‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 4)Chapitre 117 sur 369 · DES ÉTANGS, DE LEUR UTILITÉ, DE LEUR CONSTRUCTION ET DE LEUR PRODUIT · texte numérisé non relu

DES ÉTANGS, DE LEUR UTILITÉ, DE LEUR CONSTRUCTION ET DE LEUR PRODUIT

Section Ire. — De l'étendue, de la situation et de l'importance des étangs en France.

Les étangs occupent une assez grande étendue de sol en France-, la Commission d'Agriculture et des Arts , dans son rapport général sur les étangs, publié en l'an IV, en comptait plus de 14,000 sur une étendue de 100,000 hectares. Cette commission avait établi ces résultats, soit sur desrenseignemens pris sur les lieux par des commissaires spéciaux envoyés dans les principaux pays d'étangs, soit sur les cartes de Cassini, où la plupart des étangs se trouvent figurés. Ce mode de procéder l'ayant mise à même de donner un chiffre assez précis sur le nombre des étangs, nous admettrons ce nombre, en supposant cjue les étangs nouveaux ou omis compensent à peu près les étangs desséchés. Mais elle paraît avoir commis de grandes erreurs sur l'étendue. Ainsi , dans le département de l'Ain, elle porte à moins de 9,000 hectares l'étendue des étangs, tandis que les résultats recueillis par la statistique en 1806 font monter cette surface à 20,000. Depuis ce temps, les résultats du cadastre et l'accroissement des étangs en nombre et en étendue dans une grande partie de la Dombes peuvent i

bien faire élever l'étendue actuelle des étangs à 23,000 hectares.

On conçoit la cause des erreurs de la commission, qui prit pour base de la superficie indiquée les déclarations des pays d'étangs. Les propriétaires au'on consultait, et qui se voyaient menacés n'être forcés à leur dessèchement, crurent de leur intérêt, pour les conserver, d'en diminuer l'étendue, afin que dans ce temps, où l'on voulait tout semer, tout mettre en grains ou pommes de terre, on jugeât moins important de rendre à la culture une moindre surface. La dissimulation ne fut pas sans doute partout la même, mais en résultat général elle semble bien avoir été au moins de moitié comme dans le département de l'Ain; aussi les résultats du cadastre ont donné au comte Chaptal, en 1817, 639,000 arpents, ou 213,000 hectares, pour la surface totale des étangs et des lacs en France. On pourrait croire que le résultat définitif sera plus considérable, parce que les parties non cadastrées renferment encore des dissimula t ions de contenu qui ne sont pas relevées ; toutefois, comiLe dans ces 213,000 hectares. se trouvent compris probablement les lacs et les étangs salés qui ne communiquent pas directement avec la mer et que ces étangs

sont assez étendus, surtout sur les côtes de la Méditerranée, nous prendrons 200,000 hectares, ou 600,000 arpens, comme la superficie probable des étangs placés dans l'intérieur des terres et susceptibles d'être péchés et par conséquent vidés.

Parmi les pays d'étangs on remarque particulièrement en premier ordre la Sologne, grand plateau entre la Loire et le Cher, qui fait partie de deux départements, la Loire et Loir-et- Cher, et se prolonge même encore dans le Cher. La Sologne est le pays d'étangs dont on a le plus parlé parce qu'il est le plus près de Paris; sur 200 lieues carrées, il renferme 1370 étangs dont le rapport des commissions ne porte le contenu qu'à 18,000 arpents. Après la Sologne vient la Dombes et une partie delà Bresse, département de l'Ain; le pays inondé ou qui renferme les étangs y couvre de 70 à 80 lieues carrées; le, nombre des étangs est porté dans le rapport à 1667. Après la Bresse on cite la Brenne, département de l'Indre, où, sur une étendue de 20 communes seulement, 95 étangs couvrent 7,000 hectares. Les étangs du Forez, département de la Loire , sont placés sur un plateau assez élevé dans le Dassin de la Loire; ils couvrent plus de la moitié de l'étendue de ceux de la Brenne. Dans le Jura, dont le plateau argilo- siliceux n'est que la continuation du plateau de Dombes et Bresse , qui en se prolongeant va toujours en baissant de niveau, ils ne sont ni très nombreux ni très étendus, mais leur assolement y paraît assez bien entendu. Ces différens étangs, qui sont les plus connus, sont cependant à peine un tiers en nombre de ceux qui existent en France. Parmi les départemens qui en contiennent le plus après ceux que nous venons de nommer , on remarque Saône-et-Loire, la Loire-Inférieure, Maine-et- Loire et la Marne.

Si nous voulons maintenant arriver à déterminer l'étendue des pays d'étangs en France, question qui n'est pas sans importance, nous remarquerons que les 24,000 hectares d'étangs de l'Ain, sur 80 lieues carrées et 52 communes, y occupent un 6e de l'espace total. Si nous admettons qu'en Sologne les indications de la commission aient été , comme dans notre pays, de plus de moitié trop faibles, l'étendue inondée sera dans ce pays de 15,000 hectares ou du moins d'un vingtième de la surface totale. Adoptant cette moyenne du 20« comme la proportion générale de la surface des étangs au reste du sol dans les pays d'étangs, les 200,000 hectares d'étangs appartiendront à une étendue de 4,000,000 d'hectares de pays d'étangs ou à un 12e de la France. Les étangs y sont donc une grande question agricole, qui fut dans le temps légèrement tranchée lorsqu'on ordonna leur dessèchement sans exception et sans intermédiaire.

Le défrichement de ces 200,000 hectares aurait demandé la construction de 5000 domaines de 40 hectares chacun; cette construction, le cheptel d'animaux de travail et de rente nécessaires pour le travail et le produit, les instrumens et tout le mobilier agricole, les semences à fournira ce sol, le capital nécessaire soit pour faire les premières avances de dessèchement, d'assainissement et de défrichement, soit pour com-

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mencer et continuer la culture, eussent exigé au moins 20,000 francs par domaine ou 100 millions pour le tout. Bien plus, il aurait fallu improviser une population de 50 mille âmes, qu'il eût été nécessaire de décider à entre-», prendre l'exploitation des terres humides,', froides, d'une culture difficile, dépourvues de prairies , dans des pays malsains où la population manque , ou la main-d'œuvre est hors de prix, où les domaines qui existent restent quelquefois sans cultivateurs. Et ces 100 millions, qui les eût fournis? l'État ou les propriétaires ? L'État ne l'eût pas voulu; les propriétaires , qu'on privait du plus clair de leurs revenus, ne l'eussent pas pu. Et la population, où l'eût-on prise? Elle ne pouvait se trouver dans le pays même où elle manque pour la culture; il eût fallu la recruter dans les pays voisins, dont on n'eût pu entraîner que la lie en la payant outre mesure. La mise en culture était donc impossible; mais le dessèchement sans culture eût ôté au pays presque tout son produit net, avec les moyens les plus puissans de faire valoir le sol cultivé , sans même rendre par-là au pays sa salubrité. Aussi la loi qui supprimait les étangs ne fut point exécutée et n'était point exécutable, et ce sera toujours le sort des mesures exagérées. Cette question depuis est restée dans le domaine des spéculations particulières qui ont fait ou défait les étangs suivant leur caprice ou leur intérêt bien ou mal entendu.

Section IL — But et utilité des étangs.

La culture en étangs offre un moyen de tirer parti du sol sans le travail ou avec peu de travail et sans engrais; les étangs ont donc dû naturellement s'établir dans les pays de population rare et où la main-d'œuvre était chère.

Outre le produit en poissons, qui est très avantageux près des villes, les étangs, là même où l'on en tire le moins bon parti , fournissent beaucoup de nourriture pour les bestiaux, donnent un fourrage abondant quoique de mauvaise qualité, et un parcours étendu et productif qui, une partie de l'année et surtout pendant la sécheresse, peut entretenir un assez grand nombre d'animaux de rente et de travail. Dans les pays où leur culture est le mieux entendue, on les alterne en eau et en labourage ; pendant qu'ils sont en eau ils donnent d'abondans pâturages, et quand ils sont en assec, avec peu de travail et sans engrais, ils produisent des grains et des pailles en abondance. Ces pailles deviennent des moyens de nourriture et d'engrais pour la culture du pays; les étangs y sont donc devenus des besoins de l'agriculture.

Il est des pays où les étangs sont d'uneutilité publique; ainsi le Canal du Midi et plusieurs autres canaux importans en France sont alimentés par des étangs qui reçoivent les eaux des pluies; ils sont donc là une nécessité première pour la navigation. Dans quelques autres pays ils servent au flottage des bois pour l'approvisionnement de Paris, dans l'Yonne par exemple. Leur nombre, depuis 30 ans, s'estbeaucoup accru, depuis qu'on a imaginé de les employer à verser leurs

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