VI
De l'époque des semis, et de la quantité de grain&j employées.
Dans les déparlemens méridionaux, comme en Piémont, on .tr-mr le nuiis à deux époquex différentes : au printein[)s, depuis la mi-avril jusquau milieu de mai; —au conunencemeut de leté. depuis le mois de juin, pour succéder à une récolte de printemps ou remplacer une culture détruite par la grêle, jusqn'a|)rès la récolte du seigle et mêuje du Ironient. Dans ce dernier cas, je préfère à tout autre le niais quarantain ou à poulet.
Pour les départemeus du centre, il faut attendre qu'on nait plus rien à ciaindre du Yftoiir de^ gflées et que la terre soit échauffée plus quelle ne l'est d'ordinaire dans Je coûtant d'avril. — Les semailles tardives entraînent, à la vérité, des récoltes tardives ; mais de> semis faits à contre-temps, lorsqu'ils ne com[)rometteut pas le succès de la culture, contribuent bien peu a avancer ses produits, puisque les giames nt; lèvent que lorsqu'elles trouvent dans le sol une température convenable.
Pour indiquer la quantité de foraine que comporte une étendue de terrain déterminée, il faudrait, non seulemenl être fixé sur le mode de semis et la qualité du terrain, niais sur la dimension que doit prendre individut-liemenl chaque touffe, selon la variété à laquelle elle appartient.— Dans le Piémont, où la culture du maïs esi très-perfectionnée, lorsqu'on semé à la vi.lée la vai'iété n"l, on répand la moitié d'une émiiie (Il à 12 litres) par arpent. — Il y a peu d'inconvéïiieul à semer plus épais, parce que les plantes surabondantes servent à nourrir le bétail et donnent ainsi un produit souvent bien supérieur à la légère augmentation des dépenses et de maind'œuvre, occasionée par l'excédant de semences et par l'arrachement.
§ VU. — De* diverses manières de semer.
On en connaît deux principales : 1" celle dont nous vemms de parler, qui consiste a répandre les giauis à la volée et à les recouvrir à la herse, méth(jde regardée comme décidément vicieuse, parce quelle donne des résultats irréguliers, et parce qu'elle s'oppose ultérieurement à Temphi, pour le binage et les bulnges, des in>trumens nouveaux qui simplifient à un si haut point ces importantes opérations; — '2° d'Ile qui a pour résultat l'espacement régulier des plantes en lignes parallèles.
Ce dernier mode de semailles comprend les semis sous raies, les semis en sillons, ceux au plantoir ou à la houe, et ceux au semoir.
Pour semer en rayons, sous raies, un homme précède ia charrue lors dn dernier labour; il dej^ose, à des disla:iCL-s à peu nrès régulières déterminées pir le choix de la variéié du mais, deux on trois graines à chacj^ue fois, sur l'arête du dernier sillon, de manière que
DE LELK CLLTLl'iE .SPÉCIALE, tiv. i"
la charrue qui le suit les recouvre à une fai ble profondeur. — Quelquefois on laisse un iin deux sillons vicies cnlre chaque rang, pour obtenir tout de suite respacenient convenable; — d'autres fois, afin de se ménager du fourrage, on sème sur tous les sillons.
Pour semer en sillons, le semeur suit la charrue, et, au lieu de laisser tombei' les semences sur l'arête du d' rni-r sillon il la dépose avec la même régularité au fond de la petite raie formée |)ar la jonctioi; de ce même sillon cl de celui qui l'a jirécédé. — Dans ce cas, on recouvre avec le dos de la ht rse.
Pour semer ii la houe, on fait de peliles fosses en quinconce avec cet oulil: et si le terrain n'a pas été préalablement fumé, on jette au fond, avant de placer les deux ou trois grains, une pelletée d'engrais ou de composl. — Dans plusieurs cantons de l'Amérique méridionale, et, à leur exe.nple, dans plusieiiis endroils voinins des Pyrénées, on ne laboure pas la totalité des champs destinésau maïs, on fait seulement 2traits de charrue par chuque .'i pieds, et on les ccuipe à angles droits pnr deux iiulres traits semblables; c'est dans les points de jonclioii de ces traits qu'on cieuse a !a bêche ou à la houe un irou d'un I 2 pied ( arré, dans lecpiel on met une poignée de fumier et des grains de maïs.
Pour semer au plantoir, comme on le pratique aussi en Amérique, et fréquemment en Piémont dans la j)elite culture, on a recours à un plantoir à une ou plusieurs pointes [voj. pa^e 222), pour faire les trous à des dislances égales, dans le sens des sillons ou le long d'un cordeau;on introduit dans ciiaque trou deux ou tr^is graines, et on les recouvre aussitôt avec le pied.
Enfin, quand on fait usage du semoir, comme il y a un incontestable avantage à le faire partout où l'on possède une de ces machines, qui peut à la lois ra\oiiner, ouvrir le sol, répandre l'engrais, semer et recouvrir, on met 2 ou 3 grains, par pied de longueur, dans la ligne. — Plus tard on éclaircira. de inanièreque t:haqiie toiifle des grandes variétés se trouve à environ 3 pieds en tous sens de la voisine ; — les varit-tes moins élevées doivent être beaucoup moins espacées. Du reste, nous répétonsqne la disiance doit varier, non seulement eu raison de l'espèce qui fait 1 Objet (.h\ semis, mais aussi par suite de la qnanliié et de la fécondité plus ou moins grande du terrain. — En arrachant progi essi\ement les pieds qui se trouveraient de trop, il faut avoir soin qu'à toutes les époques de leur croissance, les autres puissent jouir c<.mplètemenl de l'influence de l'air et de la lumière.
\j un précaution générale, que nous n'avons |)as encore trouvé l'occa-ion de recommaniler, relalivennMit aux semis de maïs, c'est de ne pas les faire tJ'op profondément, dans la crainte d'occasioner la pourriture d'une partie des graines, surtout dans les teri'es compactes et un peu humides, ou lorsqu'on seine 'e bonne heure. — Une couveiture trop épaisse conipromel la réussite de beaucoup de semences; elle retarde sensiblennnt la levt'-e de toutes. — On regarde qu'un pouce au plus dans les terres fortes, un pouce et demi
CÉKP. iS".
bu MAIS.
dans les terres légères, sont la profondeur convenable.
§ VIII. — Des cultures d'entretien du maïs.
Lorsqueles jeunes pieds de maïs ont atteint quelques pouces de hauteur, qu'ils montrent leur y ou 4' feuille, ordinairement vers le commencement de juin, on procède à un premier binage, soit à la main {yoy. pog. 226 et suiv.), ce qui peut paraître préférable à cette époque de la végétation, soit à la houe à cheval (voy. pag. 228 et suiv.). Pendant l'opération, il faut avoir soin d'éviter de recouvrir la tige, ce qui pourrait la faire pourrir, surtout s'il entrait de la terre dans le cornet. — On commence à éclaircir les pieds ti'op rapprochés; — on en repique, ou on sème de nouveau dans les places vides. Si on préfère le premier moyen,quoiquele plus long, pour en obtenii- les meilleurs résultats possibles, on fera bien, à l'aide d'une houlette, d'arracher les jeunes plants de repiquage en mottes. Encore, malgré cette précaution, éprouveront-elles sur les autres un retard marqué. — Si l'on choisit l'autre moyen, que nous avons trouvé généralement préférable, on doit semer le mais quarantain ou toute autie variété assez précoce pour atteindre la maturité du premier.
La seconde Jacon se donne 15 ou 20 jours apiès la première, à la charrue à deux versoirs, dite cuilivaleui'. Elle procure à la fois un binage, un sarclage et un butage parfaits, qui a pour but, moins encore d'affermir la plante (jue d'ajouter à sa vigueur par suite de la sortie des nouvelles racines. — A cette époque, on supprime les tiges latérales qui poussent du collet, et qui affameraient la tige principale sans donner en compensation des produits suffisans. — C'est aussi le moment d'achever d'éclaircir. Les pieds de maïs ayant acquis 15 ou 18 pouces peuvent être utilisés à rétable.
Dans quelques localités, avant de buter, on est dans l'usage de déposer au pied de chaque toujfe un supplément d'engrais pulvérulens ou liquides. Sur les sols de consistance moyenne et un peu frais, le noir animalisé et la poudretle produisent, de cette sorte, de puissans effets.— Les Lucquois emploient les matières fécales délayées dans l'eau. C'est à cet arrosement distribué avec parcimonie au pied de chaque plante, qu'ils doivent ces abondantes récoltes de maïs quarantain qu'ils retirent des terres où ils ont semé ce grain aussitôt que le blé en a été enlevé.
Presque partout on néglige un troisième binage, parce que, une fois que îe maïs couvre suffisaufment le terrain, il y a beaucoup moins à redouter la croissance des mauvaises herbes, et parce que les bulages perdent de leur importance i mesure que la végétation approche de sa (in. Cependant, vers l'époque de la floraison, une dernière façon, moins profonde (pie la |jrécédenle, est assez souvent profitable lorsqu'elle peut s'exécuter à peu de frais.
Peu de temps après la fécondation, on casse, dans beaucoup de lieux, la sommité des tiges de mais pour les donner aux bestiaux. Sans doute il > a quelques inconvé-
AGRICnLTUR£«
niens à faire cette suppression, qui occasione une perturbation asst-/ grande dans les mouvemens de la sève. Quelques cultivateurs croient avoir remarqué qu'elle nuit à la grosseur et qu'elle retarde la maturité des épis; mais cette différence est bien peu sensible, puisque d'autres prétendent avoir observé le contraire. Quoique nous nous rangions du premier avis, nous ne voudrions pas proscrire une pratique qui, lorsqu'elle n'est pas faite trop tôt, car alors nous savons par expérience qu'elle peut occasioner la coulure des fleurs ou la naissance de sousbourgeons latéraux, ne nous paraît pas présenter autant d'inconvéniens que d'avantages.
Lorsqu'on veut utiliser l'intervalle qui sépare les lignes de maïs par d'autres cultures, il faut renoncer aux binages et aux butages à la houe à cheval ou au cultivateur. Les binages à la main deviennent même difficiles, et le sol, qui produit davantage, se trouve aussi plus fatigué, de sorte que les avantages, en dernière analyse, ne sont pas aussi clairs qu'on pourrait le croire au premier aperçu.
La culture du mais, même semé comme fourrai^e dans les interlignes, donne cependant, sans ces derniers inconvéniens. de bons produits. Détruit avant le moment de la fructification, il épuise peu le sol et il peut faire place à un semis de navets, de raves, à une plantation de choux ou autres plantes destinées à être consommées pendant l'hiver. — Entre les rangs plus rapprochés du maïs quarantain, on pourrait aussi, à une récolte fourragère, faire succéder une plantation de colza. — Enfin, on peut encore faire, simultanément avec le maïs, d'autres semis de printemps qui exigent eux-mêmes des binages, tels que ceux de haricots, de pavots, de pommes-de-terre, etc., etc. Ce dernier moyen est souvent employé dans les pays de petite culture.
§ IX. — Récolte et conservation.
Il Y a plusieurs manières de récolter le maïs. Les uns, c'est le plus petit norahre^ arrachent les tiges ; — \esaLUivo^ les coupent à fleur de terre avec la serpe ou la houe tranchante; — d'aulres, enfin, détachent Cépi et laissent la lige sur place.— Après la cueillette, on étend les épis sur l'aire ou sous un abri aéré, et on y for.j.e des couches de 7 à 8 pouces d'épaisseur, que l'on remue fréquemment pour (pie leur humidité se dissipe. Quelques cultivateurs ont soin de ne ivcoller que la quantité d'épisqu'ils peuvent dépouiller le même jour ou le lendemain. Cette précaution est utile pour en prévenir la fermentation.
Le dépouillement ou effeuillenient des épis est presque toujours confié aux femmes et aux enfans. Assis autour des tas de mais qu'ils ont formés, chacun nreud un épi d'une main, en détache de l'autre les spathes qui l'enveloppent, et le frottent entre les doigts pour en enlever les barbes encore adhérentes aux grains. Dans quelques pays, au lieu de dépouiller l'épi complètement, on lui laisse 2 ou 3 feuilles propres à servir d'attache à plusieurs épis qu'on lie ensemble pour les tenir suspendus.
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402 AGRICULTURE : DES CEIlF.iT.ES ET DE LEUR CULTURE SPECIALE, lu. Pour compléter la dessiccation du maïs, oa | pieds pour que l'air puisse circuler à travers
counait plusieurs procédés différens. — Dans les climals méridionaux, dès que les épis sont etfeuillés, ou se contente de les déposer sur le sol ou sur des toiles, en couches peu épaisses, et de les remuer assez souvent pour que l'air et le soleil les dessèchent. — Dans les pays où cette céréale mûrit plus difficilemeut, on fait sécher les épis dans des éiures garnies de claies, et, le plus souvent, dans des l'ours de boulangers, dont on porte d'abord la température au-dessus de celle qu'exige la cuite du pain. On y introduit ensuite les épis effeuillés, dont l'évaporalion adoucit la chaleur ambiante, et, pour obtenir une dessiccation plus prompte et uniforme, on les remue dans tous les sens 5 ou 6 fois dans la Journée, à demi-heure d'inter- \aUe. L'opération se termine ordinairement dans les 24 heures. — Si les rafles, à leur sortie du four, n'étaient pas desséchées jusqu'à leur centre; si elles ne se rompaient pas avec facilité lorsqu'on essaie de les ployer entre les maias; et si, enfin, les grains, sans avoir changé de couleur, n'étaient pas légèrement fendillés à leur surface, on recommencerait la même opération à une température plus douce. Il est à peine besoin de faire observer qu'une telle dessiccation porte atteinte à la vitalité du germe ; les épis destinés à la semence ne doivent donc pas être desséchés de cette manière.
Dans la plupart des régions d'une température moyenne, on renverse les feuilles conservées au nombre de 2 ou 3 à chaque épi, on les enlace et on les lie avec un nœud ou un brin d'osier, en en formant des faisceaux de 8 ou 10 épis, qu'on dépose côte-à-côte sur des cordes ou des perches, dans l'intérieur et au dehors des maisons, sous les saillies des toits, etc. Mais ce mode de conservation peut rarement s'appliquer à la totalité des récoltes un peu abondantes. — Pour suppléera l'insuffisance des habitations, en Amérique, en Yalachie, en Hongrie, on construit, pour renfermer les épis de la céréale qui nous occupe, des séchoirs couverts de chaume {fig. 565)j
Fig. 565.
dont le pourtour et le fond sont formés de lattes en claire-voie, assez rapprochées pour retenir les épis. On donne à ces sortes de cages une longueur et une élévation calculées sur la quantité de mais qu'on doit y renfermer, mais seulement une largeur de 2 ou 3
Le séchoir est élevé sur des poteaux de bois; la saillie du t>)it empêche la pluie de tomber à l'iulérieur, et une porte à claire-voie, placée à luue des extrémités, sert à s'y introduire à l'aide d'une échelle mobile. — Ce système de conservation, adopté depuis quelques années dans la ferme-modèle de Roville, est excellent; étonne peut douter que toutes lesfoisque les épis sont passablement mûrs, ils ne se conservent irès-bien, et que, retirés de la cas;e quelques mois après, ils ne soient complètement desséchés.
Quoi qu'il en boil, dès que les grains de maïs sont assez secs pour se séparer de leur alvéole par le frottement réciproque de 2 épis, on \ie\x\. procéder à Vëgrenage par l'un des moyens suivans : — Tantôt, et c'est le procédé le plus simple, on égrène le meïs de la manière qui vient d'être indiquée; mais ce procédé, à cause de sa lenteur, ne convient que pour de. petites récoltes ou pour le maïs destiné à la semaille. — Tantôt on se sert d'une lame de fer fixée à un banc sur lequel l'ouvrier s'assied pour racler les épis l'un après l'autre. — Dans les p^ys de grande culture, les cultivateurs abrègent de moitié l'opération par V emploi du fléau. Ils battent les épis sur l'aire à coups répétés, enlèvent les ratles avec la fourche ou le ràleau, les mettent dans un coin, et amoncèlent le grain dans un autre. — Parfois le battage a lieu sur des claies entrelacées de manière à laisser entre les branchages un vide suffisant pour que le grain puisse passer. On peut ainsi opérer à volonté en plein air ou sous le toit de la ferme. — Il est des cantons où, pour égrener le maïs, les cultivateurs se servent d'un sac grossier ^\}^\\% remplissent à moitié, et frappent ensuite à coups redoublés. Le peu de durée des sacs rend ce moyen dispendieux. — Dans divers endroits de la Sicile, les garçons et les jeunes paysannes se rassemblent au son d'une cornemuse et, en dansant ou trépignant sur les épis avec leurs sabots de hélre, ils dépiquent le maïs par cette joyeuse opération.
La longueur de ces diverses opérations et les dépenses qu'elles exigent ayanl/^z/i lecourir aux machines , y ai construit un égrsnoir qui a étédistinguéà l exposition des produits de l'industrie (1834), et dont l'usage commence à s'introduire parmi les cultivateurs. Cette machine, dont la /%'. 566 représente l'élévation, vue du côté du mouvement, et la fig. 567 la coupe longitudinale et verticale, par l'axe du tambour, est mue par une manivelle AA {fig. 5(56 et 567 ), montée sur un axe en fer qui porte aussi une grande poulie G pour servir à transmettre au batteur le mouvement que la manivelle lui imprime à l'aide d'une corde B sans fin. — L'économie de temps et de force que procure celte machine , la netteté qu'elle donne au grain, sans briser la rafle, et son prix, accessible à la plupart des fortunes, sont les avantages quelle présente; avantages constatés par lexpérience.
Après l'égrenage, de quelque manière qu'il ait été opéré, il est essentiel de -vanner le mais, comme on vanne le grain de toutes les céréales, afin d'en séparer la poussière, les
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