FT DE SA CULTURE
qu'il a faites sur celte plante, l'a cultivée trois fois de suite sur le même terrain, sans que pour cela le produit en fût diminué. La carotte a néanmoins une assez ^rdiX\(\e puissance d'épuisement. Son feuillage assez rare ne lui permet pas de tirer de la couche atmosphérique une grande partie de sa nourriture, ce qui fait qu'à poids égal, elle est plus appauvrissante que la ponane-de-lerre. Sous un autre rapport elleestencoreinférieureà cette dernière plante. La pomme-de-terre, à une certaine époque de sa croissance, ombrage parfaitement le sol et empêche les rayons du soleil de le resserrer et de le dessécher; la carotte ne couvre le sol qu'imparfaitement; son ombrage est impuissant à empêcher la multiplication des mauvaises herbes: et s'il fallait encore ajouter une raison à celle que je viens d'énumérer, je dirais que les tubercules de pomme-de-terre, dans leur accroissement, soulèvent et divisent le sol, tandis que les racines de la carotte ne font que le resserrer.
Le point de vue sous lequel on a trop souvent négligé de considérer les carottes, c'est celui des avantages qu'elles présentent dans la combinaison des assolemens simultanés, et des ressources qu'elles procurent comme récolte dérobée, A la première époque de sa croissance, cette plante est long-temps faible etchétive. On a imaginé de la cultiver, comme le trèfle, en société avec une autre qui puisse lui procurer un ombrage salutaire sans l'étouffer, et qui mûrisse d'assez bonne heure pour lui permetireensuite d'atteindre tout le développement dont elle est susceptible. Le lin, la navette, le seigle sont les végétaux qui s'associent le mieux avec la carotte. Après la récolte des premières plantes on arrache les chaumes, on sarcle et on bine. De cette façon la seconde recolle donne quelquefois plus de bénéfice que la première.
Culture des carottes-
C'est un fait bien reconnu, que la terre qui doit rapporter des carottes ne donnera qu'un produit insignifiant si elle n'est pas bien amendée ; c'est un fait également incontestable, qu'une terre fraîchement fumée avec du fumier d'élable donne aux racines une odeur désagréable; que lesj.lantes se bifurquent et ont à combatlre rinfluence des herbes parasites donl le fumier a apporté les germes dans le sol ; et plus d'une fois les carottes, épuisées dans la lutte, ont été forcées de céder la place: c'est ce qui arrive fréquemment quand la main de l'homme ne vient pas à son secours. Placé dans celte alternative, le cultivateur devra (uiner abondamment la récolte qui précédera les carottes, afin que celles-ci, tout en profitant de l'engrais qui reste dans la terre, ne se trouvent point cependanl en contact avec un fumier non décomposé. Si l'en n'a pu se ménager cet avantage, on aura du moins la précaution de n'appliquera la carotte que des engrais pulvérulens, tels que la oolombine, les tourteaux d'huile, la poudrelte, le noir animal et animalisé. Afin que ces engrais agissent direclement et avec plus d'efficacité, on ne les dispersera pas sur toute la surface mais oq
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les réf)andra dans les rayons mêmes où l'on dépose la semence.
On convient généralement que la terre devra être labourée pour les ca rôties, aussi profoiuU'ment (|ue possible, parce c|iiecle toutes les |)lautes sarclées c'est celle dont les racines traversent la plus grande épaisseur de terre. Avant de donner ce labour profond, on aura soin de herser et d'ameublir la surface, afin de ne pas placer au fond de la raie une terre durcie et resserrée.
On peut déjà semer les carottes vers la fin de février, mais Tépoque la plus favorable, c'est la première quinzaine de mars. Cette époque serait encore reculée de plusieurs semaines si la température s'opposait à un ensemencement convenable.
Si on cultive la carotte comme récolte isolée, et sans l'associer à un autre végétal, il ne faut point songer à la semaille à la volée. La disposition par rangées a ici des avantages encore plus marqués que pour la plupart des autres plantes.
Si on n'a pas encore de semoir, on en choisira un des plus simples parmi ceux figurés précédemment. Avant de répandre la semence, on aura la précaution de laisser s^errner et lever les graines de plantes nuisibles qui se trouvent a la superficie et de les détruire par un léger hersage, répété plusieurs fois. On s'épargnera ainsi les frais d'un |)reniier sarclage, ou du moins on en reculera beaucoup l'époque. — Les rangées seront éloignées de deux pieds. Une plus grande dislance serait nuisible, parce que l'intervalle ne pourrait être en totalité ombragé par les feuilles : unéloignement moindre ne permettrait plus à la houe à cheval de fonctionner. — Avant d\'niployer la graine OQ l'exposera au soleil ou dans un local chauffé, et on la frottera entre les mains, afin de briser les aspéj'ilés qui la recouvrant et au moven desquelles les semences s'accrochent et se pelotonnent.— 4 ait livres de graines sont une quantité suffisante; ilest rarementavantageuxde la dépasser, parce que si les plantes lèvent bien, il faut ensuite une grande dépense de maind'œuvre pour arracher les plants surnuméraires.
Quand on sème la carotte dans une autre récolte qui doit lui servir d'abri, elle n'exige pas d'autre préparation que cette récolte principale. Comme il est probable que beaucoup de semences ne se trouveront pas dans des conditions favorables à la germination, on en augmentera un peu la quantité qu'on portera à 8 ou U livres. Ici il nest guère possible d'opérer la semaille en lignes ; mais ce qu'on perd sous ce rapport, on le récupère largement par la diminution des frais de sarclage, qui ne r>ont plus aussi nécessaires que si la plante eût été semée seule.
Nous avons déjà laissé entrevoir ciue celui qui cultive les carottes doit s'attendre et se préparer à des travaux dispendieux d'entrer/e/î. Cette plante, en effet, a une enfance longue et laborieuse : pendant que sa végétation se traîne lente et pénible jusqu'aux premières chaleurs du printemps, les mauvaises herbes se mu.Hiplient avec rapidité et ne tardent pas à env4.\ir toute la superficie, et il faut de toute néct-ssité les arrtcher ei les
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emporler.Les carottes, lorsqu'elles n'ont encore que leurs premièr<s feuilles, ont tant de ressemblance avec les herbes parasites qui croissent au milieu d'elles, que les ouvriers p<;u habitués au port de cette plante les confondent souvent.
Ilest très-nécessaire de {^\v^\^ premier sarclage à la main. Les praticiens sont partagés d'opinion sur l'époque oii il doit être exécuté. Les uns conseillent de l'opérer le plus tôt possible, afin que les mauvaises herbes ne puissent ni étouffer ni affamer les carottes. Les autres soutiennent que le sarclage ne doit être exécuté qu'au moment où les mauvaises herbes commencent à fleurir : ils disent, pour étirer leur opinion, que la végétation des parasites, loin de nuire aux carottes, favorise leur accroissement en couvrant la terre de leur ombrage, et en empêchant le sol de se resserrer, et d'empêcher l'alongement et ledéveloppement des racines. Cette opinion parait fondée; un fait certain, c'est que les carottes ne craignent nullement le contact d'autres plantes: il est inutile d'invoquer à l'appui de cette assertion l'exempledes carottes que l'on sème dans le colza, dans le lin, etc.Mais dans ce cas il fautse tenir sur ses gardes, et avoir à sa disposition une armée de sarcleuses,afin que jamais aucune plante parasite n'arrive, je ne dis pas en graine, mais en fleur. Ce premier sarclage se fera à reruions, afin de |)iéliner la terre le moins possible et de ne pas fouler des plantes tendres et délicates.
Lorsque, quelques semaines après ce premier sarclage, les carottes ont poussé plusieurs feuilles, et qu'elles annoncent un état de santé et de vigueur, on donne un hersage énergique, si elles ont levé dru ; au contraire, si elles sont peu épaisses, on en donnera plusieurs, mais très-légers.
Ordinairement, après celte façon, les plantes prennent un accroissement rapide ; les rangées se dessinent, et onpeutdès-lors/f/iVe fonctionner la houe a cheval autant de fois que le demande l'état de la terre sous le double rapport de l'ameublissement et de la propreté. C'est également le moment d'éclaircir les places trop épaisses. On laissera les plantes a 9 pouces les unes des autres dans la ligne. Quelques auteurs conseillent de regarnir les places vides en y plantant des carottes prises soit dans le champ même, soit dans une pépinière : cette méthode est peu pratiquée.
Les carottes semées au milieu d'une autre récolte se traitent à peu près comme celles semées en récolte principale, à l'exception que les binages se font à la main. Immédiatement après l'enlèvement de la première récolte, on donne plusieurs hersages répétés dans tous les sens, afin d'enlever le plus de chaumes possible. On procède ensuite à Féclaircissage du plant dans les places trop garnies : on eidève tous lesdébris rassemblés par le hersage ; on bine autant de fois qu'on le juge à propos. Comme il est rare que les carottes deviennent dans ce cas aussi grosses quelesautres,on les laisseun peu plus épaisses.
Le feuillage des carottes a une odeur qui repousse presque tous les insectes. Cepea-
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«ianl il est des contrées où "les limaces les rongent si inipitoyahlenienl à leur naissance qu'elles ne laissent |)arrois aucune trace des semis. Dans les jardins de l'Anjou le meilleur moyen connu de remédier à ce grave inconvénient est de saupoudrer la terre, à l'époque de la {;ermina!ion, de chaux en poudre qui éloigne ces animaux, tant qu'elle n'est pas éteinte par les |)luies, sans faire le moindre tort aux plantes. Il y a lieu de croire que dans la giande culture le même moyen, ou l'eniploi de cendres répandues à la volée de la même manière, tout en préservant les jeunes carottes, profiterail plus lard à leur développement.
§ V.— Récolte, conservation et produit.
Les carottes en récolte principale ont atteint tout leur développenjent xcrs la fin de septembre ; celles qui n'ont été cultivées que comme récolle accessoire et supplémentaire n'arrivent à maturité que vers le milieu d'octobre. Ces plantes craignent peu la gelée, et, quand, à l'arrière-aulomne, elles n'ont pas atteint toute leur croissance, on peut en retarder un peu la recolle sans inconvénient, à moins qu'on n'ait besoin de préparer la terre pour procéder à un ensemencement de plantes hivernales. » Dans la contrée que j'ha- ) bile, dit Schvvertz, nous n'avons pas eu de » pluie pendant tout l'été. Vers la fin de sep- » tembre on aurait dû procéd^^r à la récolle » des carottes, mais la terre était tellement » durcie qu'elle pouvait à peine être entamée » par un fort brabaiit; les feuilles des carot- ■ tes et des betteraves tombaient flétries. D Pendant qu'on opérait l'arrachage de(juel- » ques-unes, il survini. pendant plusieurs » jours une pluie violente qui dura jusqu'au » 12 octobre. Lfscaroiles auxquelles on n'a- » vait |)«s encore touché commencèrent à vé- «> géter de nouveau, produisirent un chevelu » blanc et abondant; les racines augmentè- » rent d''épaisseur, et celles qui furent arra- » chées les dernières étaient 1/3 plus grosses » que celles qui l'avaient été auparavant. » ( Un leiturig zum prahtischen ackerban.)
On a cru remarquer que les carottes provenant d'une semence produite elle-même par des racines cultivées depuis long-temps dans les jardins, supportent moins bien les intempéries des saisons et les variations brusques de la température que celles qui ont été cultivées long-temps en plein champ : elles sont surtout beaucoup plus exposées à la pourriture dans leschampshumides. Lors-
T DK SA CLLTURE. 4I'«
(ju'on cultive les car-otles d.ins celff dernier..espè(;edc ler-re,on auia soin, (|u»;l(|ue t<,-inps avant la rcco!te,de couper une partie des fanes, afin que la surface se sèche un peu , et que la terre ne .souffre pas du piétinement des ouvriers qui les arrachent.
Lescaroltes semées en lignes peuvent f'^rracher avec la charrue, indiquée précédemment. Celles qui ne sont pas disposées par rangées ne peuvent être récoltées qu'au moyen du louchet, ou de tout autre instrument analogue.
Dans les sols légers et par un temps sec, après les avoir laissées exposéesau soleil une heure ou deux, on procède au décoletage et on emmagasine immédiatement. Dans lessols argileuxet par un temps humide, on les laisse sur la terre sans les entasser, et elles demeurent là plusieurs jours, afin qu'elles soient ou lavées par les pluies, ou desséchées par le soleil. Plusieurs économes ont remarqué qu'elles se conservent mieux lorsqu'un peu de terre adhère à leur surlace.
Le décoletage ne doit pas se borner au retranchement des feuilles, il faut amputer un peu au-dessous du collet et couper dans le vif, afin que la racine ne puisse plus germer: c'est un préliminaire indispensable pour les carottes qu'on veut conserver.
Si \es feuilles sont abondantes, on pourra les rassembler en petits monceaux, afin de les faire consommer par les animaux, soit sur place, soit à l'étable.
La conservation repose sur les mêmes principes et s'exécute par les mêmes procédés que pour la pomme-de-terre, avec cette difiérence que les carottes craignent moins la gelée, et que le décoletage prévient toute germination. On ne devra pas néanmoins les amonceler autant que les parmenlières.
Les carottes destinées à la nourriture de l'homme seront placées dans un jardin d'hiver ou un cellier, par lits alternatifs avec du sable bien sec, qu'on aura voiture pendant l'été.
Le produit de In ca/otte varie en raison des soins de culture, des qualités du sot et d'une foule d autres circonstances; c'est, du reste, de toutes les racines cultivées, celle dont le produit est le moins variable sous l'influence des agens atmosphériques : ses racines, qui pénèlrenlà une grande profondeur, lui permettent de résister à de grandes sécheresses, lors même que, dans d'autres plantes, la végétation parait comme suspendue.
D'après BuRGEn, le produit moyen de la carotte s'élève :
Dans un sol médiocre à 267 hectol. par hectare. Dans un bon sol à . . . 320 Dans un excellent sol à '12(i
ScHWDUTZ évalue le produit en racines à 340 quint, niétriq. par hcct.
en feuilles à 120
T\is.KVé {Agriculture raisonnée) porte le produit des racines à 647 hectol. par hectare.
Ou comptant l'hectolitre à 54 ki.l 3-)9 quintaux métriques
ScMvnxmn { Allgemeine encyAlopœdie), avec du lin 245 quint.méir. par hectare
Avec de la navette. . . . 314
Seules après les précédens. 482
M. DE DoMBASLE sur un sol produisant. 18 hectol. de blé. . 260
Sur un sol de la plus haute fertilité. 750
ÀGRIOnLTURE.