‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 219 sur 304 · AGRICULTURE : DES CEREALES ET · texte numérisé non relu

AGRICULTURE : DES CEREALES ET

et une maturité complète, les autres resicuï faibles et presque verts.

Quoi qu'il en soit, les résultats officiels des essais que iT/. HuGCEs rty«iYj- sur divers points du royaume, pendant le cours des deux années précédentes, sont de nature à éveiller de plus en plus Taltenlion de nos concitoyens sur une question qui nous semble, malgré sa gravité, fort incomplètement résolue.

Il est certain que le semoir Hugues paraît devoir lever une partie des plus fortesobjections dirigées contre ces sortes de machines. Presque partout on a reconnu sa solidité et la bonté de son travail, même dans des circonstances peu favorables. A la vérité, il ne peut être livré aux cultivateurs à moins de 250 à 400 fr., selon les dimensions et la rapidité du travail qu'on en obtient; mais, dans une exploitation d'étendue moyenne, le prix d'achat serait bientôt couvert par l'économie de la semence, puisque cette économie est d'environ moitié. Quant au temps employé pour le semis, et aux frais qu'il nécessite, on verra que la différence est peu appréciable, en comparant les résultats suivans, extraits du procès-verbal du 9 octobre 1832, dressé par M. Bella, directeur de l'Institut royal agronomique de Grignon :

Avec le semoir de M. Hugues :

Seigle : 10 ares, semé à 6 pouces.

Semence : 12 lit. 50 centil. à 12 fr. l'hect. 1 f. 50c.

/ 2 hommes à 20 c. l'heu- \ Temps employé :] re, 0 fr. 12 cent. I „. 18 minutes. \ 1 cheval à 30 d'heure,?

0 fr. 09 cent.

lf.71c.

A la volée par un semeur de Grigïvon •

Seigle : 10 ares , semé à la volée.

Hersage : 2 herses en bois attelées chacune d'un

clicval conduit par un seul homme.

Semence : 22 litres à 12 fr. l'hectolitre.. 10 minutes d'un semeur à 20 c.

l'heure, 0 f. 03 ceut.

13 minutes d'un homme auxl herses, à 20 cent, l'heure. )0 20 0 fr. 04 cent.

|30 minutes de 2 chevaux à 30' c. l'heure, 0 fr. 13 c.

Temps employé .

Total.

Jusque V&.,r avantage en faveur du semis en lignes est donc de 1 fr. J4 c. pour les 10 ares, ou de 11 fr. 40 c. pour l'hectare.— Voici quels ont été les produits:

D après la méthode de M. Ht:GUEs, 40 gerbes ont donné : 3 hectolitres 79 centilitres de grains; — 24 gerbes de paille, 318 1/2 kilog.; et 14 bottes dito, 105 1,2 kil. = En tout, 424 kil.

D'après la méthode de Grignon, 44 gerbes ont donné : 3 hectolitres 25 centilitres de grain;— 24 gerbes de paille, 314 1/2 kil.; et 18 bottes dito, 106 3,4 kil.=En tout, 421 1/4 kil.

Différence en faveur du semoir : 19 litres 54 ceutilit. pour les 10 ares, ou 195 lit. 4 cent, par hectare.

M. Bella ajoute : « L'un cl l'autre seigles étaient de première qualité et du même

DE LEUR CULTURE SPECIALE, liv. i".

poids, de 73 kil. rhectolitre. La paille obtenue par le semoir était la plus belle, et a donné une gerbée de plus. Chaque partie a été faite sur une planche de 138 mètres de longueur sur 7 mètres 25 centimètres ; mais il est bon de faire observer que la partie faite selon la méthode de Grignon était couverte d'une rangée d'ormes sur toute la longueur de la planche, tandis que l'autre partie a été faite tout à côté de la première sur toute la longueur. » Sans doute cette circonstance a dùinfluersur les résultats; toutefois, dans beaucoup d'autres lieux, oîileschan» ces avaient été rendues plus égales, un succès plus grand encore a coui'onné le zèle ardent de 3L Hlgues. Si l'on ajoute à ces données les résultats obtenus pendant 10 ans dans la ferme expérimentale du département de l'Ain ; — les longues expériences de M. Devréde, constatées tout récemment par les soins de la Société d'agriculture de Valenciennes, dans le journal la Flandre Agricole et Manufacturière ; celles que fait depuis 6 ans, dans le midi, M. A. de GaspaniN, etc., etc. : il sera difficile de ne pas reconnaître que les semis en lignes, même pour les céréales, présentent des avantages marques selon les lieux et les circonstances. — Selon les lieux, car nous ne pensons pas qu'ils puissent, réussir également sur tous les terrains el dans tons les climats; — dans les sols arides ou sous les feux d'un soleil brûlant, comme dans les terres substantielles et fraîches, ou sous les latitudes du centre et du nord ; — pour les semis de printemps, comme pour ceux d'automne, etc. — Selon les circonstances, parce que le prix comparatif du blé et de la main-d'œuvre n'est pas toujours le même.

Ainsi qu'il a été dit ailleurs, les semis au plantoir ont été à peu près abandonnés, et nous pensons que c'est avec d'autant plus de raison qu'il est facile, à moindres frais, d'atteindre à bien peu près le même but, à l'aide des semoirs perfectionnés. Cependant nous ne pouvons omettre de parler de la méthode suivie, pendant plusieurs années, par le cultivateur distingué de Valenciennes dont nous avons déjà, un peu plus haut, fai! pressentir le succès. « Je suppose, dit M. Devréde, le champ que j'ai dessein de planter de 6 mencaudées (1 hectare 37 ares 38 centiares), la terre bien préparée, comme pour un semis à la volée; je pose deux cordes eu travers de mon champ, .soit sur sa longueur, soit sur sa largeur.. . Je les espace à 9 pouces de distance, et je place à chaque bout du champ un bâton de cette dimension.

Deux planteurs, suivis chacun d'un enfant de dix à douze ans, sont armés d'un plantoir de la forme de ceux dont on se sert pour les colzas, si ce n'est que l'extrémité qui doit entrer en terre est eu forme de boule de cinq pouces de diamètre, aplatie du côté de la terre, et au milieu de laquelle se trouve une broche de fer de deux pouces de diamètre et de deux pouces et demi de longueur. Avec cet instrument, les planteurs fout des trous distans de 6 à 7 pouces, le long des cordes. La boule plate du plantoir tasse la terre, l'empêche de retomber dans les trous avant que les enfans qui suivent

DES FROMENS.

aient déposé Irois à cinq gi'ains de blé

Comme les planteurs et les enfans arrivent ensemble à chaque boni, ils s'empressent de déplacer les cordts et de les replacer a la distance de 9 pouces que les lignes doivent toujours conserver entre elles. On commence la plantation par un des bouts, et l'on travaille en avançant dans le champ, afin de piétiner l'ouvrage qu'on laisse derrière soi. — Un hersage suffit alors : on pourrait même s'en dispenser si la terre se prête bien au piétinement, et si l'on voyait les trous bien bouchés. »

D'après ce procédé, selon M. Devréde, ronsemencement d'un hectare coûte 13 fr. 05 c, tandis que, d'après la mélhode ordinaire, 11 ne revient qu'à 1 fr. 08 c. dans les mêmes circonstances; mais, d'un autre côté, ce même hectare, au lieu de recevoir 1 hectolitre 1/5 de blé, n'en reçoit que 36 litres , et cependant, au lieu de 26 hectolitres 10 litres <le produit moyen, il donne 3i) hectolitres 15 litres. — L'auteur ne parle pas des produits en paille.

Certes, sans nier de semblables résultais, nous sommes loin de croire qu'on en obtiendrait partout d'analogues ou même d'approchans; mais, nous n'en tirons pas moins une induction de plus en faveur des semis en lignes, et nous concluons, comme nous avons commencé, en recommandant aux cultivateurs, non de changer immédiatement leurs méthodes, mais, lorsqu'ils en auront la possibilité, de les comparer à une autre pratique qu'il serait injuste de rejeter sans examen attentif, et maladroit de ne pas adopter partout où elle offrirait un avantage bien constaté. — Nous ne pouvons terminer plus utilement ce § qu'en citant encore M. TessiEK, et en faisant connaître le résultat des expériences faites par lui à Rambouillet. — « L'ensemencement au plantoir, dit-il, a de l'avantage sur celui à la volée lorsque le blé est cher, dans un pays où les bras sont nombreux et les salairesàbon marché.... En calculant à quel prix doivent être le froment et la main-d'œuvre pour qu'il y ait compensation dans l'une et l'autre méthode, j'ai trouvé qu'en supposant le prix de la main-d'œuvre constamment le même, l'avantage qu'il y a d'ensemencer au plantoir cesse lorsque le froment est à 13 fr. 74 c. l'hectolitre, ou il devient zéro : alors commence l'avantage pour l'ensemencement à la volée. J'observe d'ailleurs que, comme le profit de l'ensemencement au plantoir est en raison inverse de l'ensemencement à la volée, et qu'en prenant 13 fr. 74 c. pour le prix où l'une des méthodes n'a aucun avantage sur l'autre, il est clair que l'augmentation ou la diminution de l'avantage ou du désavantage suivra, à partu' de ce point, la progression croissante ou décroissante des nombres naturels 1,2, 3, 4, etc. — Pareillement, supposant le prix du froment toujours le même, et «;elui de la main-d'œuvre variable, l'avantage en faveur de la mélhode au planloir cesse lorsque la journée d'homme est à 2 fr. 25 c, et celle d'enfant à 75 c. — On voit que l'avantage de l'une ou de l'autre méthode dépend absolun)eut des différentes variations que peuvent subir et le prix de la main-d'œuvre et celui

du froment; que, quant à celui-ci, il n'est guère possible qu'il tombe à un prix assoz modique (i:> fr. 74 c.) pour laire perdre entièrement à l'ensemencement au plantoir son bénéfice ; qu'il n'en est pas de même du prix de la main-d'œuvre, qui, dans beaucoup d'endroits, peut être porté à 2 fr. 25 c. pour homme et 75 c. pour enfant.... » {Nouv. Cours d'agric. 1822.)

§ IX. — Des soins d'entretien des fromens.

Les soins que l'on donne aux fromens pendant leur végétation varient autant selon les coutumes locales que selon les véritables besoins de leur culture. En résumé, les principaux sont : des roulages, — des sarclages, — des hersages — et des binages.

Les roulages ne sont qu'accidentellement nécessaires. Sur les terres légères, un peu humides, tourbeuses, calcaires ou crayeuses, lorsiju'elles ont été soulevées par l'eifel des gelées, et qu'il s'est formé à leur surface un boursoufflement qui met à nu une partie des racines, ces sortes d'opérations produisent un très-bon effet. En pareil cas, l'action d'un rouleau dont la pesanteur est proportionnée à la porosité du sol, peut sauvai* un champ do céréales d'une destruction presque totale. — Dans quelques parties de la Normandie, il est curieux de voir, sur des sols de cette nature, aussitôt que la saison le permet, les hommes, les animaux et même les voitures diverses qui composent le matériel de chaque ferme, parcourir en tous sens les champs de céréales, pour empêcher les désastreux effets du déchaussement. — C'est ici le lieu de rappeler que le parcage des moutons, en tant qu'il suit nnmédiatement les semailles, est, eu pareil cas, une excellente pratique.

Les sarclages ( voy. pag. 232 et suivantes ), dont chacun connaît l'importance et le but, quoique le manque de bras, ou, d'autres foi.s l'incurie de certains culti\ateiu's les fasse négliger et même entièrement supprimer dans quelques lieux, sont cependant d'un usage plus général que les roulages. Sur les sols légers, ils produisent aussi, par le piétinement des femmes et des enfans chargés de les exécuter, une sorte de plombage fort utile. — Sur les terres argileuses ils pourraient avoir des résultats fâcheux, si on les entreprenait à contre-temps. Il faut donc soigneusement choisir le moment où la couche labourable n'est ni assez durcie pour entraver l'arrachement des mauvaises herbes, ni assez humide pour se comprimer sous les pieds des travailleurs. Il faut aussi avoir égard, avant de sarcler, à l'état de croissance des touffes de blés- Si on commençait avant qu'elles couvrisscntsuffisamment lesûl,ilpourrait arriverque beaucoup de plantes nuisibles prissent de nouveau le dessus. Si on tardait jusqu'au moment où les tiges granifères se développent, on courrait le risque de nuire au succès futur de la récolte. — C'est ordinairement, pour nos régions du centre, dans le courant d'avril qu'on rencontre l'époque la plus favorable; néanmoins, si, à cette même époque, au lieu iy arracher les chardons, soit à la main, soit à l'aide de l'espèce de pince décrite et figurée page 233, on cherchait à les couper avec le

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sarcloir {voy. même page), on les verrait bientôt repousser de la racine, plus nombreux qu'avant l'opération. Par celte raison, il est bon de n'écliardonner que lorsque le ble est déjà un peu grand et en tuyaux, c'est à-dire vers le commencement de mai. — Si au lieu d'un seul sarclage on était en position d'en donner plusieurs, ce qui est presque toujours utile, on devrait alors, étudiant les phases de la végétation des principales plantes nuisibles, les détruire successivement aux approches de la floraison de chacune d'elles.

Le hersage des blés, toujours plus facile et beaucoup plus profitable sur les terres fortes que sur les terres légères, n'est autre chose qu'un binage économique, donné dans le courant de mars, aussitôt que la terre est suffisamment ressuyée. En blessant au collet de la racine les jeunes touffes de céréales, et eu les recouvrant en partie de terre, la herse provoque le développement de nouvelles racines et de nouvelles tiges coronales qui compensent et bien au-delà, par leurs produits, la perte du petit nombre de pieds qui sont détruits pendant le travail. (]ette opération, dont les avantages sont désormais reconnus, exige toutefois des précautions assez grandes (ricj. pag. 228 et suivantes). <• Du reste, si, après le hersage, dit Thaer, le champ a toute l'apparence d'avoir été semé récemment, de sorte qu'à peine on y aperçoive une feuille verte, et qu'on n'y voit autre chose que de la terre, c'est alors que l'opération a le mieux réussi. Si même on y trouve des feuilles de froment déchirées (ou n'y trouvera pas de plantes entièrement arrachées), peu importe. Après huit ou dix jours, seloa la température, on verra les plantes pousser de nouveau, et le champ paraîtra alors beaucoup plus garni de plantes qu'un autre qui n'aurait pas subi cette opération. Dans les contrées où ce procédé est universellement connu, on pardonnerait au cultivateur toute autre négligence plutôt que l'omission de ce hersage dans le moment favorable et en temps propice. On laisse alors tout autre labeur pour pouvoir mettre tous les attelages sur

les champs de céréales On ne peut pas

déterminer d'une manière générale combien de traits on doit donner avec la herse, parce que cela dépend de la ténacité du sol. Il faut herser à tel point que le champ soit partout couvert d'une couche de terre meuble, et que les crevasses qui se forment sur les terrains argileux lorsqu'ils se dessèchent, soient complètement recouvertes.... »{Principes raisonnes d'agriculture, traduits de l'allemand par le baron Crld. )

Quant aux binages proprement dits {voy.

pag. 225 et suivantes), nous craignons, malgré leur inconleslable elficacité, qu'ils ne puissent être utilisés généralement pour les céréales, que dans les exploitations où l'on croira pouvoir adopter la culture en lignes.

Voilà néanmoins ce qu'en pense M.Mathieî: DE DoMBASLE : « Le binage du blé à la houe à main est une opération longue et assez coûteuse. Cependant, l'augmentation qu'elle procure toujours sur la récolte paie largement les frais qu'elle entraîne, et le sol reste en bien meilleur état pour les recolles suivantes.

Dans le binage du blé semé à la volée, vingt ouvriers font facilement un hectare dans la journée, dans la plupart des circonstances.

— Comme on donne très-rarement plus d'un binage au blé, lorsque cette opération s'exécute à la houe à main, on doit le donner le plus tard qu'il est possible, c'est-à-dire lorsque le blé est sur le point de couvrir le terrain ; si on le donnait plus tôt, il repousserait encore beaucoup de mauvaises herbes; mais, dans le premier cas, elles sont bientôt étouffées par les blés »

Tous ces travaux ont pour but d'activer la végétation des blés. En de rares circonstances, soit que le terrain présente une fertilité excessive, soit que la douceur insolite de l'hiver ait occasioné le développement trop piécoce des tuyaux, il peut être nécessaire de la retarder. Pour cela, on a recours à la faulx, à la faucille ou à la dent des animaux, et un champ de froment peut ainsi se transformer momentanément en un excellent pâturage, sans préjudice notable pour lesuccès futur delà récolle de grains.

Toutefois,ilnefautuser de l'unou del'autre de ces moyens qu'en des cas peu ordinaires. Quand on fauche, comme on peut couper les feuilles sans attaquer le collet de la plante, lavé.^étation est moins l'etardée que loî"squ'on fait parquer les moutons qui broutent fort près de terre. On doit donc, avant tout, bien connaître la fécondité du sol sur lequel on opère, et tâcher d'apprécier les probabilités souvent trompeuses de la température des saisons.

Cette sorte d'affanage s'exécute vers la fin de l'hiver. A cette époque, les fanes peuvent déjà procurer un fourrage assez abondant.

— D'autres fois on attend le milieu du printemps pour couper à la faucille la sommité des feuilles seulement, à la manière des cultivateurs de la Beauce et de plusieurs autres parties de la France.

// est heureusement fort rare que les semailles d'automne se montrent assez mal au printemps pour qu'on soit obligé de les détruire. Il est arrivé cependant, dans l'appréhension d'une récolte décidément mauvaise, de mettre la charrue dans les fromens, pour y semer de l'orge, de l'avoine, ou quelque autre plante de mars. Nous engageons les cultivateurs à ne pas prendre, sans de mûres réflexions, ce parti extrême; car souvent les récoltes trop claires donnent de meilleurs produits que celles qu'on leur substitue. — Dans le Mecklembourg, ainsi que l'attestent des expériences curieuses consignées dans les annales de la Société d'agriculture de cette contrée, « l'on a quelquefois semé, au moyen d'un fort hersage, de l'avoine sur un froment d'automne, qui semblait détruit par la gelée; ou a récolté le froment avec l'avoine, et fait sur le tout une bonne récolte; mais le froment a surpassé l'avoine en quantité. »

Il est probable qu'on trouverait chez nous plus avantageux, après ce hersage, de répandre de la semence de blé de printemps. Du reste, il doit être assez rare d'obtenir, de l'une ou de l'autre de ces manières, des produits qui mûrissent bien également.

§ X. — Des froniens de printemps

Le succès des fromens de printemps est beaucoup moins certain que celui des fromens d'automne^ dans toutes les parties du sud et même du centre delà France, et leur culture est d'ailleurs moins productive; aussi, sonlils à peine connus dans beaucoup de nos départemens. Cependant, ils ofirent, partout où ils peuvent prospérer, une importante ressource, soit pour suppléer aux céréales d'automne, détruites par les intempéries de l'hiver, soit pour faire partie des assolemens <lans lesquels le terrain ne peut être en état de recevoir des semences automnales.

Les fromens trémois exigent un terrain bien préparé par les labours, et riche en engrais d'une facile décomposition.— Comme leur végétation foliacée est promptement arrêtée par les chaleurs, ils tallent moins que les autres, et doivent par conséquent être semés plus épais. — En général, on trouvera rarement de l'inconvénient à semer jusqu'à 260 litres par hectare, quoique le moindre volume des grains puisse faire considérer cette quantité comme excessive, comparée à celle qu'on emploie pour les blés d'automne.

On a remarqué que les fromens de mars s'accommodent beaucoup mieux que les fromens de septembre, des sols légers, à la condition qu'ils aient de la profondeur^ et par conséquent de la fraîcheur. C'est une raison de plus pour les semer de bonne heure, attendu que ces sortes de terrains sont plus tôt que d'autres accersiblesà la charrue. Les semailles ont donc lieu ordinairement, dans le centre de la France, dès la mi-mars, quoiqu'elles réussissent encore, généralement, en avril et parfois en mai.

Les travaux d entretien des céréales printaniéres sonl moins nombreux que ceux que nous avons recommandés précédemment pour les céréales d'hiver. Le sarclage de mai ou de juin est, le plus souvent, la seule façon qu'on leur donne.

§ XI. — De la quantité des produits,

he froment n'est pas seulement la plus utile, il est aussi une des plus productives de nos céréales; car, si, à volume égal, il a plus de poids, ce qui est un indice suffisant de sa supériorité nutritive, assez souvent, sur une étendue donnée de terrain, il rend autant et plus en volume.

Toutes circonstances égales, lorsqu'un //oment de bonne qualité pèse%Okilog. à l'hectol., le seigle, qui s'en rapproche le plus, arrive rarementde 72 à 75 kilog.; — l'orge vient ensuite, et l'avoine en dernier lieu. D'ailleurs, à poids égal, le froment contient encore beaucoup plus de parties nutritives que ces diveriics céréales.

La quantité de semence raisonnablement nécessaire pour semer un hectare à la volée, étant de 2 hectol. 15 litres à 2hectol. 20 lit., on sait qu'il est des localités où l'on peut espérer recueillir, sur cet espace, au-delà de 20 fois la semence, et ce chiffre, quelque beau qu'il paraisse, est encore parfois de 1

iDU SEIGLE. 983

beaucoup dépassé.— Nous avons cité l'exemple de IM.Deviiède; nous pourrions en ajouter plusieurs autres pris également en Flandre ou en Angleterre. Mais aussi, à côté d'une fécondité si remarquable, due autant à une excellente culture qu'à un excellent sol, nous trouverions, en parcourant des contrées moins favorisées et moins éclairées, que le produit de l'hectare se réduit trop souvent à 6 ou 7 hectolitres. — Généralement, selon que le sol est médiocre ou fertile, cultivé avec négligence ou avec soin, etc., on doit trouver le terme moyen entre Set 16 hectoi. En adoptant les bases fixées par M. de Mo- REL-ViNDÉ {voy. p. 267), l'hectare de blé froment doit donner, terme moyen, 720 bottes de paille d'environ 5 kilog. chacune, ou 3,500 kilog. -— Sur des terres d'excellente qualité, nous avons trouvé un grand tiers de moins, et Thaeu est encore resté au-dessous de notre estimation, en établissant que « le froment donne ordinairement en paille le double de son poids en grain : sur les terrains élevés, quelque chose de moins ; sur les terrains bas, quelque chose de plus.» — Au milieu de données aussi vagues, et qui doivent nécessairement l'être, tant est grande la diversité des produits, non seulement de localité à localité, mais d'année à année, on sent qu'il serait bien difficile de donner des chiffres un peu précis. —La quantité de paille varie plus encore que celle du grain.

Oscar Leclerc-Thouin et Vilmorin.

Section ii. — Du Seigle.

Le Seigle ^Secale céréale)-, en angl., Rye; en allem., Rocken; en ital., Secalc, et en esp., Centeno, est certainement une de nos phus précieuses céréales , sous le double point de vue de ses nombreux usages économiques et de la propriété ciu'il possède de prospérer dans beaucoup de lieux où la culture du froment serait impossible, ou tout au moins peu productive. — Son grain donne une farine, à la vérité moins blancheet moins nourrissante que celle du froment, mais qui procure cependant, seule ou mélangéeavoc celte dernière, un pain tie bonne qualité, fort agréable au goût, qui se conserve longtemps fiais, et qui sert encore à la nourriture de l'homme dans une grande partie de l'Europe.

— Le seigle fait aussi la base du pain que Ion donne aux chevaux en divers lieux, et dont l'emploi commence à se répandre parmi nous. Tantôt, aprèsune mouture grossière et sans blutage préalable, on le mêle, en proportions variables, à de la farine éi^alement grossière d'avoine ou d'orge; — tantôt à celle de pois, de gesses, de féverolles.

— Le grain de seigle sert à nourrir et à engraisser les volailles; — on le transforme en gruau; — on l'utilise pour la fabrication de la bière, colle de \'eau de-vie de grain, etc.

Nous verrons ailleurs que celte même céréale produit un des fourrages verts les plus abondans et les plus économiques que l'on puisse donner aux bestiaux après la consommation des racines hivernales, et l'un des plus propres à rafraîchir les cîievaux fali*

gués, ou à renouveler les produits des vaches

laitières.

La paille de seigle est tellement utile qu'il arrive parfois qu'on en préfère la récolte à celle du grain même. On l'emploie généralement comme litière. — Dans beaucoup de lieux, on en fait un cas particulier pour affourrager les moutons, les vaches et les bœufs:

— elle sert à faire des liens, des paillassons ;

— à remplir les paillasses; — a garnir les chaises ; — à fabriquer des chapeaux comj„n„s; enfin à former des toitures qui ne manquent ni de solidité ni de durée.

§ I*'. — Des variétés du seigle.

Le seigle a, comme le froment, les épillels solitaires sur chaque dent de l'axe central de l'épi, mais il en diffère en ce que ces mêmes épillets ne renferment que deux fleurs , qui portent une arête au sommet de la valve externe de leur balle ; on trouve cependant accidentellement le rudiment stérile d'une 3= fleur.

On ne cultive qu'une espèce botanique de seio^le. — Ses tiges, articulées et garnies de femlles étroites, s'élèvent parfois au-delà de 6 pieds (2 mètres) ; — répi qu'elles portent à leur sommet est plus grêle que celui du froment, et entouré de barbes assez longues;

— ses épillets, biflores, ont les valves garnies de cils rudes; ils sont accompagnés chacun de deux paillettes calicinales sétacées dont la longueur ne dépasse pas celle des fleurs.

Cette espèce a donné naissance, sous l'influence de la culture et des climats, à diverses variétés transmissibles par le semis, ou, en d'autres termes, à des races parmi lesquelles nous distinguons les suivantes :

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