‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 279 sur 304 · I.IV. I«f · texte numérisé non relu

I.IV. I«f

à l'étable exige pour le fauchage journalier, le transport du fourrage, la distribution des litières et le travail des fumiers, plus de matériel et de main-d'œuvre. Cette augmentation dans le cheptel mort, et le nombre de journaliers, est surtout sensible dans les grandes exploitations. Le capital en circulation doit y être nécessairement plus considérable, mais aussi c'est là que l'augmentation de produits est plus importante, car elle est toujours en rapport avec les avances qu'on peut faire au sol. Refuser ces avances là où elles sont profitablement possibles, ce serait à peu près laisser un champ fertile en jachère pour éviter les Irais de labour, ou perdre la moisson dans la crainte de payer les moissonneurs.

Les avantages les plus marqués que pr<?sente la consommation, à l'étable, du produit des prairies légumineuses etdes racines fourragères, sont les suivans : 1" la diminution d'étendue de terrain réservé pour la nourriture du bétail. Cette proposition a été suffisamment démontrée précédemment.

2° L'économie de nourriture. En effet, les animaux ne détruisent pas seulement les herbes pour s'en nourrir; ils leur nuisent plus ou moins, soit en les foulant aux pieds, en se couchant dessus, ou en les rendant moins appétissantes par leur haleine; — soit en répandant leursexcrémens en trop grande quantité sur un seul point ; — soit enfin en les broutant de trop près pendant les fortes sécheresses, ou mê[ne en les arrachant dans quelques cas. Contre ces divers iuconvéniens, la nourriture à l'étable est un remède certain; là, tout se consomme et rien n'est perdu.

3° L'abondance de cette même nourriture pendant toute Farinée lorsque l'assolement est bien entendu; — la convenance de fourrages verts à l'époque des sécheresses, et de racines aqueuses alliées au foin pendant l'hiver; — enfin, la possibilité de réserver pour une année moins féconde l'excédant de nourriture d'été que le bétail n'a pas consommé.

4° La moindre déperdition d'engrais : parce que, sans nier que ceux qui sont disséminés sur les pâturages, lorsqu'on prend le soin de les répandre, soient véritablement profitables, il est bien certain qu'ils le sont infiniment moins dans ce cas que si on les utilisait à la culture des champs ou à la formation de composts propres à être répandus sur les herbages.

5° L'amélioration du bétail^ en ce sens qu'avec les soins convenables, qui consistent à le mènera l'abreuvoir, à le faire baigneret à lui faire prendre de temps en temps l'exercice qui convient à son espèce, à son âge et à sa destination ultérieure, on peut, non seulement le conserver en parfaite santé dans les cas ordinaires, mais le préserver de la plupart des maladies les plus dangereuses qui l'atteignent au pâturage, telles que l'inflammation de la rate, la météorisation, la pourriture, etc.

6° Enfin, la plus prande facilité de faire succéder les récoltes fourragères et celles de grain dans un court espace de temps , et

DES PRAIRIES

ainsi que j ai tâché de le démontrer en traitant des assolemens.

Section m. — De rétendue relative des herbages et du nombre de bestiaux nécessaires dans chaque exploitation.

S'il est vrai que les fourrages, de quelque iialurequ'ils soient, sont une base indispensable de toute exploitation agricole, après avoir étudié les moyens de se les procurer, 11 devient d'une haute importance de savoir proportionner leur étendue à celle des autres cultures économiques ou industrielles. La question qui se présente à ce sujet est fort complexe; aussi ne doit-on pas s'attendre à la voir résolue dans un livre avec une rigueur mathématique; car, pour qu'il en fût ainsi, non seulement il faudrait savoir positivement quelle étendue de pâturage ou de prairies peut suffire à la nourriture d'ime tète de bétail, ce qui varie, pour les mêmes espèces, en raison de la différence du climat, de la nature, de la position du sol et de la qualité des plantes fourragères, mais il faudrait aussi indiquer le nombre des bestiaux de chaque sorte que l'on doit élever, engraisser ou entretenir, ce qu'il n'est possible de faire, pour chaque localité, qu'après avoir étudié tout le système de culture qu'on a cru devoir y adopter.

Je connais peu de sujets en agriculture qui aient davantage appelé la discussion que la première partie de ce problème multiple, et malheureusement chacun, en voulant le résoudre, n'a pas toujours assez senti qu'il fallait étendre les observations au-delà des étroites limites de telle ou tel'e contrée, on éviter de donner aux résultats de ces mêmes observations, quelque précises qu'elles fussent, im caractère de généralité. — Si l'on suppose un sol parfaitement de même nature, exposé iciau soleil et aux étés sans pluies de 1q Pix)vence, là au ciel nuageux, aux vents humides et aux marées pluvieuses de la France occidentale, on aiu'a, dans le premier cas, ime garigue inféconde, où les cjsles et la lavande peuvent seuls épanouir leurs fleurs à côté du myrte, et dont l'unique habitante parait èlre la cigale; — dans le second, un pâturage vert encore au milieu de la saison des sécheresses et couvert de gras troupeaux. Puis, transportez ce même terruin dans la plaine de INimes, ou dans la riche Toscane, à côté de quelques-uns de ces cours d'eau qui répandent sur tout ce qu'ils approchent une fécondité inconnue aux régions du nord, au lieu d'un pâturage, vous verrez une riche prairie tomber et renaître 5 ou 6 fois sous la fanlxdans le cours d'une seule saison.

Lorsque l'influence du climat se complique de la variété des terrains et des herbages, la question devient encore plus insoluble; car il y a tout autant de différence entre un coteau à couche labourable peu épaisse, une lande sablorneuse ou crayeuse cl un vallon profond ou une terre à luzerne, qu'entre les saisons du nord et du sud de la France; — entre le produit du petit nombre de plantes qui végètent parfois .i grande peine sur les mauvais fonds, et celles bien plus nombreuses qui prospèrent sur les bons;

— enfin, entre les herbages fauchables on de pâturage dont on abandonne insoucieusemenl la formation au hasard, et ceux dans lesquels on associe avec discernement les espèces les plus j)ropres à bien garnir le terrain, à croître, à mûrir ensemble, et à procurer aux bestiaux la meilleure nourriture possible.

Dans les calculs que Gilbert a faits avec un soin particulier sur toute l'ancienne généralité de Paris, tandis qu'il t\q portait le prty duit moyen des 1 38,000 arpens de prairies artificielles qui v existaient de son temps,

au'à 2,500 livres de fourrage sec pour chacun 'eux, il estimait que l'arpent de luzerne en donnait 4,604, — celui de trèfle, 3,561, — celui de sainfoin, 2,946,— et celui de vesces, 2,733. Or, si l'on cherchait à calculer de la même manière la différence des produits des pâturages naturels et artificiels, il est hors de doute que celte différence serait proportionnellement, en faveur des seconds, beaucoup plus tranchée encore.

Ce n'est pas tout : assez ordinairement on range les animaux herbivores , eu égard à la quantité de nourriture qu'il convient de donner à chaque espèce, de la manière suivante: —un cheval, — un bœuf,— une vache, forment chacun une tête à laquelle correspondent 3 têtes de veaux d'un an,ou une tête l/2de veau de 2 ans, ou, selon les races, de 6 à 12 têtes de bêles ovines; maison sent qu'une telle évaluation est encore d'un vague tout aussi grand, car non seulement la plupart des chevaux mangent davantage que les bêles à cornes,iuais le bœuf mange plus que la vache, et, certes, il n'y a pas d'exagération à dire qu'une belle vache normande consomme trois fois autant (ie fourrage qu'une vache solognote; tandis que 14 à 15 brebis de la seconde de ces contrées équivalent à peine à la moitié de ces animaux, bien nourris et de belle race, quoique de même espèce, tels qu'on peut les rencontrer dans le Berry.

A côté de toutes ces difficultés, auxquelles ajoute encore la différence de nourriture des bestiaux dans les localités où les racints peuvent être profitablement cultivées et dans celles où le fermier n'a encore d'autres ressources que le foin et les pâturages, on sent combien il est difficile d'arriver à calculer d'une manière seulement approximative l'étendue des divers herbages, d'après les quantités nécessaires de chacun d'eux, pour entretenir une ou plusieurs têtesde bétail, |Hiisque, hors de localités assez restreintes et souvent dans des exploitations tout-à-fait voisines, les animaux, selon la race à laquelle ils appartiennent ou le régime auquel on les soumet, mangent ou beaucoup plus ou beaucoup moins, tandis que les prairies peuvent douuer ^/fj produits complètement dijjéreus.

En terme moyen, Thaer ad met qu'wTi chenal de labour, nourri à récurie,demande annuellement, outre l'avoi'ie ou autres grains qu'il suppose lui être donnés en suffisance, 7,500 livres de Berlin de gros fourrage, dont un tiers en foin, soit 2,500 livres, et les deux tiers en paille; — qu'une hov\x\e vache laitière détaille moyenne, ou u n bœuf de trait nourri à l'étable, consomme, dans le même espace de temps, en nourriture eleii litières, 4,600 liv. dei;aille

AGRICULTUTIE : DES PLA.NTES FOURRAGERES. lit. i».

de toutes sortes on doit entretenir sur l'exploitation, pour obtenir la quantité d'engrais suffisante a la production des grains et des autres produits de la culture.

Dire au juste et d'une manière absolue ce

et pareille quantité de foin (les diverses nourriUires vertes étant réduites à cette espèce). Il a calculé que, lorsque ces animaux sont mis pendant le jour au pâturage, ils ont .Tssez de 4,000 livres de paille et de la quantité de racines qui, réduite en foin, ferait l'équivalent de 2,800 livres : en tout 6,500. A Ro- \ille, les chevaux reçoivent par tête, pendant Cou 7 mois de l'année, une ration de 10 kilog. de foin ou de luzerne sèche, avec une addition de grains et de carottes qui représente encore une quantité à peu près égale de fourrage sec. Pendant le reste de l'année, ils sont nourris de fourrages verts avec un peu de grain, et l'on peut supposer que leur ration, pendant cette partie de l'année, forme l'équivalent de la ration donnéeen fourrage sec. On ne peut donc s'éloigner beaucoup de la vérité, enévaluant à 20kilog. de foin parjour, ou à 7,300 kilog. par an, la consommation de chaque cheval pour tous les genres de nourriture.—La ration des bœufs à l'engrais, tanten foin qu'en racines et en tourteaux, doit être considérée comme approximativement égale à celle des chevaux. — Celle des vaches peut s'évaluer à moitié de celle des chevaux et des bœufs à l'engrais. — Quant à la ration de la bergerie, elle est environ. pour chaque tête de bêle adulte, d'un kilog. de foin ou l'équivalent en racines ou en nourriture prise aux {)âlurages, etc. La consommation de chaque )ête à laine représente donc à peu près 365 kilog. de foin par an.

YvART portait, en terme moyen, d'après la pratique d'Alfort, la provende de chaque tête de gros bétail à 5 et 6,000 kilog., quoiqu'il eût reconnu qu'elle est parfois beaucoup plus considérable; tandis queGiLBERT, faisant à la Aérité abstraciion des pailles, de l'avoine, du son, et, très-probablement, quoiqu'il ne le dise pas, des herbages de pâture consommés annuellement parles mêmes animaux, n'estimait qu'à 4,000 livres (2,000 kilog.) le fourrage sec qu'on leur donnait de son temps dans la généralité de Paris.

De ces données, telles diverses qu'elles soient, il ressoi-t cependant une vérité utile : c'est que, si l'on ne peut présenter des calculs tout faits aux cultivateurs d'un pays entier, chacun, selon les circonstances et les lieux dans lesquels il se trouve, — d'après la connaissance qui lui est acquise des herbages, et, si je puis m'exprimer ainsi, de la capacité des animaux qu'il possède, pourra facilement arriver, pour son propre compte, à savoir combien, avec l'aide des pâturages et des racines fourragères, il lui (autd'élenduede|)rairiesde diverses sortes, /lour entretenir tel ou tel nombre de bestiaux; et ceci est fort inipoilanl , non seulement en théorie, mais en pratique, car il vaut mieux vendre du foin dans les années ordinaires, que des bestiaux dans les mauvaises, et les engrais qu'on obtient toujours en quanti té pi us considérable d'à ni maux copieusementnourris, l'augmentation de produit en chair, en laitage et même en force musculaire, sont des compensations plus que suffisantes à un léger surcroît de consomuialion.

Après avoir cherché ce ([u'une étendue donnée de prairie peut nourrir de têtes de bétail, il reste à savoir conibien de beitiaux

qu'il faut de fumier pour fertiliser une étendue donnée de terre pendant un temps voulu, et, en étendant cette proposition, co/wè/e/z de têtes de bétailil faut pour produire les engrais raisonnablement nécessaires pour cela, est tout aussi difficile que d'indiquer de la même manière la quantité de tel ou tel herbage qui doit suffire partout à la nourriture d'un cheval, d'un bœuf, etc. — La qualité chimique, la disposition physique du sol; — le retour plus ou moins fréquent des récoltes céréales ou industrielles; — la durée des prairies artificielles et bien d'autres circonstances font varier la quantité d'engrais en raison de la fertilité du sol. Ainsi, dans un champ crayeux où l'on ne peut rien obtenir qu'à force de fumiers; — dans un sable qui laisse s'écouler avec l'eau des pluies tous les sucs extractifs qu'il contient; — en des localités oii deux plantes, comme le froment et le lin ou le chanvre, se succèdent sans interruption, on ne jugera certainement pas qu'il ne faille pas plus d'engraisquedans une terre franche, profonde et substantielle; — sur un fonds argilo-sableux assez compacte pour retenir au profit des racines l'eau et les engrais qu'elle dissoul; — sur un champ rendu tous les 5 ou 6 ans à la production des herbages naturels ou artificiels, ou fécondé de 4 en 4 ans par uue récolte partiellement enfouie, etc.

Cependant, à défaut de règles bien précises et bien générales, il n'est pas impossible d'arriver à des données utiles. — Pour les fermes dites à grain, nous avons vu un agronome praticien, bien connu par ses belles expériences sur les assolemens, trouver que, chez lui {f^oy. pag. 2G7), chaque bête bovine ou chevaline consommait tout juste, en pailie de froment et d'avoine et en fourrages verts et secs, ce que peut fournir un demi-hectare dechaumedecescéréales, et un demi-hectare de bonne prairie artificielle, tandis qu'elle donnait en fumier 12 tombereaux de 3.600 à 4,000 livres chacun (l,800à2,000kilog.) paran, c'est-à-dire autant qu'il en faut dans l'assolement adopté à la Celle-Saint-Cloud, de sorte qu'il arrivait à cette conclusion tju'une seule tcle de bétail suffit pour deux hectares^ et qu'un quart de l'exploitation seulement doit être cultivé en prairies artificielles.

Aux yeux de beaucoup de ceux qui se sont soigneusement occupés de leur coinplabilité agricole, la culture des grains est une des plus productives, sinon la plus productive, pour la grande généralité de la France, lorsqu'elle est bien combinée; car, soit dit en passant, si on la charge, comme dans l'assolement triennal avec jachère, de 3 années de loyers et d'impôts du terrain pour deux récoltes ; — du prix exorbitant des labours de !a première année et de celui des engrais, il est fort douteux qu'elle donne habituellement, et je pourrais attester qu'il est même assez rare qu'elle donne un bénéfice net de quelque importance. — Le propre d'un mauvais assolement est à la fois de diminuer la production des fumiers et d'augmenter le

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besoin qu'on éprouve de s'en procurer. — Le but d'uu bon assolement est, au contraire, non seulement d'ajouter à la masse des engraisi mais encore de les employer, à quantité égale, bien plus profitablement et par conséquent plus économiquement; d'où il doit résulter non seulement que sur des étendues égales on obtient plus de blés, mais encore qu'il est possible d'étendre davantage leur culture sur la ferme. — On sent combien il serait avantageux qu'un quart de la propriété pûtsuffire pour fumer tout le reste. Toutefois, il devient indispensablede faireobserver, à propos de l'exemple que je viens de citer, que d'une part M. de Vi?kok récolte par hectare, tout regain compris, jusqu'à 1200 bottes de fourrage, poids marchand de 10 à 1 1 livres, c'est-à-dire plus de 12,000 livres, ce qui serait, pour beaucoup de lieux, une estimation évidemment forcée; et que de l'autre, en nourrissant ses troupeaux de toutes sortes à l'élable et en leur donnant une litière très-abondante, il obtient une quantité d'engrais qui dépasse, par tète de bétail, ce qu'on peut espérer dans les circonstances ordinaires ( de 21,600 à 24,000 kilog. ).

A Roville, la nourriture de chaque cheval étant, comme il a été dit plus haut, de 7,300 kilog., la quantité de fumier produite par tête est de 25 voitures du poids moyen de 650 kil. chacune, en tout 16,200 kil. ou 222 kil. de fumier par 100 kil. de fourrage; et cependant la litière est toujours en quaiitilé suffisante pour absorber toutes les urines, car l'écurie e^t construite de manière qu'aucune partie de ces dernières ne peut en sortir, en sorte qu'on est forcé de les faire absorber dans la rigole qui règ^ne derrière les animaux. — Quant aux bœufs à l'engrais, M. de Dom- BASLE a trouvé bien souvent qu'une écurie contenant 12 de ces animaux, du poids de 3 à 400 kil. chacun, donnait 9 voitures de fumier par semaine, ce qui fait, par tète de bœuf, pour l'année entière, 39 voitures, soit 25,350 kil., c'est-à-dire beaucoup plus que les chevaux, quoique la masse des alimens soit à peu près la même. Cette diflerence vient d'abord de ce que ces derniers passent une partie du temps hors de l'écurie, tandis que les bœufs n en sortent pas pendant toute la durée de l'engraissement; et, probablement aussi, de ce que les excrémens du bœuf, étant plus liquides que ceux du cheval, exigent plus de paille pour les absorber. — Les vaches, Aoi\i la ration estenviron moitié moindre que celle des bœufs, produisent du fumier à peu près dans la même proportion que ces derniers relativement à la quantité de nourriture, c'est-à-dire approchant d'une vingtaint de voitures. — Les moutons produisent environ 600 kil.de fumier chacun, en déduisant celui que l'ou peut raisonnablement imputer aux agneaux, et celui qui est disséminé au parcage. Comme ils consomment par tète de bête adulte 1 kil. de foin ou l'équivalent, onvoitque 100 kil. de foin ne pro-

duisent ici que 164 kil.de fumier (T. — Enfin les cochons, dont le nombre est très-variable sur la ferme, donnent encore une certaine quantité de fumier qui n'a pu être évaluée comparativement à la nourriture de chaque animal.

D'après ce calcul, chaque cheval produisant 25 voitures de fumier, si l'on estime à 50 de ces voitures la quantité nécessaire pour fumer un hectare, il faudra 2 chevaux par hectare; — un peu u oins de 2 bœufs de travail;— environ 1 1,2 bœuf à l'engrais; — 3 vaches;— et, en admettant qu'on ne fit jannais parquer les moutons, environ 50 de ces animaux dont je suppose ici que les excrémens auront été réunis à la masse générale des engrais pour compenser le défaut d'énergie de ceux des bêles à cornes.

A la vérité, au lieu de 50 voitures de fumier, c'est-à-dire de 32,500 kil. par hectare, il est des lieux où l'on en met et où l'on peut en mettre raisonnablement moins; mais il en estaussioii cette quantité ne paraîtra que suffisante. A la vérité encore, ce n'est pas à beaucoup près tous les ans qu'il faut revenir à une pareille fumure. Il est des terres qui ne comportent pas une grande quantité d'engrais à la fois, mais qui ont besoin d'être fumées souvent ; — d'autres au contraire qui gardent mieux l'engrais, de sorte que ce ne peut être qu'après avoir fait une étude approfondie des divers terrains de chaque exploitation, de l'assolement qui lui convient le mieux et de l'étendue de soles qu'on devra fumer chaque année, 3n'il deviendra possible de savoir de combien 'engrais on aura Ijesoin.

En i\ue\m\^s circonstances on fume {oi\s]es deux ans;— le plus souvent, c'est tous les trois ou quatre ans; — parfois seulement tous les six ans. — Dans l'assolement quadriennal, que je prendrai pour terme moyeu, pour peu que les terres soient de bonne qualité, on ne répand annuellement do fumier que sur un quart de celles qui sont régulièrement assolées, (/^'oj". l'art. As.\olement.)

Ainsi, partout et toujours en agricullure, les circonstances locales veulent être dabord attentivement étudiées. Le savoir qu'on rencontre dans les livres doit pouvoir A/r/V/rtr cette étude,el,lors(}u'ils sont bien fait s, ^«/^/t-r encore l'esprit intelligent vers les améliorations possibles. Heureux l'auteur consciencieux qui pourra approcher de ce double but, et qui saura faire comprendre l'utilité des théories en les dépouillant du faux brillant dont ou les a trop souvent entourées!

Section iv. — Des diverses plantes fourragères propres à être cultivées sous le climat de la France.

§ l". — Des graminées.

La famille des graminées, dont les semences (arineuses fournissent aux habitans d'une grande partie du monde leur principale,

(1) Ala vérité, le fumier de mouton est plus puissant et plus actif, à poids égal , que celui Ao bœuf, de vactie et môme de clieval ; mais il ne demeure pas moins démontré, par de scml)lal)les faits, que Tcvaluation par tête de bétail, lorsqu'il s'agit do la production du fumier, est fort différente de celle qu'on peut faire, quand on n'a en vue que la quantité de nourriture nécessaire à chaque animal.

trop souvent pfesque leur seule nourriture, est aussi celle dont les espèces nombreuses font partout la base des pâturages et des prairies naturelles. — Dans beaucoup de lieux, elles concourent essentiellement à la formation des prairies semées.

Parier de toutes les graminées plus ou moins propres à la nourri ture de nos besliaux, au pacage ou à l'élat de foin, ce serait re-

f>roduire presque en entier lune des parties es plus étendues de la flore française. Tel ne f)eut être notre but. Dans ce paragraphe, le ecteur retrouvera seulement les espèces les olus recherchées ou les plus dignes de Têlre jomme fourrages, soit à cause de l'abondance ou de la qualité supérieure de leurs produits, soit par suite de leur rusticité et de la propriété si précieuse aux yeux de l'agriculteur, de croître sur les terrains les moins féconds et daus les localités les moins favorisées.

En présentant ce travail dans un ordre différent de celui qui a été adopté dans d'autres ouvrages, j'ai eu en vue non seulement de me rapprocher davantage des classifications naturelles qui me paraissent plr.s satisfaisantes pour l'esprit, mais encore d'arriver à faire mieux ressortir, parle moyen de très - courtes descriptions, les différences principales qui caractérisent les plantes des uivers groupes et des genres dont je devrai parler. — A l'aide de ces descriptions, quel-

3ue incomplètes qu'elles dussent paraître ans un traité spécial de botanique, et des figures que j'ai fait faire toutes sous mes yeux en consultant minutieusement la nature (1), j'espère qu'on pourra assez facilement reconnaître et distinguer entre elles les espèces, même les plus faciles à confondre si l'on s'en rapportait à l'aspect, sans considérer quelques-uns des détails d'organisation.

Flouve {Jnthoxanihum), genre qui appartient à la première division des graminées, c'est-à-dire à celle dont toutes les espèces ont des panicules ou des épis, dont chaque épillet {roj. page 366) n'est composé que d'une fleur, et qui se trouve aussi l'un des premiers de cette grande division dans les classifications botaniques. — Sescaractères sont: uneglume à deux valves inégales sans arête {Fof. b, fig. 644); — une balle à deux valves aiguës, oblongues, portant chacune une arête {Foy. a) à la partie extérieure, et renfermant deux étamines.

La Flouve odorante {Ànthoxanthum odoratum^ Lin.) (/^g'. 644) est vivace. Elle a des tiges à 2 ou 8 articulations, s'élevant rarement au-dessusdelOàllpo. (0"* 271 à O"' 300);— des feuilles plus ou moins velues, assez courtes; — un épi ovale, jaunâtre; — des fleurs à balles ( a ), d'un roux foncé sous les valves de la glume représentée isolée en è, et portant chacune une arête ou barbe, de longueur différente. — c représente une fleur ou un épillet entier.

Cette espèce se trouve sur des terrains de nature et d'expositions fort dilférentes : sur

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