‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 221 sur 304 · TOME r · texte numérisé non relu

TOME r

386 AGRICULTURE : DES CEREALES ET DE LEUR CULTURE SPECIALE, liv. i«*.

suelles, et bien plus encore à mesure qu'on approche de la fin de l'année. »

Le seigle de printemps ne se cultive guère que dans les pays de ninnlagnes ol dans les lieux où des causes particulières empêchent les semailles d'auton)ne. Comme les autres céréales de mars, il est moins productif que la l'ace automnale. Toutefois, la récolle, au moins en grains, est souvent presque égale, et l'on ne doit jias être surpris de voir sa culture gagner depuis quelque temps sur divers points de la France.

§ VI. — Du mode d'ensemencement, de la culture ultérieure et des produits comparatils du seigle.

Le prix modique du seigle en grain, et la valeur assez importante de sa paille, qui augmente au lieu de diminuer quand on le sème un peu dru , parce qu'elle croît et s'effile da\antage, font qu'il n'y aurait pas grand avantage, d'une part, à diminuer la quantité de semence, et de l'autre à espacer les touffes par un semis en lignes. Aussi, on sème toujours à la volée, et on recouvre à la herse ou à la charrue, en ne perdant jamais de vue qu'une trop grande profondeur serait une entrave à sa prompte germination. — Le seigle pourrit assez facilement en terre.

Dans la plupart des provinces voisines des

rives de la Loire, en Sologne, dans le Berry,

partout où la culture en billons est usitée,

après avoir égalisé la surface du champ a la

Fig. 551. herse ou à la rabattoi-

re {fii^. 551), et répan-

rwffijailK^^^ du la semence, on l'eii-

!k\ Yv\Wx^°"^ terre en reformant les

Gt^ ^ liiiiiiiiipiH ados par deux traits

de charrue.

Un exemple curieux de la facilité que présente la culture des seigles a été rapporté autrefois par M. Tessier.Uu fermier, qui en avait semé sous ses yeux, dans une terre nouvellement défrichée, eu fit une belle récolte au mois de juillet. Il avait laissé passer de quelques jours l'époque précise de la maturité, et, comme la saison était très-sèche, il s'en égrena beaucoup. Au mois d'août suivant, il fit labourer sa pièce pour l'ensemencer en moutarde; mais, s'élant aperçu ensuite qu'il levait une aussi grande quantité de seigle que s'il en eût semé de nouveau, il le laissa croître et se procura une récolte non moins abondante que la première, sansqu'il lui en ait coûté ni labour, ni semence.

Il peut arriver, et il arrive en effet dans des circonstances favorables, qu'en semant le seigle dès la fin de juin, ou même après une récolle enlevée de bonne heure en juillet, ou peut Wfauch'r ou le faire pâturer avant l't-poque des f^rands froids, sans diminuer sensiblement les produits de la moisson suivante. — Il paraîtrait, d'après des renseignemens recueillis par M. Tessier, et consignés par lui dans le Cours complet d'agriculture de Délerville, que, dans le nord de l'Allemagne, c est le seigle trémois qu'on applique à cet usage. Nous ne sachons pas qu'aucune expérience analogue ail été faile en France, où nous avons vu au contraire préférer constamment le seigle d'hiver, ou mieux encore celui de la Saint-Jean, dont ou peut espérer

faire une première coupe au commencement et une seconde coupe à la fin de septembre on dans le courant d'octobre. — Malheureusement celle pratique, avantageuse dans les climats où les pluies délé se succèdent avec (|nelque fréquence, n'est pas applicable partout ailleuis.

L'usage de cultiver le seigle mêlé à des j)rof>ortiiins variables de froment, s'est conservé dans plusieurs départemens, où Ton trouve que ce mélange, connu sous le nom de mèied^ est plus productif que l'une ou l'autre céréale semée seule dans les mêmes proportions. En d'antres localités, le méleil a fait place à du froment pur Nous croyons que c'est un bien, puisqu'il est certain que celte innovation ne peut être la suite que d'une amélioration du sol, et que le froment donne en définitive le meilleur pain. Néanmoins, nous ne pensons pas qu'on doive proscrire absolument la première méthode, encore assez fréquente dans le Midi, malgré l'inconvénient assez grave de la précocité plus grande du seigle. —M. le comte Louis de Villeneuve a eu l'heureuse idée,pourse6 propriétés de la Haute Garonne, d • faire venir de la semence de seigle de la région la plus élevée de la montagne Noire, pour remplacer celle de la plaine, et il est ainsi parveuu à rapprocher sensiblement réj)oque de la maturiié des deux espèces. ~ Le seigle de la Saint-Jean, plus tardif que le seigle ordinaire, serait éf;alement propre au même usage.

Nous avons vu qu'à volume égal le seigle pète sensiblement moins que le Jroment. Rarement ses produits en volume sont beaucoup plus considérables. En suivant l'assolement triennal, jachère fumée, froment et seigle, il arrive même que ce dernier, comme cela doil être, rend moins que le premier. Mais, lorsque les deux céréales sont mises, par rapport à l'engrais et à la nature du t.ol qui conviennent à chacune d'elles, dans des circonstances également favorables, le contraire a lieu.— ScHWERTZ pour la Belgique, et Akthur YouNG pour l'Angleterre, ont établi que le produit en volume du seigle est à celui du froment, dans le premiei- de ces pays, comme 12,28 : 11,80, et, dans le second, comme 9,58 : 9,39.— En France, nous avcms éprouvé qu'en des localités différentes les résultats peuvent être complèleuienlopposésDans des sols doux el légers, le seigle nous a donné environ 1/8 de plus que le froment; dans les terres fortes, le froment a renduau contraire beaucoup plus que le seigle; aussi se gardeton, généralement, de le cultiver dans ces sortes déterre. Notre remarque neconlribue pis moins à faire mieux sentir la difficulté de pareils calculs, el le peu de foi qu'ils doivent inspirer lorsqu'ils ne sont pas basés sur des renseignemens précis et surtout nombreux.

Oscar Leclerc-Thoudv et "Vilmorin.

Section m. —De l'Orge,

VOrge {Hordeum, Linn.); en anglais, Bar' ley;ei\ allemand. Gerste; en italien, Orzo, et en espagnol, Ceé«r/o, a des usages aussi nombreux qu'importans. Safarine, quoique plus courte que celle du froment et même du seigle,

CHA1-. 15*. IJE I.

est cependant susceptible de donner un pain rude et de qualité inférieure, mais nouiris saut et sain, et qui s'améliore beaucoup parle mélange du seigle oudu froment.— On mange aussi I orge à l'état de gruau ou ù^orge mondé. Dans ce dernier élat , sous une forme analogue à celle du riz, et associée à de la viande, elle est fréquemment utilisée dans les fer es allemandes pour la nourriture de la famille. — Le grain d'orbe est diversement emplo^-é dans l'art de la distillerie. — En médecine, «)n le considère comme rafraîchissant;— enfin, personne n'ignore l'usage considérable qu'on en fait, dans une grande parlie de l'Europe, pour la Jabrication de la bière.

Nous verrons ailleurs avec détail que cette niéuie graujinée donne un excellent fourrage vert. — Sapaille, quoiqu'il y ait beaucoup de diversité dans l'opinion des écrivains et des cultivateurs, sur la valeur nutritive qu'on doit lui attribuer, diversité qui peut être due autant au choix des variétés qu'à la nature du terrain ; sa paille, disons-nous, si on s'en rapporte aux analyses chimiques, est cependant supérieure à celles du iVomeul et du seigle, comme Jourrage sec. — L'orge en grain est tort souvent substituée, dans le Midi surtout, à l'avoine, pour la nourriture des chevawj. —- Trempée, et encore mieux moulue ou simplement écrasée entre deux cylindres, et déjà en élat de i&vxa^uXdXion, elle augmente considérablement le lait des vaches, engraisse rapidement les bœujs, les cochons., les volailles, etc.

§!•'.— Espèces et variétés (1).

Dans le froment, les épillets, solitaires sur chaque dent de Taxe, sont alternés sur deux côtés opposés. Dans l'orge, ils sont ternes sur chaque dent; les deux latéraux sont souvent mîiles et pédicellés; celui du milieu, sessile et hermaphrodite. Cependant, ce dernier caractère, très-ordinaire dans les espèces sauvages, l'est beaucoup moins pour les espèces cultivées. Il en est dont tontes les fleurs sont mt^me constamment hermaphrodites. — Les glumes sont à deux valves, qui forment une sorte d'involucre à six feuilles; — chaque glume renferme une seule balle à deux valves.

A. Orge carrée (2); — Orge commune àe De Candolle {Hordeum. vulgare, Lin.).

L'orge carrée a presque toujours toutes ses fleurs hermaphrodites et niuni».>s de barbes longuesetdroites. — Des 6 rangées de fleurs, 4 sont plus proéminentes que les autres, et donnent ainsi à l'épi une forme à peu près quadrangulaire.

1. Escourgeon., scourgeon (en Flandre); — Orge d'hiv er; — O.carréc (f hiver {Hordeum vulgare hybernum) {fig.SS'2). — C'est l'orge hivernale par excellence. Elle est très-eslimée ot

(1) Ce paragraphe est en grande partie extrait d'un Mémoire, encore inédit, sur les orges, par M. Vil- M »RIN. O. L. T.

(2) Quoique le nom français de rette espèce, correspondant au nom I)otanique latin, soit Orge commune, nous ne l'adoptons pas, parce qu'il tend à faire confusion avec l'orge ptate ou à 2 ranus, qui e>t, pour les França.s, la véritat)le orge commune. Le nom d'orge carrée n'est pas lion, puisque'l'espèce a réeltement 6 rangs rapprochés; mais comme c'est l'un des plus en usage , nous avons mieux aimé le conserver que d'en créer un uouveau. Vilm.

ORr.E.

Ibrl cultivée dans le nord de la France, où on la re^'arde comme la meilleure pour la bière, et la plus productive de ses congénères. Semée avant l'hiver, elle mûrit la première de tous nos autres grains. — Si on la semait au printemps, elle pounait parfois réussir; mais u< e telle pratique serait d'autant moins avantageuse dans les circonstances ordinaires,qu'elle ne monterait pas du tout si le printemps était sec.

2. Orge carrée de printemps ; — petite Orge ; Escourgeon de printemps {H. vulgare œstivum). — Cette variété, très -répandue dans le nord de l'Allemagne, est fort peu cultivée en France.

Elle est cependant hâtive, passe pour s'acconmioder mieux qu'aucune autre des terrains médiocres, et peut être semée avec chances de succèsjusqu'à la fin de mai.

3 Orge noife [H. vulgare nigrum). — Celle-ci diffère des autres, autant par sa manière de végéter que par la couleur de son grain. Quoique bien évidemment de printemps, puisque, semée en automne, elle ne réussit pas, du moins sous le cîimat de Paris, si on la met en terre plus tard que la fin de mars, elle ne monte pas toujours. Dans ce cas, elle devient quelquefois bisannuelle : ses touffes se conservent vertes, passent l'hiver beaucoup mieux que si elles n'avaient commencé à se développer qu'en automne, et fructifient abondammeutl'année suivante. Une telle disposition pourrait la rendre doublement avautageuse, comme fourrage la 1" année, et comme récolte à grain la 2'. Quand elle monte bien, son produit est très-considérable.

4. Orge céleste;— Orge carrée nue ; — petite Orge nue (H. vulgare nudum; — H. cœleste, L.). — L'orge célesleest regardée comme une des plus productives, mais sous la condition, plus rigoureuse pour elle que pour toutes les autres, d'un bon terrain. On a pu remarquer avecTHAERquelle talle infiniment plus, quoique sur un même sol, et quoique les plantes soient à une même distance. — La paille est plus longue et de qualité supérieure. — Les

.ISS AGRICULTURE épis acquièrent des dimensions plus consi.lé- j nibles et contiennent plus de grains. - Mais le caractère qui la distingue le plus enimemnienl, c'est que les balles de la corolle s écartent et laissent la graine entièrement nue après le battage. - D-après des essais multipliés, on doit regarder cette or^^e comme une Ses plus profitables à cultiver. -Llle pe»' «» ^ semée avec succès jusqu au commencement de mai.

B. 5. Onre à six rangs; - Orge hexagone ;- Orge^à six quarts; -grosse 0'ge{en Gali- Dais){HorcIeumhexastichum,Un.)[l^?,-^^^).

Fig. 653.

nr.S CEKKAl.ES ET DE LEUR CUÉtURE SPECIALE. MV. .'

presque toute la Trance);- Pamel/e,-- Paumoule (dans la Picardie); — Marsecht- (dans le Berrv) ; — BaUlarge ( dans le Poitou ; , —petite 'Orge ( en Câlinais ) ; — grosse Orge plate, elc.ifg. 654. )- Elle est générale-

L'orge hexastique diffère particulièrement de l'orge carrée, par ses épis gros, ramasses, un peu pyramides, à six rangs égaux, sépares par des sillons profonds.

Cette espèce est d'hiver; cependant, semée au printemps, elle monte et mûrit parfaitement de sorte qu'on peut la considérer comme des deux saisons. Cette première qualité, fort importante en culture, la distingue déjà nettement de l'escourgeon, dont la plupart de nos auteurs lui ont mal a propos donné le nom. — Elle est d'ailleurs plus tardive que celle-ci de 8 à 10 jours, peut-être un

ment cultivée dans la plupart de nos départemens. — Son grain est souvent plus gros et plus lourd qne celui de l'escourgeon; — on en fait cas pour labière. Cette orge est trè.s-productive dans de bons fonds.

7. Orge nue à deux rangs ;— grosse Orge nue ( Hordeuni distichum nudum,]i.P)- —Si l'on jugeait cette variété seulement sur la qualité de son grain, aussi lourd au moins que celui de froment, et qui rend son poids presque entier d'une farine supérieure à celle des autres orges, on devrait la regarder comme bien prélerable, non seulement à l'orj^e ordinaire à 2 rangs mais encore à peu près à toutes les autres; cependant elle n'a pas pri.sjusqu'y présent dans la eulture,ce qui est dû, sans doute, aux défauts qu'on lui a reconnus. Ainsi, elle rend moins en vo ume que les antres espèces; sa paille est cassante, au point que, dans les années orageuses, la récolte en est parfois Ibrt détériorée; eufin, elle est ti'èsdilficiie à batli-e, défaut qui lui est commun avec l'orgecélesle.Elie est, du leste, plus hâtive (lue celleci et que la plupart des autres es.èces.

Fig. 654.

peu moins rustique, mais encore plus productive quand elle s'hiverne bien. — A la vérité son grain est moins lourd et par conséquent moms bon;- sa paille est plus grosse et pl,us ferme.

C. Orge h deux rangs; — Orge distique {Hordeum distichum, Lin.).

Cette espèce a l'épi long, étroit; des 3 fleurs accolées ensemble sur chaque dent de 1 axe, celle du milieu est seule fertile et munie de barbes; - les grains sont disposes sur deux rangs parfaitement distincts.

V,. Orge couverte à deux rangs; — Orge ( dans

D. S. Orge ei'entail;— Orge pyramidale ( De CAuà.)\ — Orge r-LZ ; —Riz d'Allemagne , etc.

( Hordcum zeocriton , Lin. ) (/^.655).

Epi aplati , court, pyramide;

— grains dispo- ^^ ,.

I ses comme dans le groupe précèdent sur

CHU-. l.V. i)j; L'ORGE

tiens rangs ; — barbes évasées en forme d'éventail.

L'orge éventail , peu connue en France, est cependant robuste, productive; son grain, quoique comprimé, est plus gros et souvent plus lourd que celui de toutes les autres orges couvertes. — Elle se sème au printemps.

Fig. 556. E. 9. Orge trifurquée

( Hordeum trifurcatum, Seringe) {fig.

Cette variété, trèssingulière , est sans barbes; — elle figure un gros épis de froment, dont les balles seraient terminées jjar de petites languettes à trois pointes; — son grain est nu, court; — sa paille extrêmement grosse. Quoiqu'elle nous ait paru peu productive et plutôt curieuse qu'économique, c<'|>( nuiiitt s.i qualité d Of^e lUK- (l< it enga- {^erà ne la coiidamner qu'après des essais suffisamment approfouse sème au priu temps.

Très-rarement on fume directement pour l'orge, mais toujours, dans un bon système de culture, on lui destine des terres qui n'ont pas été épuisées par les récoltes précédentes. — Les engrais animaux, trop abondans, la disposeraient à acquérir, avant de monter en épis, une trop grande vigueur de végétation et nuiraient à son produit en grain, à nioins que l'on ne put recourir, pour les variétés hivernales,à l'effanage dontnous avons parlé ailleurs.

§ III.— Epoques et modes de semis.

dis. Elle

§ II — Clioix et préparation du terrain.

L'orge n'est pas très difficile sur le choix <lu terrain. Toutefois elle se plait de prélérence sur les sols de consistance moyenne, s;il)lo argileux, moins compactes que ceux dont s'accommode au !)esoin le fronieiil, et moins légers que ceux dans lesquels le seigle peut encore prospérer. — Ajoutons que rorj;e tst une ressource précieuse pour les terrains calcaires nuMue à l'excès.

En Angleterre, où celte plante donne des produits parfois égaux, sous le point de vue péciuiiaire, à ceux du froment, et où on la cultive avec un soin particulier, elle succède rarement à une jachère morte. Généralement, elle vient après une récolte de tui-neps ou de pommes-det<'rre; — quelquefois après des pois ou des fèves; — jamais, chez les bons fermiers, après un autre grain.

Selon l'état du sol, on \^. prépare à recevoir la semence d'orge, soit par un seul labour rf'automneet quelques façons à l'extirpateur, au printemps; — soil par deux labours, l'un qui suit immédiatement la récolte préparatoire, l'autre qui pré ède le semis; — soit enfin par trois labours, si la malpr(»preté du sol l'exige, ce qui n'arrive que Irop souvent lorsque, contrairement au principe, on entrepreud de cultiver cette céréale après une aurre.

Quel que soit le nombre des labours, leur '/o/6ndeuresi presque toujours un élément (le succès.— Il faut aussi que leur résultat soit tui ameublissement aussi parfait que possible, puisque, comme le savent très-bien tous les praticiens, l'orge ne réussit jamais mieux '.lie lorsqu'elle est semée dans la poussière.

En Suède et en Laponie, l'orge est cultivée de préférence à tout autre grain, à cause de la rapidité de sa végétation, qui s'accomplit ordinairement en moins de huit semaines.—Au rapport de Lin.\é, semée le 26 mai, elle peut être récollée le 28 juillet.

Dans les parties méridionales de l'Europe, on la sème presque toujours avant l'hiver. En Espagne et en Sicile, il n'est pas rare d'obtenu- deux récoltes d'orge sur le même champ qu'tm ensemence une première fois en automne, de manière que la maturité arrive en mai, et une seconde fois en mai, pour moissonner en auiomne.

En Angleterre, comme en France, on sème l'escourgeon, et parfois l'orge hexagone, pendant tout le courant de septembre et une partie d'octobre. Quoiqu'elles puissent l'une et l'autre êtreaccidentellementendommagées par les froids et l'humidité excessives, leur culture, celle de l'escourgeon surtout, est assez étendue et fort importante dans plusieurs départemens du nord

C'est de la fin de mars au 15 avril qu'on fait le plus communément les semailles d'orges prinlanières; — cependant, ainsi que nous avons déjà dû l'indiquer en parlant des espèces et variétés de cette saison, la plupart réussissent encore dans le courant de mai, quelqnefoisméme au commencement de juin dans les terrains frais.

Quoique en Angleterre on fasse, à ce qu'il parait, quelquefois les semis d'orge au semoiret en lignes, le semis à ta volée, exclusivement pratiqué chez nous, l'est aussi presque paitout dans ce pays.

La quantité moyenne tforge qu'on peut répandre sur un hectare varie suivant la qualité du sol et le choix des variétés. M. de Dom- BASLE, que l'on sait être généraienienl porté pour les semis épais, recommande d'employer, pour la grosse orge plate, ainsi que pour l'orge nue à deux ran.;s, 1>50 à 300 lit. de semence par heclare; — pour la petite orge (|uaclrangulaire, 225 à 250;— pour l'orge céleste, 200 suffisent, parce que cette variété, dont le grain est moins gros, couvre d'ailleurs davantage le terrain par son tallemeut. — Dans beaucoup de lieux, \c maximum, pour les deux premières variétés, est de 250, et, pour la petite orge, de 200 litres seulement.

Toutes les orges prinlanières aiment à

être recouvertes un peu i>rnfondémcnt.

Quand on les sème à la charrue, on peut les enterrer à 3 ou 4 pouces '0'" 081 à 0" 108). Dans les sols légers, c'est même une condition importante de leur réussite. Aussi,

AGRICULTURE : DES CEREALES ET DE LEUR CULTURE SPÉCIALE, lit. i^.

quand on ne sème pas suus raie, doit-on chercher à donner à la herse la plus grande enlrure possible.

Il esl à peine besoin de dire que pour cette plante, comme pour toute autre, il est nécessaire de choisir des graines de bonne qualité, nettes et bien nourries. On a aussi recommandé de les chauler, dans la crainte du charbon. Cette précaution, qui ne présente aucun inconvénient, peut être souvent utile.

§ IV. — De la culture d'entretien et de la quantité deâ produits.

"Les façons qu'exige l'orge ultérieurement aux semailles sont peu nombreuses, et souvent totalement négligées ; — on roule sur les terrains qui exigent celle précaution; — on herse quelquefois lorsqu'une forte pluie a durci le terrain à sa surface, pour faciliter la sortie des germes; mais, dès que la |)lante est levée, cette opération, à moins qu'on ne la fasse avec beaucoup de circonspection et à l'aide d'instrumens légers, présente plus d'inconvéniens que d'avantages, parce que l'orge casse avec une extrême facilité.

La plupart des variétés d'orge pèsent moins, à volume égal, que le seigle, et à plus forle raison que le froment, quoique la disproportion ne soit pas toujours la même. La grosse orge nue à deux ranj;s fait seule exception à cette règle. Après elle viennent l'orge céleste et les autres orges nues ; puis, parmi les espèces ou variétés à semences couvertes, l'orge éventail, l'orge proprement dite, Vescourgeou d'hiver et celui de printemps, qui qccupe un des derniers rangs. — Mai.-> si, sous le rapport du poids, comme sous beaucoup d'autres, l'orge le cède au froment, généralement elle l'emporte du moins sous celui de la production. — D'après Schwertz, la moyenne du froment par journal de Magdebourg, étant en Belgique de 11,80 sheflèlsde Berlin, celle de l'orge est de 17,93. — Du temps d' Arthur Young, la différence en Angleterre était de 9, 39 à 12, 60 en terrains ordinaires, et, dans les lieux où la culture du froment avait fait le plus de progrès, de 15 à 18 seulement. Nous ignorons si de pareils calculs ont été faits pour la France.

JNous avons déjà ait que la paille de cette céréale est peu estimée dans bea-.icoup de lieux, tandis que dans d'autres on en fait giand cas. La masse de ses produits varie considérablement de saison à saison et de variété à variété.

Oscar Leclerc-Thouin et Vilmorin.

Section iv. — De l'Avoine.

L'Avoine {Avenu sativa, Lin.); en anglais, Oat, en allemand, Haber ; en italien, Vena, et en espagnol, Avena, sert beaucoup moins fréquemment qu'aucune d<is céréales précédentes à la nourriture de l'homme. Ses grains rendent peu ù^Jarine, et le p;iiu qu'on en obiient esl noir, lourd, amer et d'une saveur désagréable. Cette même farine sert à faire des bouillies et des gAteaux de plusieurs sortes. — Le gruau d'avoine, tel qu'on le fabrique en assez grande quaulité dans une partie de la Bretagne, est aussi utilisé

en quelques lieux comme aliment; on l'emploie dans la médeciiie hygiénique. — On extrait de l'eau-de-vie du grain de celte plante. — Ses fanes vertes procurent un fourrage abondant et très-sain pour tous les ruminans; — sa paille, quoiquelie ne leur plaise plus autant, leur convient cependant encore. D.ms les provinces du centre de la France, on la destine particulièrement aux vaches, pour lesquelle. on la considère comme un excellent fourrage. Parfois on la donne en petite quantité sans l'avoir battue; — Mais ce sont ses grains qui font incontestablement le principal mérite de l'avoine pour la nourriture des animaux de travail. Les chevaux auxquels on veut donner de l'ardeur, les moutons qu'on engraisse, les brebis nourrices dont on veut augmenter la quantité du lait, les oiseaux de basse-cour doni on cherche à accélérer la poule piinlanière, se trouvent également bien d'en manger. — Les balles davoiiie ont de plus quelques usages économiques.

§ 1". — Espèces et variétés»

Les caractères généraux de l'avoine sont d'avoir une glume bivalve, qui renferme le plus souvent deux, quelquefois un plus grand nombre de fleurs hermaphroilites à côté desquelles on en rencontre parfois de stériles par déiaut d'organes femelles. La balle est aussi à deuxvalves pointues, dont rextérieure porte une arête genouillée. Celte aréie nanque ou tombe de bonne heure dans beaucoup de variétés. Les fleurs sont disposées en paiiicules.

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