CHAP. 1". DE LA LATITUDE
- Malheureusement l'effet n'a |)as répondu à l'aUente. Ce qu'on peut conseiller de mieux aux cullivaleiirs, c'est d'avoir recours aux
compagnies d'assurance contre la grêle, ou moyennant une prime léf^ère payée annuellement, ils se trouveront indemnisés, en tout ou en partie suivant les conventions, des dégâts qu'ils éprouveront.
Les paratonnerres {fig. 13) sont ces verges
FiiT 13.
Section v. — Influence de la situation en agriculture.
métalliques qu'on voit dominer îes édifices, et qui cumiminiquent avec le soljusqu'à une certaine profondeur, ou, mieux encore, avec l'eau d'un puits, au moyen de fils de fer ou de laiton roulés en corde. Leur théorie est basée sur la connaissance de deux faits également positifs : ia propriété dont jouissent les pointes métalliques de soutirer peu à peu le fluide électrique, et d'empêcherainsidans leur sphère d'action les fortes détonations; et cette autre propriété que possèdent particulièrement les métaux d'être d'excellens conducteurs de ce même fluide. — La puissance Erotectrice des paratonnerres ne s'étend pas eaucoup au-delà d'un rayon double de leur longueur. La connaissance de ce fait donne la distance à laquelle on doit les placer. — Un autre fait d'une égale importance, c'est que, toutes choses égales d'ailleurs, la foudre menace toujours les points les plus rapprochés d'elle, et que par conséq^uent plus les paratonnerres sont élevés, mieux ils remplissent leur destination. — C'est donc à la E)arlie culminante des édifices qu'il faut les ixer.
La tige d'un paratonnerre vaut à Paris environ 2 Ir. 70 c. le mètre. — On lui donne ordinairement 10 mètres de haut, ce qui tait 27 Ir. La pointe en platine, garnie d'une enveloppe de cuivre, vissée sur celle de fer, est du prix de 18 à 20 fr. La corde, d'un diamètre de 8 à 9 lignes, coûte 2 fr. 50 c. le mètre; on peut d'après cela calculer tacilement pour chaque localité, et en raison de la hauteur, la dépense des matériaux et de la pose d'un paratonnerre.
L' électromètre sert à mesurer la quantité et à déterminer la nature du fluide électrique. Peut-être cet instrument, à peu près inconnu des cultivateurs, deviendra plus tard pour eux d'une grande importance. Dans l'étal actuel de nos connaissances, j'ai dû me borner à l'indicpier ici.
Oscar T^eci-ehc-Thocin.
Il ne faut que jeter un coup-d'oeil sur les différentes formes et les différentes applications que l'art de cultiver la terre prend ou reçoit entre les mains oui l'txercent dans les diverses contrées du globe, fxmr êire convaincu (jue chaque culture territori.ile est principalement fondée sur unediffiMciice de jjosition géographique qui constilui' ta situation générale. Liufluence de la situation s'étend non seulement sur l'espèce de plantes et d'animaux que l'agriculture locale embrasse, mais encore sur la manière de les éle ver; l'étude de c<tte influence doit précéder tout essai de naturalisation et de cultures nouvelles. Les principales causes sont Vs latitude et Xélévation, auxquelles on peut ajouter ^exposition et les abris. Les deux premières se modifient l'une l'autre : c'est-àdire que sous le même climat , à des hauteurs diverses, et réciproquement, aux mêmes hauteurs, sous des climats différens, on ne retrouve pas les mêmes végétaux. En effet, plus on se rapproche de la ligne équinoxiale,
ou equateur (/g-. 14 ), plus " '^~"* ''"'
Fig. 14.
il faut s'élever
avant d'atteindre la région des neiges perpétuelles; tandis qu'en s'éloignant de la zone lorride ou des tropiques, dans la direction de l'un ou l'autre pôle, on rencontre, à des hauteurs de moins en moins grandes, le froid susceptible d'empêcher toute végétation.
§ I". — De la latitude.
Peu des plantes utiles à l'homme viennent partout indilTéremment; et parmi cel les qui appartiennent à l'agriculture, on n'en trouve guère qui soient dans ce cas, hors les graminées prairiales annuelles, qui donnent les pâturages et les foins , et les graminées céréales annuelles, telles que le blé, l« seigle et l'orge. Mais, en même temps qu'on les retrouve en plus de lieux, leur courte durée et la nécessité de leur réensemencement artificiel empêchent deregarder coninie toul-à-fait impossible l'hypothèse de leur disparition complète. D'un'aulre côté, l'avoine, les pois, les haricots, les navets, les pommesde-terre et les graminées vivaces composant le fonds des prairies ne peuvent croître dans des régions ou trop chaudes ou trop froides-, il faut au maïs, au millet, au riz une contrée chaude, à l'avoine une région tempérée. Les racines et fruits do ce qu'on appelle les climats chauds, tels que le manioc, l'ygname, le bananier, l'arbre à pain , etc. , y sont ri-
gniireusement limités; et il en est de mémo tics grands arbres loiirnissant les bois de conslruction,tels que le chêne des |)ays tempérés, et l'acajou de la zone torride.
Les animaux sont soumis au climat aussi bien que les plantes ; et, parmi les animaux <lomestiques, i! en est qu'on trouve parlo'.it. comme le bœuf, le cochon, tandis que d'autres sont confinés dans certaines contrées, comme le renne, le chameau, l'éléphant. Le cheval et l'âne suivent aussi l'homme à peu près sonstoutes les latitudes. Le mouton peut vivre aussi dans l'Inde et au Groenland, mais il y perd sesqualitts utiles: au Groenland, il a besoin d'être abrité pendant neuf mois de l'annén ; dans l'Inde, la laine se transforme en poils, et la chair est trop maigre pour donner de bonne viande de boucherie.
La culture de chaque espice de plantes , comme la conduite des animaux, sont donc matériellement subordonnées an chmal; la quantité et la valeur des productions d'un pays en dépendent dans qm^lques cas. La même espace d'arbres qui, sous un climat tempéré, s'élève à une grande iiauteur, ne produit qu'une tige petite et chétive dans une situation ex[)osée aux vents froids. Sous un climat favorable et chaud, les sols les plus stériles, qui dans une contrée moins favorable resteraient incultes, peuvent avec avantage être livrés à la culture. La nature des produits dépend même du climat; ainsi, sir J. Sinclair nous apprend que dans plusieurs des parties les plus élevées de l'Angleterre et de l'Ecosse, on ne peut pas cultiver l«^ froment avec avantage. Dans plusieurs des comtés septentrionaux de l'Ecosse, on a trouvé nécessaire de semer, au lieu de l'orge à deux rangs, la petite orge quadrangulaire, quoique de qualité bien inférieure; Texpérieiiee a fait voir que l'avoine, à cause de sa rusticité, était d'un produit plus certain et plus profitable que toute auti'e espèce de grains; dans les districts humides on ne peut cultiver les pois avec avantage à cause des pluies. Chaque localité olfre des phénomènes de ce geni'e, qu'il est indis|)ensable au cultivateur d'étudier, pour ne pas être trompé par les résultats de ses cultures.
Celui qui n'a pasvoyagése fera difficilement une juste idée des grandes variations que le climatapporte dans la culture des espèces de
fdantes. En Italie et en Espagne. où prévalent es cultures inondées , et oii la plupart des récoltes, en grains ou en racines, demandent un copieux arrosage, il eu est quelques-unes cependant qui viennent de la manière ordinaire, dans la saison des pluies, telles que les melons en Italie , et les ognons en Espagne. — Mais en Arabie, en Perse et dans l'Inde, on ne peut entreprendre aucune culture sans eau, excepté sur les parties les plus élevées des montagnes.Daus ces contrées, le procédé fondamental de la culture est de piéparer la surface du sol à recevoir l'eau, à l'y faire circuler dans des fossés ou rigoles, et à s'en procurer autant qu'il en faut, à l'aide de machines qui l'élèvent de la profondeur des puits ou du lit des rivières. Le manque d'eau nécessaire à l'irrigation des champs les prive de toute culture régulière, et s'oppose invinciblemeul à la production du blé. Mais la
nature, dans de telles situations, jM-oduit spontanément des récoltes périodiques de plantes annuelles, succulentes ou bulbeuses; et l'iiomme peut, jusqu'à un certain point, imiter la nature et tirer parti du climat en suostiluant, dans ces ciiconstancfs, des platiî-es annuelles bulbeuses utiles à des plantes de même nature qui ne le sont pas. Cellesci, dans plus d'un cas, pourraient être avantageusement remplacées par les autres.
La culture, dans le nord de l'Europe, consiste au contraire, en grande partie, plutôt dans l'art de débarrasser les terres de leurs eaux superflues, que dans celui de leur en procurer artificiellement. Si l'on y a recours a l'irrigation, elleestlimitée aux prairies, et c'est moins pour en accroître l'humidité, que pour en stimuler la \égétation par la dissolulion plus prompte des engrais qu'on leu»' donne, et pour augmenter ou diminuer la chaleur de la terre. Cette opération doit être conduite avec beaucoup desoins pour ne pas devenir plus pernicieuse qu'utile. — Elle n'offre, au contraire, aucun danger dans les pajs chauds, et elle y sert à modérer plutôt qu'à augmenter la température du sol. L'eau, dans le nord de l'Europe, est fournie à la terre par l'aimosplière en quantité souvent plus que suffisante aux besoins de la végétation. Aussi le i)rincipal objet du cultivateur y estil de maiulenir le sol dans un parfait état d'égouttement à l'aide de rigoles superficielles et <ie conduits souterrains; de le tenir bien ameubli pour que Ihumidilé s'évapore et <pie les racines s'y étendent à l'aise; de lui fournir des engrais chauds et abondans; de le tenir débarrassé des mauvaises herbes, et d'employer en un mot tous les moyens propres a faciliter l'accès delà lumière, de l'air, et (le toutes les influences atmosphériques, aux plantes cultivées qui doivent en profiter.
Toutefois ces deux grandes divisions géographiques que l'on peut faire de l'agriculture, eu agriculture du Midi et en celle du Nord, ne sont pas tellement rigoureuses qu'elles doivent être uniquement déterminées par des degrés de latitude. Elles sont, au contraire, Irès-souvenl modifiées par des circonstances |)hysiques, telles que 1 élévation du pays au-dessus du niveau de la mer, l'aspect qu'il présente par l'abondance de ses eaux, <le ses forêts, de ses montagnes; son caractère topographique de continent, d'île ou de péninsule; sa constitution géologique ; enfin la nature du sol cultivé.
§11. — De l'élévation.
L'élévation , quand elle n'est pas considérable , ne nuit pas aux divers procèdes de la culture, ni aux habitudes des animaux. Mais la valeur d'une ferme diminue si, par sa position et celle des terres, il est difficile et dispendieux d'y exécuter les transports.
La situation locale mérite donc, de la part du cultivateur, une sérieuse attention. Le maïs, le riz et le millet, qui d.)nnent en Asie et en Afrique de si abondans produits, ne réussissent point dans le nord de l'Europe; différentes espèces de grains, de légumes, de racines prospèrent dans certains cantons rte la France et non dans d'autres. Lesgraminées
GHAP. l*"*.
vivares se plaisent mieux aux lieux où la température et la liimi«;re sont modérées pendant toute l'annéf, romine <l;ins le voisinn'^e des côtes, où la douctuir du temps est due à l'influence de la mer, et la continuité de la lumière à ral>sence ou à la courte durée de la neige. Dans le nord de l'Amei ique et eu Russie, où l'intensité du froid n'éprouve pomt de relâche durant tout l'hiver, et où le sol reste enseveli six ou sept mois sous une épaisse croûte de neige, toute la végétation herhacée périt.
Le froment, le seigle, l'orge, l'avoine, se cultivent avec profit, quoique la chaleur moyenne annuelle descende au-dessous de 2° centigrades, pourvu que la chaleur de l'été se maintienne entre H et l'i°. L'orge, suivant Wahleniberg, donne en Laponie une bonne récolte partout où les mois d'été atteignent une température de 8 à 9" ; c'est pourquoi on trouve lescéi'éales ainsi que les pomnies-deterre jusque dans les plaines de Lyngen , à «59° 1/2 delatilude, et, près de ]\Iuiiiouiska , au G8'' degré , mais à la hauteur de 1 î 0 loises. Dans la zone tempérée, par exemple à Edimbourg, le froment donne une abondan le récolte, si, pendant 7 mois, du 20 mars au 20 octobre, la température moyenneestde 13"; la chaleur moyenne de ce climat descend souvent à 10° 1/2; à 2" plus bas, l'orge, l'avoine et les autres céréales ne mûriraient pas. Dans les Alpes maritimes et auprès d'Alais, 51. De CandoUe a trouvé le seigle cultivé à la liauteur de 1100 toises, et le froment à celle de 900. Les diverses espèces de Imment supportent difficilement les chaleurs de la plage équinoxiale. Cependant, par TefTel de causes locales particulières, non suffisan^nu-nt observées, le froment se cultive dans la plaine de Caracasena, près de Victoria, à la hauteur de 270 toises: et, ce qui est plus remarquahle encore, dans la partie intérieure de 1 île de Cuba, latitude 2;i°, près de Las Quattrovillas, dans une plaine peu élevée au-dessus de la mer. {Hunil>ol(lt.)
Si , au contraire, l'flévation est considérable, elle exerce sur l'agi'icidture uiu' influence rigoureuse; elle oblige surtout l'agi icultiur d'isoler f'On habitation, et de demein-er constamment an milieu de son exj loilation ; c'est Je cas de la Suisseet delà Norvi'ge. En Suisse, les villages sont souvent situés à cinq mille pieds au-dessus du niveau de la mer. Les maisons sont construites eu bois, avec un toit saillant, et couvertes en ardoises, tuiles ou bardeaux. L'extrême division des pi opiiétés fait que chacun est obligé de cultiver la sienne, et cette obligation entraîne celle de la r('sidence. ï>es pommes-dc-lerre et l'orge
cuvent être cultivées en Savoie à-4,.)00 pieds ;
e fromage, le lait, un peu de maïs |)our le potage, complètent la nourriture des paysans. I,a moisson, (pu se fait dans les plaines à la fin de juin, n'est mure dans les nuintagius qu'à la fin de septembre. Dans les régions montagneuses de la Norvi'ge, les habitations rurales ne sont point non plus reunies en corps de villages, mais elles sont éparses ei bâties séparément sur le terrain que le proprié la ire cultive. El les sont faites en plani lies, et couvertes d'écorces de bouleaux ou de gazons {Jïg. \b).