‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 89 sur 304 · DESSÈCHEMENT DES MARAIS · texte numérisé non relu

DESSÈCHEMENT DES MARAIS

belles entreprises exigent, expliquent pourquoi un si petit nombre ont été mises a exécution. Nous ne nous occuperons ici de ces grands travaux que pour les parties qui ont besoin du concours et des lumières des agriculteurs; le surplus dépasse les limites ordinaires de leur capacité, et exige tout à la fois la réunion de puissaus capitalistes et de très-habiles ingénieurs. C.B. de M.

Art. i"*". — Observations générales sur les causrs de l'existence des marais et sur les moyens de les assainir.

Le choix des moyens qu'on doit employer pour assainir et livrer à la culture les terrains marécageux doit varier suivant les dispositions locales. Nous allons considérer successivement ceux dont l'expérience a le plus éminemment constaté l'utilité.

Quand il y a déclivité quelconque du terrain, on doit en proiiier pour diriger les eaux vers le cours d'eau qu'il est le plus facile d'aborder; mais les terrains creux ou sans pente, exposés à subir des inondations ou à recevoir des sources, et dont le sol est de nature à conserver l'eau, peuvent éprouver, de sa stagnaticm, des préjudices d'autant plus importans et redoutables qu'outre les pertes qui en rejaillissent ininiédiatenient sur l'agriculture, il en résulte une insalubrité qui a souvent les suites les plus déplorables pour la santé et même pour l'existence des hommes et des animaux.

Lorsque le terrain présente de telles dispositions, il faut tâcher de reconnaître le soussol et la nature des couches inférieures, eu recourant à cet effet à des sondages qu'on peut faire aisément au moyen des sondes employées ordinairement dans ce but.

Si on reconnaît que les couches imperméables du sous -sol peuvent être traversées jusqu'à ce qu'on arrive à une couche inférieure dont la perméabilité promet de donner l'issue qu'on veut obtenir, il faut pratiquer dcs/ora^esque l'expérience a rendus faciles, et si le terrain présente une certaine étendue, on doit recourir à de bons nivellemens pour reconnaître l'inclinaison des couches afin d»< se régler sur ces inclinaisons.

Si la nature ou l'épaisseur des couches imperméables s'oppose à l'assainissement au moyen du f»)rage de ces couches, on peut, par suite de bons nivellemens, pratiquer des tranchées à jonds de pierres, dirigées vers une décli vite plus ou moins éloignée,et recouvertes ensuite de terres, de sorte que le sol ne perde rien de ce que sa superficie peut offrir à la culture. Quand la pierre est rare, on peut remplir ces tranchées de Jascines de mauvais bois, ou même de paille si le bois est tl"op cher.

Dans les [)ays où la brique est à bas prix ^ on en fait qui sont propres à recouvrir les tranchées.

Mais lorsque les marais sont au-dessous des cours d'eau voisins, qu'ils forment ainsi des espèces de lacs, et que le forage ne peut être employé avec succès, il faut recourir à des épuisemens qui ne s'opèrent généralement qu'avec des ouvrages d'art, lesquels exigen t souvent de grands moyens et des ilepenses dont on doit se rendre préalablement compte, tels

AGRICULTURE : OPÉRATIONS AGRICOLES

que des moulins h vent qui mettent en mouvement des roues à pot ou des vis d'Archimède, placées quelquefois à divers étages superposés pour atteindre le niveau du seuil que les eaux doivent franchir pour trouver leur écoulement.

Aujourd'hui, on emploie même à un but si important la force motrice des machines à vapeur. Pour élever les eaux, ces machines à vapeur mettent en action des roues d'un grand diamètre pourvues d'aubes qui prennent l'eau dans le niveau à desséclier et la font monter et déverser au-dessus du niveau du seuil qu'il faut franchir.

Il est digue d'un gouvernement de s'occuper de tels travaux pour assainiret vivifierdes contrées entières, et la Hollande présente des exemples de ces moyens d'amélioration, non moins admirables par la grandeur de leur conception et la perfection de leur exécution, que par l'étendue des avantages et même des bénéfices qui en résultent, malgré les dépenses qu'ils exigent.

Nous avons vu sur les lieux mêmes, et notamment près le beau canal d'Amsterdam au Helder, qui reçoit des vaisseaux de ligne, de vastes lacsconverlis ainsi en beaux pâturages, et nous citerons entre autres le lacBurmster dont la superficie était d'environ 10,000 hectares et dont le fond était de 5 mètres audessnus de la basse mer.

Du reste, ces grands travaux nécessitent des capitaux et des connaissances que nous ne devons pas supposer aux propriétfiires et aux cultivateurs auxquels nous parlons , et par cette raison nous n'entrerons pas à cet égard dans plus de détails. Lorsque ces vastes et belles entreprises ne sont pasexécutées par le gouvernement, elles doivent l'être par de puissantes compagnies de capitalistes, qui s'adressent à des ingénieurs habiles pour dresser les plans et projets et diriger l'exécution des travaux jusqu'à leur perfection; pour ces entreprises, souvent longues et fort dispendieuses, il faut ordinairement le concours d'un grand nombi-e de propriétaires, et lorsqu'on ne peut l'obtenir amiablement, il faut se prévaloir des dispositions de la loi du 16septembre 1807, qui régie leraoded'exécution des travaux, celui d'acquittement des indemnités dues, et des expropriations dans le cas où elles sont indispensables. On voit encore aue ces spéculations sortent du domaine de l'agriculture. Quoi qu'il en soit , lorsque les travaux de dessèchement sont achevés et les terrains rendus cultivables , une nouvelle série de travaux véritablement agricoles commence, et nous devrons parce motifnous y arrêter; ce sera l'objet de l'art. III.

■ Desséchemens par remblaiement et par colmates.

Il est un moyen d'assainissement applicable à certaines localités et auquel on donne généralement la dénomination de colmate.

Avant de nous en occuper plus particulièrement, nous ferons observer que quelquefois certaines localités indiquent comme

moyen d'assainissement le remblaiement du .co/ par des terres rapportées, qu'on répand sur la surface en quantité et jusqu'à une hauteur telles que le dessus du remblai soit suffisamment élevé pour l'écoulement des eaux pluviales, et supérieur aux eaux courantes qui peuvent le traverser. Ce moyen, toujours très-dispendieux , est souvent impraticable , soit par la grande étendue du sol marécageux, soit par le manque de terres nécessaires pour le comblement : nous l'avons cependant vu employé, en grand et avec succès, à Lyon, près du confluent du Rhône et de la Saône, sur l'emplacement où l'on établit actuellement le beau quartier Perrache.

Le moyen connu plus particulièrement sons la dénomination de colmates, consiste à diriger des eaux troubles dans les fonds où elles peuvent déposer , au moyen de dispositions convenables , les terres qu'elles tiennent en dissolution. Il est très-répandu en Italie, où l'on s'en est servi depuis long-temps , et où l'on continue d'en faire usage avec beaucoup d'avantai;e et de profit. Plusieurs auteurs estimés ont donné des préceptes généraux sur la méthode des colmates (1 ), et nous renvoyons à leurs ouvrages, car il serait difficile d'analyser ce qu'ils ont dit sur cette matière.

Nous nous bornerons à observer que le succès de l'emploi de la méthode des colmates tient principalement à la promptitude avec laquelle on expulse, du terrain qu'on se propose d'exhausser par alluvion, les eaux limoneuses qui y ont été introduites, lorsque ces eaux, ayant dé()Osé leur limon, sont devenues claires; c'est par la rapidité de c't écoulement qu'on se procure le double avantage et de renouveler le plus souvent qu'il est possible, pendant un temps donné, les eaux troubles sur la surface du sol à colmater, et de réduire à rien ou à très-peu de chose le mélange de ces eaux troubles avec les eaux déjà clarifiées.

Il est donc manifeste que l'établissement d'un système de colmates suppose l'établissement préliminaire d'un système d'écoulement, et que la réussite du premier dépend absolument de la perfection du second; bien entendu que les eaux destinées à former les alluvions satisfont encore à d'autres conditions indispensables.

D'un autre côté, on concevra aisément, avec quelques réflexions, que, lorsqu'un système d'écoulement est établi conformément aux principes exposés ci-dessus, rienn'est plus aisé, si on le juge convenable, que de s'en servir pour faire des colmates, soit sur la surface entière du sol à bonifier, soit sur quelques parties de cette surface, l'introduction et l'expulsion des eaux troubles n'exigeant que la construction de quelques ouvrages faciles et bien connus , qu'on exécute sans rien changer d'ailleurs au système des cauaux et des fossés d'écoulement.

Nous avons vu sur les lieux mêmes de beaux exemples de résultats obtenus en France par l'emploi des colmates, surtout dans le midi; nous citerons entre autres l'attérissement progressif de V étang de Capestang ( caput

(I; Les traités de Guglielmini, Natura de'fiumi; de ZEfVDRiiVi, Leggi e fenomeni dell'acque eorrentif ueFossoMUiio.vi, Mennrie idraulico-stcn ico sopra la Fal-di-Chiana, etc.

stagni), dont la superficie était de près de 2,000 hectares et qui est situé à environ 12,000 mètres de la ville de Narbonne et 1200 du canal du Midi. Par suite de mesures prises relativement à ce beau canal et au dessèchement de cet étang qui était d'une grande insalubrité, on dérive à volonté les eaux de l'Aude, lorsque ses crues lui font charrier des troubles considérables et rendraient l'approche de cette rivière dangereuse pour le canal , et on introduit alors les eaux de l'Aude dans l'étang de Capestang , avec des moyens combinés de manière à effectuer le plus efficacement possible le dépôt des troubles que charrie cette rivière dans ses crues.

Nous citerons, dans le prolongement de la même ligne navigable, 1 attérissement progressif de Yétang de Mauguio^ autrefois traversé par le canal des Etangs qu'on en a séparé , et qui s'attérit par le dépôt des eaux du Vidourle; cette rivière torrentielle, lors de ses crues, charrie et dépose dans cet étang les troubles qu'elle reçoit dans son cours à partir des montagnes des Cevennes, et le comble ainsi progressivement. — Nous citerons encore les beaux altcrissemens qui se font par des moyens analogues et des colmates, à l'embouchure du canal de Beaucaire h Aiguesi>/o/-fÉrj,ancien port où s'embarqua saint Louis pour la Terre-Sainte, et maintenant séparé de la mer par un espace de 12,000 mètres d'attérissemens déposés par les torrens dont les crues se dirigent sur ce point.

Nous devons citer pour exemple de dessèchement par un moyen opposé , par celui de l'écoulement, l'étang de i\JarseiUette dont la superficie était de plus de 2,000 hectares, et qui, entièrement assaini maintenant , voit prospérer dix-huit fermes ou métairies sur son sol autrefois entièrement sous l'eau (l).Nous pourrions citer de nombreux exemples de ce genre , pratiqués en France depuis l'édit d'Henri IV et les mesures prises par ce bon roi pour les desséchemens; mais, comme ce qu'il y a de plus important ici est d'exposer les systèmes ou moyens reconnus les plus avantageux, nous allons en donner les principales idées.

§ II. — Dessèchement par un système de .canaux.

Pour les desséchemens des grands marais qui se trouvent généralement dans des vallées ayant peu de pente , où affluent des rivières , des torrens et des ruisseaux qui n'ont pas de lit , ou qui en ont d'insuffisans pour le débit de leurs eaux, le problème à résoudre consiste à ouvrir un canal principal et des canaux secondaires qui soient capables d'écouler les plus grandes eaux, et de les mamtenir au-dessous des terrains les plus bas à dessécher.

Ce problème peut avoir un grand nombre de solutions : la meilleure est celle qui atteint le but désiré avec la moindre dépense possible, et qui lègue à l'avenir des ouvrages stables et d'un entretien peu dispendieux.

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