LIV. l
ordinaire. Les monceaux ainsi disposés, on y met le feu et l'on a soin, durant la combustion, de jeter de la terre dans les endroits cil la fumée sort en trop grande abondance; ou bouche pareillement le trou par lequel on a mis le feu. Lorsque le monceau s'affaisse par l'effet de la combustion, on y jette lin peu de terre afin d'en exposer la plus grande quantité possible à l'effet de la chaleur et de la fumée. »
Dès que les résidus de l'écobuage sont suf- ^saniment refroidis, on répand les cendres le plus également possible à la surface du champ, par un temps humide et calme, a(in d'éviter les effets du vent, et sans attendrec|ue des pluies fortes ou continues aient pu entraîner, au profit uune partie du sol seulement, lessubstauces solubles qu'elles contiennent. — Ilestavanlageuxdenedifférer cette opération que le moins possible, et, par la même raison, de la faire suivre promptement d'un premier labour, auquel il importe toutefois de ne donner que peu de profondeur.
Le moment le plus convenable pour les brûlis est donc celui qui précède immédiatement l'époque des semailles.
Presque toujours on établit les fourneaux ou lesmonceauxqui les remplacent à des distances égales de manière à employer, sur la surface du terrain, tous les produits qu'on lui a enlevés ; or, comme la nature et la quantité de ces produits sont essentiellement variables, il serait aussi difficile, en théorie qu'en pratique, d'indiquer des proportions fixes.
Quant aux frais de main-d'œuvre, ils varient aussi d'une manière impossible à préciser, selon la ténacité du sol, l'espèce des herbes qui le recouvrent, les instrumens qu'on emploie, et le prix des journées dans chaque localité. Le dégazonnement étant l'opération la plus longue et la plus pénible, entraine une assez forte dépense que l'usage des charrues peut réduire considérablement.
Art. III. — Du brûlis de la terre dépouillée de végétation.
Jusqu'à présent nous ne nous sommes occupés que du brûlis des végétaux eux-mêmes, ou de la terre qui contenait en plus ou moins grande quantité diverses parties végétales. Avant de parler des effets de l'écobuage, il me reste à traiter du bniUs de la terre seule , c'est-à-dire dépouillée de toute végétaliou.
(\'lte pratique , qui semble de nos jours acquérir utte nom>elle importance, est déjà ancienne. Dans son Country Gentlemann's rompanioii , imprimé à Londres en 1732 , Ste- PUE.\ SwiTZER cite le comte de Halifax comme l'inventeur de cet utile procédé, qui était dès lors fort répandu dans le Sussex. Il donne deux dessins de fourneaux employés, l'un en Angleterre, l'autre en Ecosse, pour brûler l'argile. II affirme que des terres appauvries par la culture peuvent produire une excellente récolle de turneps, si, après avoir été labourées plusieurs fois , elles sont amendées avec des cendres argileuses. Il rapporte enfin divei-ses lettres écrites eu 1730 et 1731 , qui établissent que, sur plusieurs points des lies Britanniques, l'argile brûlée a produit
des effets supérieurs à ceux du la chaux et ' du fumier. — Elms, dans son P radie al J armer, fit connaître tout au long, la môme année, la manière de conduire cette sorte do brûlis. En 1786, James Arbltii.not, de Pelerhead, tenta sur le même sujet plusieurs expériences heureusesqui furent répétées dans divers comtés. — En 1814, Craig chercha à faire revivre la même pratique, qui paraissait avoir été abandonnée à cause des frais qu'elle entraînait, et peu de temps après lui, le général Beatso\, Curwen , Blrugavs, Cautwright et plusieurs autres, attirèrent de plus-en-plus sur elle l'attention des cultivateurs.
La méthode la plus ordinaire de brûler l'argile en Angleterre , est , d'après Loido.n, de former un carré long de 15 pieds sur 10, au moyen de plaques de gazon qu'on élève en petites murailles de 3 ~ à 4 pieds. — A l'intérieur de cette construction, on dirige diagonalement des conduits d'air qui aboutissent à des ouvertures ménagées a chaque angle, et nui sont formés de plaques gazonnées, posées sur champ, à des distances telles les unes des autres, que d'autres plaques placées horizontalement puissent les recouvrir facilement. — Dans le quadruple intervalle qui se trouve entre ces conduits et les murs extérieurs, on allume d'abord un feu vif de bois et de gazons bien secs, puis on remplit en entier toute la cavité supérieure de ces derniers qui prennent feu très- promptement, et sur lesquels, dès qu'ils sont suffisamment incandescens, on jette l'argile en petite quantité chaque fois, mais aussi souvent que le permet l'intensité de la combustion. — Les conduits d'air ne sont vraiment utiles que pour commencer l'opération, car les plaques qui les forment sont bientôt réduites en cendres. — L'ouverture qui se trouve sous le vent est seule laissée ouverte ; il serait nécessaire de la clore et d'en déboucher une autre si celui-ci venait à changer de direction. — A mesure que l'intérieur de la construction se remplit d'argile, on élève les murs extérieurs de manière qu'ils dépassent constamment au moins de 10 pouces les plus hautes mottes, dans le but d'empêcher l'action du vent sur le feu. Lorsque la flamme se fait jour sur quelque point d'un de ces murs, comme cela arrive assez souvent, surtout lors(jue la sommité du brûlis est surchargée d'argile, la brèche doit être immédiatement réparée, ce qui ne peut parfois se faire qu'en élevant un nouveau mur apposé parallèlement à celui qui menace ruine et qui, dans cette nouvelle position, ?■: consume rapidement.
La première condition de succès pendant l'opération, c'est que chaque mur soit assez hermétiquement clos, et la partie supérieure du monceau recouverte constamment d'une quantité d'argile suffisante pour que l'air extérieur ne puisse, en pénétrant tout-à-coup dans la masse, arrêter l'incandescence. — De tels fourneaux exigent presque les mêmes soins que ceux dont ou fait usage pour la fabrication du charbon.
Une seconde condition, c'est que cette même argile soit brûlée humide; sèche, elle se durcirait au leu en fornae de brique, et ne prp-
CjiAP. 5. DE L'ECOBUAGE
duirait plus tous les effets qu'on en attend.
— IlLunidc, au contraire, elle donne après la combustion des mottes poreuses que le moindre choc réduit facilement en poussière.
En suivant la méthode de Cartvvrigiit, au lieu d'établir de simples conduits d'air et de recouvrir à plat le combustible par l'argile, après avoir creusé une tranchée de 3 pieds de profondeur et de largeur, sur une longueur de 20 pieds, on la recouvre d'une voûte en briques, grossièrement maçonnée, et percée de trous nombreux pour laisser passer la flamme. On élève ensuite à 2 pieds de chacun des côtés de ladite voûte, sous lacjuelle sont entassés les combustibles, des murs de pla-
aues de gazon semblables à ceux dont il a éjà été narlé, et l'on conduit du reste l'opération a peu près de la même manière que dans le cas précédent, c'est-à-dire qu'on recouvre les mottes d'argile de nouvelles mottes, à mesure que les premières commencent à prendre la couleur rouge obscure, indice de leur vive chaleur. — D'après ce procédé, Cartwrigut a calculé que son argile brûlée lui revenait à I fr. le tombereau de 20 pieds cubes, c'est-à-dire un peu moins qu'au général Beatsoiv, puisque ce dernier estime au même prix les 16 pieds cubes.
Mais il est des moyens plus économiques.
— M. DE ScHiNDLER, eu Autriche, sans autre construction préalable, fait disposer les mottes de terre en monceaux volumineux, et en quelque sorte à claire-voie ; à leur base on ménage des conduits destinés à recevoir une quantité suffisante de bois refendu de trois pieds. — Il obtient ainsi, pour le prix de 8 fr., jusqu'à 24 chariots.
Enfin, dans d'autres lieux, on imite \eprocédé espagnol, à cette seule différence près qu'on creuse une étroite tranchée, sur laquelle on dépose les fagots de manière à en former une espèce de voûte propre à recevoir les amas oblongs qui remplacent les/ormigas; ou bien encore, en élevant les monceaux de mottes, on les stratifié, pour ainsi dire, avec des branchages, des bûches; ou mieux, dans les localités où l'on peut s'en procurer, avec des plaques de tourbe, dont les cendres ajoutent puissamment à l'énergie de l'amendement.
Le général Beatsoiv emploie l'argile brûlée ime fois par rotation, c'est-à-dire tous les quatre ou cinq ans, à raison de 20 charretées de 16 boisseaux p^r acre ou 800 pi. cubes par hectare. — Lorsqu'il sème du froment sur du froment, ce qu'il croit pouvoir faire sans inconvénient d'après sa nouvelle méthode , parce que le terrain se maintient propre, il augmente d'un tiers la dose ordinaire. — Cartwright s'est bien trouvé d'en répandre environ un cinquième de plus. — On conçoit que ces proportions puissent varier encore en plus avec avantage, lorsque le surcroît de dépense n'est pas un obstacle.
L'application de cet amendement est, du reste, a peu près la même que celle de la chaux. — Lorsque, par suite de l'humidité atmosphérique ou d'une division mécanique, toujours facile quand l'opération a été bien faite, Targile est réduite en cendre ou plutôt en poussière, on la répand, aussi également que possible, à la surface du sol, et on l'en-
terre par un léger labou;- avant ou en nirme temps que la semence. D'autres fois on la transporte et on l'étend sur les vieux trèfles avant de les enfouir.
On peut brûler de la même manière toutes les terres fortes et les diverses marnes argilo-calcaires. — Les résultats ne pai-aissent pas être sensiblement dilférens, quoique, dans ce dernier cas, il puisse cependant se produire une quantité plus notable de chaux.
Art. IV. — Des effets de fécobuage.
S I*^ — Effets chimiques et physiques.
L'écobuage exerce sur la végétation et sur le sol une double action. — Il agit chimiquement et physiquement.
Chimiquement , surtout lorsqu'on l'opère sur des végétaux dépouillés de terre ou stades terres qui contiennent une quantité notable de racines ou d'autres parties végétales, en produisant divers sels dont la propriété
stimulante a dû nous occuper ailleurs*
peut-être, dans certains cas, conformément aux théories allemandes, en modifiant les particules terreuses de manière à les rendre j)lus solubles dans l'acide humique ;— en favorisant diverses combinaisons nouvelles favorables à la nutrition des plantes; — enfin en pénétrant les terres soumises à son action de principes volatils, dont la présence se manifeste, pendant un temps fort lon-^, au simple odorat, et dont j'ai lieu de croire que la puissance fécondante n'a pas été apj)réciée à sa valeur.
Physiquement, surtout lorsqu'on l'opère sur des terres dépouillées de végétaux ou qui n'en contiennent que des quantités inappréciables, en diminuant la consistance du sol. Ainsi que l'a déjà dit notre collaborateur Payei\, la plupart des propriétés physiques changent par suite de la combustion. L'argile pure, qui formait la terre la plus compacte, devient fiiable, perd sa ténacité au pomt qu'il n'est plus possible delà lui rendre en l'humectant, et qu'elle ne revient qu'insensiblement, peut-être jamais, à son état primitif;—en détruisant, par suite de ce premier effet, la tendance des terres fortes à se sur-saturer d'eau, et en les rendant couséquL'mmeut plus accessibles à la chaleur solaire;—en augmentant leur porosité, ce qui les dispose à une absorption plus grande des gaz atmosphériques, tout en favorisant l'extension des chevelus. Si, en général, les terres recuites perdent, en partie, surtout lorsqu'elles ont été chauffées jusqu'à la caicination, la propriété chimique de se combiner à de nouvelles quantités d'oxii^ène, il est certain qu'elles acquièrent, par l'effet d'ttn feu moins vif, une disposition plus grande à se pénétrer, par simple addition, de ce gaz et de tous ceux avec lesquels elles se trouvent en contact. — Telle est particulièrement la disposition des argiles.
§ II. — Terres qu'il coavient d'écobuer.
AGRICULTUIIC
D'après de tellesconsidéralions, je n'aurai que peu de choses à ajouter pour indiquer quelles sont les terres qu'il est aranta^euj; TO.MIi I.— iG
AGRICULTURE : OPÉRATIONS AGRICOLES