‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 251 sur 304 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Seulement pour les pays

méridionaux.

Principalement pour les

climats méridionaux

Pour tous les climats.

Pour tous les climats.

Convient peu aux pays méridionaux.

Pour tous les pays.

Pour les pays septentrionaux

Quant au climat, le j)lus favorable pour la pomme-de-terre est celui qui est plulôt humide que sec, tempéré ou frais que chaud. Voilà pourquoi celui de l'ALUglelerre et surtout de l'Irlande lui conviennent si bien.

Il y a dans les pays méridionaux, même en France, un gi-ave obstacle à la culture des pommes-de-terre sur les terrains trop siliceux. Lorsque les grandes chaleurs dessèchent le sol, la végétation demeure longtemps stationnaire ; les tubercules n'augmentent pas en grosseur. Quand, enfin, les pluies viennent arroser le sol et ranimer la végétation, ces petits tubercules, au lieu de se développer, poussent de noiiveaudestiges, donnent de uouyelies. ileurs. et ni les premiers produits ni les seconds ne peuvent remplir le but auquel on les destinait. Dans les années sèches, cette circonstance se rencontre déjà dans les environs d'Orléans.

Les terrains pierreux, et surtout ceux qui contiennent beaucoup de fragniens schisteux, sont peu projjres aux poamies-de-terre. Ceux qui contiennent des cailloux roulés en produisent qui sont fort estimées pour leur saveur.

§ IV. — Place dans la rotation.

Lorsqu'on examine une plante relativement i son inlluence sur une succession de cultures, il faut examiner deux choses : son action chimique et son action mécanique. Sous le premier point de vue, plusieurs agriculteurs ont attribué aux pomines-de-teiie une très-grande propriété épuisante. .Scuvvertz les met dans la catégorie des plantes qui appauvrissent le sol; Tha£& est de la même

opinion ; Parmektîer et Victor Yvast sont d un sentiment opposé, et s'efforcent de relayer par le raisonnement et les faits. Entre des opinions si diverses, nous ne pouvons mieux taire que de répéter avec un auteur qui était placé de manière à distinguer les causes de ces contradictions apparentes : « La meilleure récolte de pommes-de-terre n'épuise pas plus la matière organique assiniilable aux plantes que la plus riche production de froment, de seigle, d'orge ou d'avoine. Si on donne vm libre accès à l'humidité, la récoUe la plus abondante de pommcs-de-lerre épuise moins le vieil humusque les céréales, et sur une fumure fraîche les élémens de fertilité et l'ancienne force ne sont pas assimilés en aussi grande proportion cju'après une récolte de céréales. La deperdition de matière organique pour le même poids de pomiiies-de-lerre .*jst d'autant plus grande que les tubercules contiennent plus de substance féculente, et d'autant moindre que les parties constituantes de la récolte sont plus aqueuses. »

Plus on donne de soin à la culture des l^ommes-de-terre, moins le sol est argileux et compacte, moinsla production des tubercules nuit au sol. Une culture négligée (]ui favorise la ujultiplicatiou des plantes parasites et resserre le so'., n'empêche pay seulement le développement des organes foliacés des pommes-de-terre, et par suile paralyse l'action de l'humidité atmosphérique, ce qui force les plantes à tirer leur nourriture dans le sol même, mais elle agit encore mécaniquement d'une manière plus ou moins défavorable à l'état d'ameublissement et de pulve-

riiAP. 17'. DES POMMES-DETERRE.

risaliond II sol. Plus la récolte est considérable, plus cet étal se trouve dans les conditions convenables; plus le produit est mince, moins le sol est bien préparé mécaniquement.

\i action mécanique que les poninies-deterre exercent sur le sol a également /es- r^sultats les plus avantageux au succès des réloltes ultérieures. Les tubercules, en j^rossissant, soulèvent la terre intérieurement, en écartent les molécules; leur extraction ne peut avoir lieu sans remuer le sol à une Jurande profondeur; les façons qu'on leur prodigue ameublissent la surface et détruisent les mauvaises herbes; le feuillage abondant qu'elles produisent couvre le sol et empêche l'évaporation. Tout, ici, concourt à faire de celte plante une excellente préparation pour la plupart des autres végétaux, surtout si les circonstances ont permis de faire la récolte de bonne heure. Il ne faut pas oublier cependant que si cette dernière opération avait été exécutée à une époque trèsavancée, les ensemencemens d'automne que l'cm confierait ensuite à la terre se ressentiraient d'un vice de culture qu'on ne doit point rejeter sur la plante elle-rnéme, mais sur l'imprévoyance des cultivateurs. La récolte étant une opération assez longue, il arrive que lorsqu'on cultive beaucoup de pommes-de-lerre , on fait sagement de ne point leur faire succéder des fromens d'hiver ou du seigle, mais des plantes qui se sèment au printemps, comme du froment de mars, de l'orge, de l'avoine. C'est la pratique des meilleurs cultivateurs en France, en Allemagne et en Angleterre.

Dans le second de ces pays, les cultivateurs qui n'ont pu renoncer e>.tièrement à Vassolement triennal, l'ont modifié de manière à suivre le cours suivant, dont on reconnaît tous les jours les avantages : 1'* année : pommes-de-terre fumées, en place de la jachère; 2* : orge avec trèfle, dans la sole de grains d'hiver; 3": trèfle, dans la sole degrainsd'été; 4" : trèfle en place de la jachère (1 coupe); 5^ : froment d'hiver; 6" : avoine.

L'ensemencement' en céréales qui suit une récolte (le pommes-de-terre n'exige pas ordinairement de labour. On sème suc la terre après un coup d'extirpaleur, et on enfouit à la herse ; quelquefois même on ne donne aucune préparation, mais alors la semence de céréales s'enfouit au moyen de Texlirpateur. Quelle supériorité n'a point un tel procédé sur une jacht^re, qui exige beaucoup de labours et ne produit rien!

Les pommes-de-terre réussissent très- bien après une récolte de printemps consommée de bonne heure. Ainsi, après des vesces, du trèfle incarnat, du colza pour fourrage, cette plante a souvent donné de plus beaux produits que si l'on n'eût rien demandé préalablement à la terre.

Il est même des pays où l'hiver arrive assez tard pour permettre un ensemencement de pommes-de-lerre après une récolte parvenue a maturité. Cela a lieu surtout après le colza, le lin, la navette. Il ne faut pas croire que cette facilité soit uu privilège exclusif des climals méridionaux. Ce procédé est usité, non seument dansquelques parties du territoire français, mais encore eu Hollande et enfielgique.

L'écobuage rend soluhle une telle proportion d'élémens de fécondité, que les céréales y poussent en paille, mais donnent peu de grains. C'est donc la poinme-drî-tcne qu'il faut préférer dans cette dernière circonstance. On ne doit pas surtout perdre de vue rette considération lorsqu'on livre à la culture des terrains tourbeux qu'on a écobués ou chaulé.s. C'est par les pommes-de-terre que doivent toujours commencer les nouvelles rotations.

La pomme-de-terre n'est point, comme l'ontavancé quelques botanistes cultivateurs, antipathique avec elle-même. Dans la plaine que baigne la Moselle depuis Epinal jusqu'à Metz, on suit de temps immémorial l'assolement biennal : 1" pommes-de-terre, 2° seigle. On trouve même, dans quelques parties, des terres qui reçoivent tous les ans un ensemencement en pommes-de-terre, sans qu'on aperçoive aucune diminuiion dans le produit. ScHWERTz rapporte des faits Irès-concluans. « Il résulte, dit-il, des observations qui m'ont été communiquées en Alsace, que la pommede-terre ne se repousse pas, lorsqu'elle. est cultivée sur un terrain convenable. On m'a montré un champ q^ui en avait toujours p(»rté de deux ans l'un. Ailleurs on en nitt 4 ou 6 ans consécutifs sur le même sol, sans que l'on aperçoive aucune diminution dans le produit. On cite des champs qui ont produit 6 récoltes successives de pommes-deterre avec une seule fumure, et cette série de récoltes fut suivie par un ensemencement en orge dont le produit fut très-considérable. Dans un autre endroit, je vis un champ qui, dans l'espace de vingt ans, avait donné une fois de l'orge et 19 fois des pommes-deterre. On cite, dans le Wurtemberg, un propriétaire qui, 32 années de suite, avait cultivé les pommes-de-terre sur le même champ, en fumant tous les ans. Mais à la fin les tubercules n'étaient pas plus gros qu'une noix. »

Cette propriété de la pomme-de-terre de revenir plusieurs fois sur lemémeterrain sans diminution dans le produit, simplifie beaucoup sa culture, |)arce que la terre est dans un amenblissemenl continuel, et que les frais d'entretien sont considérablement diminués. Les mauvaises herbes disparaissent totalement après deux ou trois années. Aujourd'hui que la féculation des produits de cette plante est une branche importante de l'industrie agricole, il était nécessaire de faire connaître les avantages et la latitude que les cultivateurs peuvent avoir sous ce rapport.

§ V. — De la fumure.

On pourrait sans doute cultiver la pommede-terre sans fumier dans un sol amélioré de

tongue main, mais ce ne peut être que dans quelques cas exceptionnels ; et l'épargne qu'(^n aurait cru faire amènerait inévitablement l'épuisement total du sol, et la nonréussite des antres récoltes. La vieille force est un trésor dont on ne doit user que modérément. On se plaint généralement que les morelles contractent une odeur désagréable si on leur applique un engrais de fumiet frais ou de gadoue, quoique cette dernière

AGRICULTURE : DES PLA.NTES CULTIVÉES EN GRAND. Liv. t".

siibstaoce soit fréquemment employée en Flaiulre. Dans les terres un peu compactes, ou se trouve bien de l'usage du fumier pailleitx. Je pourrais inénie ici invoquer des expériences qui prouvent que, dans les sols de celle nature, de la paille seule et des chaumes enfouis au dernier labour ont donné des récoltes extraordinaires. Mais, en général, on doit être circonspect dans l'emploi de ces lunuires exceptionnelles qui conviennent peu à d'autres récolles. Somme toute, le jumier décomposé sera appliqué aux terres

cliaudes et légères; le fumier long sera réservé pour les sols argileux et froids.

Pour donner une idée de l'influence que la nature et la quotité de la fumure exercent sur le produit de la pomme-de-terre, je crois utile de citer les essais qui ont été entrepris sur cette matière el publiés par les meilleurs agronomes du continent et de l'Angleterre. La disposition par tableaux me dispensera de toute observation de détail, en même temps qu'elle fera ressortir les résultats avec plus d'évidence.

Tableau des quantités en prix comparés de divers engrais employés pour la fumure des pommes-de-terre pour un égal produit , environ 300 hectol. de tubercules.

Numéro.

Nature de I engrais.

Quantité par hectare.

Volume par hectolitre.

Poids CD kilos.

Prix.

Noir animalisé

Résidus des raffineries. . . .

Cliair musculaire en poudre.

Sang sec en poudre

1 met. 1/2.

2 met. cubes.

6 sacs.

15 sacs.

20 balles.

4ô voies.

75 fr.

Chiffons, laine et soie. . . .

Fumier de cheval

D'autres expériences faites en Allemagne sur un sol léger, niais un peu humide, ont donné des produilsqiii font clairement apercevoir les avantages des diverses fumures.

Si l'on appelle 100 le produit d'un hectare non fumé, ce produit se portera à :

119, si l'on fume avec du fumier frais de cheval, à raison de 75 mille kil. par hectare ; 162, si Ton fume avec du fumier décomposé de cheval, à raison de 75 mille kil. par hectare ;

190. si l'on fume avec du fumier frais de bœuf, à raison de 75 mille kil. par hectare; 185, si l'on fume avec du fumierdécomposé de bœuf, à raison de 75 mille kil. par hectare ;

148, si l'on fumeavec du compost(2/3 fumier, 1/3 gazon), à raison de 75 mille kil/ par hecl.^ 225, si l'on fume avec de l'urine ou du purin, à raison de 75 mille kil. par hect. ;

123, si l'on fume avec du plâtre, à raison de 75 mille kil. par hect. ;

Une chose à remarquer dans ces calculs, c'est l'effet prodigieux du punn, qui fait plus que doubler le produit de la récolte.

Quanta l'application même de la fumure, il n'y a pas de règle constante. Les uns conduisent les engrais à l'hiver, d'autres pendant l'automne, enfin le plus grand nombre fument immédiatement avant la plantation. La question ne doit pas être résolue seulement par les usages locaux; elle est plutôt subordonnée à la nature de l'engrais et à la composition du sol. Dans un sol sec et très-léger^ on se trouvera bien de conduire et de répandre le furaier pendant l'hiver. La couche d'engrais empêche les vents dessécha ns du printemps de hàler l'évaporalion de l'humidité, que ces terres retiennent faiblement, et qui est pourtant si nécessaire au succès de la plantation.

Quand le sol est argileux, on agira d'une manière plus rationnelle si, pendant l'hiver,

on enfouit le fumier. I^a terre se trouve ainsi allégée, ameublie, et les laçons ultérieures s'exécutent avec plus de perfection. Lors((ue l'on enterre le fumier, il ne faut pas le faire à une trop grande profondeur, afin que les plantes immédiatement en contact avec les détritus organiques s'en assimilent facilement une grande partie.

L'enfouissement An fumier en même temps qu'onplantc les tubercules, est le plus communément en usage. Celle méthode est excellente lorsque les produits sont destinés à la consommation des animaux ou à la distillation ; mais lorsque les pommes-de-terre doivent être livrées à la consommation de l'homme, elles contractent par ce moyen une saveur désagréable. Le fumier se place de trois manières. On en met dans chaque raie ouverte par la charrue, ou bien seulement dans le sillon qui reçoit les tubercules. Quelquefois même on n'étend le fumier que sur la surface même où l'on déposera la pomme-de-terre de semence. Ces deux dernières méthodes sont préférables toutes les fois que, dans une rotation, la pomme-deterre est regardée comme produit principal, et dans les circonstances ou l'on éprouve une pénurie d'engrais. La première mérite la préférence lorsqu'on regarde la pomme-deterie comme récolte préparatoire des céréales, et lorsqu'on dispose d'une grande masse de fumier. Lorsqu'on enterre le fumier en même temps qu'on plante, on ne doit pas perdre de vue deux considérations qu'on est trop disposé à négliger. Dans les sols humides, les tubercules de pommes-de-terre seront placés sur le fumier même, afin que celui-ci attire l'humidité contenue dans la couche qui couvre les racines, et en rende ainsi la surface plus sèche et plus facile à travailler. Dans les sols légers, au contraire, (jui souffrent par excès de sécheresse, on place les tubercules d'abord et le fumier

cilAP. 17'. DKS POMMKS-DK-TERRE.

ensuite, afin que ce dei'nicr, qui attire puissamment l'humidité et contracte avec elle une grande adhérence, tienne les racines toujours fraîches. C'est surtout dans les terres très-calcaires que celte dernière méthode a de bons résultats.

Quelques cultivateurs vantent beaucoup la /u mure en couverture. L'engrais, disentils, exerce son action, non seulement sur les pommes-de-terre, mais encore sur les aulres plantes de la rotation. Ou l'emploie surtout dans les sols très-secs; le fumier se conduit lorsque les premières pousses sortent de terre, et après le hersage qu'on leur donne à celte époque. La fumure superficielle a sui-tout cet avantage qu'on peut planter les pommes-de-terre quand même on n'aurait pas pour le moment de fumier à sa disposition.

Dans les contrées où l'on peut se procurer facilement et à bon compte des chiffons de laine, on ne saurait les employer plus ulilenient qu'à la récolte des pommcs-de-lerre. On entoure d'un lambeau chaque tubercule au moment de la plantation. C'est un engrais très-puissant.

§ VI. — Préparations du sol.

La nature et la forme des produits de la pomme-de-terre exigent un sol meuble. Que cet aiîieublissement provienne delà composition même de la terre ou des préparations qu'on lui fait subir, toujours est-il indispensable. Le nombre de labours requis pour arriver à ce résultat ne peut être déterminé d'une manière absolue. On en donne communément 3. Dans les sols bien préparés par les cultures antérieures, on peut n'en donner que 2, tandis que dans ceux qui sont tenaces ou infestés d'herbes parasités, 4 peuvent à peine suffire. Les Flamands, dit SciivvERTz, jie se contentent pas d'un labour profond dans les sols pesans; ils en donnent deux : plus tôt le premier est exécuté , mieux cela vaut. Dans le Brabant, où en général les chairues ne sont attelées que de deux chevaux, elles le sont alors de quatre, et pénètrent à une profondeur de 15 à 16 pouces dans les terres sablonneuses. Mais jamais on n'enfouit le fumier à une aussi grande profondeur.

Dans l'hypothèse où l'on donne trois labours, le premier s'exécute avant l'hiver et à une grande profondeur (8 à 0 pouces au moins); le second, un peu moins profond, lorsque les vents desséchans du printemps permettent de le faire; enfin le troisième, au moment de la plantation. Ce dernier couvre les tubercules de semence et enterre les engrais. A ceibx qui doutei-aienl de l'efficacité de labours aussi profonds, nous pourrions citer les expériences de M. de Vogiit. Ce célèbre cultivateur, à la suite de ses essais, a été amené à conclure que si le produit d'un terrain labouré à 10 pouces est représenté par 100, celui du menu terrain labouré à 15 pouces le sera par 131.

Quant à la profondeur du dernier labour, on se tromperait étrangement si l'on pensait

au'elle doit être égale à celle du premier ou u second. Suivant le même expérimentateur, des pommes-de terre plantées à deux

ACBICTIItTURR.

43S pouces rapportèrent 27 p. 100 de plus (|ue celles qui l'avaient éli; à (i. Néanmoins , comme un labour de deux pouces s'exécute difficilement avec une certaine perfection, surtout lorsque l'on enfouit simultanément le fumier; comme, d'un autre côté, une profondeur de deux pouces ne soustrairait pas les racines à l'influence nuisible de la sécUeresse dans nos climats, on croit généralement que le dernier labour ne doit pas dépasser quatre pouces ni rester en-deçà.

§ VII. — Plantation des tubercules.

I. Avec des instrumens à main. — Ce mode n'est usité que dans la petite culture. Il s'exécute soit avec la houe, soit avec la bêche. Ce dernier instrument est toujours le plus convenable. Lorsque la surface du sol a été bien ameublie par les labours, les hersages et les plombages, un ouvrier ouvre, sur une largeur déterminée de la pièce, une rangée de trous. Un enfant tenant un panier rempli de tubercules en dépose un dans chaque trou. Cela fait, l'ouvi-ier, faisant un pas en arrière, ouvre une seconde série de trous parallèle à la première. La terre extraite de cette seconde rangée sert à couvrir les tubercules de la première. Faisant encore un pas en arrière, il ouvre une troisième rangée de trous, et la terre qui en sort sert immédiatement à combler les trous de la seconde série. Ce procédé est bien préférable à celui qui consiste à ouvrir d'abord des trous sur toute la surface du terrain, à déposer ensuite dans chacun d'eux la pommede-terre de semence, puis enfin à les combler.

La plantation avec des instrumens à main donne beaucoup de facilité pour placer les pommes-de-terre à une distance et une proloudeur déterminées. C'est la seule employée dans les jardins et les marais. Lorsqu'on veut obtenir des primeurs, on plante également à la main. On aura laissé auparavant les tubercules dans un lieu éclairé et à l'abri du froid; aussitôt que les yeux se tuméfient et annoncent un commencement de végétation, on plante dans un champ abrité. A.U lieu de recouvrir totalement les trous à mesure qu'on ouvre la seconde rangée, on ne les recouvre que partiellement, en dirigeant avec la bêche la |)lus grande partie de la terre vers le nord.

De cette manière, les vents froids, les gelées qui peuvent survenir aune époque rapprochée de l'hiver, n'ont aucune prise sur la plante qui pousse ses jeunes feuilles dans la cavité, et qui est d'ailleurs abritée par le monticule qu'on a formé. Un peu d'exercice a bientôt appris à l'ouvrier le plus inexpérimenté à saisir le coup de main nécessaire pour couvrir à la fois le tubercule et former le monticule.

IL Avec les instrumens aratoires. — • Pour la plantation des morelles avec des instrumens conduits par les animaux, on se sert de la charrue ou du binot comme en Saxe.

C'est donc à la fois une opération préparatoire et une opération de sema il le. La plantalion des pommes-de-terre ne s'exécute nulle part avec plus d'ordre, de méthode el

434 AGRICULTURE : Dlv

de celéiilé qu'a Roville : c'est doue nous chercherons nos modèles.

<x Dans le mois d'avril, dit M. db Dombasle, on herse le premier labour, et on donne le second un peu moins profond que le premier; afin de pouvoir conduire le fumier avec facilité et sans endommager le sol, on ne laboure qu'environ les deux tiers des billons ; on herse la partie labourée : on ouvre, avec la charrue à deux versoirs, les sillons d'écoulement qui séparent les billons, et ou laisse la terre en cet état pour la conduite du fumier. Comme les billons ont environ 25 pieds de largeur, et comme ce labour s'exécute en les fendant, il reste au milieu de chaque billon un espace suffisant pour la circulation des voitures On place une roue dans le dernier sillon ouvert, et l'autre sur la terre qui n'est pas labourée, et l'on décharge le fumier sur la terre labourée. Aussitôt que cette opération est faite, on achève le labour, on herse cette dernière partie, et l'on étend le fumier sur toute la surface du billon. Le fumier reste ainsi étendu jusqu'au moment de la |>lantation, qui commence dans les premiers jours de mai. Le fumier.se trouvant ainsi étendu sur la surface d'une terre nouvellement labourée et déjà meuble, celle-ci profite de tous les sucs qui pourraient s'en écouler par l'effet des pluies. Quant à l'évaporation des principes fertilisans de ce fumier, l'expérience démontre qu'on ne doit nullement craindre cet inconvénient. »

«^Au moment de la plantation^ le labour se donne en adossant ; chaque charrue prend deux billons, et elle travaille alternativement dans l'un pendant que les planteuses fonctionnent dans l'autre ; de celle manière, une femme suffit pour planter derrière chaque charrue. On plante chaque troisième raie, ce qui établit une distance de 27 pouces entre les lignes. Le labour se donne à 5 pouces de profondeur, et l'on place les tubercules non pas dans la raie ouverte, où ils seraient dérangés par les pieds des animaux, mais en les enfonçant à la main dans la terre meuble au pied cle la bande de terre retournée. On doit exiger que les planteuses fichent une petite baguette ou branche d'arbre aux deux extrémités de chaque sillon planté ensuite. »

M. DE Dombasle fait mettre ordicdirement les tubercules à un pied de distance dans la ligne, mais je ne suis pas bien assuré que cet éloignement ne soit pas trop peu considérable. Relativement à cette dernière circonstance, on a trouvé, par des expériences qui paraissent exactes, que, si l'on représente par 100 le produit de 1 hectare de pomniesde-terreàé po. dans la raie, les rangées étant espacées de 22 pouces, le produit de l'hectare dont les tubercules auront été éloignés de 12 pouces dans la ligue sera 64 ; s'ils ont été éloignés de 18 pouces, le produit ne sera que de 57, pour tomber à 48 si la distance était portée à 24 pouces. M. de Lasteyrie a cité dernièrement, à la Société centrale d'agriculture, un cultivateur anglais qui a obtenu une immense réc'dle en plantant ses pommes-de-lerre à 6 pouces dans des lignes trèsespncées, et exactement dirigées du nord au sud. Cela est conforme avec l'opinion émise

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