‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 291 sur 304 · C. B. DE M · texte numérisé non relu

C. B. DE M

Article i*'. — Plantes nuisibles aux céréales.

Parmi les plantes que les cultivateurs redoutent comme les fléaux des céréales, les unes les attaquent directement et désorganisent leur tissu, ce sont les parasiter intestines ou biogènes de M. de Candolle ; les autres ne leur préjudicient que par leur voisinage.

§ I*'. — Des Parasites internes.

Nous rangeons dans cette classe la rouille, le charbon, la carie et même l'ergot, les trois premières à l'exemple de la plupart des botanistes, la dernière sur la foi de M. DE Candolle. Les cultivateurs, il est vrai , et même plusieurs naturalistes regardent ces affections comme tout autre chose que des productions cryptogamiques ; ils y voient de véritables maladies, des altérations propres du tissu végétal, sur la nature et les cause» desquelles ils ne sont d'ailleurs pas d'accord; car ils les ont prises tour-à-tour pour des ulcères, pour des tumeurs analogues aux gales, c'est-à-dire recelant des œufs d'insectes, pour des pustules logées dans la cavité des stomates ou pores exhalans, pour un développement anormal de la globuiine ou molécule élémentaire du tissu, etc., et ils les ont attribuées sucressivement aux attaques des insectes, à la moisissure du grain de semence en terre, à l'accumulalioD surabondante et à la mauvaise élaboration des sucs nourriciers par suite du trouble des fonctions d'exhalation et de respiration, au déchirement des utricules etàlextravasion de la sève, àunesortedefer mentation ou de germination,etc. Au milieu des nuages qui voilent encore à nos yeux les causes des maladies des végétaux, nous avons préfe'ré l'hypothèse qui lève le plus facilement les difficultés du sujet, et qui présente en sa faveur le plus d'observations positives. Elle s'appuie en effet sur les recherches anatomiques et microscopiques de Fon- TANA, de Ba>"R8, de Bénédict Prévost et de M. Ad. Brongmart; sur les analyses chimiques de Davy et de M. Dulong d'Astafort, 3ui ont trouvé dans la carie et le charbon es produits analogues à ceux que donnent les champignons ; enfin, sur l'autorité de Bclliard, de MM. de Candolle, Persoox et Frïes, qui, s'élant spécialement occupés des végétaux cryptogames, sont les plus capables de décider si les corps qu'on découvre dans les tissus altérés sont des champignons ou n'en sont pas.

Toutes les parasites biogènes se développent sous L'épiderme des végétaux^ le soulèvent,lerompeDt,et,s'épanouissant au dehors, répandent une poussière composée de corps regardés comme leurs graines; elles épuisent les plantes sur lesquelles elles vivent f^n se

nourrissant de leurs sucs; souvent même elles les déforment, les tuent ou les empêchent de porter des graines. MM. Kmght et de Candolle ont observé qu'elles se développent surtout lorsqu'à un mois de juin tres-sec succède un mois de juillet chaud et pluvieux.

Comme causes prochaines des maladies des plantes en général, et par conséquent des céréales aussi, M. Unger reconnaît une prédisposition spécifique dépendant de l'organisation de chaque espèce, la plénitude de la sève, la jeunesse de la plante, la mollesse des parties, un terrain trop fumé ou trop gras, et en général une vitalité énergique, mais mai équilibrée dans ses fonctions; puis, comme causes occasioneLles^ une atmosphère habituellement chargée d'eau , comme elle l'est, par exemple, dnns les bois et les prairies humides, en Angleterre, en Hollande, dans les printemps et les automnes pluvieux; l'absence de l'a lumièie, des changemens subits dans l'atmosphère, une longue sécheresse, des semailles trop épaisses, le séjour de l'eau.

I. De la Rouille. —On comprend et confond ordinairement sous le nom de Rouille [Ruggine, Nebbia, ital.; Rost^ Grceserrost, allem.; Blight, Bla<;t, Red rajr., angl.) plusieurs affections des feuilles et des tiges des graininées. M. DE Candolle en distingue trois formes dont il fait autant d'espèces : 1° La véritable rouille {JJredo rubigo^ DC). Elle attaque la plupart des céréales, mais surtout l'orge et le froment ; elle se développe presque toujours à la surface supérieure des feuilles sous la forme de pustules ovales, très-nombreuses et très-petites, puisque leur longueur n'est que de 1/6 à 1/2 ligne, ayant un aspect blanchâtre qui résulte du soulèvement de l'épiderme, et répandant, quand elles l'ont rompu, une poussière fine, d'abord jaune, puis rousse. Cette poussière se détache facilement el elle esi quelquefois si abondante qu'elle jaunit les habits des personnes qui traversent nn champ de blé atta<jué de rouille. Vue au microscope, elle est toute composée de glo bules ou capsules Irès-petites. Le blé abondamment char,<é dérouille ne donne que des grains peu nombreux et souvent rabougris.

2° VTJrédo linéaire {Ur. linearis., Pers.). il croît tres-ra?'emen là la surface supérieure des feuilles; ils'ét.blit presque toujours sur leui gaine, sur leur face externe ou sur la tige, il est formé de pustules alongées, éiroites, d'un jauneassez vif, et d'uneconsistance plus compacte que celle de la vraie rouille. Au microscope, chaque pustule se montre composée de capsules oblongues, à peu près cylindriques, beaucoup plus grosses et plu» longues que celles de la rouille. L'épeautre et le gros blé {Triticnm turgidum) y soui, d'après M. Vaucher, moins sujetsqueles autres céréales.

3° La Puccinie des graminées {Puccinia graminum) croit sur toutes les parties de ces plantes, même quelquefois sur les glunjes et les barbes des épis. Elle consiste (/rg-. 704) eu pustules ovales ou linéaires qui, au moment ou elles percent l'épiderme, sont déjà presque noires, el le deviennent complètement en peu de temps. A l'aide du microscope, on

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DES PLANTES NUISIBLES KN AGRTCULTURE.

voii que ces pustules sonl coniposces de petites |)iaiites qui ressembleiil. ;i des massues B,C, c'est-à-dire qui, suruu pédicelle blancet " filiforuie, portent une

capsule noire, oblongue , divisée par une cloison et un petit étianglenient en deux loges, dont l'inférieure représen*

renverse .

un cône l.indis que

la supérieure est un peu arrondie et plus grande.

Non seulement on a confondu la Puccinie des graminées et TUrédo linéaire avec la Rouille, mais encore, comme elles naissent souvent mêlées entre elles, notamment les deux premières, on a cru qu'elles étaient toutes les trois des états divers d'un même champignon, et que la diversité de leurs apparences était une conséquence de leur développement dans des circoustances différentes. Mais M. DE Candolle a trouvé des plantes de blé qui portaient l'un ou l'autre de ces champignons ; il a vu que ceux-ci conservaient leur forme, depuis leur première apparition jusqu'à leur dispersion, et que, quand ils étaient mêlés, chacun végétait de son côté. On a pris aussi lu Puccinie des graminées pour un étal particulier du Charbon, et on les a désignés tous les deux par les noms de noir et de mouchet. L'Urédo linéaire et h Puccinie, quoique plus gros que la Rouille proprement dite, sont moins épuisatis, parce que la quantité en est toujours moindre.

Analysée p;!r la voie humide, la rouille a donné à M. Gi^iart fils, de la chlorophylle, une matière cireuse et une substance astrin gente qui recelait probablement plusieurs principes, mais qui n'a pu êire décomposée, vu la faible quantité qui était soumise à l'opération.

C'est dans les champs ombragés et humides, à la suite des pluies ou des brouillards suivis d'un soleil ardent, que la rouille se développe avec le plus d'intensité. Lo- SANA cependant assure qu'elle est fréquente dans les années sèches et chaudes, mais il reconnaît qu'elle l'est également dans les saisons reniarquables par les alternatives de pluie et de chaleur. En général, les terrains gras loni;-temps pâturés, ou défrichés depuis peu, sont favorables à sa produclion. Ou regarde comme une chose certaine en Angleterre que les fromeus semés dans le voisinage de la mer, ou ftimés avec des varecs dans lesquels ou a répandu du sel marin, sont fort peu sujets à la roui'le ; ou dit aussi dans le même f)ays, et en Amérique, qu'elle attaque plus fréquemment et plus abondamment les céréales semées clair que les céréales semées épais. Elle sévit d'autant plus sur les plantes, qu'elles sont plus vigoureuses. Si celles qu'elle atteint sont jeunes^ le tort

qu'elle leur cause n'est pas ronsidérable. ei. suivant Raylk Bakelle, une pluie qui lave les feuilles suffit pour les remettre en bon étal; mais il devient plus grand lorsqu'elle apparaît après la formation de l'épi et avec abondance; dans ce cas, les grains restent léu-iers et rabougris.

La paille rouillée a peu de valeur; elle est uiii; mauvaise nourriture pour les bestiaux, et le fumier dans la composition duquel elle entre est de mauvaise qualité.

Le cultivateur n'a en sa puissance aucun moyen de guérir de la rouille les blés qui en sonl infestés; il est réduit à laisser faire la nature qui les en débarrasse quelquefois, soit par de copieuses ondées, soit de quelque autre manière que nous ignorons ; ou à les faucher, si l'épi n'est pas encore formé, comme ou le fait dans la Toscane et à Bologne. En prenant ce dernierparti, il aassezdechances de voir se développer une nouvelle généralion de feuilles exemptes de rouille, et, dans tous les cas, il a moins à redouter le mal pour les récoltes suivantes, puisque les sporules du parasite n'ont pu se répandre encore.

Quant aux moyens préservatifs^ les seuls qu'indique M. de Candolle, outre les soins généraux d'une bonne culture, c'est de ne pas semer les céréales dans les lieux bas et humides, et de ne pas faire succéder dans les assolemens une céréale à une autre qui aurait déjà été attaquée de la même maladie. Ou pourra se conduire aussi d'après la connaissance des autres circonstances indiquées comme favorables ou contraires à la naissance de la rouille, en se teuant toutefois pour averti que leur influence n'est pas parfaitement avérée. On lera bien de ne pas couper les blés rouilles les premiers, afin que, s'il vient à pleuvoir pendant la moisson, la paille soit lavée, el que les grains attendris deviennent plus r()nds.

La maladie que Re appelle crtro/o, niggine ou brusone, parait n'être que la rouille du riz. Elle consiste en taches roussàtres qui se ii:ontrent sur les feuilles, et ensuite quelfois sur les tiges, etd'où s'échappe unepoussiire jaunâtre, d'abord insipide et inodore, puis un peu acide et d'une odeur argileuse. i:ile se jette sur les plantes vigoureuses, qui trahissent sa présence par un vert plus foncé, etqui>sontsujeltesdansleuijeunesse,conime dans un âge plus avancé. Elle parait due à l'excès d engrais; elle ne se manifeste jamais, dans les vieilles rizières. Faucher le riz, lau-e écouler l'eau de la rizière, voilà les seuls moyens qu'indique Re pour la combat- Ire.

n.DuC/iarfwn.—Le parasite qui conslituele Charbon {Flugbrand, Husshrand, Nagelbrand.

a 1 1 e lu . ; Carbone ou Fultggine, i t a I . ; Loose smut, angl.) est VUredo Carho, DC. {U. segetum., l'ers.; Cœoma seget., Litik.; Usdlago'seget., iy\\Un.){/ig. 70.-., A) qui attaque l'axe de lépi, les gluuies et la surface des graiiu\s, ou, selon M. Ad. B«o\GNiART, le petit pédicule qui supporte les organes floraux B d. A la Cn (le sa vie, il les recouvre d'une poudre Irès-abondaute, noire ou d'un brun verdâtre, toujoui-s visible à l'extérieur, très-légère, inodore et quelque peu visqueuse quand elle est fraîche

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AGRICULTURE : VÉGÉTAUX NUISIBLES

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mais se laissant facilement emporter par les venls quand elle est sèche; eufin composée de capsules parfaitement sphériques, extrêmement petites et à demi transparentes.

M. Ad. BRONGMART,qui en a suivi tous les développemens dans l'orge, depuis le moment où il se forme au sein des épis à peine longs d'un centimètre, a vu dès l'origine les globules dont il se compose légèrement adhérens les uns aux autres et réunis en masses compactes, de couleurverdâtre, dans des cavités quadrilatères Cc,que présentait le tissu cellulaire et que séparait une couche ou deux de cellules très-pelites é f/. Mais, par les progrès de la végétation, les cloisons celluleuses finissaient par disparaître; les globules s'isolaient complètement, et leur couleur devenait noire. Leur développement avait causé Tavorteraent des organes de la fructification Be, dont on ne retrouvait plus que des rudimens sur le pédicelle tuméfié, et avait détruit une partie des enveloppes de ces organes b c.

En général, il sort fort peu de tiges d'un pied frappé de charbon, et ces tiges sont grêles. On les distingue dans le froment, non seulement à ce signe et à la couleur noirâtre des épis, mais encore, avant même que l'épi ait paru, à leur feuille supérieure qui est tachée de jaune et sèche à son extrémité. M. Tessieu a rencontré le charbon sur des fromens faibles comme sur des fromens vigoureux, dans différens terrains et à diverses expositions, mais plus particulièrement sur le blé de mars; il soupçonne que les espèces barbues y sont moins sujettes que les espèces dépourvues d'arêtes. Suivant le même auteur, toutes les variétés d'orge en sont également attaquées, quels que soient le sol et l'exposition où elles se trouvent placées. Dans une expérience faite sur la même céréale, il s'est assuré que plus le grain était enterré profondément, plus il fournissait de pieds cbarbonnés.

Toutes les céréales sont sujettes au charbon : il cause peu de dommage au froment, parce qu'il ne l'attaque ni fréquemment ni violemment, et parce que sa poussière se disperse avant la moisson, de sorte qu'il n'en arrive à la grange que la petite quantité que peuvent receler les épis restés dans le fourreau ;

mais il est plus funeste à l'orge et à l'avoine f|<ii t'n reçoivent des atteintes plus souvent léitérées et plus rudes, et qui en propagi'nt davantage les g(-rnies, toutes les deux les entraînant avec elles à la grange, soit parce que leurs glumes se décomposent moins et ne leur livrent pas aussi facilement passage avant la récolte, soit, ce qui est particulièrement le cas de l'avoine, parce qu'elles se charbonnent plus inégaleujent, les épis ou même les grains étant oi dinairementen partie sains, en partie malades, tandis que chez le froment l'ordinaire est de voir les épis affectés en entier. Cette persistance de la poudre charbonneuse sur les épis d'orge et d'avoine a été bien constatée par M. Yilmobijv, qui, après la moisson faite et rentrée, ayant besoin de cette poudre pour des expériences, a pu trouver dans les gerbes une quantité de panicules ou d'épis tout-à-fait ou en partie intacts, quoique cliarbonnés, et qui ayant examiné a la loupe, après le battage, le grain de masses d'orge et d'avoine plus infestées que les autres, a reconnu sur sa surface une quantité de globules de charbon.

De même que la poudre de la carie, celle du charbon noircit souvent le visage des personnes qui battent de l'orge ou de l'avoine, mais elle les fait moins tousser. Elle ne paraît pas communiquer de qualité délétère à la farine, avec laquelle au surplus elle n'est jamais mêlée qu'en très-petite quantité dans le froment. Le tort qu'elle cause aux cultivateurs consiste essentiellement dans la diminution de la quantité de la récolte. Cette diminution doit se mesurer non seulement au nombre des épis charbonnés qui paraissent hors de leur gaîne, mais encore à la quantité de ceux que leur état de faiblesse y tient renfermés. La paille de froment, d'orge et d'avoine charbonnée déplaît aux bestiaux ; on ne sait si elle les incommode.

Il résulte des expériences de M. Tessier que le charbon peut se communiquer par contagion, et qu'on peut empêcher sa reproduction par les mêmes moyens employéj contre la caiie. Cependant il paraîtlbeaucoup moins contagieux que cette dernière, et moins susceptible d'être prévenu par le chaulage ou par le sulfatage. Il est arrivé à ]M. Vilmorin d'avoir plus de charbon dans la moitié d'une pièce semée avec de l'avoine chaulée que dans l'autre moitié dont la semence n'avait pas reçu de préparation, tout étant égal d'ailleurs; d'autres lois le résultat a été en sens inverse ; d'autres fois enfin il y a eu parité. Le sulfatage a produit, en général, des effets plus prononcés que le chaulage, mais les exceptions ont encore été saillantes : il est vrai que lorsque le chaulage et le sulfatage ont montré le moins d'efficacité, ils avaient eu lieu par aspersion, méthode quelquefois à peine suffisante pour le froment et peu convenable pour l'avoine et l'orge qui sont beaucoup moins propres que le grain defi'oment à s'imprégner d'une dissolution quelconque, et pour lesquelles ou devrait par conséquent augmenter non seulement l'énergie de la préparation détersive, mais encore la durée du bain, ce qui augmenterait les dépenses. C'est probablement la crainte de cetie augmentation de frais qui a empêché

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