la France; nous ne croyons pas impossible que, dans le midi, il ne se montre beaucoup meilleur, d'autant plus que, malgré son nom, nous le regardons comme orif inaire d'Afrique. Les noms de blé d Egypte, lé du Caire, qui figurent au nombre de ceux qu'on lui donne en Allemagne, paraissent l'indiquer, et ce dont nous sommes certains,

DE LEUR CULTURE SPECIALE. Liv. i*'

c'est que Broussonxet en a envoyé, il y a en viron 30 ans, du royaume de Maroc, au Jardin des Plantes, sous le nom de blé de Mogador.

E. — Epeautre ( Tr. spelta).

[fie- S^6 etb!,T.)

Y.\)'i long et grêle, à épillets écartés, laissant l'axe à nu dans leurs intervalles; glume épaisse, coriace, tronquée ; axe de l'épi fragile; balles adhérentes au grain.

Les épeautres sont beaucoup moins cultivées que les froinens à grain nu, ce qui lient sans doute principalement à ce que leur grain ne se séparant pas de la balle par le battage, on est obligé, pour le dépouiller, de le faire passer une ])remière fois sous la meule un peu soulevée; ces blés sont regardés comme plus rustiques, moins difficiles sur le terrain que les autres fromens et résistant mieux à l'humidité. Ils sont principalement cultivés dans les pays froids cl montueux, notamment en Suisse et dans une partie de l'Allemagne septentrionale; tous sont d'automne, quoique susceptibles de mûrir semés jusqu'en février; quelques-uns, mêrae,selonMetzger, préfèrent cette dernière époque.

Le grain des épeautres, bien qu'un peu anguleux et de médiocre apparence, donne une farine très-estimée pour sa douceur et sa finesse, et que l'on emploie, de préférence à toute autre, pour les pâtisseries légères.

36. Les variétés barbues ou sans barbes, lisses ou velues, sont assez nombreuses ; la pluj cw\\\\éGiis\.Vépeautre sans barbe, à épi blanc ou rougeâtre {fig. 546), qui parait être la meilleure pour le produit et la qualité. Fig. 546. Fig. 547.

tt 37. L'épeautre noire barbue {fig. 547) est aussi une espèce vigoureuse et productn-e, mais qui, d'après Metzger, doit être semée de préférence en février ou au commencement de mars.

Y.— Froment amidonnier ( Tr. amyleum ).

Epi barbu, comprimé, composé d'épillets

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étroits, rapprochés, et imbriques régulièrement sur deux rangs; épilletà deux grains.

Les blés de celte race étaient autrefois compris parmi les épeautres,et en ont été séparés par les botanistes modernes; on leur donne fréquemment dans la pratique le nom d'épeautres de mars. Ce qui a élé dit des qualités de l'espèce précédente leur est très-généralement applicable; mais tous sont de printemps et veulent être semés de bonne heure à la fin de l'hiver.

t 38. Parmi leurs variétés, qui sont assez nombreuses,cellert<'/;i blanc et glabre ( fifç.

548) est d'une très-ancienne culture enAlsace, où elle est e>*timée comme productive et de bonne qualité, et où on lui donne les noms A^amelkorn, d'amjlon et d'épeautre de mars.

D'après le témoignage de M. Wagim , elle réussit dans les terrains médiocres, trop pauvres pour Tépeautre d'automne ; la paille en est estimée pour le bétail.

Quelques considérations additionnelles sur les espèces et les variétés de froment.

G. — Froment engrain {Tr.monococcum).

<^fig- 549-)

Epi barbu, dressé, étroit, très-aplati, composé de deux rangées d'épillets très-resserrés et à un seul grai'i.

Cette céréale, qui, par l'apparence de son épi, ressemble plus à une petite orge à deux rangs qu'à un froment, est inférieure à toutes les espèces précédentes, et pourtant elle ne laisse pas d'être fort utile, à raison de la facilité avec laquelle elle réussit dans les plus mauvaises terres calcaires ou sablonneuses. Dans une partie du Berry et du Gâtiuais, on la sème avec succès sur des terrains regardés comme trop pauvres pour produire du seigle. Nous l'employons personnellement en grand sur des terres excessivement calcaires, où,

Fis. 549.

sans fumure, elle donne d'assez bonnes récoltes; sa paille est très-bien mangée parlebétail.L'engrain doit être semé à l'automne et peut l'èlre jusqu'en décembre , attendu sa grande rusticité. On le sème quelquefois aussi sur la fin de l'hiver, mais il faut que ce soit de bonne heure, dès février, attendu que sa maturité est un peu tardive.

t3U. Nous n'en connaissons d'autre vai-iélé que celle figurée ici {fig. 54U), dont Tépi est d'un jaune roux.

Blés rouges et blés blancs. On a vu pins haut que, parmi les variétés du froment ordinaire {Iriticum sativum), il s'en trouve à grain blanc et à grain l'ouge ou rougeâtre : les premiers, désignés sous le nom de blés blancs, sont regardés comme les meilleurs de tous les fromens; on a, depuis quelques années, mis beaucoup d'intérêt à les introduire dans le centre de la France, et presque partout les cul tivateursen ont été extrêmement satisfaits; mais, dans beaucoup de lieux, les meuniers el les boulangers les ont décriés, au point d'en faire quelquefois délaisser la culture. Le mémoire de M. Desvaux contient à ce sujet d^'S remarques importantes, dont nous croyons utile de reproduire ici la substance. Le défaut des fromens blancs est de donner une pâte trop courte et moins liée que celle des fromens rouges; cela tient à ce qu'ils contiennent une trop grande proportion de fécule ou d'amidon, au détriment de celle du gluten. Il suffirait dès-lors d'y ajouter, à la mouture, une petite portion de blé dur ou glacé, dans lequel le gluten surabonde, pour en obtenir une pâte parfaite. Ce mélange, selon M. Desvaux, pourrait, au besoin, être suppléé par l'addition à la farine de blé blanc d'une petite quantité de gélatine animale.

Blés durs et blés tendres. Selon M. Desvaux, les fromens durs ne donnent que 70 parties de pain sur 100 parties de farine brute, tandis que les fromens tendres, et les blancs spécialement, en donnent 90. Ce serait une grande raison pour préférer les derniers; toutefois les blés durs ont aussi leurs avantages ; le pain fait avec leur farine, quoique moins blanc, est plus savoureux, sèche et durcit moins promptement, et parait être plus nutritif. Si ce dernier point couvait être apprécié rigoureusement en chiffres, cela établiraitpeut-êlre la compensation. Nous ajouterons que les blés durs sont d'une conservation meilleure et plus facile que les blés tendres ; enfin, on sait qu'ils sont les plus propres à la confection du vermicel et des autres pâtes analogues. — Les circonstances qui tendent à donner au grain du Iroment l'une ou l'autre de ces qualités sont imparfaitement connues. On sait qu'en général, les climats chauds, tels que celui de l'AiVique, donnent des blés durs, tandis que, dans le Nord, ce sont les blés tendres (lui domincnl;mais cette règle présente bien des exceptions : ainsi, nous avons vu la touselle devenir beaucoup plus glacée aux environs de Paris qu'elle ne l'est en Provence; quelquefois dans le blé de Pologne, froment dur par excellence, et dont la substance est presque vitieuse, on trouve desgrains complèlemtnt tendres et farineux ; d'autres espèces, et notamnieul le trimenia barbu de Sicile, présenlont assez fréquemment des grains dont une moitié est tendre et l'autre cornée. Les causes de ces variations, qui ne sont pas sans importance pour les cultivateurs, mériteraient d'être recherchées. Blés d'hii'cr ou d'automne et blés de printemps. Linné avait fait de ces deux sortes dç

AGRICULTURE : DES CEREALES ET DE LEUR CULTURE SPECLiLE.

blés deux espèces botaniques: ses successeurs ne les ont pas ;idmises, et, comme botanistes, ils ont eu raison. Mais les agronomes, beaucoup d'entre eux du moins, ont eu tort d'abonder tellement dans ce sens qu'ils aient presque regardé comme une hérésie de faire mention de blés de mars et de blés d'automne comme de choses distinctes. Bien que ce ne soient, à la vérité, que des qualités acquises,

au'une habitude de tempérament résultant 'une longue succession de semis dans une saison donnée, il est certain, cependant, que cette qualité est fort importante à considérer pour le cultivateur. Plusieurs écrivains ont avancé que l'on pouvait faire à volonté, en 3 ou 4 ans, un blé de mars d'un blé d'automne, et réciproquement. Cette assertion nous paraittrès-hasardée; il est peu probableque fou puisse faire ou défaire en 3 ou 4 ans ce qui, dans nos espèces acquises, est le résultat de la continuité d'une même influence pendantdes siècles. D'un autre côté, le peu de faits que nous connaissons est, en général, contraire à cette opinion. Nous pensons, enfin, qu'elle peut être récusée par cela seul qu'elle est généralisée.; il est possible, en effet, qu'à l'épreuve, cette proposition se trouvâtvérifiée pour une variété de froment, et qu'elle fût démentie pour dix autres. Les agriculteursdoivent donc se garder de ces raisonnemens théoriques qui tendent à leur persuader que du blé d'automne et du blé de mars sont à trèspeu près la même chose; s'ils ont à semer du froment au printemps, qu'ils prennent un vrai blé de mars, et qu'ils choisissent plus soigneusement encore un vrai blé d'hiver, s'ils sèment en automne. Mais tout en nous faisant ici les avocats de la rouf/we contre la fausse science, nous sommes très-loin de rejeter des essais et des tentatives ayant pour but d'éclairer ces questions et d'augmenter l'utilité des variétés. Voici même un sujet de recherches que nous proposerons. Rien ne serait, selon nous, plus important que d'arriver à trouver un froment qui pût servn-également pour les deux saisons, qui fût à la fois trèsrustique comme blé d'hiver, et assez hàtif pour que, semé en mars et même en avril, il parvint constamment, et dans le temps ordinaire des moissons, à sa maturité complète. On conçoit l'avantage qu'offrirait un pareil blé pour réparer les désastres d'un hiver rigoureux, ou les destructions locales causées par les inondations, par les mulots, les insectes, etc. En pareils cas, on a vu les fermiers manquer de blés de mars pour les réensemencemens, et être obligés de remplacer par de l'orge et de l'avoine leurs fromens détruits. Ici, les blés d'automne offriraiejit une ressource immédiate. Ce problème est probablement très-difficile à résoudre, attendu qu'il ne suffirait pas de la double condition énoncée plus haut, mais qu'il faudrait encore que ce fût im blé productif et de bonne qualité. Malgré la difficulté, nous ne croyons pas la chose impossible : la nature est si libérale en variétés et en combinaisons de qualités ! Nous proposons cette tâche à des agiiculteurs à la fois jeunes, éclairés et persévérans; il s'en élève heureusement aujourd'hui de tels en France. Un de leurs d';vau- «ùers dans la carrière, ua des meilleurs

cultivateurs que nous possédions, M. Bourgeois, de Rambouillet, l'a déjà essayé sur le blé lammas sans un succès décisif; semé en mars, le grain n'était pas toujours assez nourri ou assez complètement mûr pour faire un bon blé marchand, et cette condition est de rigueur : à défaut du lammas, un autre froment d'automue la réalisera peut-être. Nous avonsindiquépar des marquesft, dans l'en umération qui précède, quelques vaiiétés réputées ou soupçonnées être des deux saisons; on pourrait commencer par celles-là sans renoncer à en essayer d'autres. Enfin, on a la ressource des variations naturelles et spontanées : en s'attachant à rechercher dans un bon froment d'automne, sur pied, des épis qui, sans altération accidentelle, fussent d'une maturité beaucoup plus précoce que le reste du champ, on parviendrait peut-être, ainsi, à créer ou trouver une variété qui satisfit aux conditions énoncées. C'est une œuvre de patience que nous proposons ; mais on a bien vu des hommesemployer leur vie à étudier et créer des variétés de jacinthe ou de tulipes ; pourquoi n'eu verrait-on pas qui destineraient quelques semaines paranuéeàéludierelcréer des variétés de froment.'

§ II. — Choix du terraiov

Les sols qui ont été désignés dans la seconde section du chapitre II de ce livre, sous le nom général dCargilo-sableux, sont ceux qui oonviennent le mieux au froment ; mais ils ne sont pas les seuls dans lesquels cette précieuse gi'aminée puisse donner de bons produits. Chaque jour, grâce à l'emploi plus abondant et mieux raisonné des engrais et des amendemeus, on s'aperçoit qu'il est possible d'étendre profitablement sa culture a des terrains qui n'en avaient point encore porté, — On doit regarder son apparition sur beaucoup de points de la France comme une preuve évidente des progrès agricoles.

Avec une préparation convenable, les terres fortes peuvent donner de beaux fromens. Toutefois les terres franches leur sont préférables, non seulement parce qu'il est plus facile de les travailler, mais encore parce qu'elles réunissent au plus haut degré les pi'opriétés physiques les plus favorables, c est-à-dire une consistance moyenne et une aptitude convenable à retenir l'humidité pluviale, tout en se pénétrant suffisamment de la chaleur solaire.

Le sol, les engrais et les amendemens apportent une grande différence, non seulement dans la quantité des produits du froment, mais dans les proportions relatives de ces produits, pailles et grains, et même dans celles des parties constituantes du grain, considéré chimiquement. — Si le choix des fumiers peut ajouter, aussi sensiblement qu'on l'a répété, à la quantité de gluten, il est certain que la nature du terrain influe beaucoup sur celle de la farine et du son. — Un champ humide produit des grains à écorce épaisse ; — un champ plus accessible à la chaleur donne une paille sensiblement moins longue, mais des grains mieux nourris en farine et par Conséquent de plus de valeur, puisque le volume du son est toujours on raison inverse du poids total'

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DES FROMENS.

clS

§ m. — De la préparation du sol.

Une des circonstances les plus nécessaires à la réussite du froment, c'est tjue le sol soit net de mauvaises herbes et suffisamment ameubli, au moins à quelques pouces de sa surface; car, après un labour profond, il n'est pas nécessaire de donner au soc une grande entrure avant d'exécuter les semailles.

Nous venons de dire, après un labour profond, et, en effet, ce serait se faire une fausse idée de la croissance du fromeiit, de croire que, parce que ses racines se contentent, à la rigueur, de 5 à 6 pouces, elles ne sont pas susceptibles de s'élendre davantage. Il est de fait que leur longueur est proportionnée à l'épaisseur de la couche arable, et il est hors de doute que leur développement plus ou moins grand influe sur celui de la tige. Toutefois, pour que ce développement ait lieu même au-delà des limites ordinaires, il n'est pas indispensable que le sol ait été tout nouvellement remué à une grande profondeur.

— On a même cru remarquer que cette céréale s'accommode mieux, après l'émission de ses premières racines, d'un fond de consistance moyenne, que de celui qui aurait été ameubli à l'excès, et que, généralement, elle craint moins les effets du déchaussement dans le premier que dans le second cas.

A la surface du sol, il faut aussi, par un autre motif, éviter plutôt que chercher à atteindre une pulvérisation complète. Les petites mottes que les cultivateurs aim«nt à voir sur leurs guérets après les semailles, ont l'avantage de retenir la neige, et, en se fendant plus tard à la suite des gelées, elles procurent aux jeunes plantes un utile rechaussement.

De tout cela il ne faut pas conclure que le froment se plaise sur des terrains peu ou mal labourés. La première observation doit engager seulement à ne pas doimer trop de profondeur aux derniers labours, la seconde à modérer l'énergie des hersages ; et il n'en reste pas moins démontré que plus la terre a été ouverte aux gaz aériens, mieux elle est propre à la végétation du froment. — Le système de Tull, qu'avait en quelque sorte adopté Duhamel; celui que le majox Beatson a cherché tout récemment à faire prévaloir, et dont on ne peut nier quelques-uns du moins des résultats, viennent à l'appui de celte vérité. — Il est évident que les petites mottes dont il a été parlé ne font qu'ajouter aux bons effets des lanours, puisqu'elles multiplient les points de contact du sol avec l'atmosphère. C'est en grande partie pour se donner le temps de préparer convenablement les champs aux semailles d'automne, qu'on a si longtemps suivi sur une grande partie de la France, et qu'on suit malheureusement encore dans !,eaucoup de lieux, la coutume de jachères biennales ou triennales, et que , même d'après les méthodes de culture les plus perfectionnées, on a fréquemment recours à des jachères partielles. C'est par suite du même principe que les fromens succèdent généralenicnt avec avantage aux cultures fumées qui ont exigé de frcqueus

binages ou des butages. Dans tontes ces circonstances, le but principal est atteint : la terre est nettoyée, suffisamment ameublie, riche sans excès, pénétrée des gaz atmosphériques. La coïncidence de ces deux dernières conditions, comme on a pu déjà le pressentir, semble acquérir une importance toute particulière relativement au froment, lorsqu'on songe que c'est une des plantes qui réussissent le moins bien sur les terres qui n'ont point été encore ou qui n'ont pas été depuis longtemps sillonnées par la charrue. Personne n'ignore, en effet, qu'après un défoncement sur une défriche quelconque,ou sur une vieille luzerne retournée, etc, le fronient donne, comparativement à toutes les racines, et même à l'avoine, à l'orge et au seigle, de fort chétifs produits. Cependant, il fautsehâler d'ajouterque le trèfle, comme culture étouffante (voy. l'art. Assolement), lorsqu'il n'occupe le sol que peu de temps, et par cela même sans doute qii'il ne l'occupe que peu de temps, est une excellente prépara lion pour le froment. Cette exception, si oa peut la considérer comme telle, estdésormais bien connue.

Il serait impossible d'indiquer d'une manière précise le nombre de labours qu'il convient de donner pour préparer un champ aux semailles de blé, sans répéter en partie ce qui a été dit dans le chapitre V de ce livre, et dans la 3^ section du chapitre II, puisque ce nombre doit, de toute nécessité, varier en raison de la nature et de l'état du sol. — Sur une jachère, 3 ou 4 façons sont parfois insuffisantes ; — sur un trèfle rompu, — après une culture de vesceou de sarrasin,— après une récolte de féveroUes binées, etc., etc.,— un seul labour peut, au contraire, assez souvent suffire.

Les cultures intercalaires , considérées comme préparation au semis du froment, doivent donc être prises en grande considération. On a cherché à établir, sur ce point, des règles générales à l'article Assolement; nous croyons devoir en rappeler ici les conséquences pratiques : Dans les terres fortes, les fèves pour les blés d'automne, les choux pour ceux de printemps, lorsque leur réussite a été assurée par de riches engrais, sont généralement suivis d'une belle moisson. Si nous ne consultions que notre propre expérience, nous en dirions autant de la betterave, et il serait facile de trouver ailleurs bon nombre d'écrits et d'exemples à l'appui de notre opinion; mais, comme nous n'i^^uorons pas que les avis des cultivateurs sont encore partagés sur ce point, nous laissons à l'avenir le soin de prononcer en dernier ressort, bien convaincus, pour notre part, que sa décision sera favorable. — M. Mathieu i>E Dombasle a reconnu, conformément à la pratique allemande, que le colza ou la navette pré:;ède ordinairement une belle récolte de blé; nous avons pu fréquemment constater le même résultat sur divers points de la France, et, plus particulièrement, chez un habile cultivateur de l'Ouest, M. B. Cesbuon, qui ne craint pas, dans ses assoleraens, ordinairement très-truclueux.

de faire venir régulièrement le froment après le colza. — Dans les terres franches, moins

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tenaces que les précédentes, le trèfle est, ainsi que nous l'avons déjà dit, une des meilleures cultures préparatoires. Enfin, dans les sols cncoi-e plus légers, la lupuline peut, jusqu'il un certain point, le remplacer pour cette destination. Quant aux pommes-deterre, l'opinion la plus répandue parmi les cultivateurs praticiens leur assigne une autre place; et, quoique nous soyons fondés à dire qu'avec d'abondans engrais elles n'épuisent pas assez le sol et ne l'effritent pas tellement qu'on ne puisse obtenir après elles de beaux fromens, toujours est-il qu'à moins d'expériences répétées avec succès pour chaque localité particulièi'e, nous ne voudrions pas recommander d'une manière générale de faire suivre immédiatement leur récolte d'une culture de froment, ou tout au moins de froment d'automne.

Les amendemens calcaires conviennent particulièrement à la culture du froment, dans tous les cas où Ton peut les employer conformément aux principes qui ont été développés ailleurs. — Dans les départemens où l'on fait un usage convenable de la chaux, on a remarqué que la qualité des blés s'est progressivement améliorée; non que les pailles y acquièi'ent des dimensions plus qu'ordinaires, mais parce que les épis y sont plus pleins et mieux nourris ; parce que la terre, disent les laboureurs, devient plus grainante. Ce fait, d'une grande importance, et sur lequel l'attention du cultivateur n'a

ras été peut-être jusqu'ici assez attirée, si on s'en rapporte aux analyses répétées de Saussure, ne peut être dû à l'assimilation du carbonate de chaux dans l'acte de la nutrition ; car la petite proportion de ce sel qu'on retire par l'incinération des chaumes disparaît dans les épis pour faire place à une quantité presque toujours assez considérable de phosphate de chaux. Mais, soit que ces phosphates apparaissent dans le sol en même temps que les carbonates, à mesure que la chaux change d'état, soit que cet oxide forme avec les engrais, conformément à l'opinion de Chaptal, de nouvelles combinaisons mieux appropriées aux besoins de la plante, toujours est-il que si l'explication est incomplète ou douteuse, les effets sont avérés. Il y a quelques années, diverses personnes employèrent des résidus d'os, dont on avait extrait en grande partie la gélatine; le journal de la Société industrielle d'Angers constata les résultats avantageux de ces essais sur les fromens. L'un de nous fil aussi des expériences quilui donnèrentà penser que le phosphate de chaux, malgré son apparente insolubilité, pourrait bien être un utile stimulant de la végétation des blés. Toutefois, comme ces os contenaient encore visiblement de l'engrais, la question dut rester indécise.— Il est fort à désirer que de nouvelles tentatives viennent jeter quelque jour sur la théorie si curieuse et encore si peu avancée des slimulans. — Qu'on ne perde pas de vue les effets prodigieux du plâtre sur les légumineuses.

Presque partout on emploie exclusivement les engrais de litière produits dans la ferme même, mais il y a deux manières de les appliquer : En se conformant aux anciens usages, on fume directement pour le froment; et

quoique cette méthode ait l'inconvénient de porter souvent dans le sol les germes de mauvaises herbes, ou de faire partiellement verser les récoltes, lorsqu'on ne peut disposer que d'une faible quantité de fumiers, elle est encore la meilleure, surtout si ces fumiers sont déjà en partie consommés lorsqu'on les répand. — D'après le nouveau système de culture, au contraire, la masse des engrais disponibles étantbeaucoup plus cotisidérable,et l'usage de les répandre moins consommés commençant à prévaloir, on fume abondamment les plantes sarclées qui ouvrent la rotation, et l'on obtient parfois ensuite, sans addition de fumier, j usqu'à deux céréales séparées par un trèfle, l'une la seconde, l'autre la 4° année. Une trop grande fertilité du sol est peu favorable à la production immédiate du Iroment, parce qu'en donnant lieu à une végétation luxuriante des chaumes, elle les conduit à l'étiolement, et que, si elle ajoute à la longueur de la paille, ce ne peut être qu'au détriment de la qualité du grain. Aussi peuton dire sans paradoxe que les meilleures récoltes de blé ne se font pas toujours dans les champs les plus féconds.

Assez souvent, au lieu de les répandre immédiatement sur le terrain, o« transforme les engrais en composts, en les mêlant à une certaine auantilé de terre et de chaux. Cette méthoae est fort bonne en pratique. Un de ses principaux avantages est de faciliter plus que toute autre l'égale répartition de la matière fécondante à la surface, et par suite dans la masse du sol. — Les cendres lessivées, celles de tourbe, etc., etc., ajoutent à la masse et à l'énergie de semblables mélanges, dont on a fait connaître ailleurs la composition, les proportions et le mode d'^emploi.

Quant aux engrais pulvérulens, on les emploie, par supplémentaux autres, plutôt pour des cultures mtercalaires, telles que celles des choux, des colzas, des navets, des betteraves, etc., que pour le froment. Cependant, lorsqu'on veut éloigner dans une terre peu féconde le retour d'une fumure complète, on peut les utiliser fort bien pour préparer une récolte céréale. Selon qu'ils sont de nature à se décomposer ou moms ou plus vite, on les répand pour cela sur le trèfle avant sa dernière coupe, ou sur le froment même avant le hersage qu'on est, en certains lieux, dans l'usage de lui donner au printemps.

Pour les terres meubles naturellement sujettes à se soulever par l'effet des gelées, le parcage peut donner encore un engrais d'autant meilleur que le fumier de mouton augmente, dit-on, la quantité de gluten du grain. et que le piétinement du troupeau produit un plombage nécessaire. L'un de nous (M. Vilmorin) s'est toujours on ne peut mieux trouvé de faire parquer sur ses blés semés sous raie, dans les sols crétacés du Câlinais, immédiatement après les semailles.

§ IV. — Choix des semences.

Notre vénérable confrère, M. Tessier, a soutenu par d'excellens raisonnemens et démontré par des faits positifs, que le renouvellement des semences ne peut être considéré

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DES FROMENS.

comme une chose généralement nécessaire, ou mémeulile à la belle qualité des blés. Cependant, tandis que les habiles cultivateurs du pays de Caux et de plusieurs autres parties du royaume semblent attester, par une longue et invariable pratique, la solidité de cette opinion, d'autres cul ti valeurs non moins éclairés suivent une marche contraire, et demeurent convaincus, après des expériences répétées, des avantages qu'elle leur procure.

La première solution qui se présente à C esprit, de Jaits aussi contradictoires , est tout naturellement que le froment, comme le lin, le chanvre et la plupart des plantes cultivées, se conserve plus longtemps exempt de toute dégénérescence, el dans un état de belle végétation, en certaines localités, que dans d'autres. Qu'un tel résultat soit exclusivement diï à la nature du sol ou à des causes moins facilement appréciables, il n'en est pas moins positif et bien reconnu comme tel par toutes les personnes qui se sont un peu occupées de physiologie végétale, dans ses rapports avec la culture. Sans sortir des limites étroites delà France, nos jardins, nos champs en offrent de fréquens et d'irrévocables exemples. D'un autre côté, les soins différens de culture peuvent i-nfluer beaucoup sur la qualité des produits. Toutes circonstances égales d'ailleurs , le fermier qui néglige les sarclages, les criblages, d'autant plus nécessaires pour lui que ses grains sont inévitablement plus salis de mauvaises graines, et qui ne chaule pas convenablement, ne peut espérer d'aussi belles récoltes que celui qui fait bien toutes ces opérations; de sorte que, tandis qu'* le premier se trouve fréquemment contraint de renouveler, le second peut n'avoir aucun intérêt à le faire; car il serait aussi déraisonnable pour lui de changer sa bonne semence pour une semence moins pure et moins nourrie, par cela seul qu'elle aurait été récollée hors de chez lui, qu'il devient indispensable au cultivateur négligent de chercher ailleurs ce qu'il n'a pas su se procurer sur son propre champ.

Selon nous, ce qu^ il importe avant tout dans le choix des grains de semis, c'est qu'ils soient de bonne qualité, bien mûrs, et sans mélange de semences étrangères. La question du renouvellement nous semble seconcliiire toutes les fois que cette première con- 'iilion a été remplie. Elle devientau contraire fondamentale lorsqu'il en est autrement.

Les fromens nouveaux doivent être, autant que faire se peut, préférés pour semences. Il résulte cependant d'essais multipliés et précis, dus aussi à M. Tessier, qu'il n'est pas indispensable de semer toujours lejromcnt de la dernière récolte. Des blés récoltés en 1779, non seulement levèrent, mais donnèrent de fort bons produits en 1787, 1788 et 1789. D'autres semences de 2 et de 3 ans présentèrent des résultats encore plus satisfaisans. « On peut donc rega "der comme certain, ajoute notre vénérable confrère, que le froment bien mùr, et soigne convenablement, conserve longtemps sa vertu germinative, et qu'au moins celui des deux ou trois dernières récoltes peut servir comme celui delà plus récente, ce qu'o'i a peine à persuader aux cultivateurs. Comme il est un peu plus

longtcm ps à germer, à cause de sa sécheresse, il faut le semer un peu plus tôt. Ces remarques, appliquées à l'usage, offrent plusieurs avantages. Les ensemencemens en froment ancien sont utiles : 1° quand la dernière récolteesttropentachée de carie , dont le principe contagieux a moins d'activité dans les vieux fromens que dans les nouveaux ; 2" quand, la grêle ayant ravagé tous les champs d'un fermier, il ne lui reste pour l'essource que les grains de ses greniers; 3° dans les pays où la moisson retardée aj>proche de trop près du moment où l'on doit ensemencer les terres, par exemple, dans les cantons montagneux ; 4° enfin, quand les grains de la nouvelle récolle ont une qualité commerciale supérieure à celle de la précédente, circonstance où l'intérêt du cultivateur et celui du public exigent que, de préférence, on sème ceux de la précédente.» {Nouveau Cours complet d'agriculture théorique et pratique.)

A ces observations importantes, nous n'ajouterons qu'une seule remarque. C'est que, dans le cas où l'on se verrait forcé d'employer de vieux blés, il serait prudent de les essayer d'avance en petit, afin de s'assurer si un certain nombre de grains n'ont pas perdu leur propriété germinative, et de pouvoir, dans l'affirmative, proportionner la quantité de semence à celle des bons grains.

§ V. — De la préparation de la semence.

Après le criblage^ la seule préparation nécessaire, antérieurement aux semis, est le chaulage, opération fort importante, qui a pour but principal de détruire, à la surface des grains de blé, les poussières globuliformes qui servent à la reproduction de la carie et peut-être du charbon.

Le chaulage s'opère de plusieurs manières, et à l'aide de diverses substances. Dans quelques lieux, on emploie le sulfate de cuivre dissous et fort étendu d'eau. Dans d'autres, l'acide suli'urique affaibli, la potasse, etc., etc. Mais, de toutes les matières minérales, l'une des plus efficaces, des moins dangereuses à employer, des plus faciles et des moins dispendieuses à se procurer presque partout, est la chaux, qui a donné son nom à l'opération.

Le chaulage se Jait par aspersion et par immersion. D'après la première méthode, tantôt on répand la chaux concassée sur le grain, puis on verse dessus, en ayant la précaution de remuer sans cesse le mélange, autant d'eau qu'il est nécessaire pour l'étemdre et la transformer en bouillie; — ta^^ tôt on fait d'abord fuser la chaux à l'eau chaude, et on la répand ensuite sur le grain pour l'en imprégner entièrement à l'aide d'ime spatule.

Pour chauler par immersion, après avoir fait, comme précédemment, fuser la chaux

t'usqu'à ce qu'elle se délaie eu consistance de louillie fort claire, on y fait tremper le blé, on l'y remue à plusieurs reprises, de manière que chaque giaiu soit enveloppé et soumis sur tous ses points à l'action caustique, et on ne le retire que plusieurs heures après. — M. Tessieu pense que G boisseaux couiblos, ou 100 livres (50 kilogrammes) de chaux de

bonne qualité suffisent au chaulnge de 8 seliers (12 hectolitres 1/2) de (Voineiit, et (|ue ces q^uanlitës exigent au moins 260 pintes (242 litres) d'eau.

La chaux bien employée est, à bon droit, considérée comme un des meilleurs préservatifs contre la carie; cependant il résulte des expériences de M.Mathieu de Dombasle qu'on peut ajouter encore à son énergie, par l'addition d'une petite quantité de sel marin. — Voici le résumé de ces expériences, faites sur des grains atteints également de carie, et infectés beaucoup plus qu'on ne les rencontre naturellement dans les circonstances les plus défavorables : —Mille grains, récoltés sur un terrain dont la semence avait été plongée pendant 2 heures dans une solution de 3 hectogrammes de sulfate de cuivre et de 1 kilog.5 hectog. de sel commun (hydrochlorate de soude) pour 50 litres d'eau, n'ont donné que 9 grains cariés. — Mille autres grains, provenant des mêmes semences plongées pendant le même temps dans ime solution de 6 nectogrammes de sulfate de cuivre pour 50 litres d'eau, n'en ont donné que 8.— Mille grains, provenant des mêmes semences plongées pendant 24 heures dans de l'eau dans laquelle on avait délayé 5 kilog. de chaux pour 50 litres d'eau, ont produit 21 grains cariés. — Enfin mille grains, provenant des mêmes semences plongées pendant 24 heures clans de l'eau dans laquelle on avait délayé 5 kilog. de chaux mêlée à 8 hectog. de sel commun pour 50 litres d'eau, n'en ont produit que 2. — Il est bon d'ajouter que, sur le terrain dont la semence n'avait reçu aucune préparation, de mille grains on en avait recueilH 486 cariés.

Il résulte de ces essais que le sulfatage, comme l'avaient indiqué toutes les expériences faites jusqu'à ce jour, est un moyen puissant pour détruire la carie; malheureusement, quoiqu'on ait exagéré ses dangers, l'emploi des sels de cuivre pourrait ne pas être sans inconvéniens en des mains inexpérimentées.— La chaux d'ailleurs est, comme on voit, d'un effet certain, et il est facile encore d'ajouter à l'action destructive qu'elle exerce sur le germe de la carie, par l'addition d'une quantité pécuniairement peu appréciable de sel marin. Nous croyons donc devoir recommander l'emploi de la chaux, de préférence à celui de toute autre substance.

On a souvent proposé, et on propose encore jourueliement, une foule d'autres recettes pour ajouter à l'énergie du chaulage, pour disposer les grains à une germination plus prompte, et les jeunes plantes à une végétation plus belle. J usqu'ici, à notre connaissance, aucune d'elles n'a survécu aux éloges des inventeurs, ou à une vogue passagère. Il est très-vrai qu'il existe des moyens de favoriser et d'activer le développement des germes, soit physiquement en mettant les graines dans des circonstances plus favorables, soit même chimiquement en rendant plus promplement soluble la substance amilacée des cotylédons ; mais il est au moins douteux que l'action d'un stimulant ou d'un engrais quelconque, appliqué aux semences, puisse s'étendre à toutes les phases de la végétation

DES CÉRÉALES ET DE LEUR CULTURE SPECIALE, liv. x". des plantes qui leur devront l'existence.

§ VI. -- De la quantité de graines à employer pour les semis.

Cette quantité varie ou plutôt doit varier en raison de circonstances fort différentes. Dans les bons terrains, chaque pied tallanl beaucoup, il faut moins de semences que dans un terrain médiocre ; -par la même raison, il en faut moins aussi pour un semis d'automne, fait en temps opportun, que pour un semis de printemps; — moins dans un climat où les pluies printanières favorisent le développement des talles que dans celui où les sécheresses l'arrêtent de bonne heure, etc. RoziER s'était déjà élevé fortement coiitre les semis trop épais, lorsque celui de nos confrères dont le nom, déjà plusieurs fois cite dans cet article, se rattache depuis près d'uu siècle aux progrès de l'agriculture trançaise, M. Tessier, voulut consulter la pratique aussi sur ce point. Il fit donc en divers lieux des expériences qui le conduisirent à ces résultats : « Qu'en ne s'attachant qu'à celle dont la différence de la semence et du produit comparés est la moindre, on trouve qu'en ensemençant un arpent de 100 perches de 22 pieds ( 1/2 hectare), avec 180 livres de froment, au lieu de 225 qu'on est dans l'usage d'employer, on peut récolter 441 livres de froment de plus dans une terre de bonne qualité. » — Une autre expérience offre des résultats plus tranchés encore, puisqu'elle prouve qu'en ensemençant un arpent avec 100 livres au lieu de 2*25, on peut récolter 495 livres de plus; mais, quoique M. Tessier ajoute qu'elle a été faite en terrain médiocre, ii ne faut pas perdre de vue qu'en pareil cas il y aurait inconvénient réei à semer trop clair, car on doit avant tout désirer que le terrain soit couvert, non seulement afin d'obtenir plus de tiges et d'épis, mais aussi plus de paille, ce qui n'est pas un avantage à dédaigner.

On sème ordinairement à la volée, terme moyen^ 200 litres par hectare. — Pour les semis en lignes, à 9 pouces de distance, la proportion peut être du tiers, et même de moitié moindre.

§ VII. — De l'époque des semailles.

Il est tout aussi impossible de fixer d'une manière précise l'époque des semailles que la quantité absolue des semences qu'elles exigent pour un espace donné. La disposition des climats, les variations des saisons et la nature différente des terres, apportent nécessairement d'importantes modifications.

En France, on sème Les fromens dits d'automne depuis le mois de septembre jusqu'aux approches de janvier. Vers le centre, la meilleure époque parait être le milieu d'octobre.

Il résulte de longues observations, qu'en général les céréales d'automne semées tard produisent moins de paille et plus de grains que celles qu'on a semées de bonne heure. Il peut donc arriver que des semailles tardives donnent d'aussi bons et même de meilleursproduitsquedes semailles précoces. Mais, généralement, le contraire a Ueu, et

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DES FfiOMENS.

nous pensons qu'on ferait bien de semer toujours de bonne heure si on était prêt à le faire, circonstance assez rare, tantôt parce

3ue les sécheresses, en se prolongeant, reuent les labours impossibles, tantôt parce que des pluies accidentelles ne permettent pas d'entrer dans les cliamps. Les terres argileuses, surtout, présentent fréquemment l'un ou l'autre de ces empêchemens; aussi, laissant tout autre travail de côté, le semeur doit-il saisir avec empressement l'occasion favorable, celle où les mottes se trouvent dans un état moyen entre l'humidité et une dessication excessive , de sorte qu'elles puissent obéir convenablement à l'action de la herse ou du versoir.

Au printemps, les semailles précoces sont presque toujours fort avantageuses, parce que les blés ont le temps de développer un plus grand nombre de talles avant l'époque où les chaleurs les saisissent. Malheureusement, si la dureté du sol n'est pas à craindre dans cette saison, l'eau qu'il contient en surabondance est souvent un très-grave obstacle sur les terres à froment, non seulement parce qu'elle entrave le labour; qu'elle rend impossibles les semis sous raies; mais encore parce qu'elle contribue physiquement à empêcher ces sortes de terres de s'échauffer aussi promptement qu'il serait désirable. Un tel effet est d'autant plus marqué que l'argile domine davantage dans la couche labourable, et que celle-ci repose sur un sous-sol peu perméable

Ç VIII. - - Des divers modes de semailles.

On en connaît trois principaux : les semailles à la volée, celles au semoir, enfin, celles au plantoir.

Les semailles à la volée se font sur raies, c'est-à-dire à la surface du champ, pour être recouvertes à la herse; ou sous raies, de manière à l'être par la charrue. Nous ne répéterons pas ce qui a été fort bien dit, sur ces deux moyens, par l'un de nos collaborateurs, dans le Yll chapitre de ce livre, auquel nous renvoyons le lecteur: pour les procédés généraux de sémination, ceux que l'on emploie pour recouvrir la semence et plomber le terrain ; — pour l'importance de la coopération d'un bon semeur; — relativement à la difficulté de donner, pour exécuter les semis à la volée, des indications suffisantes pour mettre au fait celui qui ne serait pas familiarisé par la pratique avec les précautions qu'exige celte opération; — pour le choix des instrumens ou ustensiles qu'emploie le semeur pour porter la graine qu'il répand, etc., etc.

Les avantages des semis sous raies sont de permettre de recouvrir davantage les semences dans un terrain léger; — de les répandre sur un fonds en que'que sorte plombé par suite de l'action de la charrue; — de les défendre plus efficacement contre les effets du déchaussement; mais, à côté de ces avantages, se trouve rinconvénient grave de la lenteur du travail, qui compense souvent et bien au-delà, la perti de semences que l'on reproche avec raison aux semailles sur raies,

quelques soins que l'on donne au hersage. Lextirpateur offre un moyen expéditif d'enterrer, sinon précisément sousraies, au moins d'une manière analogue.

Les semis en lignes présentent d'incontestables avantages pour la culture de la plupart des récolles dites sarclées; mais, ainsi qu'on a pu le voir dans le chapitre déjà précédemment cité, ils n'ont pas jusqu'ici prévalu en France pour les céréales, ni même dans la plupart des provinces d'Angleterre, quoiqu'on les considère, dans beaucoup de parties de ce pays, «comme le meilleur moyen connu jusqu'ici de cultiver les grains, et aussi de conserver la fertilité du sol par la destruction des mauvaises herbes.» ( Sir J. Sinclair, Agriculture pratique et raisonnée.)

Les principaux argumens que font valoir les Anglais- en faveur de l'emploi du semoir, pour les céréales, sont, après l'économie des semences, la régularité du travail, \.\ facilité de régler la profondeur selon la nature des terrains, et de donnt;r les façons qui facilitent la végétation pendant les diverses phases de la croissance des plantes; — de pou^oir diminuer au besoin la quantité d'engrais, tout en augmentant leur efficacité, parce qu'on les met eu contact immédiat avec les racines. Ils considèrent de plus que les binages faits entre les lignes sont utiles, non seulement à la récolte principale, mais aussi au trèfle ou à toute autre prairie artificielle semée au printemps; — que les blés semés en lignes sont moins sujets à verser, parce que leurs chaumes acquièrent plus de force; — que les frais de moisson d'une récolle semée en lignes sont moins considérables que ceux d'une récolte semée à la volée, puisqu'il est reconnu que, dans le premier cas, trois moissonneurs font autant d'ouvrage que quatre dans le second ; — que les semis en lignes ont une croissance plus égale, et que leurs produits sont en général de meilleure qualité ; — enfin, que les semailles en ligue, par suite des binages qu'elles admettent, non seulement facilitent la destruction d'une partie des insectes nuisibles, mais concourent puissamment au succès des assolemens dans lesquels les céréales reviennent fréquemment, parce qu'elles empêchent l'envahissement progressif des mauvaises herbes.

A ces diverses raisons, dont plusieurs ne sont ni sans fondement, ni sans importance, nos praticiens ol^jectent le prix élevé des semoirs, qui ne permet pas de les introduire dans les petites exploitations; — l'irrégularité du travail de la plupart d'entre eux sur les sois pierreux ou en pente; —le surcroit de main-d'œuvre, qui ne leur parait pas suffisamment compensé par la différence des récoltes; — les relards indispensables qu'entraîne l'emploi de ces sortes de machines, et qui sont incompatibles avec la célérité qu'exigent les semailles d'automne, et surtout celles de printemps, dans les saisons pluvieuses; — enfin, loin d'admettre que les semis en lignes aient une croissance plus régulière, ils ont reconnu qu'elle est parfois tellement inégale, par suite des développemens progressifs des talles latérales, qu'à l'époque de la moisson, lorsqu'une partie des chaumes et des épisont atteint un grand développement

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