LIV. l
tils tas. Vient alors un certain nombre de femmes armées de râteaux à dents de fer, et qui ramassent toutes les racines, toutes les plantes, toutes les mottes, et qui les déposent en grands tas. Le jour même, on brûle ces tas de mauvaises herbes et l'on en disperse les cendres sur le sol. D'autres cultivateurs, au lieu de les brûler, les font enlever et déposer dans l'endroit où l'on doit faire un compost. Dans cette opération, le champ reste labouré à plat et très-uni.
TJn mois environ après cette grande opération, quand les graines qui étaient restées dans la terre ont eu le temps de germer et de pousser, on la renouvelle une seconde fois. Le champ ressemble alors à un tapis où l'on ne rencontre que difficilement une motte de terre plus grosse qu'une pomme.
Dans les terres légères, naturellement assez faciles à être ameublies, cette opération deux et même une seule fois pratiquée suffit, avec le labour d'automne; mais, dans les terres fortes, compactes, argileuses, cette opération pratiquée une seconde fois ne suffit quelquefois pas encore, et il est bon, si la terre n'est pas bien ameublie, de la répéter une troisième fois. Plus la terre est meuble, nlus la récolte est assurée.
Fumage et ensemencement.
Ces deux opérations doivent être faites le même jour dans la culture bien entendue des turneps en rayons; elles devraient môme l'être pour la plupart des autres plantes fumées et cultivées de la même manière.
Ces opérations se pratiquent depuis le corn,' mencement de mai jusqu'à la fin de juin, selon que la saison est plus ou moins hâtive et que les pluies ont permis de préparer la terre plus tôt ou plus tard, et suivant la variété des navets qu'on veut cultiver.
Quand la terre a été bien préparée par les opérations précédentes, on choisit l'instant oii elle est encore d'une humidité convenable pour être facilement travaillée, et en même temps favorable à la germination des semences; ou, si on a laissé passer ce moment, celui où l'atmosphère, chargée d'humidité, promet de la pluie, et l'on commence les opérations du fumage et de l'ensemencement.
Un premier trait de charrue donne au champ la surface suivante (^g^.630)(l) au lieu Fig. 630.
de la surface plate qu'il avait.
Comme les oreilles des charrues ne déversent point deux pieds de terre, il reste une petite partie, B, B, peu remuée, entre les rayons séparés par cette dislance de 2 pieds. Un deuxième trait de charrue déverse la terre du côté opposé et donne au sillon la forme régulière buivante.
La ligne pointillée indique les premiers rayons, et le trait noir la forme des rayons aorès le second coup de charrue {fig. 631). Fig. 631.
Quand il y a assez de rayons formes, quelques attelaçes vont à la ferme chercher les chariots à fumier, que l'on a dû charger pendant ce temps, et les amènent au champ. Les chevaux marchent dans le sillon c, l'une des roues dans le sillon rf, et l'autre dans le sillon suivant.
Pendant que les chevaux, conduits par la voix seule du charretier, traînent le chariot, le conducteur, par-derrière ou dans le chariot même, décharge le fumier dans le sillon du milieu, et il est aussitôt distribué par une femme dans les 3 sillons parcourus par le chariot.
Le terrain fumé présente la coupe régulière suivante {fig. 632).
Fig. 632.
Vowv recouvrir de terre les sillons remplis de fumier, les charrues, en coupant par la moitié les anciens rayons 1, 2, 3, déversent la terre sur le fumier, et donnent au terrain la coupe dela^g.633; puis, revenant en seusop- Fig. 633.
posé, elles donnent de nouveau au terrain la forme de rayons parfaits {fig. 634).
Quand la terre est prête pour le fumage, on peut, au lieu d'ouvrir ies sillons avec la charrue ordinaire, par deux traits de charrue, employer une charrue à deux oreilles , qui, par conséquent, déverse la terre également de chaque côté et forme le sillon d'un seul coup ; on se sert a\ec le même avantage de cette charrue, pour recouvrir le fumier placé dans les sillons, et on abrège ainsi de moitié cette partie de l'opération ; cette méthode me semble préférable dans les terrains légers.
C'est immédiatement après que le fumier a été déposé en terre, qu'en Angleterre on sème les navets, et l'on emploie à cet effet l'un des semoirs décrits et figurés au chap.
't) DaD5 cette 6gure, comme dans les suivantes , la charme est ceasée arriver au-devant da specta ' tour.
cMAP. 17% DES RAVES, NAVETS, TURNEPS ET RUTABAGAS.
des Ensemencemens (page 213). Nous avons vu eraployé très-généralement en Angleterre, et notamment dans la belle ferme de M. Rennye, où nous avons suivi tous les détails de la culture des navels, le semoir que nous représentons {fig. 635), et qui nous pa-
Fig. 635.
ralt l'un des plus simples et des plus solides.
L'action de cette machine donne d'abord
aux billonslaforme suivante (/f;o^.636), puis les
Fig. 636.
socs creux qui suivent immédiatement les
rouleaux ouvrent les billons <Jig.%%l\ directe-
Fig. 637
ment au-dessus de l'endroit où est placé le fumier, et déposent la graine dans le fond des petits sillons qu'ils font. Enfin, denièie ces socs, d'autres rouleaux recouvrent de terre les graines, les enterrent et ledoiinent aux billons la forme de la figure 636 (1).
Le placement de la graine se trouve ainsi fait immédiatement au-dessus du fumier, afin que les premières racines de la plante trouvent constamment non i as tant de quoi se nourrir que de l'humidité. On a rfuiaiqué qu'autrement les premières racines étaient facilement desséchées par les chaleurs, ce qui faisait périr la plante : ce <|ui était très-rare au contraire quand la graine était déposée immédiatement au-dessus du fumier. Sous ce rapport seul, la culture en rayons est d'un immense avantage.
Cette préparation de la terre pourra paraître compliquée , dilficile et dispendieuse : en l'étudiant attentivement, on verra cependant qu'elle n'est compliquée et dillieile que parce que tous les travaux se font en n>ême temps ; et qu'elle ne demande que les m^mes opérations qu'on serait obligé de donner à la jachère complète, pour la préparer
(1) Le» agriculteurs préfèrent généralement changer crtte graine en la renouvelant par dos graines venues d'un sol situé sous un climat peu éloigné, plutôt qur de la reproduire ronstammciit chez eux par la con^ervjition de porte-graines.
aux ensemencemens de blé d'hiver, et qui consistent aussi dans l'ameublissement du sol, dans le fumage et dans l'enterrement du fumier.
On sème les navets depuis mai jusqu'à la fin de juin; mais le commencement de iuin est l'épooue en général la plus favorable. Le navet ae Suède ou rutabaga peut être semé quinze jours plus tôt que les autres espèces, et c'est un avantage dans les grandes exploitations on on a une vaste quantité de terrain à ensemencer en cette plante; on commence par le rutabaga, et on finit par les autres variétés.
On ne fait pas beaucoup attention à la quantité de graine que l'on met en terre, et le semoir en verse ordinairement dix fois plus qu'il n'est nécessaire. Celte espèce de prodigalité est utile pour parer aux eîiets des années défavorables à la végétation, à la mauvaise qualité de la graine, qui ne lève qu'en partie ; enfin des insectes qui attaquent les jeunes plants et qui les détruisent. Au moyen d'un semis abondant, on trouve dans les places trop garnies de quoi pouvoir, au moyen du repiquage, planter celles qui sont dépourvues : la graine de navets est généralement si peu chère que le surcroît qu'on en sème dans ces différens buts est une dépense presque insignifiante.
Travaux qui suivent l'ensemencement.
Quand les navets ont été semés de la manière que nous avons indiquée, les travaux qui suivent deviennent faciles. Les plantes étant hors de terre et ayant deux feuilles un peu larges, on donne une première Jaçon avec une houe à cheval. Le but de cette opération est de débarrasser la terre des plantes étrangères qui sont levées en même temps que les navels, et aussi d'ouvrir la terre, sans la retourner, pour la rendre perméable aux in. fluences atmosphériques, surtout à l'humidité de la nuit. Ce sarclage est extrêmement facile dans les rangées de navels; un homme et un cheval tranquille font beaucoup de beso;ine dans une journée.
Cette opération ne peut détruire les plantes étrangères qui sont entre les navets îf une même ranimée ; ou détruit celles-ci de la manit're suivante : Des femmes, armées d'une houe à main, dont le fér est large de cinq à six pouces, marchent chacune dans un sillon, et d'un coup à travers la rangée de navets enlèvent tout ce qui s'y trouve. Entre cha(|ue espace ainsi nettoyé, reste une petite touffe de navets, qu'elles éclaircisseut ensuite avec un des angles du fer de la houe ou avec la niain, de manière à ne laisser que le pied le plus vigoureux. — Celle seconde opération enlève le reste des plantes étrangèi'es et espace les navels d'environ un piea. Ou espace davantage, et souvent jusqu'à 18 pou» ces, les variétés dont les tubereules sont très-gros.
Quelque temps après ce premier sarclage, ou donne une troisième façon a\ec une petite