‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 271 sur 304 · LIV. I · texte numérisé non relu

LIV. I

seraient indubitablement entraînés ou minés, si on détruisait sans réflexion la couche gazouneuse qui les protège, et qui contribue d'année en année à les élever davan« lage. Cette dernière considération ne se rattache pas moins aux plateaux sillonnés fréquemment par les pluies d'orages, ou les torrens occasionés par la fonte des neiges, qu'aux rives fertiles, mais exposées, des grands fleuves.

En des circonstances plus ordinaires et lorsque les herbages ne sont pas de première qualité, il peut devenir très-profitable, soit de les détruire entièrement, soit de les rendre pour un temps plus ou moins long aux cultures économiques. D'après les données recueillies daus tous les pays, il est certain que la même étendue de terrain cultivée habilement en prairies légumineuses, ou en racines fourragères, produit beaucoup plus qu'en prairie naturelle de moyenne qualité. Le résultat important d'une enquête faite à ce sujet par le bureau d'agriculture de Londres, a été qu'un acre de trèfle, devesces, de raves, de pommes-de-terre, de turneps ou de choux peut donner au moins trois fois autant qu'un acre réservé en pâturage de médiocre valeur, et conséquemment que le même terrain, tout en nourrissant un égal nombre d'animaux, doit encore produire en sus une récolte de céréale dont la paille, soit qu'on la fasse consommercpmme nourriture, soit qu'on l'utilise en litière, ajoutera nécessairement à la masse des eagrais. Il résulte de là, ajoute l'auteur anglais, que, si l'on excepte de cette comparaison les riches pâturages^ les terres arables sont comparativement supérieures aux prairies pour procurer des alimens à l'homme, dans la proportion de 3 à 1, et conséquemment que chaque pièce de terre laissée mal à propos en herbages naturels et dont le produit ne peut faire vivre qu'une seule personne, prive le pays de la nourriture suffisante au maintien de l'existence de deux nouveaux membres de la grande famille.

Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si de semblables calculs ne pécheraient pas chez nous par exagération; si, en admettant qu'ils fussent à peu près vrais pour diverses localités, ils le seraient également pour d'autres ; si, pour arriver à des données de quelque utilité à la pratique particulière de chacun, on pourrait laisser sur la même ligne des plantes aussi différentes par leur nature et leurs produits que celles dont il a été parlé et dont il n'a pas été parlé ci-dessus, telles que la luzerne, le sainfoin, etc. ; enfin si, partout où la population n'est pas encore sulfisante, il ne faudrait pas porter sérieusement en décompte des produits supérieurs des prairies artificielles de courte durée, le surcroît de main-d'oeuvre de l'assolement. Il nous suffira, pour le moment, de reconnaître leurs avantages sans chercher à les apprécier rigoureusement par des chiffres; or, la question étant pesée comme j'ai cherché à le faire, ces avantages me paraissent incontestables.

On a cependant élevé quelques objections contre la transformation, même momentanée, des herbages permanensen terres labou-

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rahles. La principale, quoique la moins fondée, c'est t|u'apres les avoir ronopus il était difficile de leur rendre plus lard leur valeur primitive, et l'on a cité à l'appui de cette opinion , des contrées dans lesquelles la rente de terrains naturellement fort médiocres avait baissé par suite de la destruction des pâturages. Je le conçois si, comme dans les parlies les moins fécondes du Norfolk, on a renoncé à l'éducation facile et aux produits assurés des bêtes à laine, pour la culture bien moins lucrative en pareil cas et plus imposée cependant des céréales, ou si, par suite d'un mauvais calcul trop fréquent encore presque partout, on a mésusé de la fertilité lentement acquise, pourobteuir coup sur coup, sans une suffisante addition d'engrais, plusieurs récoltesépuisantes. Maisdans des cas moins exceptionnels et avec une meilleure direction, il en arrivera à coup sur fort dilféreninieiit, c'est-à-dire que d'une part les cullures économiques s'amélioreront de la permanence des herbes et du pacage des troupeaux, et que de l'autre les herbes elles-mêmes, lorsqu'on les laissera occuper de nouveau le sol, profiteront incontestablement des fumiers et des façons nécessaires à la belle venue des céréales."

L'origine de toute culture alterne se trouve dans la succession des pâturages et des plantes économiciues. D'abord ce furent les pâturages naturels qui succédèrent exclusivement aux céréales; puis à ceux-ci on en substitua peu à peu d'artificiels, et on appela indistinctement culture alterne avec pâturages ?o«j les as s oie mens dans lesquels^ à la suite d'un plus ou moins grand nombre de récoltes, le champ est laissé ou mis en herbages pour être pâturé par le bétail pendant deux ou plusieurs a/' nées.

11 est à remarquer que ce système, qui est encore assez irré^-;ulièrenientsuividansdiverses parties de la France, et que l'on ne peut guère maintenant considérer chez nous que comme une nécessite locale ou une transition d'un mauvais à un meilleur mode de culture, depuis que nous avons vu prévaloir l'excellente coutume de nourrir le plus possible tous les bestiaux, et même les moutous, à rétable et à la bergerie, fut introduit il y a environ un siècle et s'est conservé jusqu'ici dans plusieurs contrées de l'Allemagne comme une importante amélioration. — « Les avantages qui résultèrent de ce genre deculture, dit Tiiaer, principalt;ment sur les domaines fortement é|)uis('s par l'assolement triennal, et qui chaque jour voyaient diminuer l'espace qu'onpouvaitlumer, éclairèrent alors tellement les agriculleuis, (luon envisagea cesysfèiiie conunele plus parlait de tous ceux qui étaient possibles, et que, dans ces contrées, le propriétaire s'estima heureux que la dépendance absolue des paysans lui

fiermît de réunir d'abord ses champs et de es diviseren soles. Alors seulement on commença à estimer la terre à sa valeur La

grande fécondité du terrain reposé, la sûrelé, l'abondance des récolles qu'il doime, la richesse comparative du pâturage qu'on obtient des t'-rrains non arrosés soumis à la culture et qu'on laisse pour quelques années m repos, avant qu'ils soient épuisés; la su-

périorité de ce pâturage sur celui des pacages à demeure; tant d'avantages durent frapper les observateurs alteuufs. » — Et cependant, daprès les éciivaitis allemands, ces avantages sont loin dêtreles seuls :lesassolemensallernesavec pâturage embrassent dans leur lotalion toute l'étendue des terres arables. Celles-là seulement que leur humidité surabondante, ou leur élévation trop i;rande et leur accès difficile doivent faire laisser en herbages et en bois, doivent en être soustraites.— Ils rendent superflu le pâturage dans les prairies permanentes, — dans les bois, et, dans beaucoup de circonstances, au lieu de diminuer l'élendue des S(/les cullivéesen plantes économiques, ils permettent de 1 augmenter non-seulementdes pâturages qui auparavant étaient nécessaires à l'entretien du bélail, mais encore et surtout des bois dépeuplés. — D'un autre rôté, ils procurent des engrais en plus grandeabondance ; — le produit des céréales, grâce à la quantité plus considérable de sucs nourriciers contenus dans le sol, est tellenjent augmenté que, dans la plupartdes cas, bien qu'on ensemence une moindre surface, il dépasse cependant celui qu'on peut attendre de l'assolement triennal, puisque, tout c.tlcul fait, on a dû convenir que, dans lesmènies circonstances d'engrais et d'assolement, un champ mis alternativement en culture rapportait iiprès le repos un de plus [)Our un de semence, ce (jui, comme produit net, est d'une grande importance. — '«A cela, dit encore Thaer, il faut ajouter l'augmentation que donne sur la rente du bétail une nourriture abondante qui se soutient pendant tout l'été, et qui, soit à cause de la grande étendue des herbages, soit à cause de leur richesse, permet d'entretenir un beaucoup plus grand nombre d'animaux. Ainsi donc, supposé même que le produit en grains ne dût pas être grossi, l'augmentation de la rente du bélail seule, augmentation que personne ne melen doute, déciderait la question en faveur du système de cullure alterne avec pâturage. »

Dans les pays où, bonne ou mauvaise, la coutume de taire pàlurer les bestiaux s'est conserTée, et où l'on élève un giand nombre de bêtes à laine, il n'est pas do'\Ueux. en effet, qu'un pareil système, bien préférable partout, à mon gré, à l'assolement triennal, puisse devenir l'un des meilleurs possibles, surtout lorsque la cullure des racines Iburragères et des plantes légumineuses présente, par une cause quelconque, des difficultés qui l'empêchent totalement ou la restreignent à d'ciroites limites. — Ailleurs on peut encore rado|)ter partiellement sur les exploitations dont le personnel, le matériel et les capitaux ne correspondent pas à l'élendue, car on ne saurait trop répéter qu'il vaut mieux répartir une faible quantité d'engrais et de travail sur une petite étendue que de la j;a.>-piller, pour ainsi dire, en pure perle sur une grande. Dans ce dernier cas la cullure alterne avec pâturage doit faire place gradiielleuient à la culture alterne avec fourrages artificiels, à mesure que le fermier deviendra plus fort en capitaux et en bras ou en instrumeus propres à les remplacer, car alors il sentira la possibilité d'étendre davantage la cullure des

piaules paDaires ou économiques, et la nécessité, pour cela, de diminuer l'étendue des herbages, tout en augmentant celle des engrais, ce qui ne peut se faire qu'en substituant les légumineuses et les racines aux graminées des pâturages.

En résumé, les pâturages, dans l'acception rigoureuse du mot, peuvent donc, ainsi que certaines prairies de graminées, remplacer dans les cultures alternes à long coui's les prairies artificielles, qui en fout le pliishabituellemenl partie dans les assolemens moins longs. D'après ce qui précède, on a pu déjà prévoir dans quelles circonstances il est nécessaire ou possible d'adopter le premier ou le second système. — En général, les assolemens avec pàturaj^es de quelque durée sont moins profitables, mais aussi ils entraînent moins de frais de toutes sortes que ceux dans lesquels on fait entrer les fourrages légumineux annuels et les racines sarclées; — ils peuvent être partiellement suivis sur les parties de la ferme oîi la nature des terres rendrait les autres impossibles ou peu productifs. — Ils conviennent donc particulièrement aux contrées pauvres, peu peuplées, et aux fonds mauvais ou d'une grande médiocrité. — Les assolemens avec prairies artificielles et racines fourragères de courte durée sont ordinairement beaucoup plus productifs, mais nécessitent plus d'avances et de travail. Ils ne se prêtent pas à toutes les localités; ils sont donc particulièrement appropriés aux cantons déjà riches en habitans et en terrains bons ou de qualité moyenne. — Quant aux prairies artificielles d'une existence durable, telles que les luzernes, il est certain que, là où elles réussissent, elles donnent, sans frais ou presque sans frais d'entretien, des produits bien supérieurs a toutes les herbes de pàturaji;es et de prairies graminées; mais outre qu'elles ne réussissent pas à beaucoup près partout, nous savons encore qu'il n'est pas sans inconvénient d'user avec irréflexion des avantages nombreux qu'elles présentent dans les localités où on peut les cultiver (voj-. l'ait. Assolement). Aussi, à côté des prairies léguuiitieuses, dont on verra plus loin que je ne méconnais nullement la prééminence, dans beaucoup de cas, je ne puis admettre, ave(; quelques théoriciens, qu'il ne reste plus de place utile sur nos guéi'ets pour les graminées fourragères.

III" SUJET. — Des considérations qui doivent diriger le choix des espèces pour la formation des herbages.

Les botanistes qui ont analysé les herbages natuiels, dit M. (Jh. d'Oikches, les ont distingués en moyens^ hauts et bas ; ils ont reconnu que sur 42 espèces de plantes que contenaient quelques prairies moyennes, il y en avait 17 de convenables à la nourriture des animaux, et que les 25 autres étaient inutiles ou nuisibles; que, dans les hauts pâturages, sur 38 espèces, il ne s'en trouvait que 8 utiles; — et qu'enfin, dans les prairies basses, il ne s'en trouvait que 4 sur 29. Il résulte de ces expériences, qui ont été faites avec le plus grand soin en Bretagne, ajoute le même auteur, que sur le foin des prairies moyen-

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nés, il doit y avoir 5/7 de perte; plus des 3/4 sur celui des hauts pâturages, et 6/7 sur celui des prairies basses, si l'animal rejette tout ce quilui est insipide ou nuisible, et qu'il est exposé à quantité de maladies, lorsqu'à la suite de son travail, attaché à un râtelier, la faim le force de manger tout ce qu'on lui donne.

Partout où on a fait de semblables recherches, on est arrivé à des résultats sinon' absolument les mêmes, au moins assez analogues pour démonirer jusqu'à l'évidence de quelle importance il peut être, dans un grand nombre de cas, au lieu d'abandonner au hasard la formation des pâturages, de faire choix des plantes vivaces les mieux appropriées à chaque terrain et à chaque localité. — Ceci nous conduit à l'examen d'une question trop neuve encore pour la plupart de nos départemens, quoiqu'elle ait de tout temps fixé l'attention des agronomes et des agriculteurs instruits; je veux parler du semis des herbages que l'on s'est habitué, dans la plupart des lieux, à désigner comme naturels.

En traitant de chaque culture économique, on a grand soin d'indiquer la nature du terrain qui lui convient, et de conseiller de ne l'entreprendre que sur ce terrain ou tout autre à peu près de même espèce ; — ici, la question doit être posée à l'inverse, c'est-à-dire qu'il s'agit surtout de savoir quelles plantes herbagères peuvent croître profilablement sur des terrains de nature parfois fort différente et le plus souvent de qualité fort médiocre qu'on destine, faute de mieux, à servir de pâturages. A la vérité, à l'exception du roc dénudé de terre végétale, ou des sables mobiles qui cèdent en tous sens aux efforts capricieux du vent, ile.«tpeude sols assez déshérités de la nature, pour ne pas se cou\rir spontanément de végétation; mais, de ce qui précède, on peut conclure que celte végétation n'est pas toujours la mieux appropriée aux besoins des bestiaux. — Dans ce qui va suivie, je tâcherai de poser quelques règles générales propres à guider le cultivateur da ns les essais qu'il j ugera convenable de faire, et la marche qu'il devra adopter pour arriver, aux moindres frais possibles, à des résultats plus avantageux.

Et d'abord, avant de comparer le mérite respectif des espèces entre elles, il importe en effet de rechercher celles qui pourront réussir dans la localité qu'on leur destine; car il est telles de ces localités où, à défaut de bonnes plantes, on doits'estimertrès-heureux d'en voir croître de médiocres, et où l'on doit rechercher ces dernières avec d'autant plus d'empressement et de persévérance que le choix qu'on peut faire entre elles est plus limité.

§ !•'■. — Du choix des plantes eu égard à la nature du terrain.

Les terrains considérés comme les plus propres à établir des herbages permanens, sont de plusieurs sortes. — Les terres fortes, tenaces etfroides, d'un travail difficile à l'excès, impropres à la culture delà plupart des racines et des fourrages artificiels, tels que

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le trèfle, la luzerne, etc., etc., donneiil géiiéraieiiient, par compensation à tant de défauts, d'assez bons pâturages. Une fois que des plantes graminées d'un bon choix s'en sont emparées, elles s'y maintiennent longtemps, y donnent des foins peu précoces à la vérité, mais abondans et de bonne qualité. Elles y résistent,mieux que dans les terrains plus légers, aux sécheresses estivales, et se recommandent, dans l'arrière-saison, par une nouvelle herbe plus longue, plus verte et plus succulente. Les terres de cette sorte s'améliorent d'ailleurs tellement à l'état de prairies, qu'elles changent, pour ainsi dire, à la longue de nature, et qu'elles deviennent très-propres à d'autres cultures.

Les terres armlo-sableuses con\iennent également à l'établissement des herbages, lorsqu'elles reposent à une faible profondeur sur un sous-sol imperméable, et qu'elles sont situées de manière à recevoir l'égout des terres environnantes. L'humidité fréquente, qui les rendrait impropres aux j-écoltes de céréales, les rend au contraire trèstoi'opres à la production des graminées vivaces.

Par la même raison, les sols de toutes natures situés dans les vallées parcourues par des cours d'eau dont les infiltrations ou les débordemens accidentels entretiennent une fraîcheur plus ou moins constante, sont encore ou ne peut mieux disposés pour se couvrir de beaux et bons herbages, sans nuire à d'autres productions; car il est remarquable

aue, dans les trois circonstances dontje viens e parler, les terres et les localités qui se prêtent le mieux à la végétation des herbes fourragères sont justement celles qui conviendraient le moms aux cultures économiques.—Là, comme nous le verrons en traitant à part, dans ure des sections de ce chapitre, des diverses espèces fourragères, le choix du cultivateur est peu limité, puisque presque toutes les plantes graminées, celles même qui résistent le mieux à la sécheresse, aiment une fraîcheur modérée, et, tandis que beaucoup ne peuvent s'en passer, il en est un certain nombre qui ne réussissent jamais mieux qu'à l'aide d'une humidité stagnante. — De l'une à l'autre de ces limites, on peut cultiver, à peu près dans l'tjrdre de leur moindre besoin d'eau, les ivraies vivaces et d'Italie^ \ahouque laineuse, \epaturin des prés, le vulpin des prés, [difétuque élevée et celle des prés ; Vagrostis Jîorin etVagrostis d'Amérique, \\xJleole des prés, le phalaris roseau, et beaucoup d'autres d'un produit non moins avantageux, auxquelles il est facile d'adjoindre diverses légumineuses du genre des trèfles, des gesses, des lotiers, des luzernes, etc. Sur les fonds sablonneux, où les petits trèjles croissent à côté de la lupuline, de la gesse chiche,d\.\ lotiercorniculé, elc.,elc., se placent, au premier rang, \e fromental, {aJIouvc odorante, Xa fétuque ovine el\a/étuque traçante, puis le dactjle pelotonne, le rar-grass, V avoine jaunâtre, le pnturin da prés, la cretelle, le btome des prés, etc., etc.

Dans les sols plus arides, une partie de ces mêmes plantes viennent encore avec la canche flexueuse, Idijétugue rougeâtre, la mélique ciliée, la brize tremblante, Véljme des sables, la petite pimprenelle, etc., etc.

Enfin, dans les terres calcaires a l'cxiè:, de toutes les plusdiflicilcs à féconder, pour remplacer les chardons, Ivs euphorbes eL\ci> quelques graminées à feuilles coriaces que les moutons mêmes repoussent, et qui croissent parfois seules, spontanément, en de semblables localités, les es|>èces (jui réubsisscnl le mieux, sont : le brome des prés, [q-, Jétuques ovine et traçante, la Jéluque ronge, le dactyle pelotonné, [afromental, le ray-grass, le paturin des prés, celui ti feuilles étroites, etc., etc.

Quelque limité que soit le nombre des plantes cultivables sur un terrain donné, n'y en eût-il que 3 ou -4, il peut y avoir comparaison entre elles, et il est bien probable que les unes devionl l'emporter sur les autres. — On devra donc avoir égard aux diverses circonstances suivantes : — le goût plus ou moins marqué que montre le bétail pour telles ou telles herbes, — leur précocité, — l'abondance de leurs produits, — leur permanence,— et les propriétés nutritives propres à chaque espèce.

§ II. — Du choix des plantes fourragères eu égard au goût des diverses sortes d'animaux.

Le goût plus ou moins marqué que montrent les bestiaux pour telles ou telles herbes est un indice qui trompe peu, et qu'on fera bien, en général, de prendre en grande considération ; cependant il n'est pas douteux, d'une part, que les animaux rejettent parfois au premier abord des plantes favorables à leur santé, et auxquelles on les habitue à la longue, au point même de les leur faire rechercher avec une sorte d'avidité, tandis qu'on les voit assez souvent manger spontanément d'autres plantes nuisibles, soit à leur existence, soit à la qualité de leurs produits. — «Sans avoir fait d'essais sur cette matière, dit Sprengei., on ne peut jamais parvenir à un résultat certain ; l'analogie, dans ce cas, ne peut être un guide sur, car le trèfle des champs [trifolium arvense) n'est pas mangé par le bétail, malgré que les autres variétés de trètle soient pour lui une bonne nourriture. Il en est de même de plusieurs autres familles ; celle des composées nous en offre un exemple singulier : le pissenlit {leontodon), l'apargie {apargia), la petite mai'guerite {bellis), la Ihriucie {thrincia), l'épervière, {hieracium), ta crépide [crépis), etc., etc., sont recherchées par le bétail, tandis que la niatricaire (matricaria), la grande marguerite [chrysanthemum], l'arnique (arnica), la centaurée (cc/î/rttt/ffl), l'immortel le (gnaphalium), la lAnn}^'\e {tanacetum),]^ camomille (rt«//i<'- /7/iV), etc., etc., ne sont broutées par les animaux que lorsque la faim les presse. Nous voyons figurer de même, dans les familles de plantes généralement désagréables aux bestiaux, des espèces qu'ils paraissent manger avec plaisir ; c'est ainsi qu'ils recherchent le liseron (convolvulus arvcnsis), (juoiqu'ils repoussent les autres espèces de la l'amilledes convolvulacées.

» On ne peut jamais conclure des effets que doit produire sur le bétail une [)lanle quelconque, d'après ceux qu'elle produit sur les hommes, car l'on voit fréquemment des

plantes nuisibles à l'homme être mangées sans inconvénient par les animaux. On remarque même, à l'égard des espèces de bestiaux entre elles, une grande diff»'rence : le gros bétail, par exemple, repousse les labiées et les personnées (excepté peut-élre le niélampire aes champs et celui des prairies ( melampiruni arvense et ratense)\ ainsi, il ne louchera guère au Ihym, à la véronique, à la sauge, à la crête-de-coq {rhinanthus), etc., tandis que ces plantes sont pour les moutons une nourriture saine et agréable.— Le bétail à cornes mange avec plaisir tous les végétaux de la famille des crucifères, comme les choux, les raves; les chevaux, au contraire, ne s'en nourrissent qu'avec répugnance ; ils recherchent par contre, de même que les moulons, les plantes qui appartiennent à la famille Aes équisitacées; ils s'en nourrissent sans préjudice pour leur santé, tandis que ces mêmes plantes déterminent, chez le bétail à cornes, lorsque la faim l'a forcé à en manger, des dyssenteries et enfin la mort. Les plantes de la famille des hypéricinées, très-nuisibles aux moutons, sont consommées sans inconvénient par les chevaux. Une espèce de cette famille, le millepertuis crépu {hypericum cri<:pum), contient un poison tellement énergique pour les moulons, que le seul contact avec la rosée qui, le matin, se trouve sur les feuilles, leur est très-dangereux.— On trouve ensuite des familles entières de plantes dont les feuilles et les liges sont rejetées par toutes sortes d'animaux; telles sont, enlre autres, les solanpes{\)\ et enfin on en voit d'autres dont toutes les espèces, à l'exception de quelques-unes, sont mangées par les chevaux et le gros bétail, de même que par les moulons et les cochons : telles sont les graminées. Cependant, parmi les différentes espèces de graminées, on en remarque plusieurs qui paraissent plus propres à tel genre d'animaux qu'à lel autre.

» Si l'on veut connaître les plantes que les animaux recherchent le plus, il faut observer ceux-ci lorsqu'ils se tnnjvent au pâturage ; là ils s'abandonnent à leur instinct, el, lorsqu'ils ont assez à manger, ils ne louchent point aux plantes qui leur sont préjudiciables. Cependant on remarque avec éloonement qu'ils mangent des plantes reconnues comme véoéueu^-es, et cela sans danger; mais, en observant de plus près, on voit qu'il se trouve dans le pâturai^e des plantes dont les propriétés neutralisent les eflets des premières. En cherchant à connaître les végétaux dangereux et utiles qui se trouvent dans un pâturage, il faut considérer le nombre d'espèces qu'il contient: plus il yen a. niieuxon peut distinguer celles qui conviennent aux animaux, tandis que, dans le cas contraire, on peut facilement se tromper. »

§ 11!. — Du choix des plantes fourragères eu égard à leur précocité.

La précocité des herbages, pour les animaux qui ont été nourris peotlant tout l'hi-

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ver au foin et aux racines, est une qualité précieuse, qui peut tenir à la nature au terrain, comme au choix des espèces végétales. Dans les terrains argileux, humides et froids, le développement fourrager des plantes est souvent plus tardif de 15 jours que sur des sables fa-ilement échauffés par les premiers rayons du soleil de printemps, et d'un autre côté entre certaines plantes, telles, par exem.ple, que le pdturfn des bois et la Jétunue élevée, il n'est pas rare de remarquer, sur le même sol, une différence au moins aussi grande. — On comprend, sans qu'il soit besoin d'entrer à cet égard dans des détails circouslanciés, que le meilleur moyen de remédier à la disposition tardive d'une localité ou d'une espèce, c'est de couvrir l'une d'herbes naturellement précoces, et de placer l'autre en des lieux peniiéables à la chaleur. Toutefois un pareil arrangement, très-facile et très commode pour un certain nombre de graminées, ne l'est pas, à beaucoup près, pour toutes : il en est qui ne ponrraient végéter hors des lieux auxquels elles furent destinées par la nature.

La précocité, en elle-même, n'a pas le seul avantage de hâter le moment où l'on peut mettre les animaux au vert ou celui de la fauchaison ; nous verrons , lorsqu'il sera parlé spécialement du vulpin des prés, du dactyle, des ivraies, etc., etc., que la richesse du pâturage ou le nombre des coupes que Ion peut eliéctuer dans le courant de la belle saison, dépend, en grande partie, de la i-apidité de véj^élation des herbes qui composent les pâturages et les prairies. — Il existe louletois, entée ces deux sortes d'herbages, des différences qu'il importe de signaler ici.— L'époque de la plus forle végétation des plantes réunies naturellement dans un même lieu est rarement W. même : le vulpin des prés, \a.JIouve odorante, le dactyle pelotonné, Vivraie vi^ace, le poa des prés, V avoine des prés, etc., devancent les autres dans leur croissance printanière, et fournissent un abondant fanage pendant la première partie de l'été; — dans le cours de cette saison, ce sont : Vavoine jaunâtre, la crételle, la Jétuque des prés, divers pdturins, la houque laineuse, le trèfle des prés, le trèfle rampant, la gesse des prés, etc. etc.; — enfin, pendant l'automne, lay<^7u<7«e élevée, Vagroslis stoloni/ere, le chiendent, la miUefeuille, etc., etc. Un tel mélange et de telles dispositions présentent, entre autres avantages (rio/. le paragraphe?), celui de régularistrr, pour ainsi dire, la produciion du lourra^^e sur les pâturages, pendant presque toute l'.innée; dans les prairies, au contraire, si l'on n'a eu la précaution de réunir des espèces d'une végétation à peu près uniforme quant à son développement et a sa durée, il arrivera,ou qu'on récolterades herbes précoces lorsqu'elles auront perdu la plus grande partie de leurs sucs nutritifs, par suite de la dessiccation sur pied; ou que les herbes tardives seront loin encore d'être arrivées au point de maturité qui constitue les bons l'oins. Aussi, en pareil cas, surtout lorsque les

(t) On sait que dans beaucoup de lieux les fanes de porames-de-lerre avant leur entière dessiccation sont utilisées pour la nourriture des vaches et des bd-ufs, qui ne les mangent à la vérité que faute de mieux, mais eatin qui les man^gent sans en être incommodés. 0. L. T,

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f)rairies ne doivent occuper la place qu'on enr destine que peodanl un nombre limité d'années, préfère-t-oa assez souvent des semis honiOKènes.

§ IV. — Du choix des plantes fourragères eu égard à l'abondance de leur produit.

L'abondance des produits qu'on doit attendre d'une herbe quelconque considérée isolément, dépend soit de C élévation et du volume ou de la multiplicité de ses tiges et de ses feuilles ; — soit de la rusticité plus grande qui lui permet de croître dans des terrains de moindre qualité et de résister aux intempéries des saisons; — soit, enfin, de la facuJté qu'elle possède de continuer de végéter plus iong-lemps et de mieux repousser sous la faulx ou la dent des animaux.

En général les plantes qui s'élèvent et grossissent beaucoup, telles que les panis, Je sorgho, l'alpiste, etc., etc., ne sont propres qu'à être mangées en vert parce qu'elles durcissent en se desséchant de manière à rebuter les animaux; — d'autres, comme le froniental, Xaféluque élevée, les bromes, etc., doivent au moins être fauchées de fort bonne heure. Mais il en est aussi, et de ce nombre on pourrait citer b fléole des prés, ou thiniothy des Anglais et Vivraie d'Italie, dont l'élévation des fanes ne diminue en rien la qualité du foin.

Assez souvent des herbes dont les tiges s'élèvent beaucoup tallent et gazonnent Jori peu; celles-là peuvent faire quelquefois partie des prairies, mélangées a d'autres espèces, mais elles sont peu propres à entrer dans la formation des pâturages, tandis que d'autres herbes moins élevées et j>lus gazonneuses convienneiit beaucoup mieux a cette dernière destination. — Dans les herbages faucbables, elles deviendraient inutiles, parce qu'elles échappent en grande partie à la faulx, et nuisibles, parce qu'elles occupent la place de meilleurs produits, tandis que sur les pacages celles même qui ne sont qu'effleurées par la dent des chevaux ou des bêtes bovines sont atteintes rez-terre par les moutons, auxquels elles procurent une bonne nourriture.

La rusticité ne consiste pas seulement, pour chaque espèce, à résister aux vicissitudes dessaisons. à supporter arcidcnlelleuieiit une humidité surabondante dans le sol et une sécheresse prolongée dans l'atmosphère; à pousser avec assez de vigueur pour ne rien craindre du voisinage d'autres plantes plus voraces et moins utiles, mais encore, pour les plantes étrangères, à résister sans dommage au\ froids de nos climats et à mûrir leurs graines avant l'atteinte des gelées. — Parmi nos graminées les plus rustiques il faut c'ûer l'agrostis fiorin, le brome des prés, le dactjle pelotonné, la Jéîuque ovine, etc., etc.

Quant à la facuUé de pousser de nouvelles /e'iilies et même de nouvelles tiges floiales apvàs l'époque delà fauchaison ou le passage des animaux, elle est loin d'appartenir également à toutes les espèces: le florin la possède à un haut degré; sa végétation est presque continuelle, et ses tiges conservent

long-temps leur fraîcheur en hiver; le dactyle pelotonné, qui se maintient mieux que beaucoup d'autres graminées des prés sur les terrains secs et médiocres, y repousse aussi avec une facilité et une rapidité remarquable; le ray-grass talle et se fortifie d'autant plus qu'il est plus brouté et piétiné, le vulpin des prés peut épier jusqu'à deux fois dans la même année, etc. Au point où nous ensommes, il serait, je crois, inutile de multiplier de semblables exemples; il nous suffira de remarquer que la propriété qui nous occupe en cet instant est une des plus importantes par rapport aux herbes fourragères, qui composent les prairies à regain, et surtout les pâturages ouverts pendairt la plus grande partie de l'année aux animaux.

§ V. — Du choix des plantes fourragères eu égard à la durée de leur existence.

C'est une loi fort ordinaire de la nature, que plus la durée d'un végétal est longue, moins son premier développement est rapide.— Une plante annuelle, semée au printemps, parcourt dans la même année toutes les périodes de sa courte existence, tandis qu'une plante bisannuelle ou vivace s'empare pourainsi dire seulement du terrain, et ne pousse ses tiges florales que la seconde année. Il est même beaucoup de plantes vivaces qui n'arrivent qu'après 3, 4 et 5 ans à leur plus fort développement. Ainsi on doit attendre le maximum des produits d'un trèfle dès la seconde année ; mais on ne peut compter sur celui d'un sainjoin que la 3* à la 4 , et malgré la position en quelque sorte exceptionnelle où se trouve à cet égard la luzerne, dont chacun connaît la rapidité de croissance, toujours est-il qu'elle augmente annuellement en produits, jusqu'à ce que ses puissantes racinesse soient suffisamment emparées du sol II en est de même des graminées vivaces ; quoique la plupart végètent vigoureusement dès la seconde année, beaucoup ne parviennent à toute leur force que plus tard.

Les /ourrages annuels, à quelques familles qu'ils appartiennent, peuvent avoir une très-grande utilité dans la culture alterne. Nous les avons déjà vus, en traitant des assolemens, et nous les verrons bientôt en parlant de chaque plante des prairies et notamment des légumineuses en particulier, jouer un lôle important pour remplacer la jachère morte et préparer le sol à d'autres cultures. — Il n'est pas rare non plus qu'on les utilise momentanément dans la formation des prairies artificielles de longue durée et des pâturages permanens, pour obvier à la lente croissance des plantes qui les composent, et obtenir, dès la première année, une récolte de fourrage. C'est ainsi que l'on peut dans certains cas semer la luzerne de bonne heure en automne avec de r<*.fro///-geon ou du seigle ; — mêler dans les terrains calcaires le brome doux et celui des seigles au sainfoin; — ailleurs l'ori^v des prés à des herbes dont le produit doit se faire atteridre deux ans, etc., etc. — En pareil cas, les plan, tes annuelles, pour peu qu'elles ne soient pas semées trop épais, protègent au prin-

AGRkXLTLRE ! DES PLAMKS FOURRAtij'.KKS.

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