M. DE DOMBASLE
"Vilmorin et plusieurs autres, il ne paraît pas qu'on puisse en obtenir des produits satisfaisans pendant plus <ie 2 a.Ts , du moins comme prairie fauchable.
On a prétendu que cette plante cultivée depuis un certain temps, avec un succès fort remarquable dans le pavsqui lui a donné
couleur blan- Fis- 681.
chàti e; ses feuilles sont nombreuses , longues; — ses tiges, qui ne sont pas beaucoup plus hautes, se terminent par un long épi pubescent. Elle ci'oit naturellement sur les dunes dont elle contribue puissamment à fixer les sables. — L'aptitude avec laquelle cette plante et quelques-unes de ses congénères supportent les sécheresses les plus continues, et peuvent prospérer dans les sols les moins
substantiels, ont fait dési rer de la voiressayer comme fourrage. A la vérité, les bestiaux refusent delà mangersèche,niais ses fanes vertes leur procurent une nourriture saine, et qui, d'après les expériences des chimistes, abonde en parties assimilables. Ces réflexions me semblent de nature à être méditées par les habitans des bords de la mer, et les propriétaires des terrains ensablé^. Malheureusement, pour qin voudrait faire des essais sur la culture de cette elyme ou de toute autre, il faudrait trouver d'abord le moyen de s'en procurer des graines. Quelque petite qu'en fût la quantité, en peu de temps on pourrait, grâce aux racines traçantes de la plante, et à ses féconds épis, étendre l'expérience à une plus grande étendue de terrain.
ciiAP. 18'. DES PRAIRIES
Orge {Horde uni). {Foy. page 386).
Orge escourgeon { Foy. page 387), l'une des espèces d'hiver les plus liâlives et lt:s plus prodiiclivcs en tiges et eu feuilles, esi aussi celle que l'on cultive le plus ordinairement comme fourrage, pour le donner en vert aux chevaux , aux jeunes poulains , surtout aux vaches laitières et à tous les animaux fatigués ou malades. Voici ce qu'en dit Olivier de Sehues : « Avec le seul orge chevalin ou d'hiver, fait-on aussi de bon (arrage. Ou sèmecestorgequand et en semblable ter4'e que l'autre farrage; et de mêsme, le bestail le paist en campagne durant l'hiver. Si de ce l'on se vent abstenir, gardé jusques an printems, cest orge est fauché ou moissonné en herbe ; mais pelil-à-petit pour de jour à autre le faire manger aux chevaux, dont prodlablement ils se purgent, de là prenaus le commencement de leur graisse. Tout autre bestail gros et menu s'en porte aussi très bien, si on le paist modérément de ceste herbe : car, de leur en donner à discrétion seraient en danger de s'en trouver mal, par trop de replection, tant abondante est elle en substance. Couppé à la fois, cest orge en herbe, séché et serré au grenier comme autre foin, est aussi bonne viande pour tout bestail en hiver, et, avenant que la coupe en soit tost faicte, comme sur la fin d'avril ou commencement de may, le reject de ses racines conservé, produira gaillardement nouvelle herbe et grain avecque, le tems n'estant extraordinairement chaud. »
l^a. grosse Orge nue [foy. page 388) est aussi cultivée fréquemment comme fourrage. Elle se sème au printemps; ses produits sont regardés par la plupart des nourrisseurs de Paris comme préférables à tous autres pour rafraîchir les vaches ou les ânesses laitières, renouveler leur lait et augmenter à la fois sa qualité et sa quantité.
L'Orge noire (Foy. page 387), par suite de la propriété singulière i|u'on lui a reconnue dene {)as monter, sion attend, pour la semer, le mois de mai ou seulement la fin d'avril, paraîtrait très-propre à remplir la double destination de plante fourragère et à grain. Il est probable qu'on pourrait la faucher plusieurs fois la première année, sans nul inconvénient pour l'année suivante.— Elle occuperait ainsi deux ans de l'assolement et donnerait double produit sans exiger double culture.
L'Orge des pré? ( Hordeum secnlinum, Schreb.), Orge faux .ttv^if<',etc..estuiied('s espècessauvagesque l'on rencontre le plus souvent dans les prairies basses; — ses tiges sont grêles, ses feuilles assez rares; — ses épis diffèrent de ceux de l'Orge queue de souris on de murailles, parce qti'ils sont plus courts et garnis de barbes moins longues et beaucoup plus fines. ( J'oy.fig. (582.)
FauchétMie bonne heure, cette espèce produit un foin fin et de fort bonne qualité. vSi on la laissait ap;)roch r «le la maturité, ses barbes acquerraient une rudesse désagréable aux bestiaux, et ses feuilles radicales jauniraient promptement. En résumé, comme fourrage annuel fauché ou pâturé, elle est loin de valoir celles de ses congénères (pio je vieus de citer. Tout au plus peut-elle une
.'liO
premièreannée, Fig. 082
mélangée en petite quaniiie à d'autres fourrages plus durables qu elle, augmenter leurs produits sans nuire à leur succès futur, puisqu'elle laisse le terrain entièrement libredès la seconde année.
Pour cela il est clair qu'il faut qu'elle soit coupée avant la formation de ses graines.
Mais ( 7.eamaïs)., Foy. pag.
396 et suivantes.
— Plante monoïque à fleurs mâles rameuses et terminales, dont chaque glume est bi-
flore. — Les fleurs femelles sont serrées en épis axillaires cachés sous des S|)athesetdont les styles sortenlen houppes soyeuses; — leur glume est uniflore. — La lige est haute de 1 à 2 mètres, selon les variétés; — les feuilles longues, succulentes et larges.
Non seulement <ians beaucoup de lieiiv le mais en grains fait une partie essentielle de la nourriture des hommes et des animaux de travail et d'engrais, mais ses fanes vertes et ses feuilles même desséchées produisent un fourrage dont on ne connaît pas assez généralement l'importance. — Quand on commence à le couper avant la soi tie des fleurs mâles, aucune plante des prairies n'est autant du goi'it des bestiaux et ne les nourrit mieux à dose égale. Aussi évile-t-on de leur en donner à discrétion dans la crainte d'accidens assez graves qui se renouvelleraient d'autant plus fréquemment qu'on ne prendrait pas la précaution de le laisser se faner, après l'avoir coupé, pendant assez de temps pour lui enlever par l'évaporation une partie de ses sucs aqueux.
L'usage modéré du maïs verl est également profitable à tous les hei bivores ; il les rafraîchit, les maintient frais et luisans au milieu des chaleurs de Télé. Les bœufs et les vaches en sont particulièrement avides; il augmente la quantité du lait de ces dernières et lui donne un goût exquis.
Dans le midi, quelques cultivateurs font macérer les feuilles sèches tIe maïs en versant dessus de l'eau bouillante tantôt pure, tantôt légèrement salée, ce qui ajoute beaucoup à la qualité du fourrage. — Après la récolte des grains, les tiges écrasées, hachées et humectées s<int encore du goût des bestiaux; et, si l'on ajoute loi aux analyses curieuses de Sprengt'l, ellescontienui-nl en cet étal 74 pour centde |)arlifs nutritives, c'està-iliie presque autant que les liges sèches un niillel et beaucoup plus que la paille de froment-
510 AGRICULTURK
Onsi-me le maïs-fourrage épais, à la volée, depuis la fin d'avril jusqu'à celle de juin el même le milieu de juillel, cependant, quoique cette méthode soit la {ilus ordinaire, dhabiles cultivateurs préfèrent les semis en lignes. Ils fument le terrain au prinleuips et le sèment par petites parties de 15 en 15 jours, se ménageant ainsi pendant 3 ou 4 mois une ample récolte de l'un des meilleurs fourrages verts connus, tout en disposant leur sol, par les binages, àrecevoir l'automne suivante une belle culture de froment.
§ II. — Des plantes légumineuses (I).
Lupin ( Lupinus). Calice à deux divisions ; — carène bipétale; — étamines soudées à la base et à anthères, les unes rondes, les autres obloiigues; — gousses coriaces, oblongues, à plusieurs grains;— fleurs en épis;— feuilles digitées et à stipules adhérentes au pétiole. Le Lupin blanc {Lupinus albus, Lin.), annuel, se dislingue suflisammeut du lupin bicarré, dont il se rapproche le plus, par la couleur blanchâtre de ses fleurs alternes, disposées en grappes droites el dépourvues de bractées ; par la lèvre supérieure de son calice qui est entière, etc.; il s'élève à plus de 2 pieds (0-650}. — Cette plante, qui a l'avantage incontestable de croître loii bien sur les sols de très-médiocre qualité, dans les graviers et les sables ferrugineux, comme sur les argiles les |)lus maigres, et de résister partout a la chaleur, vient au contraire assez mal à l'humidité et dans les terrains calcaires à l'excès ; elle craint les troids du nord et du centre de la France; aussi ne peut-on l'y semer ([ue vers la mi-avril, à raison de 10 à 12 décalitres par hectare.
Le lupin en vert estuu assez bon pâturage
• pour les moutons; lorsqu'on le cultive sur
une terre de la nature de celles dont je viens
de parler, cest ordinairement ou pour le
faire pâturer sur place par ces animaux, ou
pour l'enfouir au moment de la floraison.
Dans l'un etl'aulre cas, il présente un moyen
puissant et peu coûteux d'amélioration. —
Oh a quelquefois donné les tiges sèches de
lupin aux bœufs, qui mangent les sommités
en cas de pénurie d autres fourrages, mais
qui rejettent toujours la partie inférieure, à
moins qu'elle n'ait été préalablement pilée
ou hachée. — Les grains macérés dans l'eau
sonl un excellent aliment pour les ruminans.
Dans quelques parties du midi, oolaminenl
aux environs de Bordeaux, on cultive aussi le
Lupin à Jeuilies étroites {Lupinus angustifo-
lius, Lin.).
Anthyllibe {Jnthyllis). Calice à cinq divisions, renflé à parlir de sa base, et rétréci vers son orifice, velu, persislant; — étendard plus long que les ailes el la carène; — gousse petite, renfermée dans le calice, el à une ou deux graines seulement; — feuilles lernées ou ailées, avec impaire plus grande
DES PLvNTES FOUPJIA.GERES. liv. i".
que les autres folioles, et à stipules adhérentes au pétiole.
« V AnthyUide vulnéraire ( Anthyllis vulneraria, Lin.), vivace {fig. 683), est une plante indigène que Fi^- 6î^-'^«
nous avons souvent rencontrée dans les prés et les pâturages secs; que les bêtes à laine, les
chevaux, les chèvres et les bœufs mangent, et qui nous paraît propre à utiliser les sols les plus ingrats.
Ses racinet, vivacesetpivolanles, fournissent des tiges herbacées, un peu velues, couchées dans l'état de nature, et formant une touffe étalée d'environ 34 centimètres.
Ses feuilles ailées ont peu de folioles, et ses
fleurs jaunes sont ramassées en têtes géminées. » YvART ( Cours complet d'agriculture théorique et pratique ).
ÏBÉFLE (7W/o^«/7z). Calice tubuleux,àcinq divisions; — carène d'une seule pièce, plus
courte que les ailes et l'étendard; — gousse petite, renfermée dans le calice, el de deux à quatre graines; — feuilles ternées; — fleurs réunies en tête ou en épis serrés.
Le Trèjle commun ( TriJoUuin pratense , Lin. ), grand Trèfle rouge, Trèjle de Hollande, etc., en anglais, Cios>er { fig: 684 ) , vivace , a des tiges plus ou moins rameuses, longues de 1 pied à 1 p. 1/2 ( 0 ■" 325 à 0" 487 ;, redressées, peu ou point velues dans l'élat de culture; ses 3 folioles sont elliptiques, glabres ou trèspeu veiues,à peine déniées ; ses fleurs sont d'un rouge pourpre , disposées en lête serrée, portant à sa base
Fig. 684.
(()Lafleurdeslé«ummeuses est composée de deux parties : un calice qui correspond a 'a «'"[^^ ''^'' cti cales, c(St-à-(lire qui forme renvcloppc extérieure de la seconde partie ou de la corolie P.'"?»^.' '"^^'li«ence de ce qui va suivre, il e.t nécesbaire de savoir (|ue cette dernière est formée de 4- diviMons ou upt.dts, savoir : un à la partie suocrieure appelée étendard: c'est ordinairement le plus J"ûf-^°P' posés *ur les côtes, appelés les ailes, et un en bas recourbé et parfois divise, désigne sous le ^om ae carène. ' ' '
DES PUAIRIES.
'leiix feuilles formant une snrie (l'involiicrc ; la division inférieure du calice est presque double des autres en longueur. ( Voy. les détails de la ligure. )
De toutes les légumineuses fourragères, celle-ci est la plus répandue dans la grande culture. Ses avantaf^es nombreux ont à peine besoin d'être rappelés.
La culture du trèfle paraît avoir été complètement inconnue d'Olivier de Serres, et, longtemps après cet écrivain, elle était encore fort peu répandue en France, si l'on en juge à la manière dont en parle Duhamel. Ce fut, je crois, l'Allemand Schoi'bart qui enseigna l'un des premiers à le semer parmi les céréales de printemps, afin de le récolter pendant l'année de jachère. Ses efforts durant une partie du siècle dernier furent couronnés d'un succès si national, qu'ils lui valurent le titre de noble de /L/ee/e/r/ (champ de trèfle) chez nos voisins, peu de temps avant que Parmentier s'immortalisât chez nous en y répandant la culture de la pommede-terre. — On peut juger par la lecture des auteurs allemands qu'à cette époque de l'apparition du trèfle dans les assolemens triennaux, on ne tarissait pas sur ses éloges. Ce végétal précieux, disait-on, n'épuisait nullement le sol, il l'améliorait au contraire par ses racines et par ses feuilles pleines de sucs, que la troisième coupe rendait à la terre, et d'ailleurs il lui aidait à absorber les sucs nourriciers de l'atmosphère. — Il tenait le terrain tellement meuble et propre, qu'un seul labour y assurait aussi bien, si ce n'était mieux que ne l'eût fait une jachère, la réussite d'ime récolte de blé. — Le fourrage abondant et succulent qu'on obtenait ainsi de la jat;hère procurait par la nourriture à l'étable et l'excédant de foin qu'on avait à sa disposition, une renie du bétail beaucoup plus élevée, et une véritable surabondance d'engrais. — On croyait pouvoir, à l'avenir, se passer de prés, de pâturages et de tous autres moyens de nourrir les herbivores. — Le trèfle était enlin considéré comme le tout de l'agriculture; sur lui et sur l'abolition du pacage et de la jachère, reposait le bonheur du genre humain !...
Or, à cette époque, im semblable engouement était tout naturel; car les inconvéniens inhérensà la culture du trèfle sont en grande partie la suite de son trop frécjuent reloui su ries mêmes soles, et l'expérience seule pouvait les laire connaître. On s'aperçut depuis qu'en effet, s'il n'épuisait pas le terrain sur lequel on voulait le ramener de 2 en 2 ou de 3 en 3 ans, il l'effritait au point de ne pouvoir plus s'y soutenir; — que par suite de cet inconvénient tort grave en lui-même, il cessait d'être une culture nettoyante, et qu'il ne pouvait plus en aucune façon remplacer en pareil cas la jachère, attendu qu'il était souillé de mauvaises herbes; — que son fourrage, consommé sur pied dans les lieux où l'on conservait l'usage des pâturages, offrait des dangers, à moins qu'on ne l'associât à quel que autre, et qu'il était assez difficile de le sécher convenablement. — .Enfin, on trouva aussi que l'impossibilité de le conserver plus de 2 ou, à la rigueur, de 3 ans, était une chose fâcheuse; mais, sous ce point de vue, la faci-
lité que donne la rapidité de sa croissance de le faire entrer dans les assolemens à court terme, sans perdre pour ainsi dire un seul instant de la rente du sol, dut paraître dans tous les temps, comme elle l'est eu effet, une compensation suffisante à sa courte durée. — Quoi qu'il en soit, en se défendant de l'abus, et en prenant les diverses précautions qui ont été indiquées à l'article Assolement, et oans le cours des premières sections de ce chapitre, les pompeux éloges de Schoubart et de ses contemporains sont bien près de la réalité.
Le trèfle se plait de préférence dans les terrains frais et profonds de nature sablo-argileuse; et, quoiqu'il soit parfois assez difficile d'en obtenir de beaux semis dans les terres fortes, une fois qu'il y a établi ses longues racines, il y vient bien. — Sur les sols dans lesquels le calcaire ne se trouve pas en jiroportion excessive, il réussit aussi, pourvu que le fonds en soit argileux.— Quant aux sols trèslégers, ils lui conviennent moins qu'à la lupuline. Celle-ci y pousse plus vigoureusement, et n'a pas au même point que lui l'inconvénient de soulever et de diviser à l'excès la couche végétale.
Le plus souvent ( /^ox- p. 487 et suiv.) on sème le Trèfle au printemps, avec les avoines, les orges, les blés de mars ou d'automne, le mais; — d'autres fois avec le lin. ce qui exige, comme je l'ai rappelé en parlant de cette plante, quelques précautions; — avec le colza, etc. — L'automne ne convient pas dans nos régions moyennes. Elle ne convient guère mieux dans les départemens méridionaux. Là, les hivers sans neige détruisent fréquemmentle trèfle, ou, s'ils sont fort doux, ils lui permettent d'acquérir un développement tel, et sa précocité devient si grande au printemps suivant, qu'il peut fleurir avant la moisson, et causer un notable dommage à la céréale. Afin de parer autant que possible à ce double résultat, on choisit donc généralement le printemps, quoiqu'il soil rare que les pluies soient assez abondantes dans la France méridionale, à cette époque, pour assurer le succès des semis. — Cependant, divers cultivateurs, parmi lesquels je cite avec confiance M. Lolis de Ville.nelve, ont trouvé préférable de semer clair dans les l5 premiers jours d'octobre, avec le blé, et, lorsque le froid acquiert plus tard une certaine intensité, de répandre de nouveau, à la fin de février, un tiers environ de semence en sus de la quantité ordinaire. Lorsque le trèfle d'automne nuit au blé par sun rapide développement, chance du reste fort rare, on peut se procurer une sorte tle dédommagement en coupant ce dernier très-haut, et en fauchant de suite le chaume. « On obtient ainsi un mélange de trèfle et de paille qui fait un excellent fourrage. Si on doit avoir une assez grande quantité de terre en trcfle, il est prudent d'en semer une partie en automne, et l'autre au printemps ^^ {Essai (f un manuel if agriculture, etc. Toulouse, 1825.)
De la fin de février à celle de mars ou même d'avril , selon les localités et la température des saisons, on fume quelquefois le trèfle. Toutefois, cette précaution est rarement nécessaire dans un bon asso-
AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGERES sur des terres d'une fertilité
lemeDt et moyenne.
Partout où îes frais de transport n'ajoutent pas excessivement à la valeur du plaire, c'est aussi apiès la cessation des gelées qu'on répand ce puissant stiniulani, en choisissant un temps calme, et au moment où les feuilles sont humectées par la rosée ou par une pluie. Dans tous les lieux où le plâtrage a pénétré,on le regarde, en principe, comme indispensable à la culture du trèfle; il est certain qu'aucun engrais ne peut mieux assurer la réussite de cet excellent fourrage, cl, par une conséquence désormais bien appréciée, le succès de l'assolement dont il fait partie.
Autrefois on laissait assez souvent le trèfle occuper le sol 3 années, y compris celle du semis: mais alors il était rare que la 3^ il pût être employé autrement qu'au pâturage. On regarde aujourd'hui avec raison comme beaucoup plus profitable de le rompre à la fin de la seconde année, et même, quoiqu'il fût le plus souvent possible d'obtenir 3 coupes, on enfouit la dernière pourajouter à la fécondité du sol. Il y a loin de celte pratique raisonnée à la coutume de quelques cantons de l'Allemagne, d'utiliser môme les racines de celle légumineuseà ladépaissance du bétail :à la vérité, elles lui procurent une nourriture de bonne qualité; mais si l'on met en ligne de compte les frais d'extraction et le tort qu'on fait au sol, on se convaincra facilement qu'en définitive il y a plus de perte que de profit à agir de la sorte.
Dans beaucoup de contrées on ne cultive le trèfle que comme plante fourragère, — dans d'autres on le fauche une seule fois de bonne heure au printemps de la seconde année et ou le laisse monter et fleurir pour en recoller la graine ; — dans d'autres, enfin, on ne spécule que sur la production de celle-ci et, dans la persuasion qu'elle est infiniment plus belle et plus marchande lorsque la fructification n'a pas été retardée par une coupe, on ne fauche pas dutout cette seconde année. — Dans ces deux derniers cas, la culture du trèfle devient véritablement cullure économique et ne peut plus être considérée comme améliorante, mais ses produits sont parfois considérables. «Il n'est pas lare, dit Bosc, qu'un arpent de trèfle en bon fonds donne 1500 kil. de graines nettoyées, qui, à .50 centimes le kilog., font 750 Ir , revenu énorme, vu que les tiges et les feuilles, quoique alors épuisées de matières nutritives, peuvent encore être employées à la nourriture des bestiaux.» J'ai vu rarement des récoltes qui approchassent de semblables produits. Cependantelles sont ordinairement assez luciatives pour indemniser richement le cultivalenr des soins quelles nécessitent, des difficultés de l'égrainage et des frais d'acquisition de machines propres à l'efléctuer. Je regrette de ne pouvoir entrer, dans ce chapitre dont je crains d'avoir déjà dépassé les bornes, en des détails suffisans sur celte importante matière qui se raltache bien plus à une question de cullure économique et commerciale qu'à une simple question de culturiî fourragère. On trouvera sans doute occasion d'y revenir dans le 2" livre de cet ouvr.T^e.
i.iv. i".
Le grand Trèfle normand, que M. de La- QL'ESN£RiE B fait Connaître sous le nom de Ticfle du pays de Caax, est une variété du Irèile commun [)lus élevée el plus tardive qu'elle. « l.essemisque j'enai faits, dit M. Vil- Moiïi.v, m'oul mis a même de reconnaître celle double vérité. Il ne donne ordinairement qu'une coupe, mais qui souvent équivaut aux deux coupes du trèfle ordinaire. Son fourriige est |)lus gros, el la plante m'a paru être plus durable. Ce trèfle doit-il êlre préféré à l'espèce ordinaire? Je ne prendrai j)as sur moi de résoudre cette question qui, d'ailleurs, est probablement susceptible de solutions opposées dans des terrains et des circonstances différentes. Celle espèce est encore trop récemment connue pour qu'il soil possible d en porter un jugement ; mais j'ai cru devoir l'indiquer aux cullivaleurs comme un sujet intéressant d'épreuve et d'observation. »
« Le Trèfle d'Argovie est une autre variété du trèfle rouge, cultivée depuis quelques années en Suisse, el qui paraît posséder des qualités importantes. On assure qu'il duri^ 4 à 5 ans, ce qui lui a fait donner le nom de trèjle perpétuel. Je n'ai pas encore été a même de vérifier ce point; mais ce que j'ai reconnu en lui et qui me parait encore plus intéressant, c'est une disposition très-prononcée à monter en tiges el une précocilé d'au moins 15 jours sur le trèfle ordinaire; il est d'ailleurs vigoureux et à larges feuilles. Si les caractères que présente en ce moment oe-Ue variété sont confirmés par des épreuves plus nombreuses, et s'ils se conservent sans altération sensible pendant une suite du généralions, ce sera <-erlainement une acquisition précieuse pour l'agriculture.» Vii.-
MORliV.
Le Trèfle intermédiaire ( Trifolium intermedlum^ Lin.), en anglais Mari cloverou Cowgra,-à\ se dislingue du trèfle commun par la disposition moins serrée et plus alongée de ses fleurs; par la longueur plus grande des " folioles de chaque feuille, la lornie des divisions du calice dont les 2 supérieures sont courtes, les 2 moyennes plus longues et l'inféiieure plus longue encore. — Dans le trèfle comuuin, les stipules sont glabres, ovales, terminées par un faisceau de poils; — dans le trèfle intermédiaire, elles sont étroites, longues et garnies de poils éparsdans toute leur longueur.
Celle espèce est beaucoup plusvivace que la précédente; on lui a reconnu l'avantage de croître sur des terrains de nature fort diverse el de résister, au moins aussi bien que le trèfle blanc dont je parlerai tout-à-l'heure, aux effets des fortes sécheresses. Le fait est qu'on la voit continuer de fleurir dans les herbages lorsque les graminées qui se trouvent près d'elle ont perdu toute leur fraîcheur, et qu'elle repousse encore sous la dent des animaux qui en sont avides. J'aiélé souvent à même de faire ces remarques chez moi. — Quant à la somme de ses produits et à la qualité nutritive de ses fanes, le irètle intermédiaire est de beaucoup inférieur à ctlui des pi'és. Aussi ne peut-il entrer en concurrence avec lui dans la culture alterne: i mais, considéré comme plante de pâturage, il
KHAP. 18V DKS PRAIRIES.
I(ii est ail contraire incontestablement préférable, tant à cause de sa longévité que par suite de sa rusticité et de la j)ropriéié «ju'il possède à un haut degré, de végéter dans les terrains arides de toute nature, une ibis qu'il est parvenu à s'y bien établir.
Le Trèjle blanc {TrifoUnm repens^ Lin.), petit Trèjle de Hollande {fig. 685), vivace, a
Fig. 685.
des fleurs blanches portées chacune sur un pédoncule particulier d'une très-grande longueur; ses trois folioles, dentées en scie , sont plus arrondies que dans les espèces précédentes ; ses tiges , presque ou entièrement glabres, sont l'a m panles à leur base et naturellement couchées sur la terre. Les pédicelles de chaque feuille sont , comme les j)éfloncules, d'une longueurremarquable.
Celte espèce serait peu propre à remplacer le trèfle rouge, comme prairie arlificielie sans mélange; mais s'^u mérite n'en est pus moins bien connu des cultivateurs; ou le retrouve plus ou moins abondant dans presque tous les pâturages; à peine visible dans les terrains arides ou privés des élémens calcaires qui lui conviennent à un si haut degré, il se développe et apparaît toiilà-coup au milieu des graminées à la suite d'une fumure ou d'un simple amendement àbasedecliaux, ce qui, par parenthèse, adonné lieu plusieurs fois à d'étranges conjectures sur la croissance spontanée des végétaux. — Sa racine centrale pivote à une profondeur (elle qu'il résiste tiès-bien à la sécheresse, même sur les sols les plus légers; d'un autre coté, les tiges latérales se couvrent de distance en distance de racines fibreuses qui pompent leur nourriture à une beaucoup moindre profondeur. De là sans nul doute la propriété du trèfle blanc de croître dans les argilescommedaus les sables, quelle que soit l'épaisseur de la couche végétale.
On emploie fort avantageusement cette piaule pour former le fonds des prairies et des pâturages sur lesquels dominent les graminées. Dans quelques lieux on la sème seule .1 raison de 5 à 6 kil. au moment de leur formation, et on abaudonueà la nature le soin de faire le reste. On sait ''omLien il est préférable de former en entier le mélange. — Le trèfle blanc est une des meilleures légumineuses connues pour regarnir les herbages vieillis, d'après le procédé qui a été indique page 479 de ce chapitre.
Le Trèjle incarnat { Trijoliuni incarnatum,
AGRICOLTURE.
Un.),Farouch,Farouche,TrèJle de Boussillon [fig. 686), a des fleurs rosées ou purpurines, disposées en long épi fij,. gso,
conique, non accompagné de feuilles; son calice, dont les divisions sont égales, est très-velu et marqué de côtes ; les folioles sojil arrondies, en forme de coin à la base , à pédicelles fort courts, surtout vers le haut.
«La culture de ce fourrageannuel , longtemps limitée à quelques-uns de nosdepartemens méridionaux, s'est étendue depuis dans plusieurs de ceux du nord, et deviendra probablement , d'ici à peu d'années, générale
en France. Quoique le trèfle incarnat ne donne qu'unecoujje, et que son fourrage sec soit inférieur en qualité à celui du trèfle ordinaire, ce|-,en(lanl il est peu d'espèces qui puissent rendre d'aussi grands services à l'agriculture, attendu que presque sans frais, sans soins et sans déranger l'ordre des cultures, on en peutoblenir dabondatiles récoltes de fourrages. li a de plus le mérite d'être très-précoce, et, soit en pâturage, soit coupé en vert, d'olfrir au printemps des ressources pour la nourriture du bétail, pres- (ju'avant aucune autre plante. On sème ce trèfle eti août ou au commencement de sepl.embre, ordinairement sur les chaumes, après les avoir retournés par un très-léger labour à la charrue ou à l'exlirpateur. Cette façon ou du moins lameublissement de la surface du sol par des hersages répétés, est nécessaire pour la graine moiuiée qui a besoin d'èUe recouverte à la herse; mais lorsque l'on a de la graiiu; en gousse, il suffit de la répandre sur lechaume sansaucune préparation préalable, et de passer ensuite le rouleau ; elle réussit prestiue toujours très-bien ainsi, surtout lorsqu'on s'est pressé de semer aussitôt après renlèvement de la moisson. On voit par là avec quelle facilité les pavs dépourvus de fourrages, ceux surtout qui suivent l'assolement triennal, pourraient améliorer leur situation agricole. Qu'un fermier, par exemple, sème ainsi une portion de ses chaumes d'avoine, je supi)oserai le quart, dans les premiers jours de mai s'il veut couper en vert, du 15 au 25 s'il récolle en sec, tout peut être débarrassé. Il est encore à temps de lever les guérets sur cette portion de sa sole, et de lui donner toutes les façons (le jachère. Ainsi, sans dérangement aucun, il aura obtenu de celle partie de ses chaumes une forte provision de fourrages, entre la récolte et répoi|ue w nalurellemenl il y aurait mis lacliarrue. Le trèfle incarnat o lire une ressource précieuse pour regarnir un trèfle manqué, eu jetant simplement de la graine en gousse sur les clairières, ou même, au moyen de hersages ou ratissages suffisaus, de la graine mondée.
Presque toute terre à froment ou à seigle,
5j4 A.GRTCULTTJRE
pourvu qu'elle soit saine, peut porter du trèfle incarnat-, j'en sème beaucoup el j'en vois semer avec succès sur des sols très-divers ^ il ne manque chez moi que sur des terrains excessivement calcaires qui se gonflent beaucoup par l'effet des gelées. Quelquefois nos hivers font périr cette plante, mais cet accident est rare. — On emploie de c^raines mondées 20kil.àrhectare,etdegrainesen gousse, environs hectolitres, ou, en poids, 90 à 100 livres. » Vilmorin.
A cette excellenle notice je n'aurais rien à ajouter, si le trèfle incarnat n'était, aux yeux delà plupart des cultivateurs qui en ont étudié l'usage, une plante assez épuisante. Sans chercher à expliquer un fait qui n'est peutjtre pas encore suffisamment constaté, j'ai dû cependant le désiijner à l'attention des personnes qui voudront faire de nouveaux essais à ce sujet.
M. Balbis a désigné sous le nom de Trèfle de Molineri ÇTrifolium Molineri), une espèce fort voisine de la précédente, dont les fleurs sont rosées au lieu d'être d'un rouge vif et profond. Elle croît spontanément assez avant dans le nord, ce qui a fait penser à quelques personnes qu'elle devait y remplacer celle du Roussillon. Les essais qui ont été jusqu'ici tentés ont amené à ce résultai, que le Molineri, par suite de sa disposition à vivre 2 ans, est plus lent dans son développement, et qu'il est sous plusieurs rapports inférieur à l'espèce plus généralement cultivée.
Il existe encore dans le midi une variété tardive du Farouche ordinaire. On en fait cas notamment aux environs de Toulouse, parce qu'il ne commence à fleurir que lorsque l'autre est déjà en grande partie consommé, et parce que, lorsqu'on est obligé de regarnir un trèfle ordinaire à l'aide du trèfle incarnat, comme cela arrive assez fréquemment, celuici s'accorde beaucoup mieux avec lui pour l'époque de la fauchaison.
Mélilot ( Melilotus). Ce genre diffère essentiellement du précédent par ses gousses saillantes hors du calice; le port de toutes les espèces qui le composent est d'ailleurs fort différent; — leurs fleurs, jaunes ou bleuâtres, sont disposées en grappes alongées, axillaires ; — des trois folioles de chaque feuille, les deux inférieures, au lieu d'élre insérées comm.^ la 3^ au sommet du pétiole, le sont plus bas, etc. etc.
Le Méiilot officinal ( Melilotus officinalis, Lam. ) s'élève jusqu'à un mètre; ses liges sont droites, dures, rameuses ; — ses fleurs sont jaunes, quelquefois blanches: c'est une plante bisannuelle , à racines pivotantes et fibreuses. ( Voy. lafg- 687 et ses détails. )
Les motifs qui ont engagé Gilbert, et, depuis lui, plusieurs agronomes, à recommander la cullure du mélilot comme fourrage, c'<îst que tous les animaux le mangent avec plaisir, et que l'odenr qu'il communique aux foius des autres plantes ajoute à lenr qualité ; — qu'il est vert et fourrageux pendant presque toute l'année; — qu'il réussit enfin sur les terres d'une grandemédiocrilé, où il résiste à de fortes sécheresses. Tout cela est vrai, et il peut arriver qu'il y ait dans certains lieux de l'avantage à cultiver cette
DKS PLA.NTES FOURRAG ltv.I-^^
plante; inaisson fourrage, qui perd beaucoup en se desséchant, lorsqu'on le fauch»': de bonne heure, devient tellement ligneux à l'époquede lafloraison, que les animaux n'en broutent plus que les sommités. Cette double considération fait qu'en général on a renoncé avec raison à la culture du mélilot annuel partout où il a été possible de lui substituer la lupuliue, qni s'accommode comme lui des sols sablonneux et chauds, ouïe sainfoin, qui prospère sur les fonds calcaires.
Le Mélilot blanc ae Sibérie {Melilotus alba, Lam.) est facile à confondre avec la variété blanche du mélilot ordinaire; ses liges s'ilèvent cependant beaucoup plus, elles oui de 2 à près de 3 met.; — ses folioles, d'im vert clair à leursurface supérieure, sont pâles et parsemées de quelques poils à la partie inférieure du limbe; — ses fleurs, constamment blanches, sont plus petites et disposées en grappes beaucoup plus alongées. — Divers auteurs l'ont indiqué comme trisannuel ; chez moi, où j!en ai lait autrefois quelques tssais et où depuis 7 à 8 ans il se ressème de lui-même avec une extrême facilité, il n'a jamais dépassé deux ans.
Comme le précédent, il réussit dans les localités les plus arides, mais j'ai éprouvé qu'en pareil cas on ne devait pas compter pour la I'^ année sur une coupe de quelque importance. La seconde, il présente tous les avantages et les inconvéniens de l'espèce annuelle. Quelques personnes, en le semant très-épais, à raison de25 à 70 kil., en ont obtenu de bon foin ; — d'autres, en le semant conformément au conseil donné par A.
TnouiN avec de la vesce deSibérie, ont obtenu un coupage vert dont les herbivores de toutes sortes sont avides, mais dont l'usage immodéré causerait promptement la méléori sa lion.
Le Mélilot bleu {Melilotus cœrulea, Lam.), Lotier odorant^ Trèfle musqué., etc., se distingue suffisamment à la couleur bleue de ses fleurs. Il estannuel. On le dit cultivé communément dans quelques parties de l'Allemagne
r.ïJAV. J8^ URS PR
à cause de sa riislicitc. Clflff» espèce sVIève niuins et procure par conséquent un loin moins dur que les précédentes; elle est du reste Irès-feuillue, et sesfleurs, comme toutes celles des mél ilôts, sont fort recherchées des abeilles.
Luzerne {!\Iedicago). — Calice cylindrique ; — étendard écarté, réfléchi; — gousse plus ou moins courbée en forme de faulx ou tortillée en spirales. — Toutes les luzernes sont à feuilles ternées, à folioles dentée-> en scie et à fleurs presque toujours disposées en petites grappes lâches.
La Luzerne cultivée {Medicaç^o .yrt^/caLin.),
vivace {fig. 688), a les tiges droites, hautes
Fig. 688.
AÎRIES.
d'un à deux pieds, glabres et peu rameuses ; — ses folioles sont ovales-lancéolées, dentées vers leur sommet seulement ; — ses fleurs violettes, purpurines, bleuâtres ou jaunâtres, donnent naissance à des gousses glabres, étroites, contournées en forme d'escargot.
De toutes les plantes Jourrâgères ^ laluzerne est la plus productive. A calé de cet avantage qui résume tous les autres, elle présente cependantdeuxinconvéniens qui contribueront toujours à restreintJresaculture : d'une part, quoiqu'elle vienne en des terrains de diverses sortes, il faut, pour qu'elle y prospère, (ju'ils soient en même temps profonds, substantiels et d'une consistance moyenne; de l'autre, ainsi que j'ai dû le répéter en traitant des assolemens, plus sa durée est longue, moins il est possible, sans compronioltre l'aveiiir, de laramener fréquemment sur le même sol. En vert, elle offre les mêmes dangers que le trèfle et la plupart des légumineuses.
La lu/erne préfère à toutes autres les bonnes terres franches, les sables gras, les dépôts limoneux bien égouttés et les terres argilo-sablo-marneuses. Elle languit dans les localités arides et sur les fonds compactes, d'une humidité froide. Elle redoute également les sols calcaires à l'excès, lors même (ju'ds ne seraient tels (ju'à une certaine profondeur. — A la vérité, M. de Dombasle l'a vue réussir momentanément sur des coteaux d'une argile marneuse presque partout trèstenace, d'une fertilité au-dessous de la
uKiyeiine, et reposant ^ur un sons-sol en appaience imperméable à ses racines, ou, dans beaucoup de cas, sur une marne pure appeléed;it)sle pays chalin, dune inleriiliié près, que absolue; mais elle y a peu duré, et ses produits ont été en définitive si médiocres qu'il a fallu renoncer à l'y cultiver.
On sème le plus habituellement la luzerne au printemps., sur de l'orge ou de l'avoine. Comme elle craint le froid, surtout pendant sa première jeunesse, dans les terrains bas et ex|)()sés aux gelées tardives, il est prudent d'attendre le mois de mai. — ifvarl avait adopté la coutume de la semer sur de l'escourgeon ou du seigle d'automne (Foj- page 470 )
Il est rare, lorsque l'onveut conserver une luzernière aussi long-temps et en aussi bon état que possible, qu'on ne la recouvre pas de quelques-uns des engrais pulvérulens , des composts dont il a été préf;édemment parlé, ou de plâtre., et quelquefois ailernaliyG.meiiides unset de Cautre^ ce qui, dans mon opinion, esttuie excellente pratique. On peut fumer une fois de la fin de l'hiver au commencement du printemps, vers la moitié de la durée de la prairie, et plâtrera petites doses de deux années l'une sur les jeunes pousses déjà développées de la première coupe.
Olivierde Serresappelaitla luzerne/^ merveille du ménage des champs. En elfet, il n'est pas rare qu'elle fournisse dans les climats méridionaux, qui lui conviennent i)articulièrement, lorsqu'on peut l'arroser, jusqu'à 5 et 6 coupes. — Duhamel rapporte qu'un arpent de luzerne lui avait donné, sur un sol assez médiocre, 20,000 livres de fourrage sec. Cependant, terme moyen, on ne doit compter que sur trois coupes que Gilbert évalue, d'après un grand nombre d'observations, à 2,.')l9 livres la première, 1400 la seconde, 685 la dernière; en tout 4,680 livres par arpent de Paris. — Cette quantité peut être tiès-habituellemenl augmentée à l'aide de quelques avances d'engrais et de plâtrage.
Il a été parlé ailleurs {Foj. le chap!" X) lies avantages et des inconvéniens faciles à éviter de la luzerne dans ses rapports avec les autres cultures économiques et notamment celle des grains.
La Luzerne faucille{Medicar go /alcala, Liii.], {Jig. 689 ), vivace,a 3 caractères principaux qui la distinguent de l'espèce cultivée : d'une part la forme de ses gousses comprimées, oblongues etcoiirbées en forme de faucille;— de l'autre la couleur
Fig. 689.
516 AGRICULTURE : DES Pi
jaune rougeâtre de ses fleurs;— enfui la position de ses tiges couchées inlérieureaient et se redressant à peine à leur pailie supérieure.
Le seul avantage que cette plante trop vantée pourrait présenter sur l'espèce précédente serait la faculté de croître en des terrains fort médiocres ; mais, d'après plusieurs essais, il est à craindre qu'elle n'y donne jamais que des produits tout aussi médiocres, à moins peut-être qu'on ne la sème avec d'autres fourrages graminéens d'une longue durée. Je crois, du reste, que les essais dont je parlais tout-à-l'heure ne se sont pas étendus a un assez grand nombre de localités pour en empêcher d'autres.
« La Luzerne rustique {Medicago média?). Il croit naturellement en France une luzerne voisine de l'espèce cultivée, mais qui en diffère par la disposition de sa tige à s'étaler plutôt qu'à se dresser, et par sa végétation un peu plus tardive : c'est celle que j'appelle ici luzerne rustique. D'après plusieurs observations qui m'ont été communiquées et celles que j'ai faites moi-même, j'ai lieu de croire qu'elle est en effet plus rustique et moins difficile sur le choix du terrain que l'espèce que nous cultivons. Elle est très-vigoureuse ei produit souvent des tiges de 4 pieds et plus de longueur. Quoique les essais que j'en ai faits ne soient pas assez avancés pour que j'en puisse porter un jugement assuré, cette plante me parait cependant offrir assez d'intérêt pour que je croie devoir l'indiquer aux cultivateurs et appeler sur elle leur attention. Elle est intermédiaire entre la luzerne ordinaire et la luzerne faucille, et je soupçonne, sans en être assuré, que c'est la plante désignée par Persoon ( Synopsis plantarum) sous le nom de M. média. » Vilmori.\.
La Luzerne lupuline ( Medicago Lupulina^ Lin.), Minette dorée. Tré/le jaune, {t{.c.{/ig.(3\i{).) — Bisannuelle; tiges dépassant rare- Fig. 690. ment 1 pied ( 0 ■" 325),
couchées , nombreuses;— feuilles pétiolées, à folioles ovales , un peu élargies vers le sommet ; — fleurs fort petites, jaunes, en épi ovale, et portées sur des pédoncules axillaires plus longs que les feuilles; — légumes petits, striés, réniformes et ramassés en tête.
Divers autours ont confondu celle ()lante avec le mélilot houblonet ( yJclilotus lupulina de Lam. ). La description que j'en donne rend toute méprise impossible.
La lupuline, dont il faudrait à peine parler si elle ne venait que sur les terres à trèfle, a sur celui-ci l'avantage ibrl important de réussir dans les sols médiocres et très-léers. Elle est devenue en quelqiu-sliiux jour
.ANTES FOURRAGERES. mv. i".
les a&solemens des terres à seigle, ce que le trèfle est anxassolemens des terres à froment. Une qualité aussi précieuse est de nature à augmenter rapidement le nombre de ses partisans. Il ne làut pas croire toutefois qu'on eu obtiendra des récoltes sèches qui puissent approcher, même de loin, de celles du trèfle; mais elle offre en vert beaucoup moins de danger comme pâturage et elle n'épuise pas davantage le sol.
On sème la lupuline avec les céréales de printemps, à raison d'une quinzaine de kil par hectare.
LoTiER (Zoruj). Calice tubuleux; —ailes de la fleur plus courtes que l'étendard, rapprochées longitudinalement par le haut; — gousseoblongue, droite, cylindrique;— stipules grandes, distinctes du pétiole et présentant l'aspect de folioies.
Le Lolier comiculé ( Lotus corniculatus. Lin.), Trèjle cornu, etc. {fig. 691), vicace, a des tiges très- Fig. 6yL
feuillues , longues de 6 pouces à 1 pied, faibles, velues ou non velues; — ses folioles sont ovales, cunéiformes, parfois glabres comme la lige; — ses fleurs jaunes , réunies eu tète déprimée, sont portées sur des
pédoncules tres-lougs.
Chacun connaît cette jolie plante, qui vient< a côté du trèfle'
blanc dans presque tous les herbages, où elle résiste trèsbien à l'aridité du sol et à la sécheresse de l'atmosphère.
Elle reste fort petite dans les situations défavorables, mais elle s'élève beaucoup plus sur les fonds de meilleure qualité, et elle y esl très-fourrageuse. Le Lotier corniculé, quoi qu'un praticien anglais, M.Woodwaro, nous informe que dans les localités humides il parvienne à une plus grande hauteur que les trèfles, et qu'il y donne des produits supérieurs à la plupart d'entre eux, n'a point, à ma connaissance, été cultivé en France de manière à justifier un si pompeux éloge. J'ignore même si on la jamais semé seul; mais ce que je regarde comme certain, c'est que, contre une opinion autrefois accréditée, il n'est rejeté par les animaux, ni comme pâturage, ni à l'état de foin. La seule remarque que j'aie été à même de faire, et qui puisse justifier jusqu'à un certain point le préjugé qui s'était élevé contre lui, c'est que les moutons broutent plus volontiers ses feuilles que ses fleurs. Il en est de même du trèfle blanc. — Malheureusement un obstacle plus réel a
cnAP. 18'. DES PR
l'extension de sa cullure, dans les pâturages artificiels, c'est le peu d'abondance de ses graines.
Le Lotier velu (Lotus villosus, Vilm.) est considéré par quelques auteurs comme une simple variété du précédent. D'autres le regardent comme une espèce distincte, parce que ses dimensions sont beaucoup plus considérables, qu'il affectionne des localités différentes, qu'il est plusgrenant, etc.
Quoi qu'il en soit, espèce ou variété botanique, ce lotier est bien plus fourrageux que l'espèce précédente ; il croit à merveille dans les terrains frais, humides même et ombragés. Il est d'une longue durée, et se prête très-bien à la culture. M. Vilmorin, d'après les essais qu'il en a faits, ne doute pas qu'il ne soit une bonne plante à cultiver, peut-ê're seule, et à plus forte raison dans les mélanges destinés à forn)er des prairies à bases de graminées. — Il faut le semer en mars ou avril, à raison d'environ 8 kilog. par hectare.
Galéga ou Rue de chèvre ( Galega)..Calice en cloche, à 5 divisions pointues, presque égales ; — la gousse est oblongue , droite, comprimée. Les feuilles sont ailées et à stipules distinctes du pétiole.
Le Gaie^a officinal ( Galega o/flcinalis, Lin.) a des tiges hantes d'environ 1 mètre, cylindriques, abondamment garnies de feuilles de 13 h 15 folioles longues, obtuses et quelquefois échancrées au sommet; — des fleurs disposées en épis pédoncules etaxillaires plus lonss.que les feuilles, bleuâtres ou blanches ;
— des gousses grêles et fort longues, marquées de stries obliques.
Il était tout naturel qu'une plante de cette famille et d'un aspect tussI fourrageux attirât l'attention des cultivateurs; aussi beaucoup d'auteurs l'ojit-ils recommandée dans diverses parties de l'Europe. Il parait que, vers la fin du siècle dernier, M. Ammermuli.ER, ciiré da.ns le Wurtemberg, après plusieurs expériences, en répandilt la cullure dnns les environs de Derdinguen. Jignore si elle s'y est maintenue, mais je suis d'autant plus disposé à en douter, que toutes les fuis qu'on a essayé de donner en France le galéga aux animaux, après y avoir quelquefois goùlé, ils l'ont délaissé. A la vérité, je ne sache pas qu'on ait poussé l'expérience plus loin; mais à cette présomption déjà très-défavorable, se joint le fait matériel de la dureté des tiges, dès l'époque de la floraison. — Tl faudrait donc faucher de très-bonne heure si Ton voulait obtenir un foin mangeable.
Je n'ai parlé de cette belle légumineuse que pour prémunir ceux de nos lecteurs qui seraient tentés de l'essayer, contre des apparences triip flatteuses.
(Iesse [Lathyrux). Calice en cloche, à 5 divisions, dont les deux supérieures plus courtes; — style aplati, élargi au sommet; stygmcit(; velu: gousse oblongue, comprimée*, à plusieurs graines anguleuses ou globuleuses;
— de 2 à 6 folioles; — stipules en demi-fer de flèche.
La Gexxe cultivée {Lathyrus sativus. Lin.), annuelle (/7^. 692), a les tiges hautes de I à 2 pi. (O" 32.S à 0'" 6.50 ), un peu grimpantes, glabres et ailées. — Ses feuilles sont à 2, plus rarement à 4 folioles longues, et
AIRIES.
plus étroites proportionnellementquedans celle des prés; — les fleurs sont solitaires , de couleur variable, mais jamais' jaunes: — les légumes sont ovales, larges et canaliculés sur le dos; — les pédicelles sont axillaires , uniflores, articulés un peu au-dessous de la fleur, et munis à leur articulation, de luw^ quelquefois de 2 bractées qui ne s'alongent et ne
deviennent vraiment visibles,comme l'indique la figure, que pendant le développement de la gousse ; — les vrilles son t ramifiées.
Cette espèce redoute une humidité excessive; du reste, elle est peu difficile sur le choix du terrain. Rien des personnes la préfèrent à la vesce, pour affourrager les bêtes ovines, parce qu'elle est, dit-on, moins échauffante. Du reste, les bœufs, les vaches et les chevaux la mangent avec un égal plaisir en vert ou en sec. — On sème aussi la gesse en automne ou au printemps. La première de ces saisons doit être préférée généralement dans le midi, la seconde dans le nord et le centre qui, du reste, convient mieux à cette culture.
Quand on cultive la gesse comme fourrage vert, on la fauche par petites portions, dfpuis le commencement de la floraison. — ,Si on veut la transformei- en foin, on attend que la maturation soit déjà avancée. — Il a été dit ailleurs qu'on peut aussi spéculer sur ses produits en graines.
La Gesse velue {Lathyrus hirsutus, h'w.) se dislingue suffisamment de la précédente par sa tij<c, ses folioles pubcsceotcs, son calice et son légume velus.
C'est à M. le baron de Wall, propriétaire aux environs de Civet, qu'on doit en France les premiers essais sur la cultui'c de cette piaule fourragère. Elle est rustique et peut rivaliser dans ses produits avec la vesce d'hiver. On la sème en automne.
La Gesse chiche {Lathyrus cicera, Lin.', Jarosse, petite Gesse, etc., diffère surtout de la première espèce, d'après M. De Candolle, par ses gousses sansappendices membraneux; par ses pédoncules de moitié plus courts et dont l'articulation cst placée beaucoup plus bas.
On la cultive dans l'Ouest, le bas Poitou, et sur plusieurs points du Midi, notamment aux eiuirons de Montpellier, principalement pour les moutons. On la regarde comme trop échauffante pour les chevaux. On mange aussi quelquefois ses graines, soit à la manière
des pelits pois, soit on farine mêlée à celle des céréales; cependant, d'après des expériences consignées plusieuis fois dans divers jonrnaux, il paraîtrait qu'à dose trop considérable elle peut otcasioner des accidens graves et même la mort. — On la sème dès la fin d'août ou le courant de septembre, à raison de 2 j à 3 hectolitres par hectare.
La Gesse des prés {Lathyrus praiensis. Lin.) {Jig. 693).— Vivace ;— liges de 1 à 2 pi. (0"" 325 à
Fig. 693.
PLANTES FOURRAGÈRES. liv. i".
dont les deux supérieures sont puis courtes, comme dans les gesses ;— stjle filiforme, formant un anj;le droit avec l'ovaire, velu à sa partie supérieure dans, toute sa longueur, et en dessous seulement vers le sommet; — gousse oblongue, à plusieurs graines, dont l'ombilic est latéral; — folioles nombreuses; — stipules petites.
La Vesce commune ( Vicia sativa. Lin.) ( Voy. page 424 et fig. 694), varie beaucoup Fig. 694.
0"" 050), anguleuses, grêles ; — folioles lancéolées, sensiblement moins longues que dans l'espèce cultivée, à 3 nervures très-apparentes;— stipules sagittées presque aussi longues que les folioles; vrilles simples; —fleurs réunies de2à8 au haut du pédoncule, de couleur jaune; — légumes comprimés, terminés par le sl\ le persistant de la fleur ; — pédicelles axiilaires sans bractées.
Celte plante très-vivace croit dans les terrains de diverses sortes ; elle aime l'iiumidité et cependant résiste parfaitement bien à la sécheresse, au moins dans les terres argileuses, ainsi que j'ai eu depuis long-temps occasion de le remarquer chez moi. — Elle y croît dans les terres labourables, même irès-peu profondes, avec une facilité beaucoup trop grande aux yeux du laboureur. Dans une petite pièce de terre engazonnée et plantée d'arbres fruitiers, sur une terrasse fort aride, lorsque les graminées sontà peine lauchables, cette gesse, formant ç>et là des touffes épaisses, les dépasse de beaucoup dans sa croissance et jiroduit un fourrage fort recherché de tous les animaux herbivores.
Celte circonstance m'engagea à en envoyer un certain nombre de graines à ]\L Vilmorin, qui n'en a pas élé aussi content dans les terres arides du Gâtinais, qu'il en avait conçu l'espérance, d'après ce que je lui avais écrit. — Toutefois, JH crois encore que la Gesse des prés |)()urrait occuper fort utilement des terrains de peu d(- valeur de la nature de ceux dont je parlais tout-à-l'heure. Ma conviction à cet égard étant fondée sur des faits, je ne l)uis qu'engager à de nouveaux essais
Voi%{Pisum). Voy. pag. 419 et suivantes de ce volume.
VçijCF, (^/cm). Calice tubuleux à a di\isi(in'i.
dans son port et la fomie des folioles. Cellesci, toujours assez larges, sont tantôt aiguës, tantôt, comme nous les représentons, obtuses et même concaves au sommet; mais. quels que soient du reste la pubescence ou le manque de poils de la tige, sa position couchée ou grimpante, etc., etc., un caractère qui distmgue nettement cette espèce des suivantes, c'est qu'elle appartient à la section des vesces qui ont les fleurs presque sessiles à l'aisselle des feuilles. — Ses stipules sont petites, tachées de noirâtre; — ses gousses sont comprimées, brunâtres; — les graines qu'elles contiennent ne sont point chagrinées. Il est à remarquer que les divisions de son calice sont presque égales.
Cette vesce, dont on connaît deux variétés, l'une de printemps, l'autre d'automne, estun des fourrages annuels les plus répandus et les plus avantageux : d'abord parce qu'il est très-propre à utiliser la jachère, et ensuite parce qu'on peut semer la variété estivale jusqu'en juin, si l'on s'aperçoit à cette époque que les autres récolles fourragères sont compromises.
Les vesces réussissent généralement dans les terrains qui conviennent à la bisaille. Toutefois il est utile de faire observer que celle d'hiver redoute une excessive humidité, et celle de printemps, surtout lorsqu'on la sème tard, un fonds trop sec. — Il est assez ordinaire de semer l'une ou l'autre sans engrais ; cette coutume, parlois excusable, ne l'est jamais lorsqu'on considère sa culture comme préparatoire à quelque autre r*^
cdte épuisante. Du reste, elle consomme par elle-même assez peu d'engrais lorsqu'on ne la laisse pas grener.
Si l'on YoUt donner la vesce en vert à l'étable, il faut prendre les précanlions qui ont déjà été recommandées plusieurs fois pour la plupart des légumineuses. — Pour la transformer en foin, on doit la couper au moment de l'épanouissement des dernières fleurs, c'est-à dire lorsqu'une |)arlie des gousses son l déjà formées, parce que c'est le moment où ellesconliennentle plus de parties nutritives. La Vesce bisannuelle {Vicia hiennis. Lin.), Vesce de Sibérie {fîg. 69.')), est une plante bis-
aniuielle dont les liges, le plus souvent simples, longues, maismoinsfeuillues que dans l'espèce précédente, portent à l'exlrémité d'assez longs pédoncules axillaires; —plusieurs fleurs disposées en épis irréguliers, de couleur bleue; — ses feuilles sont composées de 8 à 10 et 12 folioleslancéolées.el leur pétiole se termine en vrilles presque tou-
.'ÎI9
Fig. <i96.
jours rameuses.
Elle a été depuis longtemps recommandée par MuLLEii, comme une des plantes fourrageuses les plus rustiques et les plus propres à procurer une nourriture verte aux bestiaux pendant toul l'hiver. Comme elle s'élève beaucoii»p trop pour se soutenir, A. Tnouiiv proposait de la semer avec le mélilot de Sinérie, dont la végétation offre beaucoup d'analogie avec la sienne. Cette plante ne craint pas le froid. Si on voulait en tenter la culture, il faudrait la semer dès le commencement de l'anîomne pour qu'elle devint fauchable l'année suivante, car sa croissance est peu rapide. Ce motif, joint à la nécessité de lui donner des souliens, sont peut-être les deux causes qui ont le plus empêché sa propagation. — Il est à désirer que de nouveaux et plus nombreux essais soient entrepris.
La Vesce niultijlore {Vicia cracca^ Lin.) {fif;. 696) est vivace. Ses tiges grimpantes sont susce|)libles de s'élevei- jus({trà 1 mètre et plus; elles «ont grêles, rameuses, très-feuillues; — ses feuilles ailées, terminées par une vrille assez souvent simple, sont de 14 à un plus grand nombre de folioles, tantôt lancéolées et aiguës, le plus souvent ovales et obtuses, terminées par une petite pointe centrale; ses pCdoncules portent jusqu'à 30 fleurs violâlres, auxquelles succèdent des légumes courts de 5 à 7 et 8 graines.
Celte espèce, qui a l'avantage d'être vivace, croit qaturellement sur la lisière des bois et dans le voisinage des haies auxquelles elle s'enlace. Plusieurs auteurs anglais, parmi les-
DES PRAIRIKS.
quels il faut riter le D"" Plot et Anderso.n ,
en font un grand éloge. Lci fail, est que le.s|
bestiaux la mangent avec plaisir et s'en trouvent fort bien. On a remarqué qu'elle contenait une moindre sura bondance d'eau qnela\escecullivée. Je regarde comme assez vraisemblable qu'en la semant comme prairie artificielle parmi des graminées d'une longue durée, on en obtiendrait de bons produits.
Indépendamment des espèces précitées, il en est encore quelques autres, telles que la Vesce des haies {Vicia sepiuni), dont on parle dans tous les ouvrages anglais ; la Vesce des buissons{Vicia dumetorum), etc., que les bestiaux recherchent, et qui pourraient peutêtre offrir quelque intérêt.
La Fève {Vicia Jaba)^ Féverolle, etc. (Voy. page41i;.
Ers ou Lentille {Enntm). Calice à 5 divisions profondes, linéaires, égales ou presque égales, de la longueur de la corolle ; stigmate glabre, en tête; légume oblong, enveloppant étroitement les graines qui forment par conséquent saillie.
\.'Ers en'illier {Ervum ervilia, Lin.), Orohe officinale, Komin, Vesce ervilière , annuelle (Âè''- 697), a des tiges droites, rameuses, à4 an-
gles, qui s'élèvent de 10 à 12 po. (0™ '21 \ à 0'" 325), Irèsl'euillues et h feuilles composées d'un très-grand nombre de folioles. Le pétiole se termine par un laible rudiment de vrille ; les stipules sont à 3 divisions; les tleurs, au nombre de 3 ou 4 au plus, sont j>or tées sur le mêmecôté du pédoncule; le légume contient de 2 à 4 graines.
L'ers ervillier est uliliséà lanour l'iture des animaux, soit en grain, soil comme foui-rage vert ou sec.En grain on a cru remarquer qui! nVtait pas sans danger; cependant on emploie souvent sa farine mêlée à du son.
ou pour augmenter le lait des vaches, ou pour la nourriture des autres bestiaux. M. de Villeneuve ajoute souvent aux ponunes-deterre donl ses hœiifs mangent, dans la saison, de 130 à 1-10 livres par "paire, de la farine d'ers, pétrie avec un peu d'eau et de sel. Il affirme, avec beaucoup d'autres, que cette même farine est trèi-dangereuse jiour les cochons, — Quant aux fanes, elles sont tellement nourrissantes et échauffantes, qu'il faut en modérer l'usage, et ne les donner aux animaux de travail que pouf augmenter leur énergie.
On sème celte plante en automne ou au printemps, à raison de 50 kilo;^. environ à l'hectare. Elle a la précieuse propriété de résister aux sécheresses, et de prospérer dans les terrains calcaires fort médiocres.
Lentille {Ervum lens). Voy. page 423 et suivantes.
Sainfoin {Hedisarum). Calice persistant, à 5 divisions subulées; carène aplatie; gousses plus ou moins comprimées, de forme irrégulièrement arrondie et aune seule graine.
Le Sainfoin commu ni Hedisarum onobrychis , Lin,), Crête-de-cnq, Exparcette, Sainfoin de Bourgogne, etc, {fig. 698), a une tige droite, ra-
Fig, 698.
nenl l'aspect de ci'êtes.
Le sainfoin est un des fourrages les plus précieux. non seulement parce qu'il est excellent en lui-même, mais parce qu'il croît dans les terrains très-médiocres de nature sableuse ou calcaire, et qu'il les améliore sensiblement. C'est surtout dans le midi que la faculté de résister aux sécheresses le rend d'une haute importance, bien que dans beaucoup de lieux on ait déjà trouvé de l'inconvénient à le ramener trop souvent aux mêmes places.
Les renseignemens suivans ont été transmis à la direction de la Maison rustique du Vr siècle , par M. le baron d'Hombres
l'iHMAS.
n L'esparcet qu'OuviER de Serres appelle une lierhe fort valeureuse, est cultivé très en grand dans quelques communes du département du Gard, et de[)uis longtemps justement apprécié des j)a}sans, qui lui attribuinl leur bien-être. Les plus âgés se rappellent et conviennent tou'i qu'avant son
DES PLANTES FOURRAGERES. Liv. i".
introduction, leurs troupeaux étaient beaucoup moins considérables; qu'ils ne tenaient pas la moitié des bêtes de labour qu'ils emploient aujourd'hui; qu'ils avaient moins de terresen rapport, et que, faute de travail ou d'engrais, elles ne rendaient pas d'aussi bonnes récoltes.
» Les frais de culture du sainfoin ne sont pas considérables, la graine est peu chère, et l'on ne fume pas la terre, à moins qu'on n'ait des engrais de reste, qui, dans ce cas cependant, ne sont pas perdus. On fait un premier labour en novembre ou décembre, un mois après on en fait un second, et l'on sème au commencement d'avril; les labours sont faits avec l'araire du pays, attelée de deux bœufs ou deux mules. On sème à la main, en employant à peu près deux fois autant de semence que si c'était du blé, parce que le fourrage épais est plus délical, ses tiges étant moins fortes. Ensuite on passe sur la terre la herse, pour recouvrir la semence, ou, faute de cet instrument, on emploie pour briser les mottes et unir la terre, une claie de parc ou une planche sur laquelle monte le conducteur du cheval qui la traîne. Si l'on fait épierrer ou du moins ôter les plus grosses pierres, les plus saillantes, ce ne sera que mieux, et l'on pourra faucher de plus près.
» Lorsqu'il y a des arbres isolés au milieu d'une terre, on a grand soin de laisser un intervalle, sans semer autour de leur pied ; nous avons vu périr des noyers et des gros chênes sans autre cause apparente; aussi, dans tous les baux à ferme de ce pays, on prescrit de laisser un rond de deux pas de rayon autour des arbres, et la même distance entre les allées de mûrier qui bordent ou divisent les terres,
» Quelquefois on sème le sainfoin avec de la paumelle (orge n" 6)ou de l'avoine; on avance alors d'un mois l'époque des semences, et l'on obtient une récolte la même année. Mais c'est moins avantageux qu'on ne croit, la paumelle et la prairie artificielle en souffrent l'une et l'autre: elles réussiront toujours mieux si on les sépare.
» On dit qu'en Provence on sèmele sainfoin en automne. Nos hivers sont peu rigoureux ; cependant quelques essais nous persuadent que des petites gelées el des dégels alternatifs sont très -contraires à cette plante lorsciuelle est jeune, quoiqu'un froid plus rigoureux ne lui porte pas atteinte quand elle a pris de la force.
"C'est vers le milieu de mai, pendant la floraison de l'esparcet, qu'on le fauche, quand on le destine à la nourriture des animaux. On le coupe plus tard, comme je le dirai tout-àl'heure, lorsqu'on veut recueillir sa graine; la première année cette récolte est peu considérable, mais la seconde il est déjà en bon rapport, et dans les bonnes terres il acquiert
meuse, de 1 à 2 pi, d'élévation; des feuilles ailées avec impaire, ordinairement à 17 ou 19 folioles ; des stipules minces, sèches et demitransparentes; des fleurs en épi terminal, de couleur rose, à ailes très-courtes et à divisions du calice aussi longues que la corolle; des légumes raboteux, garnis de pointes piquantes qui leur don-
7 décimètres de hauteur. Un champ de 2 hectares produit 20 charretéesde le quintaux métriques de fourrage sec,
» Lorsque la température est favorable à la végétation, on fait une seconde coupe au commencement d'août, qui rend à peu près un quart de la première en regain tendre, qu'on garde pour les agneaux. Je parle des
bonnes terres, nous en avons peu qui soient susceptibles d'être fauchées deux fois.
"Le sainfoin sec reste d'un beau vert, conserve une odeur agréable ; tous les bestiaux le mangent avec délices: c'est une nourriture fort saine et qui n'est pas indij^este comme la luzerne. Nous en donnons à nos chevaux à discrétion, sans le moindre inconvénient. »La floraison durant près de trois semaines, [a maturitédes graines arrivegraduellenient. Celles du bas des épis se détachent et tombent, s'il fait du vent, quand celles du milieu sont à peine mûres, qu'un peu plus haut elles sont toutes vertes, et que les sommités présentent encore des fleurs à peine écloses. Si l'on fauche trop tôt, les graines stériles dominent; si l'on fauche trop tard, on n'a pas demi-récolte; il faut savoir choisir le n;omenl convenable; mais, quand on préfère la qualité à la quantité, à Saint-Hippolyte par exemple, où nous sommes jaloux d'avoir de la bonne graine, nous attendons que la floraison soit prête à finir. La réputation méritée de cette graine, ce qui fait qu'on la recherche dans cette commune, tient à cette précaution et à l'usage où nous sommes de réserver, pour le laisser grener, un pré de sainfoin ou le côté de ce pré le plus vigoureux, le plus beau, et toujours de la première année.Par ce moyen, non seulement les graines sont plus pures, mais celles qui mûrissent les premières, qui se détachent des épis et tombent en fauchant, ne sont pas perdues; une partie du moins, si le temps la favorise, se trouve semée naturellement, et épaissit la prairie pour les années suivantes. »On fauche le sainfoin de graine au commencement de juin, de grand malin, avec la rosée, afin qu'il s'égrène moins; le lendemain, au milieu du jour, après avoir étendu «les draps pai terre, on y porte, avec une fourche de bois, une certaine quantité de sainfoin; pour peu qu'on frappe dessus avec le même instrument, les graines s'en séparent ; on l'enlève et on l'entasse à côté pour recommencer l'opération sur une nouvelle quantité de sainfoin.
"Le sainfoin qu'on a laissé grener a les liges plus dures, il a perdu ses feuilles et ses sommités, il est par conséquent moins succulent; mais les mules s'en accommodent fort bii-n, quoique d'une qualité inférieure. Il ne vaut que le tiers ou la moitié du premier coupé.
»On garde les bœufs on les mules dans les sainfoins fauchés, quand ils ont repoussé, en août ou en septembre. Les bêles à laine broulent de tjop près,on leur en défend l'entrée; cependant, après les pluies d'automne, on y mène pailre les brebis prêtes à mettre bas, et les jeunes agneaux. Les cochons doivent toujours en être éloignés.
» Les feuilles, les graines, les débris qui tonibentau fond des greniers à foin, sont une nourriture appétissante pour les chevaux, en les criblant pour en -îulever la poussière. INous ne leur donnons pas cependant de la
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graine mûre au lieu d'avoine, comme ou dit que cela se fait dans d'autres pays, parce qu'elle est plus chère.
»Au bout de 5 à 6 ans nos sainfoins dé|)érissent; ils perdent en qualité comme en quantité, en ce qu'ils sont mêlés de mauvaises plantes. Nous sommes dans l'usage de les défricher ordinairement (lès la quatrième année. Arthur Young attribue cette pratique à la brièveté des baux, à Ut mauvaise gestion des fermes, à l'ignorance de l'importance des bestiaux. Mais , calculons le revenu d'un sainfoin pendant quinze ans, en supposant qu'il ne dégénérât pas, et le produit en foin ou en froment et en légumes, si l'on change le pré artificiel trois fois de place dans ce même temps, le résultat est en faveur de notre méthode. Est-ce donc là une preu\e que l'agriculture française est dans l'enfance, comme le célèbre agronome que j'ai cité a voulu lé dire? »
§ III. — Des diverses autres plantes herbacées, cultivées ou propres à l'être comme fourrages (!].
Le Jo^c de Botnie (Juncus bottnicus),ia\n\\\e: des joncées. — « On regarde généralement les plantes appartenant à la famille desjoncées comme peu nutritives; elles sont pour la plupart dédaignées du bétail et elles lui deviennent souvent préjudiciables; cependant, comme partout, ou trouve des excepti<ms. Le jonc de Botnie en est un exemple. Cette plante est recherchée avec avidité des moutons, des vaches et des chevaux, et, d'après l'expérience de toutes les personnes qui ont le bonheur d'en posséder une grande quantité dans leurs pâturages et leurs prairies, ces animaux s'en trouvent parfaitement bien. Il forme le gazon le plus fourré que j'aie jamais vu; mais il ne se plait que dans les terres riches en sel commun. La grande quantité de ce sel, que contient le joue de Botnie, est ce qui le fait rechercher avec tant d'avidité par les moutons et par les autres bestiaux, et qui le rend si favorable à leur santé. On pourrait semer celte plante précieuse dans des pâturages humides; en ayant soin d'amender le sol avec du sel, je suis persuadé qu'elle viendrait bien partout; néanmoins les terrains calcaires et crayeux paraissent moins lui convenir... » Sprengkl, Trad. des Jnnales de Rovtlle.
La BisTonTE {Polygonum bistorta. Lin.), famille des polygonées, est cultivée comme prairie artificiellt; , dans une partie de la Suisse et du Jura. En général, elle est plus vigoureuse dans les localités humides que partout ailleurs; cependant je l'ai vue réussir assez bien dans les terrains légers, mais richement fumés du Jardin des Plantes de Paris. Son fourrage, un peu dur, est assez abondant. Il paraît convenir surtout aux vaches et aux monte ns.
Le Sarrasin ( Po/ygonum Jaf^oprruni, Lin. \ même famille. i^'o>. page 393 el suivantes.)
(1) Les ronrtes descriptions qui ont paru jusqu'ici nécessaires pour aider à distinçurr les genres nombreux et les espèces souvent fort voisines des mêmes genres de graminées et de légumincu^es. maintenant qu'il ne sera parlé que d'espèces prises çà et là dans des familles fort différentes, ne présenteraient pas le même intéi et. Je les ai eu conséquence supprimées, 0. I . T.
AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGERES
Le Plantain lancéolé {Planta^o lanceolata, Lin.), famille des plaiita^iiiées, a élé recoiiimairJé en Angleterre par Andekson, en France pai" Gilbkrt, et plus récemment en Allemagne par Sprlngel. C'est une plante dont les moutons sont avides, et qui serait beaucoup plus propre à être pâturée que fauchée, carau fanage elle se réduit presque à rien. Aussi l'exclut-on soigneusement des prairies. Dans les pàluiagfs il en doit être (ont différemment. Là, elle dure fort longlemps et produit un pacage à la fois plus nulritif et plus abondant que les graminées. Le plantain lancéolé est peu difficile sur le choix du terrain.
L'Epeuviére Piloselle {Hieraciuni pilosella. Lin.), famille des semi-flosculeuses, décriée comme dangereuse pour les moulons par quelques auteurs, est, au contraire, considérée par Sprengell coijime une des plantes les plus propres à changer les sables les plus stériles en pâturages, excellens pour ces animaux. Ses feuilles et ses tiges, dit-il, ne souffrent nullement des gelées, de sorte que celles qui n'ont pas élé mangée.-» en automne procurent aux troupeaux, dès qu'ils conim(>ncenl à pâturer au printemps, une nourriture fraîche qui vient alors très à propos. — La végétation de celte plante commence au mois de mars, et dure tout l'été, même pendant les plus fortes chaleurs. Le pâturage des bestiaux ne lui est nullement nuisible. — On pourrait la semer avec une céréale d'automne.
J^a Laitle {Lactuca saliva. Lin.), même famille. — « Dans les exploitations rurales où l'on élève beaucoup de cochons, il est d'im grand avantage de semer en diverses fois, en mars, avril el mai, quelques aies de laitues que ces animaux aiment excessivement, («l qui contribuent beaucoup à les entretenir en bonne santé pendant l'été ; — v\\\ sol trèsriche, meuble, fortement amendé et situé près des bâtimens de l'exploitation, est ce qui convient pour cela; on sèmera, soil à la volée, à raison d'une livre et demie de graines pour 10 ares, soil en lignes à 12 ou 15 pouces de dislance, à raison d'une livre seulement pour la même étendue. Dans tous les cas, on enterrera fort peu la semence. — On sarclera el binera soigneusement; car, sans ces soins, la lailue profite peu. » Calendrier
du Cultivateur, S"" édition.
Fis- 099.
La Chicorée
{Cichorium intybus, Lin. ) [ fig.
699), de la même famille, produit, dans les terres de qualités (brt |l différentes, un fourrage précoce,aboudant,qui peut être pâturé sur place ou fauché successivement pour être porté à l'ctable. — Elle dure 3 ou 4 ans el résiste fort bien à la sécheresse.
— On la sème au printemps ou en automne, seule ou avec de l'orge, de l'avoine, du froment ou du Irètle rouge.
Depuis un certain nombre d'années, la culture de la chicorée a pris fine certaine extension sur plusieurs points de la France. Dans le nord on en cultive une variété dont on utilise les racines comme succédanées du café. Ces mêmes racines qui se conservent dans le sol, sans craindre les effets de la gelée pendant tout l'hiver, sont, dit-on, une assez bonne nourriture pour les porcs. Celte variété esl, du reste, aussi fourrageuse que l'autre.
La Centaubée noire ( Centaurea nigra, Lin. ), Jacée des prés^ etc., famille des flosculeuses, esl une plante des sols arides et élevés; elle fournit un bon pacage aux moulons, et elle ne gâte nullement la qualité des autres foins. Les prairies dans lesquelles elle se trouve en certaine quantité sontfort estimées aux environs de Cléry dans l'Orléanais et ailleurs. J'ai souvent eu occasion de remarquer la facilité avec laquelle elle repousse après avoir été fauchée ou pâturée pendant la saison des plus fortes sécheresses, et cela, sur des terrains de toutes sortes et de Irèsmédiocres qualités. — On pourrait l'essayer seule, à raison de 8 à 10 kilogrammes.
La Petite-Marguerite {Bellis perennis. Lin.), famille des radiées, possède plusieurs qualités qui, indépendamment de »a propriété très-nutritive, la rendent aussi précieuse dans les pâturages qu'inutile dans les prairies. Sa vt^gétation est précoce et de longue durée, car depuis mars elle ne cesse de croître jusqu'en décembre; — elle repousse rapidement sous la dent des animaux; — elle est de longue durée et forme un gazon court, mais épais, excellent pour les moutons, et qui a la [)ropriété de ne redouter nullement le parcours des oies.
La Millefeuille ( Achillea millejollium.
Lin.), même famille, n'est ni très fourrageuse, ni très-nourrissante, mais elle a le méiite de croître sur les terres peu profondes, et de résister à des sécheresses opiniâtres. Semée avec queUpies légumineuses rustiques, elle offrirait sans d )ute une précieuse ressource en été, pour les moutons qui l'aiment beaucoup. 11 est bon d'ajouter que dans plusieurs contrées d'Allemagne on arrache ses racines au printemps, pour les donner aux vaches dont elle améliore, dit-on, beaucoup le lait.
Le Grand et le Petit BovcAGES{Pimpinellœ saxifraga et magna'), famille des ombellifères,onl élé étudiés chimiquement et recommandés par Sprengel à l'atleniion des cultivateurs. Le premier, qui a des feuilles trèsfines, peu aqueuses et un peu dures, convient parfaitementaux moulons; il peut être brouté continuellement sans en souffrir; il se contente d'un sol maigre, pierreux, sablonneux et très-peu profond ; il dure longtemps et conserve sa verdure toute l'année- — Quant au grand boucage, toujours d'après le même auteur, il esl fort bon pour le bétail à cornes Celte plante, atteignant dans un terrain con venable une hauteur de 3 à 4 pieds, esl plutôt propre à être fauchée qu'à être pâturée. Ce qui la rend surtout précieuse, c'est qu'elle a une végétation très-précoce, qu'elle est bien
CUA-P. 18*.
garnie de feuilles el qu'elle repousse prompleiiient après avoir éié coupée, de sorte qu'un pourra en avoir plusieurs coupes dans une année. Outre cela, elle supporte fort bien les plus grandes sécheresses et dure longtemps. La Berce blanc-brsine {Heracleum spondylium,\Àu.\ même famille, toujours d'après SPREi\GEL,pourraitêlre placée parmi ]es[)lautes à fourrage les plus précieuses. Elle ressemble beaucoup au panais : de même que ce végétal, elle pousse des tiges hautes de 3 à 4 p., bien garnies de feuilles; elle donne par conséquent un fourrage abondant, el trèsfavorable à la production du lait. — La i-acine fusiforme de la berce a plus d'un mètre de longueur, et il est probable qu'elle s'améliorerait parla culture; mais on sent qu'elle exige un sol profond el fertile. A celte condition, elle peut supporter les plus grands froids et les hécheresses les plus prolongées. Plusieurs espèces de Choux {Brassica oleracea^ Lin.), famille des crucifères, sont cultivées, notammentdans le nord et dans l'ouest de la France, exclusivement comme plantes fourragères; ce sont: Le Chou cavalier {fig. "' 700), le meilleur
peut-être à cause de son élévation et de l'ampleur de ses feuilles; — le Caulet, qui s'en rapproche sous tous les rapports;— le Chou brancha ou de Poitou^ moins élevé que le cavalier, mais garni fort sou \ eut de jets nombreux qui se
développent tout le long de la tige; — le Chou vivace, généralement plus élevé que celui de Poitou et moins ramifié à le Chou en arbre
la partie basse de la tige ; de Laponie, qui ne paraît être qu'une variété locale de ce dernier; — les Choux Jrisés verts ou rouges, qui diffèrent de tous les précédens par leurs feuilles découpées, parfois presque laciniées; on les cultive de préférence dans le nord, quoique moins productifs, |iarce qu'ils résistent mieux aux froids très-rigoureux.
Les avantages principaux des choux dans la grande culture, sont : 1" de procurer une nourriture verte, abondante et très-recherchée du gros bétail en général, pendant tout le cours de l'hiver : dans les contrées où le foin fait encoi'e seul ou presque seul ia base de ralimentation des animaux, ce premier point est surtout d'une grande importance; — 2° d'exiger l'emploi d'engrais et la pratique de binages qui les rendent une foi-l bonne culture préparatoire pour d'autres récolles fourragères ou céréales. Mais, à côté de ces fnanlages, ilfaul noLer que ces plantes sont
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assez épuisantes, lors m^me qu'on ne leur |)ei met pas de monter fn graines, parcequ'elles ne laissent aucune de leurs dépouilles sur le sol. Aussi, tant pour leur propre réussite que pour celle des cultures suivantes, fautil les fumer abondamment.
On sème tous les choux-fourrages en pépinière, le plus souvent en mars et avril, pour les mettre en place de septembre en novembre, aux approches des premières pluies d'automne: quelquefois en juillet el août, pour les transplanter en avril ou mai, par i'iui des procédés qui ont été indiqués pour le colza. — L'espacement varie de 2 à 3 pieds (0™ 650 à 1 mètre), selon l'espèce cultivée el la fertilité du terrain. — Pendant toute la durée de leur végétation, c'est-à-dire le printeujps de la 2* année, on entrelient le sol meuble et net de mauvaises herbes par des labours ou des binages. A celle dernière époque, quelques cultivateurs les laissent monter el même grener pour continuer d'affourrager les animaux de leurs tiges florales jusqu'à l'entier épanouissement, ou pour récolter la graine. (For pag- 7 et suivantes du liv. 2.) Les Choux-Navets {Brassica napo-brassica, Lin.) ont de s;rosses racines charnues analogues à celles des navels, et qui jouissent de la précieuse propriété de se conserver intactes dans le sol même pendant les fortes gelées, de sorte qu'on peut ne les extraire qu'au fur el à mesure des besoins de la consommation. La manière de les cultiver en grand est la même que pour les précédens; seulement 12 à 15 po. (0'"325 à 0"406) suffisent entre chaque pied. Dans quelques lieux, on lessème cependant en place de la fin d'avril à la mi- juin. J'ai éprouvé cette méthode, el j'ai trou\é que, dans un sol bien |)réparé, elle donnait des résultats plus avantageux que la transplantation.
Le Chou «utabaga {Brassica rutabaga) se dislingue particulièrement du chou-navet à la couleur jaunâtre de sa racine et aux découpures plus profondes de ses feuilles. Ses avantages el'les soins qu'il exige sont à trèspeu près les mêmes. Comme culture potagère, le rutabaga m'a toujours paru piélérable au chou-navet à cause de sa saveur. Il n'est pas inutile d'ajouter qu'il se forme plus vile que ce dernier, et que couséqiu'mmeul ou peut, on doit même le semer plus laid.
Les choux à racines charnues sont trop peu rc|)audus dans la grandeculture; ils donnent, dans les terres argdo-sableuses el même sablo-argileuses fertiles ou suffis.unmeul luniées, un (iroduit daulaul plus impt^rlaiit que l'emploi des racines n'exclut pas celui des feuilles.
Le Chou-Colza [Brassica olcracea campestris, D. ), dont il a été parlé, pag. 2 et suivantes du livre 2, sous d'autres rapports, est aussi cultivé dans quelques lieux connue fourlage. La meilleure manière d'eu tirer parti, en pareil ca , est de le semer à la volée sur e cliaunu% immédiatement après la moisson.
à l'aide d'un fort hersage ou d'un seul trait d'extirpateur, à raison de 4 à 5 kilog. )'ar hectare. Lorsque le Iroid n'endommage pas le semis, on obtient ainsi, tiès le premier piinlemps, un fourrage précieux à celte époque.
Le Ciioi -TVavf.tte {Brassica napus syhes-
AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGERES-
tris, C. V.), ^ov. pag. 8 du livre 2, est préféré par quelques cultivateurs à la moutarde blanche, comme fourrage. On le sème à la même époque et de la même manière que le colza, en ayant la précaution d'employer environ le double de graines.
LaMniTARDE BLxycnE[Srnapisalba,'L}n.), même famille, est généralement préférée à la moutarde noire (foy. pag. 10 du livre 2, fig. 5 et 6), comme récolte ifourragère; ainsi que les deux espèces précédentes, c'est sur le chaume qu'on est dans l'habitude de la semer, à raison d'un 10<" de kilog. par hectare. Pour peu que le temps ne soit pas trop sec, la moutarde, dont chacun connaît la rapide croissance, donne promptement aux vaches, dont elle améliore le lait, une excellente nourriture jusqu'aux gelées.
LaBuMADE {Bu/lias orientalis^ Lin.), même famille, est remarquable par la précocité de son fourrage. On peut le faire pâturer ou même le faucher dès la fin de mars ou le courant d'avril. C'est une qualité si importante, qu'on a beaucoup vanté cette plante. Dans les essais que j'en ai faits sur une terre av^xlo-sableusc aride et très-peu féconde, j'ai obtenu, en petit, de très-bons résultats du semis de printemps en place; d'autres se sont mieux trouvés, dit-on, de semer en pépinière et de repiquer. En général, la Buniade est très-fourrageuse et parait peu difficile sur le choix du terrain et les soins de culture; mais une chose dont les auteurs ne parlent pas et que j'ai éprouvée, c'est que les bœufs et les vaches la repoussent en présence de tout autre fourrage : il en est de même des chevaux. Peut-êtie cependant pourrait-on les y habituer, et alors ce végétal présenterait des avantages analogues à ceux qu'on retrouve dans la chicorée.
Le Pastel ( Isatis tinctoria^ Lin. ), même famille, se recommande aussi par sa grande précocité. Dès la fin de février, il est déjà en végétation. On lui a reproché d'être peu du goût des bestiaux; cela est vrai pour les bêles bovines; cependant des expériences positives démontrent qu'on peut les y habituer, et qu'elles s'en trouvent assez bien. Quant aux moutons, ils le mangent sans difficulté. On sème au printemps 20 kilog.
par hectare.
La Sperglle ( Spers^ula arvensis^ Lin. ) ' fig. 701). famille des Caryophi liées, partage ivec la moutarde l'avantage d'utiliser le sol peu de temps après la moisson, et de procurer jusqu'aux gelées un pacage ou un fourrage vert fortrecherchés des vaches. Dans les terres médiocres ou tenaces, elle s'élève si peu qu'on ne peut guère en conseiller la culture que sur des sols sablo-ai'gileux, substantiels et frais. Là , je l'ai \ue donnerenBclgique sur
Fig. 702.