DES AMENDEMENS
Section i'*. — Considérations générales.
On a vu dans le chapitre précédent comment une proportion excessive de quelquesunes des terres élémentaires et même ci' humus peut être nuisil)le au sol , en dérangeant l'équilibre de ses propriétés physiques, en détruisant sa consistance ou sa disposition, soit à retenir, soit à laisser écouler l'humidité, etc.; c'est amender le sol, que de coiriger ces défauts par l'emploi de substances ayant des qualités opposées.
Avant d'appliquer des amendemens sur les champs, la première chose est donc de déterminer exactement la nature, les propriétés et les parties constituantes du sol; la deuxième est de connaître, également d'une manière bien positive, la nature, les piopriétés et la composition des substances qu'on veut employer. Ces notions se trouvent enseignées avec détail dans les articles relatil's aux différentes espèces de terre et à X^xxv?, propriétés physiques , et les moyens de connaiti'e leur compo ilion se l.ouv "nt indi((ués dans le § qui traite des inaices de la qualité des terres et notaminent de leur analyse chimique, nous n'avons pas ici à nous occuper du choix des amendemens en général pour les ditTérentes espèces déterres, choix qui sera suffisamment cnsf^igné en parlant de chaque amendement en particulier.
L'amendement du sol est appelé, parTuABR, uue amélioration physique, pour la distinguer de l'amélioration chimique i\v\\ consiste dans l'emploi, non seulement des c/?j^/-«/.v proprement dits, c'est-à-dire des alimeus destinés à la nutrition des végétaux, mais encore des stirnulans, c'esl-à-dire des substances dont le rôle priiicipal pnrait être de développer ces alimens et d'exciter les oi ganes des plantes à les assimilei". Cette amélioration des qu lilés physiques de la terre, par l'addition d'inu' substancedoiit le mélange coriige les défauts du terrain qu'il s'agit d améliorer, est sans doute toujours dans l'ordre des choses possibles; mais les ciicouslances oii elle peut s'opérer avec profit sont loin de se rencontrer constamment.
§ I". — Études préliminaires.
^En conséquence, avant de songer à employer des amendemens à l'amélioration des terres, le fermier et le propriétaire doivent déterminer rigoureusement les circonstances dans lesquelles ils se trouvent placés relativement à cette opération. Faisons remarquer avant tout que ces deux classes d'exploitans ne sont pas. sous ce rapport, dans une situation semblable. L'amélioration qui résulte de l'emploi des amendemens ayant des effets durables et quelquefois assez lents, il s'ensuit qu'une opération de cette nature, avantageuse dans certaines conditions pour le propriétaire, peut ne pas l'être dans ces mêmes circonstances [)Our le fermier, du moins si son bail n'a pas une longue durée. — De même, comme l'extraction et les charrois sont en général les principales déjjcnses qu'entraînent l'amendement d'une terre, le cultivateur qui a des bras t\ des moyens de transport économiques à sa disposition, ou qui serait obligé de les laisser chômer s'il ne les appliquait à ce travail, est dans une position qui lui periiiet de donner à ses champs cette sorte d'amélioration avec avantage, tandis que celui qui serait obligé de la faire exécuter à prix d'argent n'y trouverait que de la perte.
L'examen préliminaire auquel on doit se livrer consiste donc :
1° A bien connaître la nature , l'état et la compositio/i du soli\y\on se propose d'aïueader;
2° A rechercher les substances les plus proches et les plus faciles;! exiraire propres à cet amendcmeni. Les indices géogno<:tiques doivent à cet égard être ctiusuliés, etcoruluironl souvent à d'heureux l'ésultats; mais ce sont surtout Ivasondages auxc|uels on doit demander cette solution : car il arrive assez souvent (jue les couches inférieures d'un terrain recèlent à une prolondeur plus ou moins considériible, sans que rien «embli- l'indiquera la surface, des substances très-convenables h l amélioration de la couche cultivable. Les divers moyens d'o|M''rer les soudages seront décrits et (igurés dans le chapitn des desséchemens ;
3" A étudier la nature, les propriété!; et la composition de la substance qu'on se prppose d'eniployer,H'abordchimiquenu'nl;maisceUe étude ne suffit pas, attendu les effets très-différens (|ue produisent souvent, en raison de la diversité de leurs |)ropiiétés physiciues, des matières d'une coniposition semblable. Si Ton ne connaît pas déjà par avance le mode d'action et les résultats de rauiendenient, on doit donc, pour en juger, avoir recours à un essai direct sui" le champ à améliorer. Presque toujours l'examen de la manière dont se comportera dans ce cas l'amendement, et les chani^emens qu'il apportera dès la première année dans les qualités physiques tlu sol, suffiront pour taire apprécier ses eftéts, et l'on n'aura pas besoin d'attendre, pour se livrer en j^rand à l'opération, l'expérience de la culture duiant toute la période d'action de l'amendeinent ;
A° A examiner la situation respective du terrain à amender et du j^isement de l'amendement; ce qui comprend: la dislance à parcourir; la facilité ou la difficulté que le terrain ou les chemins offrent à franchir celte distacce ; le plus ou le moins de peines et de travaux que nécessitera rextraclion, en raison des terres supérieures à enlever ou détourner, de la profondeur où git la substance à extraire, de la résistance que présente cette substance à l'emploi de la pioche ou de la pelle; la possibilité d'amener les voitures de transport à l'endroit même où se fera l'extraction ; etc.
5" Pour les amendemens stimidans qui sont rarement sur le lieu même à la disposition du cultivateur, mais aussi qu'on emploie souvent à de très-faibles doses, les calculs ci-dessus sont remplacés par ceux du prix d'achit et d'expédition, soit dans les villes de commerce, soit dans les centres de production, soit dans les usines où l'on peut se les procurer.
De l'examen des circonstances que nous venons d'énuniérer sortira la solution de la question de savoir s'il y aura avantage à opérer l'amendement. En effet, l'agriculteur n'aura plus qu'à comj)arer entre eux, d'une part, les ejjets de l' amendement sur ?,*iii terres, et par conséquent les résultats qu'il est en droit d'en attendre pour l'accroissement de ses récolles ou la facilité et l'extension de ses cultures; d'une autre part, les dépenses qu'entraînera l'opération et qu'il est à même d'établiravec une exactitude suffisante, puisqu'il connaît la dose d'amendement qu'il doit employer, sa situation ou son prix, et par conséquent qu'il lui est facile de calculer approximativement les frais d'extraction, de chargement, ou ceux d'achat, et enfin ceux de transport, d'éparpillemeul sur le terrain, et du mélange de l'amendement avec la terre végétale.
Il reste maintenant à traiter des divers amendemens et de leur emploi; ce qui comprend leurs propriétés , leurs effets , leur durée, la dose qu'il convient d'employer, l'époque et la manière de les répandre, elc.