MEIANGE DU SOUS-SOL AVEC LA. COUCHE VEOETALE
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Il est évident, d'après ce qui précède, qu'on peut renconlrer au-dessous des terres labourables autant de couches différentes qu'il existe de roches ou de formations diverses; il en résulte aussi qu'il existe au moins autant de variétés de sols que les roches qui se trouvent à la surface de la terre offrent d'espèces. Dans le fait, il y en a beaucoup plus; car, sans parler (les changemens produits par l'indus- Irie humaine et parla culture, les matières dont se composent les couches ont été mêlées et ti-ansportées d'un lieu dans un autre par les diverses révolutions qui ont eu lieu sui* le globe et par l'action continue des eaux. Une classification scientifique des sols serait inutile; celle qui est généralement adoptée par les agronomes, et qui a été l'objet de la section 2" de ce chapitre, suffit; il nous reste à indiquer l'influence du sous-sol dans la culture.
§ 11. — Imperméabilité du sous-sol pour les racines.
La couche inférieure du sol est tantôt composée des mêmes élémens que la couche supérieure, à l'exception de l'humus et des principes que celle-ci tire de l'atmosphère avec laquelle elle est en contact; tantôt elle est composée de substances d'une nature différente.
Lorsque la couche arable repose sur des roches dures el non désagrégées oudansuncomlîiencement de décomposition, elle est ordinairement peu fertile ; on ne pourrait lui donner plus de profondeur que par des transports de terre, toujours trop dispendieux en agriculture sur une surface un peu étendue; elle olïre en outre l'inconvénient de causer fréquemment la rupture des instrumens aratoires. Si cette couche est très-mince, et que la roche n'offre pas de fissures, la terre est presque improductive, et ne présente que peu de chances d'amélioration. Mais, quand le sous-sol est composé de blocs détaches ou qui laissent entre eux des fentes, lors même que quelques parties se montrent au dehors, ces sols peuvent être utilisés surtout en bois, les racines des arbres trouvant moyen de pénétrer dans les fissures et les crevasses, entre les blocs, et d'y puiser l'huniidité qui s'y conserve très-bien. On peut aussi les cultiver en plantes céréales ou autres; mais on est alors obligé le plus communément de se servir des outils à main.
Dans les lieux où le sous-sol est composé de couches compactes , soit argileuses, soit calcaires, soit argilo-calcaires, soit enfin argilosableuses, la manière dont le cultivateur doit se comporter dépend de la nature de la terre et des qualités ou défauts qui y dominent. — Lorsque le sous-sol est de nature à améliorer la terre labourable, ou à augmenter son épaisseur sans la détériorer, on doit, par le défoncernent ou des labours profonds, en ramener une partie à la surface; au premier abord, ce mélange amoindrit quelquefois le sol, mais ensuite le terrain en est sensiblement amélioré : telle est la conduite qu'on doit tenir, par exemple, quand un sol léger repose sur une couche compacte ou sur une marne argileuse, ou qu'un terrain trop tenace est superposé à un tuf composé de |>elites
cailloux.— Au contraire, (piand le sous-sol est doué des propriétés qui .sont déjà en exct-s dans la terre qu'on cultive, il faut s'en tenir aux labours superficiels, ou du moins n'attaquer la couche inférieure qu'avec de grands inénagemeiis, et après de nombreux essais sur les effets que ce mélange doit produire.
Dans les terres qui ont peu de profondeur, la couche inférieure agit donc d'une manière très-importante à apprécier, en arrêtant les racines ou les laissant passer avec plus ou moins de facilité. Dans le premier cas, ou doit se borner à la culture des plantes à racines traçantes, les seules qui puissent prospérer dans ces sols; dans le deuxième, c'està-dire si le sous-sol est composé de cailloux, de galets, de pierres, mêlés de substances à l'état friable, il pouri-a permettre aux racines longues et fortes de s'y insinuer avec avantage pour la végétation, ou bien il se laissera pénétrer par toutes les racines fibreuses, et l'on devra choisir les cultures en conséquence.
§ 111. — Du mélange du sous-sol avec la couche végétale.
M. Darblay a parfaitement expliqué comment le précepte que lorsqu'on ramène à la surface, par un labour profond, les terres d'un mauvais sous-sol, on rend la couche supérieure, anciennement cultivée, infertile pour quelques années, commentée précepte, vrai dans le cas de mauvaises cultures, devient inexact dans le cas de bonnes cultures, où la rotation des récoltes est bien entendue. Si le cultivateur veut immédiatement obtenir une bonne récolte de céréales, sans s'embarrasser de l'amélioration progressive du sol, il n'y a pas de doute que le sous-sol non imprégné d'engrais et des influences atmosphériques, fût-il même de bonne qualité, ne nuise à la végétation de la céréale au lieu de lui être favorable; il n'y a pas de doute quil ne diminue même considérablement la récolte s'il est de mauvaise qualité.
Mais, si le culti^'ateur veut améliorer le fonds de sa terre; si , au lieu de regarder à la récolte d'une seule année, il fait attention aux récoltes suivantes, alors les labours profonds deviennent les plus avantageux , parce qu'après quelques cultures ils ont augmenté l'épaisseur de la couche cultivable, ont ainsi donné aux racines la possibilité de s'enfoncer plus avant, et les ont mises en contact avec une plus grande étendue de matière qui les alimente. Parcelte raison,la plante est mieux nourrie, les tuyaux sont plus gros, les végétaux tiennent plus au sol, et les pluies et les vents ne peuvent les renverser, les coucher que difficilement; un autre avantage, c'est qu'un temps sec long-temps continué les fait moins languir,parce que la couche inférieure conserve plus long-temps de l'humidité que la surface. Enfin les labours protbnds enfouissent à une grande profondeur et font périr une foule de graines qui, enterrées moins profondément, auraient encore végété et nui à la récolte.
Pour arru'er à l'amélioration progressii-e de cette couche injérieure du sol, il faut une meilleure culture; il faut que les plantes sarclées et fumées, la pomme-de-terre surtout,
pierres calcaires, de graviers siliceux ou de ' commencent la rotation, et que tous les dcuç
A r.[\l CULTURE : SOL.
ans, dans los roinmencpmens, une nouvelle culture sarelée remplace une culture non sarclée; il ne faut pas qu'une jachère non laJtourée vienne permettre au sol de se tasser de nouveau, et aux plantes inutiles de se multiplier en produisant leurs semences.
C'est au moyen d'une pareille culture qu'on api^rofondit sans inconvénient le sol d'un à plusieurs pouces, et qu'on rend, avec le temps et sans frais, très-productifs des terrains (|ui payaient d'abord à peine leurs frais de culture. L'effet, nuisible pour les premières récoltes, du mélange du sous-sol avec la terre végétale, a fait rechercher des in.strumens avec lesquels on pût remuer et ameublir la couche inférieure, sans la retourner et la remuer à la surlace immédialemeni el avant qu'elle ail pu être améliorée par l'iiifiltr.ition des engrais et par les influences atmosphériques. M. le M's DE LA BoEssiÈRE a inventé pour cet usage une machine qu'il a appelée drague à claies (1), et qu'on peut comparer à une très-grande et tres-forte ratissoire de jardin, montée sur quatre roues, et assez solide pour résister aux efforts les plus puissans. Cette machine paraît bien remplir son objet; nous regrettons de ne pouvoir la décrire ni la figurer; on lui reproche avec quelque fondement d'être trop compliqut'C, trop dispendieuse, et de nécessiter l'emploi de 10 à 12 chevaux pour la faire fonctionner. M. Vilmorin emploie dans sa pratique, pour augmenter l'épaisseur de la couche arable d'un à cinq pouces, sans mêler immédiatement cette terre non préparée avec celle de la surface, le cultivateur ordinaire, ou battoir à pommes-de -terre, instrument très-simple, et qui commence à être assez généralement répandu. Pour lui donner cette destination, il suftit d'en enlever les versoirs ou oreilles, et de lui faire suivre la charrue, dans le même sillon ouvert par elle, en l'attelant d'un cheval ou de deux chevaux placés à la file.
§ IV. — Imperméabilité du sous-soi pour les eaux.
C'est le plus communément à l'imperméabilitéde la couche inférieure qu'eslduela trop grande hunudité du sol : lorsqu'il en est ainsi, et que le terrain n'a pas de pente, l'eau, ne pouvant ni s'égoutter ni s'écouler, est retenue conmie dans un bassin, la terre meuble devient semblable à une bouillie, et celte humidité excessive est très-nuisible à la plupart des plantes cultivées ; ces terrains, dans leur état naturel, ne peuvent être ressuyés qu'à la longue par l'évaporation. On voit d'après cela combien il importe de bien étudier, dans les champs qu'on veut exploiter, la nature du sous-iol , puisqu'en livrant aux eaux un passage trop facile ou trop difficile, il en résulte que la couche de terre labourable est exposée à être trop desséchée, ou imbibée et même noyée entièrement.
Une couche d' argile sous un sol sablonneux contribue à sa fertilité, en retenant l'eau (jui filtre trop facilement au travers , et eu y conservant une humidité plus constante ;
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mais si la couche deau retenue par l'argile iiiouille trop les racines, les plantes languissent. Un sol argileux ou marneux qui repose sur un lit de pierre calcaire et [)oreuse, est plus fei'tile que lorsqu'il est assis sur de la roche dure, imperméable à l'eau : parce f|ue dans le l*"" cas l'eau filtre et s'échappe, lan dis (|U(^ dans le second elle reste stagnante dans un sol pâteux qui ne retient déjà que trop d'humidité.
C3u ne peut guère remédier au défaut de laisser passer les eaux comme un tamis que par des moyens indirects, c'est-à-dire en humectant le terrain par des irrigations supérieures ou souterraines lorsque cela est possible, ou en l'abritant de l'action des vents desséchans et du soleil au moyen de plantations en bordures.
Quant à l' imperméabilité du sol inférieur pour les eaux , on en diminue les inconvéniens en donnant les labours par sillons plus ou moins relevés, en pratiquant des écouiemens dans les champs et les praii'ies, au moyen de saignées plus ou moins profondes et nombreuses, ou bien en formant des couches de cailloux ou de pierrailles sous la terre végétale. En Angleterre, où l'excès de l'humidité a fait plus qu'en France chercher les moyens d'y obvier, on est dans l'usage de percer de nombreux trous de sonde les couches inférieures qui retiennent les eaux, lorsqu'elles sont d'une nature compacte, d une épaisseur peu considérable, et ont au-dessous d'elles une couche perméable ; on doit pratiquer ces trous dans les endroits où le teri-ain offre de la décliviti.', et dans ceux où les eaux s'amassent davantage à la surface. Au reste, nous devons renvoyer pour plus de détails à ce sujet au chapitre des desséchemens, et à la section qui traite Au'à propriétés physiqu.es des sols pour apprendre à reconnaître dans le sous-sol les qualités ou les délauts que venons de signaler; on peut aussi consulter sur le dessèchement des terres argileuses et humides, sujettes à être annuellement inondées, les considérations que nous avons publiées i)0ur servir de progranjme au prix mis au concours par la Société royale et centrale d'agriculture (2)
Principaux sous-sols qu'on rencontre en agriculture.
Dans l'impossibilité de spécifier les variétés des couches inférieures aux terres arables, et qui sont multipliées à l'infini, nous citerons, d'après Thaér, celles qu'on rencontre le plus communément.
Lorsque le sous-sol est marneux ou calcaire, et que la couche supérieure offre à peine des traces de chaux, l'approfondissement du sol, par le défoncement complet ou successif, produit des effets surprenans, et l'améliore en même temps d'une manière durable , parce que la marne, quelque tenace qu'elle soit dans les couches inférieures, lorsqu'elle est amenée à la superficie et ntiise en contact avec l'air, se divise et se pulvérise , de ma-
(1) \oyez Ânnrilcs d' Agriculture française. Février 183'».
[2] Du dessèchement des terres cultivables sujettes à être inondées, /loiir servir de Programme au prix /jrop'/.^e par la Société royale et centrale d'agriculture, sur le dessèchement des erres argileuses «t humides, au moyen de puisards artificiels, de sondages, etc. — Paris, in-8°, chez M™* Uuzard.